Archives de la catégorie ‘Défense’

Les fichiers Ficovie et Ficoba accessibles aux policiers et agents de douane et du fisc
 Ivana Zivanovic, avocat en fiscalité internationale
Les fichiers Ficovie et Ficoba accessibles aux policiers et agents de douane et du fisc – Article paru dans Les Echos Patrimoine le 4 août 2016

23 Août 2016

Les officiers de police judiciaire ainsi que les agents des douanes et des services fiscaux ont un droit d’accès direct aux fichiers Ficoba et Ficovie. Un décret du 15 juillet 2016 est venu en préciser les modalités.

Depuis la loi de Finances pour 2016, les officiers de police judiciaire ainsi que les agents des douanes et des services fiscaux ont, «pour les besoins de l’accomplissement de leur mission», un droit d’accès direct au fichier national des comptes bancaires (Ficoba) et au fichier des contrats de capitalisation et d’assurance-vie (Ficovie).

Le décret n°2016-971 du 15 juillet 2016 (Journal officiel du 17 juillet 2016) est venu définir les modalités de désignation et d’habilitation de ces officiers et agents, habilités à effectuer des enquêtes judiciaires et autorisés dans ce cadre à consulter ces fichiers.

 

LIRE: http://www.lexplicite.fr/les-fichiers-ficovie-et-ficoba-accessibles-aux-policiers-et-agents-de-douane-et-du-fisc/

http://patrimoine.lesechos.fr/impots/defiscalisation/0211182953224-fichiers-ficovie-et-ficoba-les-conditions-dacces-des-policiers-agents-de-douane-et-du-fisc-sont-precisees-2018966.php

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DNRED11Par

Je me pose cette question depuis qu’a commencé l’impressionnante série d’attaques des 18 derniers mois (Charlie Hebdo, Thalys, Bruxelles, 13 novembre, Nice). J’en suis arrivé à la conclusion que les services de renseignement doivent des explications à leurs concitoyens. Je dis « les services », car la France par exemple, population de 64 millions d’habitants, ne compte pas moins de 6 agences de renseignement (DGSE, DGSI, DRM, DPSD, DNRED et Tracfin), filiales de 4 structures hiérarchiques différentes. La ville de Bruxelles, 1 million d’habitants, à elle seule compte 6 forces de polices, répondant à 19 mairies d’arrondissements.

Nul besoin d’être expert en organisation pour comprendre que coordonner autant d’agences (parfois concurrentes) peut être un défi. Restons sur l’exemple français: ces six agences sont censées être coordonnées par le Comité national du renseignement, comme recommandé par un livre blanc sur la question datant de 2008 (avant l’avènement de Daech). Ceci comparé à leurs 3 consoeurs d’Outre-Manche (MI5, MI6, GCHQ) qui se retrouvent toutes les semaines dans les locaux de MI5. A population et composition ethnique similaire, il faut constater que les services britanniques continuent, heureusement pour eux, à rendre une copie nettement plus encourageante.

La France semble aujourd’hui avoir un avenir politique de plus en plus sécuritaire. La liberté y était déjà secondaire à l’égalité, elle s’apprête désormais à céder sa place à la sécurité.

Quel avenir pour ce pays lorsque toute une génération de Français aura grandi dans la peur et la recherche de sécurité, au prix du principe de sa propre liberté?

lire: http://www.huffpostmaghreb.com/othman-tazi/apres-lattentats-quand-incompetence-appelle-derive-securitaire_b_11111852.html

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Général Desportes : «Les intérêts politiciens désorganisent l’armée française»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN
Le président de la République a présenté ses voeux aux armées le 14 janvier. Dans un livre qui en appelle au renouveau stratégique de la pensée militaire française, le général Vincent Desportes estime que, dans une société occidentale qui rejette le soldat hors de son monde, l’armée est menacée.

LE FIGARO. – Alors que le 11 janvier 2016 marque le troisième anniversaire de l’engagement de l’armée française au Mali, vous estimez que celle-ci est atteinte du «syndrome de Sisyphe guerrier», reconquérant le matin ce qu’elle a abandonné la nuit précédente. Comment expliquer cette surexploitation de l’armée française?Général Vincent DESPORTES. – Ce qui mine l’armée française, c’est la dégradation continue, depuis plus d’un quart de siècle, des moyens budgétaires dont elle dispose… et donc de ses capacités opérationnelles globales. L’évolution qu’a connue l’armée correspond à l’idée fausse que la guerre n’existe plus. L’armée s’est transformée progressivement, par contractions successives, en un kit expéditionnaire dont les résultats sont excellents… mais seulement aux niveaux techniques et tactiques, sur des espaces réduits, sur un temps court, alors qu’elle est déployée sur de vastes espaces (par exemple la zone sahélo-saharienne, plus vaste que l’Europe!) et que la guerre se gagne toujours sur le temps long: en bref, si les armées françaises sont toujours capables de gagner brillamment des batailles, elles peinent à gagner les guerres.

On se désengage toujours trop tôt, sans avoir eu le temps de transformer les victoires tactiques en résultats stratégiques. De fait, la France s’engage sur un théâtre, puis, beaucoup trop rapidement, elle est obligée de se désengager pour aller s’engager ailleurs. C’est ce que j’appelle le syndrome de Sisyphe guerrier. Ce phénomène est caractéristique des opérations au Mali, puis en Centrafrique, puis dans la bande sahélo-saharienne, l’opération Barkhane. Après avoir brillamment remporté la bataille des Ifoghas au Mali, la France a été obligée de diminuer ses effectifs pour s’engager dans l’opération Sangaris – qui patine aujourd’hui, faute d’effectifs, puisque l’armée, a été obligée de monter l’opération Barkhane. Bref, on déshabille Pierre pour habiller Paul, puis Paul pour habiller Jacques…

Dans un chapitre sur le mythe du soldat Ryan, vous écrivez que les Européens n’ont jamais autant délaissé leur autonomie stratégique aux Etats-Unis, notamment par le biais de l’OTAN. Comment cet abandon se manifeste-t-il?

Notons que la France a été moins frappée que les autres pays européens par ce mythe dangereux. La pensée gaullienne persiste en France, ce qui fait que nous avons, à juste titre, moins tendance que les autres à faire confiance aux Etats-Unis pour la gestion de nos affaires militaires, malgré l’épisode du retour dans le commandement intégré de l’OTAN en 2008 sous Nicolas Sarkozy. Progressivement, les différents pays d’Europe ont profité de l’aubaine qu’était l’OTAN pour faire des économies à bas coût politique sur la défense, en expliquant à leurs citoyens qu’ils étaient défendus dans le cadre de l’OTAN, et que par conséquent, les investissements en matière de défense étaient devenus superflus. Le bilan est terrible: aujourd’hui, l’Europe est largement désarmée – à l’exception de la France, qui a conservé un volume de forces, certes insuffisant, mais bien réel. Finalement, l’OTAN est devenue une menace pour la sécurité des Européens, car elle les empêche de trouver leur autonomie stratégique. Ils s’en remettent, à tort, aux Américains pour les défendre.

Stratège avisé, de Gaulle avait compris dès la fin des années 1950 que les Américains ne reviendraient plus jamais défendre la «grand-mère patrie» européenne. Les liens entre Européens et Américains se sont distendus au fil des ans. A partir de 2040, la majorité des Etats-Uniens ne sera plus d’origine européenne et «Ramos» ne viendra plus se faire tuer pour nous. Le réflexe naturel de défense de la «grand-mère patrie» n’existera plus. Par ailleurs, il faut rappeler qu’en 1917 et en 1942, les Américains étaient avant tout venus remettre de l’ordre dans leur marché naturel, l’Europe. Aujourd’hui, les intérêts économiques étasuniens ont basculé de l’Atlantique vers le Pacifique. Enfin, les Etats-Unis sont fatigués par leurs guerres: ils ne peuvent que constater que, malgré leur énorme puissance, ils ont perdu toutes leurs guerres depuis un demi-siècle, l’Irak et l’Afghanistan n’étant que les derniers exemples d’une longue série de défaites.

Le meilleur service que les Américains pourraient rendre aux Européens (et à eux-mêmes!) serait de sortir eux-mêmes de l’OTAN pour nous imposer ainsi notre prise de conscience et notre autonomie stratégique.

Vous dénoncez également la dérive atlantique mortifère de notre modèle de forces et la transformation à l’américaine des armées de l’OTAN. Quel basculement s’est-il opéré entre le stratégique et le technique? L’engouement technologique est-il en train de tuer l’armée française?

Les armées françaises ont continué à suivre le modèle américain, fondé sur la recherche permanente du meilleur technologique, sans souci de l’efficacité globale des systèmes. Cette logique est compatible avec les budgets militaires américains supérieurs à 600 milliards de dollars par an. Pas avec les budgets européens en général, français en particulier.

Les Américains réussissent à conserver à la fois le meilleur technologique et les volumes de forces suffisants pour faire face à leurs missions. Mais le surinvestissement technologique français a conduit inexorablement l’armée à réduire ses volumes. La technologie a dévoré les formats, rendant finalement un bien mauvais service aux armées, parce qu’elle ne confère pas le don d’ubiquité. Quand les terrains d’interventions sont multiples, la réduction des formats, «l’échantillonnage» des forces, imposés par la dérive technologiste ne permet plus de faire face à la multiplication des missions. Cette dérive non maîtrisée de la technologie a conduit l’armée française à devenir une «armée coup de poing», incapable de gagner les guerres.

Ce constat est d ‘autant plus aberrant que le modèle américain que nous nous acharnons à singer s’est avéré parfaitement inefficace: les Etats-Unis ont perdu toutes leurs guerres depuis cinquante ans.

Depuis la publication de La France et son armée de Charles de Gaulle en 1938, nul n’ignore que «la France fut faite à coups d’épée» estimez-vous. Y a-t-il un lien spécifique entre la France et son armée?

Parce que depuis des siècles nos valeurs se sont répandues dans le monde, nous pensons qu’elles sont naturelles et immortelles, qu’elles se défendent d’elles-mêmes parce qu’elles s’imposent, parce qu’elles sont espérées, ailleurs, par les Autres. Nous nous aveuglons.

