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photo_bilger_1Depuis l’instauration de l’état d’urgence et la concrétisation – enfin ! – de la volonté de l’Etat de se donner les moyens de lutter contre le terrorisme, le débat ne cesse pas au sujet du rôle respectif des magistrats, des procureurs notamment, de la police et des préfets.

Il est normal que le nouveau projet de loi antiterroriste qui pour l’essentiel vise à élargir les pouvoirs du parquet, de la police et des préfets, tout en prévoyant certains contrôles – le parquet devra obtenir l’accord du JLD pour poser un micro ou une caméra chez un suspect, les procureurs seront tenus d’enquêter à charge et à décharge et les juges d’instruction ne pourront plus écouter parlementaires, avocats ou magistrats que sur décision motivée du JLD – suscite des réactions et puisse être perçu comme un désir d’ancrer des dispositions au caractère exceptionnel dans la justice du quotidien. Une urgence et son efficacité qui deviendraient en quelque sorte la norme (Canard enchaîné).

Faut-il s’en plaindre ?

Le 12 janvier, le tribunal correctionnel de Bordeaux a relaxé le majordome de Liliane Bettencourt qui avait enregistré durant un an les conversations de la milliardaire et les cinq journalistes qui en avaient publié des extraits choisis parce que le processus incriminé relevait « d’un acte socialement utile ». La juridiction a épinglé rudement au passage le procureur Courroye et le conseiller Justice de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart, qui tenaient informée l’une des parties à la procédure de l’évolution de celle-ci et de la décision à venir (Le Monde).

C’est au regard de cet épisode et de la tonalité générale d’un quinquennat, peu acceptable pour la magistrature honorable, qu’il convient d’appréhender la suite. On sait que la fonction de juge d’instruction a été paradoxalement sauvée par le cynisme intéressé du pouvoir qui a pu compter sur quelques auxiliaires bien placés.

Le quinquennat de François Hollande nous confronte à cette réalité d’une politique ministérielle calamiteuse conjuguée, il faut l’admettre, à une plus grande liberté et indépendance des pratiques dans la gestion des dossiers sensibles. Le pire et le meilleur donc depuis 2012. Avec une courtoisie à l’égard du corps judiciaire qui avait oublié durant cinq ans qu’elle pouvait exister.

Il est hors de question de relancer la problématique liée au maintien ou non du juge d’instruction. Il ne bougera plus de notre paysage judiciaire. Il est sacré mais peut-être va-t-on le priver de sa pitance ?

Le projet de loi qui va être débattu tient compte de son existence, de son influence mais réduit celle-ci. Le juge d’instruction n’est pas effacé mais contourné avec habileté et force est de reconnaître que les tragédies de janvier puis de novembre 2015 n’ont pas rendu absurde la configuration qui nous est dorénavant proposée et ne nous entraîne pas vers un Etat policier, avec ce qu’une telle définition a de négatif dans la bouche par exemple d’un Gilbert Collard.

Face à l’obligation pour le pouvoir de modifier ses paramètres et sa vision habituels, on peut considérer que la focalisation sur le parquet et surtout sur la police est susceptible de répondre, au-delà du catéchisme symbolique sur les juges du siège, à une double préoccupation.

La Justice proprement dite a-t-elle été ou serait-elle si efficace que cela ? J’ai bien compris la teneur du discours du plus haut magistrat de France, un professionnel légitimement respecté, mais le regret de Bertrand Louvel de voir les juges laissés de côté par ce dispositif de protection et d’attaque n’élude-t-il pas la question de leur véritable utilité en ces temps troublés, par rapport aux autres forces et autorités mises à contribution (Le Figaro) ?

Puisqu’aucune solidarité authentique ne s’est jamais manifestée entre police et justice et que la seconde a toujours trouvé à redire aux actions de la première, alors que pourtant, pour le combat d’aujourd’hui, la cohérence est plus que jamais nécessaire, la concentration sur le parquet et la police et, sur un autre registre les préfets, va au moins assurer une unité de vue et une coordination inspirée peu ou prou par le même esprit.