Les valeurs, quelles qu’elles soient, ne valent que par la puissance de l’épée qui les répand ou les défend. La France est la France pour maintes raisons, mais ce sont ses valeurs qui font sa grandeur, sa place éminente dans le monde, souvent démesurée par rapport à sa réalité matérielle. Son histoire, sa vision d’elle-même, lui ont conféré des responsabilités auxquelles elle ne peut moralement échapper. Si la France est encore un acteur majeur des affaires du monde malgré ses difficultés économiques, c’est parce ce qu’elle en est moralement capable, parce qu’elle en a tant bien que mal préservé les moyens, qu’elle a le courage politique – à droite comme à gauche – de s’engager dans les crises et d’y jouer un rôle central.

Notre place extraordinaire au Conseil de sécurité des Etats-Unis ne va pas de soi aujourd’hui, d’autant que les critères d’hier – démographiques en particulier – ne valent plus. Cette place est chaque jour remise en cause par d’autres postulants. Nul ne conteste la place des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. En revanche, celles de la Grande-Bretagne et de la France sont fragiles et doivent être défendues. Si Washington se charge personnellement de la Grande-Bretagne, la France est seule pour préserver la sienne. Elle ne peut affirmer sa légitimité qu’en montrant chaque jour sa capacité diplomatique mais surtout militaire à intervenir concrètement dans les affaires du monde et à prendre toute sa place dans leur règlement. Une France incapable d’intervenir militairement dans le règlement des conflits serait une France qui, en quelques mois, devrait laisser sa place à des puissances démographiques ou économiques plus légitimes. Ce que disait Bismarck est toujours vrai: «La diplomatie sans armées, c’est comme un chef d’orchestre sans orchestre!»

Vous écrivez que «l’européisme militaire est un opium dangereux pour les peuples». Qualifiée d’«impasse conceptuelle» par un rapport du Sénat paru en 2013, la défense européenne est-elle néanmoins envisageable?

Notre horizon doit demeurer celui de la mise en place d’une armée européenne. Mais force est de constater que malgré plus de soixante ans d’efforts, cette idée n’a débouché que sur des résultats dérisoires. Tant que l’Europe restera incapable d’assurer la défense des pays européens, chaque pays devra conserver les moyens nécessaires pour assurer la sécurité et la défense de ses citoyens et de son territoire. Ce constat est particulièrement valable pour la France: surexposée stratégiquement, elle est sur-menacée par rapport aux pays qui ne s’engagent pas dans le monde. La France ne peut pas à la fois diplomatiquement prétendre défendre ses valeurs dans le monde, jouer un rôle important dans les relations internationales sans se doter d’une force armée capable de résister aux menaces ou aux risques qu’elle engendre en partie par sa propre posture. C’est une affaire de cohérence d’ensemble et de responsabilité vis-à-vis des citoyens

Vous pointez du doigt l’effet pervers de la dissuasion nucléaire. Quels sont les esprits que ce «marchand de sable nucléaire» a endormis?

Pour pouvoir réduire le budget des armées sans coût politique, les gouvernements successifs ont sacralisé l’arme nucléaire en expliquant aux Français qu’ils n’avaient rien à craindre: quoiqu’il arrive, ils seraient défendus par l’assurance-vie nucléaire. Les forces conventionnelles ont donc pu être continuellement réduite sans que cela émeuve grand monde ; hélas aujourd’hui, l’évidence de cette tromperie éclate au grand jour. On a ainsi endormi les Français dans un faux sentiment de sécurité en leur faisant croire qu’ils étaient défendus.

La dissuasion nucléaire n’assure pas la paix et ne dissuade pas de tout ; elle a des angles morts de plus en plus ouverts, pour reprendre l’expression d’Alain Juppé: effectivement la dissuasion nucléaire dissuade l’étatique alors que les menaces sont essentiellement désormais infra-étatiques, le terrorisme par exemple. Ces «angles morts» de la dissuasion se multiplient quand la part budgétaire prise par notre arsenal nucléaire s’accroît. Or, la dissuasion nucléaire ne peut pas fonctionner sans forces conventionnelles robustes: la stratégie atomique suppose une approche intégrale dont les forces conventionnelles ne peuvent être exclues.

En stratégie de défense – et c’est particulièrement vrai en termes de dissuasion – ce qui compte, c’est l’équilibre d’ensemble plus que la puissance de chacune des composantes. Dans le contexte budgétaire actuel, vouloir à tout prix préserver en l’état notre arsenal nucléaire, c’est altérer sa valeur dissuasive et mettre la France en danger. Stricte suffisance et équilibre global, voilà le véritable objectif! L’intelligence stratégique ne consiste pas à sacraliser notre arsenal nucléaire, mais à assurer l’équilibre dissuasif entre les deux types de forces, nucléaires et conventionnelles, entre nos capacités de dissuasion et nos capacités d’action. Le coût d’opportunité de la sacralisation du nucléaire, c’est la mort de sa pertinence: sanctuariser la dissuasion, c’est la condamner. C’est cher payé.

Quelle place le soldat occupe-t-il dans notre société?

Pour de multiples raisons, historiques et culturelles, la société française a mis au pas le soldat avant de le rejeter de son monde. Cette spécificité nous vient de la Révolution française qui a fait de l’État le référent suprême. Les armées doivent se plier sans un murmure au pouvoir politique ; c’est un changement complet par rapport aux usages en cours avant la Révolution où un équilibre harmonieux permettait au soldat de tenir toute sa place dans la Nation. Depuis la Première guerre mondiale, la voix des militaires a perdu en légitimité. Deux coups fatals leur ont été portés: la défaite de 1940 – et pourtant c’était la défaite d’un peuple et non pas simplement celle d’une armée – et le putsch des généraux du 21 avril 1961 à Alger. Depuis, l’expression militaire a été considérablement marginalisée et contenue aux problématiques technqiues et tactiques. Pourtant, l’expression libre des militaires sur les problèmes stratégiques n’est pas seulement légitime, elle est nécessaire: les restrictions à la liberté d’expression sont les meilleures ennemies de la défense de la France. L’équilibre ne peut s’établir par décret, mais il est sûr que, dans l’intérêt même de la France, l’homme d’Etat doit tout mettre en œuvre pour favoriser l’esprit et l’expression critique dans les armées: or, force est de constater que la tendance est exactement inverse. Les Français doivent en être sûrs, parce qu’ils l’ont payé très cher, en souffrances et en humiliations: la négation des dimensions politique et stratégique du soldat, son cantonnement toujours plus étroit dans ce que l’on baptise à tort son «cœur de métier» constituent une menace directe sur leur sécurité.

Aujourd’hui, l’image du soldat est rejetée par les nations européennes, qui se veulent «post-modernes», parce qu’il correspond à l’image même d’un monde que l’on souhaite oublier. Nous vivons dans une fausse bulle de sécurité dans laquelle nous voudrions que la violence soit exclue. Mais malheureusement, ce monde exécré existe: il reprend forme aujourd’hui sous ses expressions les plus barbares

La pensée stratégique militaire est-elle bâillonnée?

Depuis une quinzaine d’années, les officiers ont repris la plume et s’expriment plus fréquemment. Hélas, les publications de la très grande majorité d’entre eux constituent d’excellentes vitrines de leurs propres actions professionnelles au cours des engagements qu’ils vivent au quotidien sur le terrain… et donc d’excellentes vitrines de l’excellence encore maintenue des armées françaises. Mais le propos s’arrête là, parce que l’interdiction faite au militaire de participer au débat stratégique, sauf à exprimer la pensée officielle, a fini par l’écarter de la pensée stratégique qu’il a le devoir d’enrichir mais qu’il n’ose plus exprimer.

C’est grave. Quand les militaires ne sont pas autorisés à formuler des idées ni à élaborer des stratégies, ils se cantonnent à la pure technicité de leur métier. Ils perdent le goût de la pensée et de son expression, et les meilleurs, ceux dont la France aura besoin aux heures noires ne sont plus attirés par une profession réduite à son rôle technique où ils ne pourront plus faire grandir le meilleur d’eux-mêmes.

Le problème, c’est que les armées, bien que piliers de la nation, ne sont défendues par personne. Il n’existe pas d’organisme ou de syndicat dont la mission soit la défense des militaires. Le rôle du ministre de la Défense est d’abord d’être loyal vis-à-vis du président, pas de protéger les armées de la France. Depuis trop longtemps, les hommes politiques ont oublié l’intérêt général de la France vite sacrifié sur l’autel des intérêts politiciens ; c’est la première raison de la désorganisation de l’armée française.

Pourtant les armées françaises ont été profondément réorganisées?

Oui, et le résultat est catastrophique car ces réorganisations se sont majoritairement faites au mépris de ce qu’est le soldat et de ce qui fait l’efficacité des armées, leur essence.

En trois couches successives, au mépris de la spécificité de ce ministère et de sa fonction essentielle, un terrible excès d’interarmisation, de mutualisation mais aussi de civilianisation est venu à bout du bon fonctionnement des armées.

L’application brutale de la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances), en 2006, a constitué un premier coup majeur. Par un double mouvement d’effacement des chefs d’état-major d’armée et de rehaussement des autres grands subordonnés du ministre, le chef d’état-major des armées reste le seul chef militaire en relation directe avec le ministre, à égalité désormais avec le Secrétaire général pour l’administration (SGA) et le Délégué général pour l’armement (DGA). Le ministère oublie définitivement qu’il est le ministère des armées et que les branches administratives sont là pour les soutenir ; le vieux principe militaire «soutenu/soutenant» est oublié.

La deuxième étape, en 2009, c’est la RGPP ou révision générale des politiques publiques. Le ministère est profondément affaibli par l’application excessive de principes contraires à l’efficacité militaire. Il va se retrouver «matricialisé» – c’est-à-dire «déresponsabilisé», ce qui va produire le désastre du système de solde Louvois ou le scandale du dépôt de munition de Miramas – et «mutualisé», avec l’aberrante création des Bases de défense.

Le troisième coup, depuis 2012, c’est la soi-disant «nouvelle gouvernance» du ministère, avec de nouveaux pans de responsabilité enlevés aux chefs militaires et attribués désormais aux grands directeurs: le commandement est dépossédé de la politique des ressources humaines, bien que «l’homme ait toujours été l’instrument premier du combat» et de la réflexion stratégique avec la création de la DGRIS. Au dysfonctionnement global s’ajoute hélas la décrédibilisation des chefs militaires qui se retrouvent impuissants à corriger les disfonctionnements et carences matérielles.