Le climat ne s’y prête pas mais il y aurait matière à ironie dans la constatation que François Hollande est vigoureusement, voire violemment décrié au moment même où il proclame et met en oeuvre une résolution qui, derrière la tactique, est toute de rigueur, de sévérité et de rupture à l’encontre du terrorisme mais le conduit à maintenir une garde des Sceaux qui, récemment encore, a été fustigée par la Conférence des procureurs à cause de l’écart choquant entre les missions multipliées et la pénurie des moyens, son président allant jusqu’à déplorer « la faillite du service public de la justice ».

Le président de la République cerné par les protestations d’une majorité des socialistes et de la gauche de la gauche d’un côté, par le supplice de Tantale que lui fait endurer la droite prête à voter le projet de révision constitutionnelle mais on ne sait jamais ! de l’autre, n’oublie pas les magistrats. Comme la justice a été déclarée clairement indésirable parce qu’il faut aller de l’avant et qu’elle serait à la traîne, François Hollande veut les apaiser par ailleurs. Il va inscrire dans le projet de révision la réforme du parquet et du CSM visant à augmenter le nombre de magistrats en son sein et à aligner le statut des magistrats du parquet sur celui du siège.

Je ne vais pas faire de surenchère mais, en cas de révision, le CSM va devenir de plus en plus corporatiste et l’assimilation du parquet et du siège ne rendra pas, pour le citoyen, le monde judiciaire plus lisible, bien au contraire. La séparation organique, dans deux univers distincts, indépendants l’un de l’autre, du siège et du parquet, loin de les affaiblir, renforcerait l’un et l’autre. On sortirait de l’air du soupçon permanent.

La justice est-elle indésirable ? En tout cas, il ne suffit pas qu’elle se déclare nécessaire mais qu’elle le démontre.

http://www.philippebilger.com/blog/2016/01/la-justice-est-elle-ind%C3%A9sirable-.html

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D’abord, la confusion du vocabulaire.

Reculer sur les libertés, ce serait capituler (L’Obs). C’est le contraire. Si le courage est de se laisser abattre dans la pureté des règles, vive la lâcheté républicaine.

Boire, consommer, se réunir, ce n’est pas lutter contre le terrorisme. C’est seulement continuer à faire ce qu’on a toujours fait et qui renvoie à une irrésistible pulsion de vie.

L’émotion collective, douloureuse et sincère, place de la République ou ailleurs, est un rituel qui rend hommage aux disparus mais qu’on ne nomme plus résistance ces rassemblements qui démontrent aux assassins islamistes comment ils ont massacré atrocement « juste » et épandent un coeur pluriel qui leur a fait défaut et qu’ils méprisent.

Mais il y a infiniment plus grave que ce télescopage entre la dignité et le combat, ce besoin français de se persuader qu’on mène la lutte au moment même où on s’efforce le moins mal possible de rester debout en acceptant de refaire de la quotidienneté un abri et une alliée.

Il n’a pas fallu une semaine pour passer de l’indignation absolue à l’égard de ces crimes organisés et multiples, ayant éparpillé les tragédies, et de la dénonciation totale de leurs auteurs, à autre chose.

Un état trouble, une sévérité moindre, une compréhension perverse, une complaisance souvent déguisée en expertise à l’égard des causes et des motivations, une volonté polémique de refuser au pouvoir socialiste une adhésion que sa découverte même tardive de la dangerosité du monde justifierait, une détestable focalisation sur le doigt irénique qui pourtant désigne la lune du terrorisme.

Il n’a pas fallu une semaine.

A Strasbourg, pour le World Democracy Forum, devant une assemblée internationale, au Conseil de l’Europe, je dois défendre les journalistes et rappeler cette évidence qu’il y a un journalisme pour les temps paisibles avec ses pudeurs, ses exigences et ses délicatesses et un autre en période de crise et que le nôtre n’a pas été indigne depuis le 13 novembre (Le Monde).