Ignorante d’une histoire qu’elle préfère ignorer, la société oublie que «l’homme est l’outil premier du combat» selon l’expression d’Ardan du Picq. On constate une double banalisation, celle des armées au sein du ministère, et celle du soldat. Mais on ne peut pas traiter un soldat comme un fonctionnaire ordinaire. Lorsqu’il s’engage pour la France, il reçoit une plaque qui symbolise son destin. Cette plaque a une valeur symbolique

La plaque du soldat est composée de deux parties - plaque du général Vincent Desportes - crédits: Eléonore de Vulpillières

extrêmement forte ; le nom et le numéro de matricule sont inscrits sur les deux parties de la plaque. S’il meurt au combat, que l’on perd sa trace, on y retrouvera son indentité, lorsque on le retrouvera plus tard. On coupe alors la plaque en deux, en en laissant une partie sur le cadavre et en conservant l’autre, que l’on ramène à l’arrière. Comme l’a écrit le colonel Michel Goya, pour le militaire, «la mort est la première hypothèse de travail». Le mépris du soldat, de sa spécificité est une très grave erreur politique.

La morale chrétienne voudrait qu’on protège le muet. Ici, c’est le contraire. On tire profit du silence de la Grande Muette pour l’affaiblir à moindre coût politique et utiliser son budget comme une variable d’ajustement.

Après les attentats du 13 novembre, des milliers de jeunes Français ont manifesté leur désir de s’engager dans l’armée. L’espoir est-il possible?

La France ne s’en sortira que si elle recrée l’État régalien qui a été bradé au profit de l’État providence. Les armées, la police, la justice, la diplomatie sont aujourd’hui dans un état lamentable. La dégradation des armées est un symbole fort de la déliquescence d’un État régalien qu’il faudra impérativement reconstruire.

En effet, les jeunes Français se pressent à la porte des bureaux de recrutement. Cela s’inscrit dans un phénomène historique: la guerre appelle le soldat. Un état de guerre engendre la mobilisation. Le deuxième phénomène à souligner, c’est que les citoyens français sont désormais en avance sur leurs politiques. Ils sont prêts à entendre un discours fort, ils sentent que leur patrie est à défendre, et ils attendent que leurs politiques les conduisent vers cette France nouvelle à laquelle ils aspirent. L’indispensable prise de conscience du politique devra être à la hauteur du destin français.

Saint-cyrien, ingénieur, docteur en Histoire et ancien directeur de l’Ecole de guerre, le général de division Vincent Desportes est aujourd’hui professeur associé à Sciences Po Paris et enseigne la stratégie à HEC.

Son livre

La dernière bataille de France est paru fin octobre 2015 aux éditions Gallimard.

 

source: http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/01/15/31001-20160115ARTFIG00310-general-desportes-les-interets-politiciens-desorganisent-l-armee-francaise.php

Source : senat.fr, 17/12/2014

COMPTES RENDUS DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ETRANGERES, DE LA DEFENSE ET DES FORCES ARMEES
Débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak – Audition de M. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères

La commission auditionne M. Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères, en vue du débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak, en application de la l’article 35 de la Constitution.

M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Je souhaite à présent en notre nom à tous la bienvenue à M. Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères. Monsieur le ministre, nous préparons la décision que nous prendrons le 13 janvier prochain sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak. Votre expérience et votre analyse peuvent éclairer notre choix. Vous avez récemment déclaré que les pays occidentaux étaient incapables de changer le cours des choses, qu’ils n’avaient plus « les moyens de leurs émotions ». Nous menons en effet des opérations lourdes et complexes, qui ont de forts impacts sur la société et la mondialisation. Quel est votre sentiment sur ces questions ?

M. Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères. – Je vous remercie de m’avoir invité. Je suis en ce moment dépourvu de toute responsabilité politique ; j’essaie de raisonner dans la durée, pour comprendre le décalage entre les politiques étrangères menées et les réactions des opinions publiques, surtout dans les pays qui estiment avoir un rôle spécial à jouer – les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne – et qui réagissent souvent à chaud ; sans doute seraient-elles favorables, après le carnage au Pakistan, à une intervention destinée à écraser les talibans…. Mais raisonnons depuis la chute de l’Union soviétique – et non depuis la chute du mur de Berlin – : depuis la fin 1991, l’Occident est intervenu plusieurs fois. Les résultats de ces opérations sont mitigés, parfois contre-productifs, comme en Irak en 2003 ou dans le cas libyen, où l’intervention, faite pourtant à la demande du secrétaire général de la Ligue arabe, a abouti au chaos actuel. Cela étant, nous ne nous serions jamais pardonné d’avoir laissé commettre le massacre annoncé de Benghazi…

Récemment la France a eu raison d’accepter d’intervenir en Afrique. Elle a gardé une capacité militaire remarquable, et dispose d’un système décisionnel efficace ; peu de pays sont dans ce cas. Beaucoup d’Etats se désengagent progressivement, comme le Royaume-Uni, même si le vote négatif de la Chambre des communes sur la Syrie était d’abord un moyen de faire payer les mensonges de Tony Blair sur l’Irak. L’idée selon laquelle l’Occident a une responsabilité spéciale dans le monde demeure mais s’effrite. C’est une très longue tradition d’ingérence et d’intervention que l’on peut faire remonter jusqu’à Jules Ferry et qui est en train de l’affaiblir. Elle est fortement présente aux Etats-Unis, chez les liberal hawks démocrates comme chez les néoconservateurs. Mais les opinions publiques se demandent de plus en plus souvent « et après ? » ou « en avons-nous les moyens ? » D’où ma déclaration, que vous avez citée.

Je n’en tire cependant pas la conclusion que nous ne pouvons rien faire. Déjà il existe une ingérence légale, un emploi légitime de la force, prévu à l’article VII de la charte des Nations unies si tous les membres permanents du Conseil de sécurité en sont d’accord, qui a servi pour justifier la libération du Koweït de l’invasion irakienne – intervention réussie et très peu contestée. Pour stopper le conflit au Kosovo, après dix-huit mois de négociations infructueuses, la tentative de Rambouillet, deux textes du Conseil de sécurité condamnant Milosevic, au titre du chapitre VII (mais qui ne comprenaient pas la formule : « emploi de tous les moyens »), il a bien fallu se résoudre à recourir à la force. J’y étais défavorable en premier lieu ; j’ai dû m’y résigner. Tous les pays voisins étaient d’accord, et les dirigeants serbes eux-mêmes se désolaient de l’obstination de Milosevic. L’OTAN en tant que telle n’a rien décidé : elle n’a fait que fournir les prestations militaires. Les Russes, trop faibles, ne pouvaient rien empêcher, mais ont pris ultérieurement cet épisode pour une marque de mépris. Nous avons finalement trouvé une cote mal taillée : s’abstenir de détruire les ponts – à la demande en particulier du président Chirac -, et soutenir une « autonomie substantielle » du Kosovo plutôt que l’accession à l’indépendance, qui n’a été acceptée qu’après, vers 2008. Bref, on a pu agir selon le cas avec ou sans le Conseil de sécurité des Nations unies.

En l’absence d’accord au Conseil de sécurité, intervenir est politiquement plus périlleux. En Syrie par exemple, l’intervention aurait été unilatérale. Aurait-on été capables ensuite d’affaiblir l’armée d’Assad pour obliger celui-ci à négocier, ou aurait-on été pris, au-delà, dans l’engrenage de l’engagement ? En Libye, l’idéal aurait été d’empêcher le massacre de Benghazi et d’obliger ensuite les parties à négocier, mais on ne peut pas refaire l’histoire.

Je suis plus réservé à propos de notre engagement en Irak. L’intervention américaine de 2003 était une erreur, d’autant plus que les arguments utilisés pour la justifier étaient mensongers. Mais, surtout, la politique qui a été mise en place après le renversement du régime a été une erreur plus grande encore. Elle a consisté à appliquer les mêmes méthodes qu’en Allemagne ou au Japon en 1945, en partant du principe qu’une fois la dictature renversée, on retrouvait la démocratie de façon automatique ! Or il faut du temps pour construire la démocratie. Si les États-Unis avaient été capables d’élaborer un plan constructif, évitant de renvoyer les membres du Baas dans l’extrémisme, nous aurions été obligés de reconnaître après coup le bien-fondé de leur intervention. Une troisième erreur a été commise, quand les troupes américaines sont parties. Certes, le président Obama avait été élu avec pour mission de désengager les forces américaines. Néanmoins, abandonner le gouvernement de l’Irak aux mains de M. Maliki, partisan d’une politique chiite sectaire, était une faute. Cet enchaînement de mauvaises décisions a conduit à la dégénérescence actuelle. Quel enseignement en tirer, sinon que toute intervention nécessite qu’on réfléchisse soigneusement à ses objectifs, aux conditions dans lesquelles elle se fera, sans parler des moyens ?

Quant à Daech, il était compréhensible que le président Obama décide d’intervenir après les décapitations spectaculaires et de mettre sur pied une coalition. Grâce aux drones, aux forces spéciales et au renforcement des troupes kurdes, le mouvement a pu être à peu près endigué. Il n’y a pas eu de bataille de Bagdad. Il était rationnel que nous apportions notre aide, en engageant des moyens. Cependant, pour éradiquer le mouvement, il faudrait une action militaire au sol et une solution politique en Irak et en Syrie. Or aucun pays occidental ne souhaite envoyer des troupes au sol : le Congrès américain voterait contre, la Grande-Bretagne s’y refuse, tout comme la France. Créer une force à partir des contingents irakiens chiites, kurdes et saoudiens reste difficile. Quant aux solutions politiques, elles supposent la création d’un Irak fort où le gouvernement chiite respecterait les sunnites – or rien de tel ne se fera sans l’Iran – mais également en Syrie. La tête du système Daech est en Syrie. Mais si on casse Daech en Syrie, on consolide de facto le régime Assad, car il n’y a pas de force démocratique assez forte sur le terrain syrien. Nous sommes placés dans une contradiction insurmontable. Sur le plan réaliste, il faudrait pouvoir accepter de coopérer davantage avec l’Iran et nous résigner à ce que Bachar el-Assad ne tombe pas. Bien sûr, des alliances difficiles se sont nouées pendant la Seconde guerre mondiale : face à Hitler les Etats-Unis se sont alliés à Staline. Mais certains choix dramatiques sont difficiles à assumer par les diplomaties d’opinion. L’affaire syrienne nous place devant une contradiction que nous ne savons pas gérer. Comme s’en inquiétait déjà Tocqueville, dans les démocraties, « les politiques étrangères sont souvent menées à partir de la politique intérieure ».

La Russie pourrait retrouver un rôle utile à jouer en Syrie, si elle dissociait ses intérêts de ceux du clan Assad. Encore faudrait-il avoir trouvé auparavant un compromis sur l’Ukraine, et avoir repensé les relations Russie/OTAN, UE, etc. Pour l’instant, aucun dirigeant occidental ne souhaite s’engager dans cette voie, sauf peut-être François Hollande.

M. Gaëtan Gorce. – Les démocraties occidentales sont confrontées à un certain nombre de contradictions. La France a-t-elle intérêt à poursuivre son intervention en Irak ? Certes, nous avons commencé, mais faut-il aller au-delà ? Les militaires avancent également l’argument d’un devoir de réciprocité vis-à-vis des États-Unis qui nous ont soutenus en Afrique. Enfin, nous participerions à la lutte contre le terrorisme. Ce dernier argument reste contestable car, par manque de définition politique, la lutte contre le terrorisme nous entraînerait dans une intervention dont nous ne pouvons pas mesurer les conséquences. La priorité est sans doute de réfléchir avec un temps d’avance. En maintenant nos forces en Irak, nous contribuons à renforcer le pouvoir de l’Iran dans la région, ce qui aura des conséquences, notamment, sur la question du nucléaire. Il faut également prévoir un affaiblissement de la Turquie et l’émergence d’une puissance kurde. Quant à la France, elle se retrouverait en position subalterne par rapport aux États-Unis, tant sur le plan militaire que diplomatique. Sommes-nous prêts à cela ?

Mme Hélène Conway-Mouret– Une zone d’ombre entoure l’engagement des 170 sociétés de sécurité américaines, qui ont presque toutes disparu, au moment où le gouvernement irakien s’est constitué. Quelle est votre opinion sur la face cachée de l’intervention américaine en Irak ?

L’opinion publique est volatile. Comment expliquez-vous que les dirigeants lui accordent autant d’attention, alors qu’il n’y a eu aucun mouvement de foule comparable aux manifestations contre la guerre du Viêtnam, par exemple ?

M. Aymeri de Montesquiou. – Monsieur le ministre, vous cultivez le paradoxe : vous nous dites que nous avons besoin de l’Iran et qu’Assad vaut mieux que Daech, mais qu’il est préférable de ne pas choisir… Je partage un certain nombre de vos interrogations. Néanmoins, ne vaudrait-il pas mieux défendre devant l’opinion publique l’idée qu’un non-choix serait la pire des solutions ? L’Iran, ce n’est pas l’idéal, Assad non plus, mais l’ennemi principal, c’est Daech. Et la toile de fond, n’est-ce pas le conflit entre Téhéran et Ryad ?

M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Vous proposez de faire d’Assad un objectif de conclusion et pas de départ, suivant là la ligne du maréchal Sissi.

M. Hubert Védrine. – Le système militaire américain, qui dispose pourtant d’un budget considérable, trouve parfois moins coûteux et moins contraignant de faire appel à des sociétés privées de sécurité. Cela les regarde.

Sur le poids de l’opinion publique, j’ai cité Tocqueville. La question demanderait plus de temps. À l’heure de la démocratie instantanée, de l’internet et des blogs, les pouvoirs publics sont menacés de perdre leur capacité d’action dans la durée, ce qui est pourtant stratégique. Ce processus pernicieux et handicapant touche maintenant aussi la politique étrangère en Occident. Pour l’opinion, le scénario à long terme ne compte pas ; elle réagit sur le moment. Donc la France ne devrait rester engagée en Irak que dans le cadre d’un projet politique clair et constructif.

Je trouve un peu dangereux l’argument de la réciprocité Etats-Unis/France, Mali/Irak ; nous ne sommes pas intervenus en Afrique pour défendre nos intérêts, mais pour lutter contre la menace pour tous que représentait une base arrière terroriste. La lutte contre le terrorisme n’est pas non plus un argument suffisant. Pour l’emporter, il faudrait qu’au sein de l’Islam les modernistes s’imposent face aux extrémistes. Cela arrivera, un jour, mais quand ? Il faudrait aussi régler le problème israélo-palestinien. En revanche, le maintien de notre engagement se justifie dans la perspective d’une pacification générale à long terme du Moyen-Orient et en tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies.

Notre marge de manoeuvre devrait nous permettre de rester engagés tout en précisant notre vision sur l’avenir de l’Irak, incluant un scénario où l’Iran serait réintégré dans le jeu international, un pays dont le potentiel est immense. Mais nous devrons être vigilants pour obtenir un bon accord sur le nucléaire. La Turquie devra conserver un rôle. Quant aux Kurdes d’Irak, avec qui nous entretenons de bonnes relations, nous devrions les encourager à ne pas se montrer trop provocants ou impatients dans leurs exigences, pour ne pas provoquer la reconstitution d’une coalition des voisins contre un État kurde. L’existence du Kurdistan irakien autonome est déjà une belle victoire ! En Syrie, l’élimination complète de Daech est une priorité qui devrait passer avant une éventuelle élimination du régime.

Sur toutes ces questions, je plaide pour une approche plus réaliste.

M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Vous plaidez en somme pour la mise en place d’une politique étrangère ! C’est un jugement sévère. Une mission d’information sur l’Iran doit bientôt commencer ses travaux au sein de notre commission. Nous vous recevions pour parler de notre politique de défense ; vous nous avez répondu en parlant de politique étrangère. Merci, en tout cas, pour vos analyses !

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Débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak – Audition du Général de division (r) Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris

La commission auditionne le général de division (r) Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris, en vue du débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak, en application de l’article 35 de la Constitution.

M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Nous poursuivons nos travaux relatifs au débat, qui se tiendra en séance publique le 13 janvier prochain, sur la prolongation de l’opération Chammal.

Mon général, je suis très heureux de vous accueillir. Vous êtes à la fois général et professeur, votre parole nous intéresse donc particulièrement. Nous sommes préoccupés par la situation. Nous aurions du mal à refuser d’autoriser la poursuite de l’intervention, néanmoins la simple continuité nous pose problème, notamment au regard des critères énoncés par le Livre blanc de 2008. Nous voudrions avoir votre point de vue, juste avant d’entendre le ministre de la défense.

Général Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris. – Avant de revenir vers les critères d’évaluation des opérations extérieures, je crois qu’il faut dire, affirmer et répéter sans faiblesse : « Daech delenda est ». Ayons la force de Caton l’Ancien.

Daech est aujourd’hui le danger majeur. Nous n’avons certes pas les moyens de tout, en même temps. Les menaces doivent être priorisées, quitte à consentir quelques compromis avec les moins brûlantes : dans le monde réel, dans un contexte de ressources et de moyens limités, notre politique ne peut être que réaliste.

« Daech delenda est » … mais nous ne pourrons répandre le sel sur le sol de l’Irak et de la Syrie. Il faudra au contraire le rendre fertile pour de nouvelles semences.

« Daech delenda est » … et pourtant votre interrogation demeure fondamentale : personne ne doute ici qu’il faille détruire Daech, mais devons-nous participer nous-mêmes à cette destruction ?

Un mot sur Daech, d’abord.

Ne doutons pas de la réalité de la menace directe pour nos intérêts vitaux, dont notre territoire et notre population. Daech est le premier mouvement terroriste à contrôler un aussi vaste territoire (35% du territoire irakien, 20% du territoire syrien). Ce qui représente 200 000 km² (soit l’équivalent de l’Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, PACA et Rhône-Alpes réunis) et une population de l’ordre de 10 millions de personnes. Ce territoire est imparfaitement mais réellement « administré » par un « ordre islamique », fait de barbarie et de rackets. Daech dispose d’un véritable « trésor de guerre » (2 milliards de dollars selon la CIA), de revenus massifs et autonomes, sans comparaison avec ceux dont disposait Al-Qaïda. Daech dispose d’équipements militaires nombreux, rustiques mais aussi lourds et sophistiqués. Plus que d’une mouvance terroriste, nous sommes confrontés à une véritable armée encadrée par des militaires professionnels.

Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre ? Affirmons-le clairement, parce que cela a des conséquences : ce sont les États-Unis. Par intérêt politique à court terme, d’autres acteurs – dont certains s’affichent en amis de l’Occident – d’autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les Etats-Unis. Ce mouvement, à la très forte capacité d’attraction et de diffusion de violence, est en expansion. Il est puissant, même s’il est marqué de profondes vulnérabilités. Il est puissant mais il sera détruit. C’est sûr. Il n’a pas d’autre vocation que de disparaître.

Le point est de le faire disparaître avant que le mal soit irréversible, avant que ses braises dispersées n’aient fait de ce départ de feu un incendie universel. Il faut agir, de manière puissante et déterminée, avec tous les pays de la région.

Il faut agir, mais qui doit agir ?

Avant d’aller plus loin dans mon raisonnement, je voudrais, comme vous l’avez souhaité, étudier quelques-uns des critères retenus comme fil guide de ces auditions. J’aborderai d’abord celui de la capacité « d’analyse exacte du contour spatio-temporel et financier d’un engagement ». Ce critère est en opposition profonde avec la nature même de la guerre.