Il me revient aussi, au grand dam de la salle, de déclarer que perdre un peu de ma liberté pour la sécurité de tous, privilégier l’altruisme social au détriment de mes susceptibilités égoïstes ne me semble pas une insurmontable épreuve. C’est davantage un honneur qu’une contrainte et il n’est même pas nécessaire de souligner que « la sécurité est la première des libertés ».

Lors de l’émission spéciale d’Envoyé Spécial consacrée au 13 novembre et à ses suites (France 2), un rien, une tonalité plus molle, une objectivité dégradée, des commentaires équivoques – pourquoi prétendre, à toute force, qu’il ne peut y avoir des futurs terroristes dans les migrants ? -, aucune réaction face à des réponses scandaleuses – notamment celles du frère flouté d’un assassin parti en Syrie – ont fait clairement apparaître qu’on était presque revenu au climat émollient d’avant le 13 novembre.

BFMTV, dans un autre registre, a accompli sa mission avec honnêteté et rigueur en tenant compte du passé mais sur le terrain, que de journalistes médiocres qui, pour occuper l’antenne, mêlaient le bon grain à l’ivraie et confondaient l’information avec la répétition !

Je ne surestimais pas notre capacité à nous tenir sur une ligne de crête exigeante et éthiquement sans nuance ni contrition.

Mais tout de même qu’il n’ait même pas fallu une semaine pour cet infléchissement douteux est indécent.

Le rejet massif et inconditionnel des assassins s’est métamorphosé subtilement non pas encore en une justification – c’est trop tôt, sauf pour Daech, les compagnons de route, ces Français au coeur de notre société qui haïssent leurs concitoyens – mais en une surabondance d’explications, d’informations et de témoignages dont la seule finalité est en définitive de noyer la nudité intolérable et crue des monstruosités sous un tapis sociologique, historique et géopolitique. Des barbares qu’on ennoblit en en faisant la plupart du temps inutilement ou banalement un objet d’étude !

Bien sûr il y a, dans le souvenir du pire, des îlots, des accalmies.

J’ai éprouvé une joie mauvaise quand j’ai appris la mort d’Abaaoud à Saint-Denis, lui qui a certainement mis la main aux crimes puisqu’il s’est trouvé dans le métro à Montreuil, le 13 novembre, vers 22 heures 15. Le sentiment intense, profond d’une justice rendue, aussi singulière qu’elle a été, et d’une malfaisance ostensible – qu’on songe à ses vidéos – effacée.

L’extraordinaire travail et courage du Raid, de la BRI et des policiers « ordinaires » sans lesquels nous serions encore aujourd’hui en train de trembler. Je n’ai pas besoin de les accabler sous les hyperboles puisque, contrairement à d’autres, je n’ai pas cessé de les défendre durant quarante ans et que je ne suis pas obligé de tomber dans une surenchère ponctuelle. Etre d’ailleurs obligé de les défendre, quel scandale au quotidien, quel signe de délitement ! Je n’ai jamais fait partie, à leur détriment, des donneurs de leçons en chambre et et des audacieux de salon. Trop de respect pour eux tous.

L’appel solennel du CFCM dénonçant « l’idéologie de haine des criminels terroristes » lu dans 2400 mosquées (Le Figaro).

Il y a eu le 13 novembre. Il y a l’hôtel Radisson à Bamako, la prise d’otages avec tant de victimes et les deux assaillants tués.

La réalité est suffisamment anxiogène en elle-même sans que le Premier ministre, dont je comprends de plus en plus mal la communication, en rajoute en nous assombrissant avant l’heure le futur. Alors que la France se redresse et fait face avec une tranquillité inquiète mais vigilante et solidaire.

Pourquoi venir jeter, dans cet état d’esprit collectif qui se restaure, d’abord qu’il pourrait y avoir « dans plusieurs jours ou plusieurs semaines » de nouveaux attentats, ensuite que « des attaques chimiques sont à craindre », des propos véritablement explosifs comme si Manuel Valls n’avait pour souci que de transmettre aux Français sa propre angoisse ?

Il n’a pas fallu une semaine pour que le vent tourne un peu, pour que coule, dans certaines consciences, le poison du relativisme et que guette la nostalgie d’une démocratie dont la faiblesse la rendait aimable aux yeux d’une minorité influente.

Le pouvoir saura-t-il remplacer les larmes par les armes ?

Ma PhotoPhilippe Billger

http://www.philippebilger.com/

 

 

 

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VIDÉO. L’ancien magistrat commente les récentes déclarations du leader de la CGT qui a refusé une réforme des retraites complémentaires. Par

Publié le 23/10/2015 à 06:12 | Le Point.fr

VIDÉO. « Le Point » consacrait sa une de cette semaine au pape François, « exceptionnel et fédérateur », selon le magistrat honoraire Philippe Bilger.

Par

Publié le 13/10/2015 à 08:01 | Le Point.fr

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p bilgerLa justice selon François Hollande…

Il y a un mot que François Hollande a prononcé plus que celui de « jeunesse » durant sa campagne présidentielle : celui de justice. On l’a entendu dans tous les sens et appliqué à de multiples situations nationales et internationales. Ce devait être une constante de son futur quinquennat.

Force est de considérer qu’il s’est moqué de nous ou qu’on n’a rien compris.

Pour la justice, dans sa définition judiciaire, après avoir cru naïvement qu’elle le préoccupait, j’ai pu constater une heureuse indifférence de sa part à son égard. Il laisse faire et sans que j’y voie une relation de cause à effet, depuis quelques mois plusieurs personnes qui avaient été mises en cause durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, à commencer par celui-ci pour certaines affaires, se trouvent relaxées, bénéficient de non lieu ou s’apprêtent sans doute à en profiter comme Christine Lagarde à la désescalade pénale impressionnante.

Faut-il voir dans cette épidémie de mansuétude le triomphe de l’état de droit ou une forme d’intuition judiciaire qui anticipe dans deux ans l’échec de la gauche ?

Le président de la République, par ailleurs, est si peu soucieux de l’institution judiciaire que s’il la traite courtoisement, et ceux qui la servent, il maintient cependant contre vents et marées et déceptions un calamiteux garde des Sceaux, seulement sauvé parce qu’elle est le marqueur solitaire d’une gauche qu’on ne veut plus, et d’abord François Hollande.

Au-delà de ce désinvestissement qu’on ne déplore pas parce que Nicolas Sarkozy l’investissait trop, la justice, dans la société, dans la gestion des crises, les innombrables aléas et épreuves d’une vie collective, est clairement gangrenée par le « deux poids deux mesures ». On n’agit pas de la même manière avec tout le monde, on réprime ou on s’abstient, on encourage des manifestations ou on en brise d’autres. L’inégalité est la règle et la justice sur ce plan est à la tête du citoyen ou de son étiquette politique. Sous l’onction républicaine se cachent des choix et des préférences. Derrière le verbe démocratique, des parti pris et des indulgences. L’état de droit est dans un état partisan et manque de droit.

Sur le plan international, il convient de créditer François Hollande et son ministre de la Défense de la libération de nos otages, quelles qu’en aient été les modalités.

Mais que d’étranges sinuosités, contradictions et reniements !

On a joué les moralistes contre Saddam et Kadhafi, on les joue à l’encontre de Bachar el-Assad et de Poutine, on insulte Viktor Orban mais à la fois l’argent des Rafale n’a pas d’odeur et celui de l’Arabie saoudite non plus, qui va aider l’Egypte à payer les Mistral achetés à la France.

De quel poids éthique la France, aujourd’hui, peut-elle se prévaloir quand, pour les affaires et la rentabilité, elle pactise avec les monarchies conservatrices et ferme ses yeux sur ce qui pourrait déranger son commerce ?

Si l’Arabie saoudite, demain, décide de mettre fin à l’horreur et de ne pas décapiter et crucifier ce jeune opposant chiite de 21 ans, Ali Mohamed al-Nimr, parce qu’il avait manifesté contre le régime quand il était âgé de 17 ans, ce ne sera pas grâce à la France. Notre pays ne peut plus être entendu, ou alors en étant renvoyé à ses propres contradictions, avec une éthique hémiplégique, une conscience intermittente et un réalisme qui n’est plus une vertu quand il n’est plus inspiré par la moindre boussole idéale.