Car, depuis que le monde est monde, personne n’a jamais pu « commander » à la guerre. Le rêve du politique, c’est l’intervention puissante, rapide, ponctuelle, qui sidère. C’est le mythe cent fois invalidé du « hit and transfer », du choc militaire qui conduirait directement au résultat stratégique et, dans un monde parfait, au passage de relais à quelques armées vassales immédiatement aptes et désireuses d’assumer elles-mêmes les responsabilités. Las ! Les calendriers idéaux (du genre « Cette opération va durer six mois ») sont toujours infirmés par ce que Clausewitz appelle la « vie propre » de la guerre. La guerre appartient à l’ordre du vivant, elle n’est pas un objet, elle est un sujet. Dès lors, n’espérons jamais « commander à la guerre » : c’est elle qui imposera son calendrier et ses évolutions. Cela a toujours été vrai : je relie mon propos à trois stratégistes qui inscrivent dans le temps éternel cette caractéristique incontournable de la guerre. 400 av. JC, évoquant la guerre du Péloponnèse, Thucydite indique que « La guerre ne se développe jamais selon un plan arrêté ». Au XVe siècle, Machiavel considère pour sa part que, si « on rentre dans la guerre quand on veut, on en sort quand on peut ». Il y a quelques années, un officier de cavalerie qui connaît la guerre mieux que personne pour en avoir souffert dans sa chair et l’avoir pratiquée à tous les niveaux, je veux parler de Winston Churchill, affirme dans ses mémoires, « Ne pensez jamais, jamais, jamais qu’une guerre peut être facile et sans surprise ; (…) l’homme d’Etat qui cède au démon de la guerre doit savoir que, dès que le signal est donné, il n’est plus le maître de la politique mais l’esclave d’événements imprévisibles et incontrôlables ».

Il a tellement raison ! Prenons deux exemples récents. Quand les Etats-Unis se lancent dans la deuxième guerre du Golfe en 2003, ils ne savent pas qu’elle va les entraîner, 11 ans plus tard, dans une troisième guerre du Golfe. Quand la France décide de stopper les chars libyens devant Benghazi en 2011, elle ne sait pas que cela va l’entraîner en 2013 au Mali et pour de très longues années dans la bande sahélo-saharienne.

De la première bataille à « la paix meilleure » qu’elle vise, il y a toujours un long chemin chaotique qui ne produit le succès que dans la durée, l’effort et la persévérance. Donc, quand on rentre dans une guerre, il faut avoir de la ressource, ce que j’appelle de la « profondeur stratégique » – notion fondamentale – pour pouvoir « suivre » (dans le sens du jeu de poker) et pouvoir s’adapter… ce que nous avons été tout à fait incapables de faire en Centrafrique par exemple.

Je veux insister encore un peu sur ce problème du nombre, car il est crucial. Il est directement lié au concept de résilience. Résilience dans chaque crise et résilience globale. Aucune de nos interventions ne peut produire ses effets dans le temps court, mais notre capacité de « résilience ponctuelle » est très faible : à peine arrivés, il faut partir. C’est pire dans le temps long, et pourtant il faut bien intervenir face aux menaces extérieures.

Au bilan, quelle que soit l’armée considérée, nous sommes engagés au-dessus des situations opérationnelles de référence, c’est-à-dire que chaque armée est en train d’user son capital sans avoir le temps de le régénérer. Nous avons des forces insuffisantes en volume. Pour compenser, tant au niveau tactique qu’au niveau stratégique, nous les faisons tourner sur un tempo très élevé qui les use. C’est-à-dire que si ce suremploi continue, l’armée française sera dans la situation de l’armée britannique sur-employée en Irak et en Afghanistan et obligée pendant quelques années d’arrêter les interventions et de régénérer son capital « at home ». L’effort considérable produit aujourd’hui au profit des interventions a des répercussions fortes et mesurables sur les forces en métropole, en termes de préparation opérationnelle en particulier.

Le sens des responsabilités exige de tordre définitivement le cou au mythe de la guerre courte. Ecartons définitivement les faux rêves toujours invalidés du « first in, first out » et du « hit and transfert ». Cela n’a marché ni pour les Américains en Irak, ni pour nous au Mali. D’ailleurs le « hit and run » n’est pas un facteur de stabilité : nous en sommes à la cinquième opération « coup de poing » en Centrafrique, 34 ans après la première, Barracuda en 1979. Une opération qui dure n’est pas forcément une opération qui s’enlise !

D’ailleurs le Livre blanc de 2008 a, au moins de manière théorique, bien pris en compte cette nécessité. Il postule que : « les phases de stabilisation peuvent s’étendre sur des années » ou que « ces opérations s’inscrivent dans le temps long » et avance que « l’aptitude à durer » est un facteur fondamental de l’efficacité des armées.

Dans ces conditions, il est bien évident que la délimitation de l’espace et du temps, l’évaluation et la maîtrise des coûts relèvent de la gageure. Ce rêve peut être utile en termes de communication politique, mais son propre discours ne doit pas leurrer le politique.

Comment compléter utilement la grille d’évaluation 2008 ?

Je voudrais d’abord prendre un instant pour rappeler ce qu’il est convenu d’appeler la doctrine Powell, admirée en son temps puis oubliée avec ce dernier après son mensonge public, à la face du monde, le 5 février 2003.

Cette « doctrine » a été définie à l’aube de la guerre du Golfe en 1990. Elle se résume à une série de questions :

– Des intérêts vitaux sont-ils en jeu ?

– Des objectifs atteignables ont-ils été définis ?

– Les risques et coûts ont-ils été objectivement analysés ?

– Toutes les autres options non-violentes ont-elles été épuisées ?

– Existe-t-il une stratégie de sortie permettant d’éviter un embourbement ?

– Les conséquences de l’intervention ont-elles été évaluées ?

– Le peuple américain soutient-il cette action ?

– Avons-nous un réel soutien de la communauté internationale ?

Cette grille est bien imparfaite, mais elle est claire et pourrait encore utilement servir d’exemple à nos responsables exécutifs.

Pour ma part, je dirais que toute intervention doit respecter les grands principes stratégiques. J’en citerai cinq :

Premier principe : il ne faut s’engager que si l’on peut influencer au niveau stratégique. Sinon, on use ses forces sans capacité d’influence, on est plutôt discrédité et on ne gagne rien en image. C’est le cas de la Grande Bretagne en Irak et en Afghanistan ; elle a fini par y être relevée sans gloire après y avoir littéralement usé ses armées jusqu’à la corde. C’est le cas de la France en Afghanistan : elle y a conduit une « guerre américaine » sans influence stratégique globale, sans influence sur le cours des opérations, sans influence sur la direction de la coalition. A contrario, la Libye et le Mali – et l’opération Barkhane désormais – ont eu un effet profond sur la perception de la France dans le monde et par ses partenaires.

Deuxième principe : il ne faut intervenir que là où cela a du « sens stratégique ». C’est-à-dire quand notre action vise à préserver nos intérêts, à être à la hauteur de nos responsabilités… et c’est aussi notre intérêt car la France est grande dans le monde, en particulier par sa place au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais cette place lui est contestée tous les jours, et il faut qu’elle la défende, qu’elle la légitime tous les jours. Et elle ne peut le faire que par sa capacité de gestion utile des troubles du monde. Ce qui, au passage, impose absolument la nécessité de conforter notre capacité à agir comme « nation-cadre » et à « entrer en premier ». N’en doutons pas : notre place parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et notre influence dans les affaires du monde sont d’abord fondées sur notre capacité à agir de manière concrète dans les crises (capacité et crédibilité).

Troisième principe : il faut définir des objectifs atteignables. Serval, au Mali, est un cas d’école : les objectifs fixés par le Président de la République, dont l’état final recherché, ont été clairs et, au moins initialement, compatibles avec les moyens disponibles. En Afghanistan, les objectifs ont très vite dérivé et dépassé les moyens dont la coalition disposait (en termes de temps et de capacité de contrôle de l’espace terrestre en particulier).

Quatrième principe : il ne faut intervenir que quand l’action envisagée est compatible avec les moyens disponibles, immédiatement et à terme. Ici le contraste entre le Mali et l’Afghanistan, mais aussi entre le Mali et la RCA, est frappant. Pourtant le Livre blanc de 2008 était clair sur ce point. Il rappelait que « le critère du nombre – effectifs et équipements – demeure pertinent et ne peut entièrement être compensé par la qualité (…) il reste un facteur déterminant » quel que soit le milieu. Le Livre blanc 2013 parle de « volume de forces suffisants ». Dans les faits, l’opération Serval était un pari extrêmement risqué, chacun le sait, en raison du très faible volume de forces déployées, conjugué à la grande vétusté de la majorité des équipements utilisés. L’opération Sangaris est un pari qui a échoué : le pari fait de la « sidération initiale » a échoué. Ensuite, le déni de réalité conjugué à notre manque de moyens a empêché l’adaptation de la force à la réalité du terrain et au déploiement immédiat des 5 000 hommes qui étaient indispensables.

Cinquième principe : il ne faut « pas faire le premier pas sans envisager le dernier ». La formule est de Clausewitz : deux siècles plus tard, elle est toujours d’actualité. Cela veut dire, avoir une stratégie de sortie : et on opposera facilement ici encore le Mali et RCA. Cela veut dire qu’il faut évaluer sans idéologie, sans aveuglement, les conséquences d’une intervention, surtout si l’on n’a pas l’intention d’aller jusqu’au bout.

Il est bon ici de se rappeler ce que le Ministre Powell nommait le syndrome de « Pottery Barn », grande chaîne de magasins de vaisselle aux Etats-Unis. Nous étions en 2002, et Colin Powell voulait dissuader George W. Bush de lancer son agression de l’Irak. Il disait ainsi : « Quand vous entrez chez “Pottery Barn”, ce que vous cassez vous appartient ». Il avait raison. L’Irak et le Moyen-Orient « appartiennent » aux Etats-Unis, comme les conflits régionaux, en cascade, que cette agression a engendrés, tout comme l’Etat Islamique, « appartiennent » aux Etats-Unis. De la même manière, la Libye appartient à la France, tout comme le chaos régional que nous avons provoqué sur toute la bande Sahélo-saharienne. Du moins si l’on considère qu’il y a un lien entre le sens de la civilisation et le sens de la responsabilité …

Je tiens à évoquer votre quatrième point, celui du poids budgétaire des OPEX. Il ne s’agit pas « d’avoir les moyens de ses émotions ». Il s’agit de « consentir les investissements nécessaires à la sécurité des Français », selon le mot du ministre Le Drian. Cela n’a rien à voir !

Il est d’abord bien évident que s’offrir une Porsche et être ensuite incapable de payer le carburant pour la faire rouler relève du non-sens. Madeleine Albright avait bien raison quand elle posait la question : « A quoi servent nos belles forces armées si nous ne pouvons nous en servir ».

Le sous-dimensionnement patent du budget OPEX a des effets pervers considérables dont doivent être conscients ceux qui en décident. D’abord, laisser dire par les media, sans démenti formel, que les armées dépensent indûment le maigre budget français relève de la faute morale, au moment où nos soldats se battent sur tous les fronts, pour la France et à ses ordres, avec des ressources beaucoup trop comptées. Ensuite, parce que nous sommes toujours en dessous de la « taille critique », ce sous-dimensionnement du budget a des conséquences directes tant sur le succès des opérations que sur la sécurité de nos soldats : ils s’en retrouvent mis en danger.

Aujourd’hui dès qu’une opération est décidée, les planificateurs ont pour ordre strict de limiter au maximum les moyens, non en fonction des exigences opérationnelles mais selon une stricte logique budgétaire. Puis, dès que l’opération est lancée, la seule préoccupation des planificateurs est de rapatrier au plus tôt le maximum des moyens déployés. Avec trois conséquences funestes :

Premièrement, nos soldats se retrouvent toujours en sur-danger par rapport à une opération planifiée normalement, c’est-à-dire en fonction de sa finalité et des exigences opérationnelles. Les options tactiques sont rarement des options « opérationnelles » : ce sont des choix tactiques par défaut, sous forte contrainte. L’opération Sangaris est un exemple dramatique de cette dérive : moyens très insuffisants dès le départ et aucune adaptation des volumes, même lorsque le besoin est criant ;

Deuxièmement, nos forces ont le plus grand mal à remplir leurs missions et agissent en opposition flagrante avec un principe premier de la guerre, le principe de masse et de submersion. L’action, exécutée à moyens comptés, tarde à produire ses effets et coûte finalement beaucoup plus cher. Ainsi, nos forces sont conduites à mener des opérations séquentielles et non parallèles. C’est l’exemple type de Sangaris : d’abord la Séléka, puis les anti-Balaka : la force française y perd son efficacité et son caractère d’impartialité ;

Troisièmement, nos armées ont été déjà transformées en « kit expéditionnaire », donc capables de gagner des batailles mais pas de gagner les guerres – c’est-à-dire produire un « état de paix meilleur que le précédent » selon le mot de Liddell Hart. Aujourd’hui, on accélère leur retrait, gâchant leurs succès initiaux qu’elles ne peuvent plus transformer en succès stratégique et politique. Après avoir repoussé, détruit ou conquis, nous n’avons jamais assez de forces pour « mailler » et « tenir ».

Ainsi, de l’Afghanistan à la RCA en passant par le Mali, le problème majeur est celui de la « permanence » et le syndrome qui lui correspond, celui de « Sisyphe guerrier », reconquérant tous les matins ce qu’il a dû abandonner la nuit.

J’en arrive à Chammal. Après quelques détours, j’en conviens, mais l’on ne perd jamais son temps à prendre un temps de recul stratégique, à une époque où, justement, la tendance est de raisonner dans le temps court, en termes de dépenses de comptoir, des problèmes qui relèvent du temps long et d’investissements lourds.

Je ne m’attarde pas sur l’ahurissante contradiction actuelle entre, d’une part, l’embrasement du monde à nos portes, à notre est, à notre sud-est, à notre sud, la multiplication de nos interventions et, d’autre part, la détérioration profonde et rapide de nos capacités budgétaires avec, en aval, celle de nos capacités militaires. Tout le monde le sait, à droite et à gauche. Certains, trop peu nombreux, le disent.

Il y a toujours plus d’opérations et toujours moins de moyens. Et nous courons sans espoir derrière au moins un succès concret. Nous déshabillons Pierre pour habiller Paul, puis Paul pour rhabiller Pierre et habiller Jacques.

Trop tôt, nous réduisons nos forces au Mali parce qu’il faut aller en RCA ; là, notre faible contingent produit des résultats bien imparfaits mais déjà nous le déshabillons parce qu’il faut bien faire Barkhane … mais qu’il faut aussi aller reconquérir au Mali l’ Adrar des Ifoghasque nous avons lâché trop vite. L’adjudant Thomas Dupuy y trouvera la mort …

Alors ? Tenons-nous au principe bien connu de la guerre : le principe de concentration … ou à sa version populaire : « qui trop embrasse mal étreint ». Arrêtons de nous éparpiller ! Regardons les choses en face.

Etat islamique. « Daech delenda est » : certes ! Nous sommes profondément solidaires, mais nous ne sommes aucunement responsables. Nos intérêts existent, mais ils sont indirects. Nos capacités sont limitées et dérisoires, là-bas, par rapport à celles des Etats-Unis et notre influence stratégique est extrêmement limitée. Bien que nous soyons le 3e en termes de participation aérienne, nous sommes considérés par les Américains comme le 9e contributeur, derrière l’Arabie Saoudite. Au sein de l’état-major interalliés et interarmées opératif au Koweït, notre poids et notre accès est très limité, avec seulement une cinquantaine de postes non ABCA sur un millier. Le problème est d’une très grande complexité et ne sera réglé que dans le temps très long, en exigeant toujours plus de moyens.

Barkhane. Nous sommes profondément responsables. A la fois du chaos que nous avons créé et, qu’on le veuille ou non, de la stabilité de la bande sahélo-saharienne et de la frange nord-ouest de l’Afrique noire. De plus, nous y avons des intérêts directs de toute nature. Le problème est militairement beaucoup plus simple, avec des solutions politiques plus claires. La sortie sera plus aisée. Personne ou presque ne viendra nous aider, parce que la solidarité internationale, parce que la solidarité européenne n’existent pas. A défaut d’aide internationale, nous disposons d’une grande autonomie stratégique. Nous, nous y sommes pour longtemps et il faudra bien aller, un jour, en outre, s’occuper du chaos libyen et de la menace Boko Haram qui va continuer à se poser de manière croissante. Nous n’aurons pas le choix.

Alors ? Alors, de grâce, concentrons-nous. Laissons quelques officiers planifier dans les centres d’opérations ; laissons nos trois couleurs flotter sur l’état-major de la coalition anti-Daech. Il faut continuer à payer le prix minimal pour le ticket d’accès à l’information, mais il fait veiller au contrôle de son inflation, déjà en oeuvre. Mais concentrons tous nos efforts et nos maigres moyens sur cette opération Barkhane, gigantesque défi stratégique et logistique, conduit aujourd’hui avec un effectif dérisoire pour une mission de sécurité ultra-complexe couvrant une zone immense de cinq pays aux frontières poreuses, avec un dispositif français déjà au bout de ses capacités.

Et nous n’avons pas le choix : nous devons y vaincre, forcément sur le temps long. Pour le monde. Mais surtout pour la France et la sécurité de nos concitoyens.

M. Jacques Gautier. – Concernant le sous-dimensionnement du budget des OPEX, je me satisfais de la formule actuelle, consistant à inscrire une dotation déterminée dans le budget du ministère de la défense et à prévoir un financement interministériel du dépassement, dans la mesure où l’engagement des OPEX est une décision d’ordre politique. Compte tenu de la contrainte de réduction des coûts, je m’interroge, par ailleurs, sur ce que peut apporter la participation du porte-avions Charles de Gaulle à l’opération Chammal, dès lors que la France dispose déjà de Mirage en Jordanie et de Rafale aux Emirats Arabes Unis.

M. Joël Guerriau. – J’ai apprécié votre remarquable exposé et retenu les cinq principes que vous avez cités. Vous avez dit que la France avait eu raison d’intervenir au Mali et en Libye tout en précisant, ce qui m’a rassuré, qu’il convenait d’aller jusqu’au bout et d’y restaurer une paix durable. Je retiens de votre propos la règle d’or suivante : il ne faut s’engager dans une guerre que si on a la capacité à durer.

M. Jean-Marie Bockel. – J’apprécie l’originalité et la finesse de vos analyses depuis que je vous connais. Mais je note qu’au sein de l’institution militaire, vos prises de positions font débat.

M. Aymeri de Montesquiou. – Vous avez remisé aux oubliettes la doctrine Guderian de la guerre éclair (Blitzkrieg). Vous avez souligné l’importance du territoire de Daech (200 000 km) au regard des effectifs limités dont il dispose (30 000 hommes). Il s’agit là d’un point faible pour Daech, d’autant qu’il n’a pas d’aviation. En outre, je me demande comment il est possible d’influencer une coalition : soit on la dirige, soit on est dirigé. Et quand on est dirigé, défend-on vraiment ses intérêts ?

M. Daniel Reiner. – Aurait-il été imaginable que la France ne fasse pas l’opération Chammal ?

M. Gilbert Roger. – Dans votre propos, vous n’avez pas évoqué l’Europe. J’ai le sentiment que la France est bien seule, politiquement et militairement. D’un point de vue stratégique, Daech dispose d’immenses ressources, notamment grâce à un trafic de pétrole à ciel ouvert. N’est-on pas en mesure de détruire cette source d’enrichissement ? Pourquoi ne le fait-on pas ?

M. Robert del Picchia. – Vous défendez l’idée que pour intervenir, il faut d’abord tout prévoir. Quid de l’urgence ? Quand il y a urgence, il n’y a donc pas d’intervention possible ?

Général Vincent Desportes. – Je répondrai de façon synthétique à l’ensemble de ces questions.

D’abord, je comprends le raisonnement de M. Gautier. La logique poursuivie par le Gouvernement est compréhensible. Cependant, elle se traduit par de nombreux effets pervers. Les options tactiques sont prises par défaut, sous fortes contraintes budgétaires. Mesurées dès le départ au plus juste, les forces sont redimensionnées au plus tôt, ce qui affecte tant la sécurité de nos soldats que l’efficacité de la mission.

S’agissant de l’emploi du porte-avions en OPEX, avant qu’il ne rentre en indisponibilité technique, si ce renfort paraît utile, je n’y vois pas d’objection, pour autant que cela ne coûte pas trop cher et n’impacte pas les autres budgets ; je ne suis pas un spécialiste de cette question. Mais la priorité, à mes yeux, est de renforcer les moyens alloués à l’opération Barkhane.