J’en ai vraiment assez de cette justice selon François Hollande. Qui choisit ses victimes et ses bourreaux. Qui oublie les unes, parfois, pour mieux pactiser avec les autres.

Ce n’est pas clair, pas net. Ce n’est même pas de la raison d’Etat. Celle-ci a encore sa logique.

Mais de la déraison et du cynisme d’Etat. On consolide nos positions en même temps qu’on détruit nos valeurs. La France, patrie des droits de certains hommes seulement.

S’il est décapité et crucifié, je parie que François Hollande présentera ses condoléances au roi d’Arabie saoudite.

photo_bilger_1ONPC : le dernier salon où l’on insulte…

Il faut y revenir, sans cesse et toujours.

Contre les dédaigneux de l’univers médiatique, souvent parce qu’ils n’y sont pas conviés, il convient de mettre l’accent sur les enseignements et les lumières que ce monde offre, pour le meilleur et le pire, sur notre société.

Commençons par une anecdote éclairante.

Il y a quelque temps par un tweet j’avais reproché à Pierre Ménès d’user trop volontiers de grossièretés, le dimanche, lors du Canal Football Club, alors qu’il pouvait évidemment s’en dispenser. Il m’avait vertement repris mais de tweet en tweet, il me semble que nous nous étions apaisés en nous accordant sur le fait que la liberté, la spontanéité et la sincérité se rapportaient au fond et n’exigeaient pas un dévoiement de la forme.

Ce débat microscopique ne l’est pas tant que cela si on veut bien s’attacher à ce que charrie l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché ».

Guy Bedos invité se permet, après avoir traité Nadine Morano de « conne » et de « salope » lors d’un spectacle, de l’insulter à nouveau en la qualifiant de « connasse ».

Yann Moix qui a remplacé Aymeric Caron, alors que Michel Onfray avait été sollicité par Laurent Ruquier mais avait refusé, s’autorise, parce que Patrick Devedjian est absent, l’injure « salaud » pour un propos dont celui-ci s’était déjà excusé.

Je pourrais citer d’autres vulgarités de ce type mais il m’importe de dénoncer l’air de supériorité avec lequel elles sont généralement assénées comme si elles relevaient du courage et de l’anticonformisme quand elles sont le contraire et révèlent une étrange perversion de la classe intellectuello-médiatique.

Il y a une dégradation par le bas en même temps qu’il y a une frilosité dans le haut. Plus la télévision s’enivre d’une chienlit qui ne choque plus personne mais suscite une adhésion indécente, plus la pensée vraie, vigoureuse, âpre, non consensuelle effarouche. Ce n’est pas sans lien. Etiqueter quelqu’un de « salaud  » évite d’avoir à questionner, dans la nuance et l’intelligence, ce qui a été proféré ou écrit. C’est la déplorable rançon d’une médiatisation qui répudie le complexe parce que le sommaire est son registre naturel, son confort de tous les instants.

Pourquoi Eric Zemmour, Eric Naulleau, Natacha Polony ou Audrey Pulvar, qu’on les approuve ou non, avaient-ils une classe, une allure qui leur étaient reconnues ? Parce que leur souci constant, en même temps qu’ils affichaient des points de vue contrastés, était, sur le service public et à ces heures de très grande écoute, de ne pas malmener une langue suffisamment ductile et inventive pour justifier, dans la courtoisie, les assauts les plus acerbes et les plus vigoureux.

Comment, après ce dérapage de Yann Moix sur Patrick Devedjian, s’étonner de l’empoignade entre Léa Salamé et lui-même avec Michel Onfray ?

Celui-ci, qu’on a attaqué stupidement, a réagi brillamment autant que les interruptions constantes de Yann Moix le lui ont permis. Il est clair qu’un procédé est de plus en plus cultivé qui fait du questionnement un réquisitoire mais interdit la plaidoirie.

Il est imputé à Michel Onfray d’intervenir partout, ce qui est un grief aberrant, puisque sa présence résulte des nombreuses sollicitations qui lui sont adressées même s’il en décline un certain nombre. En réalité, l’intolérable est qu’à chaque fois, par écrit ou par oral, il ne paie pas sa dîme au parisianisme convenu et à l’élitisme mondain et éditorial. Comme il serait porté aux nues s’il avait l’habileté, contre ses convictions et accordé à l’humus dominant, de célébrer BHL, d’idolâtrer France Inter ou de se priver d’analyser le réel au prétexte que la gauche authentique devrait lui interdire cette démarche dangereuse !

Alors que, pour France Inter notamment, il a dit ce qu’il fallait, qui était cinglant et quotidien ! En effet, une radio de service public se devrait d’être vraiment pluraliste alors qu’elle fait couler un flot unique où les bons sentiments, le corpus obligatoire et les visions hémiplégiques et biaisées torturent le réel !

Yann Moix se croit trop et Léa Salamé, qui s’acharne à imiter la musique et les paroles de gauche, aurait dû demeurer sur i-Télé où ses invités l’aidaient, alors qu’aujourd’hui, à la télévision comme à la radio, elle affronte seule des exercices où, pour la première, elle est écrasée et, sur le seconde, inspirée par une gravité banale dont je n’irais pas jusqu’à soutenir qu’elle me fait regretter Pascale Clark.

Pour sortir des miasmes de « salaud » et de « connasse » et des piètres répliques à Michel Onfray, je préfère terminer sur la belle définition du peuple que Yann Moix lui a demandée sur ton comminatoire mais qu’il n’a pas écoutée quand elle lui a été donnée.

Le peuple, c’est ceux sur lesquels le pouvoir s’exerce.

Sujet trop insignifiant pour ONPC !

Le dernier salon où l’on insulte…

Philippe Bilger

http://www.philippebilger.com/

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Fais ce que je dis, pas ce que je fais…

50 000 emplois publics non déclarés… et pendant ce temps-là, voilà comment l’Urssaf et les RSI perdent le sens de la mesure dans le contrôle des entreprises privéesAtlantico : Cité par plusieurs médias, le rapport des inspections générales des Finances, des Services judiciaires et des Affaires sociales estime que près de 50 000 personnes seraient des « collaborateurs occasionnels du service public » employés par différents ministères, dont « 40 500 pour le seul ministère de la Justice ». Certains crient même au travail au noir. Qu’en est-il ? Y a-t-il d’autres exemples de dérives de ce type par l’Etat français ?

Jean-Yves Archer : Les situations décrites dans les rapports que vous mentionnez sont assez stupéfiantes car elles parcourent presque tout l’arc possible du non-respect du droit du travail. Effectivement certaines personnes sont des vacataires que l’on dit démunies de fiches de paie et donc de cotisations sociales.

D’autres sont des contractuels quasi-permanents non régularisés à l’instar de ce qui se trouve encore trop fréquemment au sein du Ministère de l’Education nationale.

Clairement, le ministère de la Justice est en ligne de mire avec des dérives dont la cessation (« la remise d’équerre ») coûterait entre 26 à 45 millions d’euros. La bonne conduite a un coût et il est clair que l’Etat s’en affranchit assez allègrement au détriment des intéressés et des organismes sociaux.

Par-delà l’aspect juridique, il y a bien entendu une dimension politique qui fait dire au magistrat honoraire Philippe Bilger que « si Madame Taubira donnait moins de leçons, à la droite et à la gauche qui ne lui plait pas, avec une pompe et une enflure orales qui impressionnent de moins en moins, elle aurait eu sans doute plus de temps et aurait pu consacrer plus d’énergie à la mise en ordre de la place Vendôme ».

Dont acte, elle n’a guère été active sur ce dossier pas plus que ses prédécesseurs car il faut garder à l’esprit que ces dérives remontent aux années Perben, Dati, etc. et sont, selon les cas, effectivement qualifiables de travail dissimulé.

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