Pour revenir sur la nécessité de ne s’engager que lorsqu’on dispose de la capacité de le faire dans la durée, je précise que l’opération libyenne, au moment de son lancement, était selon moi raisonnable – arrêter les chars à Benghazi, c’était une décision légitime et morale. La dérive est venue ensuite : nous n’avons ni pu, ni su gérer « l’après » de notre intervention.

M. Daniel Reiner. – On ne sait pas le faire !

Général Vincent Desportes. – Dans ce cas, arrêtons-nous ! Nos armées, aujourd’hui, sont des sortes de « kits » expéditionnaires, sans profondeur stratégique ; on n’a pratiquement jamais les moyens de « durer » dans les opérations. Or il n’y a jamais de succès stratégique dans le temps court ! Ce que la France a fait au Mali a d’abord été très bien fait, mais nous avons réduit beaucoup trop vite nos effectifs. Dans un contexte de moyens contraints, il importe de concentrer nos interventions, et d’inscrire celles-ci dans le temps long. Les opérations « aller et retour » permettent d’atteindre des résultats d’ordre technique, mais pas d’aboutir aux solutions politiques nécessaires. C’est l’histoire du monde !

A l’attention de M. Bockel : je crois qu’au sein des armées où j’ai de nombreux contacts, la majorité approuve mes propos. J’ajoute qu’un problème fondamental des militaires réside dans le fait de ne pas pouvoir s’exprimer lorsqu’ils portent l’uniforme, parce qu’ils le portent, puis de ne plus pouvoir parler lorsqu’ils l’ont quitté, car ils sont alors censés ne plus connaître les sujets sur lesquels ils auraient pu s’exprimer ! Les armées constituent aujourd’hui le seul corps social de la Nation à ne pas disposer de système d’auto-défense, d’une forme d’ordre professionnel. Ainsi, pour des raisons ancrées dans l’histoire, le corps des officiers, à mon sens, ne remplit plus aujourd’hui le rôle qui est le sien dans la Nation, souvent par excès de déférence, me semble-t-il. C’est un sujet dont il faudrait débattre.

M. Jean-Marie Bockel. – Très bien !

Général Vincent Desportes. – Sur Daech, je suis d’accord avec M. de Montesquiou : plus cette organisation terroriste cherchera à étendre son emprise territoriale, plus elle se fragilisera et sera susceptible de subir nos frappes. Ce choix de la territorialisation signe la mort programmée de Daech – Napoléon fut défait devant Moscou ! Et c’est ainsi que Daech mourra avant Al-Qaïda. Quant à la question de rompre les flux qui en assurent le soutien, je pense, sans connaître le détail opérationnel en cause, qu’une part de la difficulté tient au fait que l’on frapperait là en territoire ami.

En Afghanistan, nous avons servi à peu de chose. A l’inverse, l’opération Barkhane est utile et bien menée, nous y disposons d’une capacité de direction et d’influence ; ce n’est pas le cas dans l’opération Chammal.

Enfin, pour revenir sur la question de l’urgence, je crois que l’on est tout à fait capable d’agir et de se projeter en urgence quand cela est nécessaire – on a su le faire au Mali ; mais que l’urgence n’empêche pas la réflexion stratégique.

M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Merci, mon général, pour l’ensemble de ces éléments, et pour votre liberté de parole et votre ouverture au débat, ainsi que la clarté avec laquelle vous exposez vos convictions.

 

 Source : senat.fr, 17/12/2014

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Typhoon FGR4
La Grande-Bretagne lance ses premières frappes en Syrie

© Flickr/ Alan Wilson

Quelques heures seulement après le feu vert du Parlement, la Grande-Bretagne a conduit tôt jeudi matin ses premières frappes aériennes en Syrie contre les positions de Daech.
Des Tornado de la Royal Air Force ont « effectué la première opération offensive au-dessus de la Syrie lors de laquelle ils ont conduit des frappes », a souligné un porte-parole du ministère de la Défense.

Le ministère a dans un premier temps refusé de détailler les cibles visées. Quatre Tornado ont décollé dans la nuit de la base d’Akrotiri à Chypre où la RAF dispose de huit appareils de ce type.Des chasseurs-bombardiers supplémentaires devraient être déployés dans les jours qui viennent, alors que la Grande-Bretagne devient le sixième pays à bombarder l’EI à la fois en Irak et en Syrie.

Les frappes britanniques interviennent quelques heures seulement après que le Parlement a approuvé l’extension à la Syrie des raids aériens que la Grande-Bretagne effectuait déjà en Irak contre l’EI, indique l’AFP.

La présence des avions de la RAF en Irak et le fait qu’ils effectuaient déjà des vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie expliquent la rapidité avec laquelle ils sont entrés en action jeudi.

Le vote au Parlement, vers 22h30 GMT, a été acquis par 397 voix pour, 223 voix contre. La majorité de 174 a été rendue possible notamment par les voix de 67 députés travaillistes, qui se sont joints aux conservateurs du premier ministre David Cameron, selon le décompte des médias britanniques.

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Le Royaume-Uni bombarde Daech, Hollande et Poutine se félicitentJ.Cl. | 03 Déc. 2015, 07h10 | MAJ : 03 Déc. 2015, 10h37

Base militaire d'Akrotiri (Chypre), jeudi vers 1h30. Quatre avions de combat britanniques ont décollé de la base de la RAF pour bombarder des positions de Daech en Syrie.
Base militaire d’Akrotiri (Chypre), jeudi vers 1h30. Quatre avions de combat britanniques ont décollé de la base de la RAF pour bombarder des positions de Daech en Syrie. (Capture Sky news)

http://www.leparisien.fr/international/syrie-le-royaume-uni-bombarde-daech-57-minutes-apres-le-go-de-son-parlement-03-12-2015-5335631.php

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Syrie : la perfide Albion attaque notre valeureux porte-avions
24 novembre 2015 — François Cornut-Gentille

Afficher l'image d'origineLe premier ministre britannique a proposé hier, à l’occasion de son entretien avec François Hollande, de mettre à disposition de l’armée de l’air française la base aérienne britannique d’Akrotiri, sur l’île de Chypre, pour bombarder les positions de l’Etat islamique en Syrie.

On ne sait pas ce que lui a répondu le chef des armées mais c’est un cadeau empoisonné que vient d’offrir David Cameron. Pourquoi empoisonné ? Parce qu’il rend inutile le déploiement du porte-avions. Une fois de plus diront les mauvaises langues…

Or, à en croire les communiqués et reportages effectués à la gloire du Charles-de-Gaulle, sans l’aéronavale point de salut. Pour mémoire, les frappes aériennes s’effectuent depuis les airs. Aux premières loges, l’armée de l’air agit depuis plusieurs mois et sans discontinuité depuis sa base d’Abu Dhabi et une base en Jordanie, à la frontière syrienne. Disposer d’une base aérienne à Chypre permettrait de frapper l’ouest syrien distant alors seulement de 250 kilomètres : la ville de Homs est à 350 kilomètres (voir carte).

Petit problème : que faire des Rafale de l’aéronavale qui aimeraient bien avoir leur part du gâteau, et les primes qui vont avec ? Les pilotes peuvent très bien décoller d’une base terrestre, eux qui réussissent le réel exploit de décoller et atterrir d’une plateforme navale. Mais, dans un souci d’économies peu évidentes, l’état-major des armées préfèrent envoyer un porte-avions, deux frégates, un sous-marin nucléaire d’attaques et un ravitailleur pour effectuer des frappes moins massives car les avions ne peuvent être « chargés » comme ceux de l’armée de l’air, décollage du porte-avions oblige.

Le Président de la République a appelé à la solidarité européenne pour lutter contre Daesh. David Cameron a répondu positivement en proposant les infrastructures britanniques. Va-t-il oser dire non ?

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Face à la migration déclenchée en partie par un certain Nicolas Sarközi, prenant la tête d’une coalition en Libye, contre son ex-ami dictateur, pour, d’après quelques mauvaises langues, effacer une dette, les historiens nous rappellent de temps en temps que nous avons souvent la mémoire courte.

Aujourd’hui, on voit des murs, des barbelés, s’élever un peu partout, pour contrer l’immigration, pour empêcher l’entrée des réfugiés politiques, de ces femmes, ces enfants et ces hommes fuyant la guerre, mais il n’y a pas si longtemps, le 8 août 1991, 20 000 albanais prenaient à l’abordage un navire, le Vlora, un vieux navire marchand albanais, espérant trouver la liberté en Italie, le capitaine du bateau étant sous la menace d’un simple tournevis.

Dès l’arrivée en Italie, à Bari, cette marée humaine qui croyait être arrivé dans un paradis, avait été promptement enfermée dans le stade de la ville, et, à l’exception de 1500 d’entre eux qui ont pu s’échapper, tous les autres ont été rapatriés en Albanie.

Ce triste événement a été l’objet d’un documentaire, tourné en 2012 « la nave dolce  » sous la houlette du réalisateur italien Daniele Vicarilien

Présenté à la Mostra de Venise, le 2 septembre 2012, le film a remporté un prix largement mérité : le « premio pasinetti ».

Un extrait du film est sur ce lien

L’histoire de notre planète est une longue suite d’exils, de migrations, et ce qui est moins connu c’est que le 28 juillet 1951, une convention relative au statut de réfugiés, a été adoptée à Genève lors d’une conférence de plénipotentiaires, convoquée par l’ONU(organisation des nations unies), convention qui semble être tombée dans un oubli profond, vu qu’elle n’est pas souvent prise en compte. lien

Qui se souvient des centaines de milliers de catalans, (entre 350 000 et 550 000) qui quittèrent l’Espagne de Franco en janvier/février 1939, pour se mettre à l’abri en France ?

Les 2/3 d’entre eux furent reconduits à la frontière par le soin des autorités françaises. lien

Pourtant, si on veut bien prendre un peu de recul, on s’aperçoit que le phénomène d’immigration, qu’elles qu’en soient les raisons, a toujours été présent sur notre planète.

En 1960 notre terre comptait 2,3% de migrants, et elle en compte aujourd’hui 2,9%, ce qui prouve que la situation n’est pas si tragique, alors que les mouvements ultranationalistes, racistes, tentent d’affoler la population, évoquant des « envahisseurs » évidemment musulmans, voire terroristes.

En réalité, sur 7,3 milliards d’êtres humains, seulement 230 millions sont des immigrés.

En Europe, laquelle compte depuis janvier 2015 508 millions d’habitants, le nombre d’immigrés entrés clandestinement n’est que de 274 000, ce qui représente somme toute un assez faible pourcentage.

L’augmentation de son taux d’habitants n’est que de 2,6%, et ce n’est que grâce à l’immigration qu’il a pu atteindre ce seuil, sans lequel en 1 an, la population n’aurait augmenté que de 200 000 personnes, ce qui est largement insuffisant pour maintenir la croissance à un seuil compétitif. lien

En fait, il y a une grande part de fantasme dans cette notion de « hordes d’immigrés venant envahir notre pays ». Il suffit pour s’en convaincre de regarder la réalité des chiffres.

Tout d’abord, la France est de loin l’un des pays les plus prisés par les immigrés.

On évoque souvent les 6000 immigrés qui hantent la région du Pas de Calais, dans des conditions dramatiques, oubliant que si ceux-ci sont bloqués là, c’est qu’ils veulent rejoindre l’Angleterre, et que celle-ci ne le souhaite pas.

Le chiffre officiel annuel de ceux qui entrent en France voisine les 300 000, alors que l’Espagne est autour des 900 000…l’Italie frôle les 600 000 et l’Allemagne les dépasse tout juste. lien

En réalité, le pourcentage d’étrangers en France est bien inférieur à celui des autres pays : alors qu’il est de 5,9% chez nous, il est de 11% en Autriche, en Belgique et en Espagne, de10,6 en Irlande, et de 9,1 en Allemagne.

Depuis la photo du petit Aylan Kurdi, découvert mort sur une plage de Turquie, une prise de conscience s’est faite auprès des populations, rappelant qu’entre Janvier et mars 2015, près de 500 migrants sont morts noyés, ou sont portés disparus. lien

Le conflit syrien a fait plus de 200 000 morts en 4 ans, et ce n’est hélas pas fini. lien

Face à la situation on a découvert des postures pour le moins discutables de la part d’élus, déclarant ne vouloir accepter que des migrants chrétiens, se mettant en infraction avec les principes de la convention de Genève.

En effet le texte est explicite : elle prévoit que « les états accordent aux réfugiés un traitement au moins aussi favorable que celui accordé aux nationaux, en ce qui concerne la liberté de pratiquer leur religion et en ce qui concerne la liberté d’instruction religieuse de leurs enfants ».

Berlusconi a d’ailleurs été condamné par la Cour Européenne de Justice pour avoir négligé les règles essentielles du droit de la mer, et refusé l’obligation de secours. lien

Comme l’explique Jean-Louis Borloo, sur l’antenne de France Culture, le 2 novembre 2015, le monde est un village, et il nous faut prendre du recul en constatant les différences de fertilité d’un continent à l’autre.

Lorsqu’une population met au monde moins de 2,1 enfants, par femme, le renouvellement des générations n’est pas assuré.

Or, à ce jour, l’Europe est en perte de vitesse avec son taux de 1,6… l’Amérique se trouvant légèrement au dessus avec 1,9 alors que l’Afrique culmine avec ses 4,7, dépassant l’Océanie, l’Asie, et l’Amérique du sud…qui sont quand même au dessus des 2

Comme l’écrit Emilie Lanez dans un article du « Point » récent, (n° 2245) les vieux sont au Japon, les jeunes en Afrique ! lien

Mais remontons un peu plus en en avant dans le temps…

Grâce au généticien Spencer Wells, et à quelques autres avant lui, il est possible de connaître un peu mieux l’histoire des migrations.

En s’aidant du chromosome Y et des mitochondries, il a réussi à dresser une carte des migrations mondiales depuis 60 000 ans.

Sa méthode est assez simple : il propose un bâtonnet à embout de coton à la personne qui l’intéresse, lui demande de se frotter l’intérieur de la joue, de façon à prélever quelques cellules, ce qui lui permet de retrouver quelques unes des origines de la personne en question.

Cette pratique s’inscrit dans un vaste projet, baptisé Génographic, financé par la NGS(National Geographic Society) avec comme but final de retracer les grandes migrations humaines en analysant quelques éléments du génome de personnes vivantes.

On sait aujourd’hui, qu’à part les chasseurs cueilleurs d’Afrique australe, toute l’humanité, à99,9% descend d’un même groupe ayant quitté l’est de l’Afrique, atteignant l’Asie du sud au bout de 10 000 ans, puis s’aventurant jusqu’en Sibérie 15 000 ans après, faisant leur apparition sur le continent américain il y a 15 000/25 000 ans. lien

La guerre de Syrie, déclenchée par la chute du dictateur Libyen, a provoqué un exil massif de femmes et d’hommes.

Aujourd’hui, les ultranationalistes et les mouvements racistes utilisent cet épisode douloureux pour affoler les populations, et les dresser contre les réfugiés.

comment ne pas s’étonner de l’évidente contradiction de Robert Ménard, né pourtant à Oran, le 6 juillet 1953, rapatrié et réfugié en métropole, puis, devenu maire à Béziers s’adressant aux migrants syriens, en leur déclarant : « vous n’êtes pas les bienvenus à Béziers ». lien

Mais tous les exilés ne sont pas des humains fuyant les conflits, ils sont aussi parfois poussés par la volonté de sortir du carcan d’un pays dont l’administration est trop lourde, et vont chercher l’aventure ailleurs… aux USA, au Canada, en Belgique, en Angleterre,provoquant une véritable fuite des cerveaux… lien

Dans ce pays pourtant très conservateur, si un postulant à du talent, qu’importe son apparence physique…il peut avoir une épingle dans la joue et arborer une coiffure extravagante, et se trouver aux postes de responsabilité dans une banque ou ailleurs. lien

Situation peu probable en France

Cette France a-t-elle beaucoup changé depuis 1831, à l’époque où un gouvernement avait décidé d’exhiber dans un zoo toute une tribu de Canaques, sous l’étiquette « cannibales », juste à coté de l’emplacement des crocodiles. lien

Bien sur, depuis l’empire colonial français a fondu comme neige au soleil, mais pour autant, il a gardé une emprise solide et discutable en Afrique et ailleurs.

La France continue de piller, avec d’autres, les richesses du continent Africain, pour ne parler que de lui, provoquant la pauvreté des populations, et l’exil économique.

Personne n’a oublié l’épisode militaire décidé par François Hollande au Mali, dans lequel il s’agissait aussi de défendre les intérêts d’Areva au Niger, qui voyait ses mines d’uranium menacées, d’autant que des employés de l’entreprise avaient été pris en otage, et se trouvaient au Mali. lien

Mais pour revenir à l’essentiel, le parti le plus raciste du pays, le FN, se réjouit d’avoir attiré dans ses listes régionales une dizaine d’adhérents « républicains »…lien

Comme dit mon vieil ami africain :  « Ils ne sont pas plus grands que toi, tu es seulement à genoux».

L’image illustrant l’article vient de migrantsatseau.org

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

http://www.centpapiers.com/la-memoire-courte/

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L’ancien chef des renseignements français (DST), Yves Bonnet a, dans une déclaration à Ennahar TV, critiqué la décision du président François Hollande, de fermer les frontières, suite aux attentats de Paris vendredi qui ont fait 150 morts.Afficher l'image d'origine

Pour M. Bonnet, les frontières ne peuvent être bloquées même par la construction de murs. En France, ajoute-t-il, les frontières sont impossible à contrôler :

« Vous savez comme moi que les frontières on ne peut jamais les bloquer même quand on construit des murs. Je crois que c’est une mesure qui n’est plus dissuasive qu’autre chose, parce que les frontières, en fait, dans un pays comme la France elles sont impossible à contrôler. »

Selon cet ancien chef de la DST, même si on mobilisait toute l’armée française, des millions de gens pour surveiller les frontières, il serait impossible de les contrôler et d’empêcher les gens de passer :

« Je vais vous donner un exemple : lorsque j’étais préfet de Dunkerque … j’avais 36 points de passage avec la Belgique… 36 points de passage dans un seul arrondissement et je n’avais qu’un poste de contrôle. Alors, à moins d’y mettre toute l’armée française et encore car il faudrait des millions de  personnes aux frontières pour les surveiller et encore, vous n’empêcherez pas les gens de passer parce qu’il faut aussi surveiller les côtes. C’est des mesures qui me paraissent un peu décalées. »

http://www.ennaharonline.com/fr/news/37336.html

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Les terroristes ont contourné les militaires, qui souhaitaient faire évoluer leur dispositif pour le rendre moins statique. Mais le gouvernement ne voulait pas alors donner l’impression de baisser la garde dans la protection des écoles, juives notamment.

Opération Sentinelle: les militaires ne savent pas dans quel cadre ils agissent
© Soldiers stand on the tarmac of the Charles de Gaulle airport
 A la suite des attentats du début de l’année, l’opération Sentinelle a été déclenchée le 12 janvier. Mobilisant d’abord 10000 hommes, elle devait s’inscrire dans la durée avec 7000 hommes chargés de la protection d’environ 800 sites sensibles, dont près de la moitié en région parisienne. Suite aux attaques de vendredi, l’Elysée a annoncé l’arrivée de 3000 hommes en renfort.

Comme la Ligne Maginot en 1940, le dispositif militaire de sécurité intérieure a été contourné par l’ennemi. Les terroristes n’ont pas attaqué les sites protégés par l’opération Sentinelle, en particulier ceux de la communauté juive, mais ils ont porté le feu ailleurs. Là où il n’y avait pas de militaires. A cet égard, le Bataclan est un nouveau Sedan.

Les attaques du vendredi 13 soulignent l’impossibilité d’assurer la protection des Français, désormais tous menacés, grâce au déploiement de l’armée dans les rues. L’Elysée peut bien annoncer l’arrivée de 3000 hommes en renfort, qui s’ajouteront aux 7000 déjà engagés, le problème reste entier : quel rôle l’armée peut-elle jouer dans la sécurité intérieure ?

Depuis des mois, ce sujet fait l’objet de discussions entre les responsables gouvernementaux et militaires. Les attentats de Paris vont les relancer, voire les amplifier, parce que la question de l’efficacité du dispositif se pose désormais de manière criante.

Dès les lendemains des attentats contre Charlie et l’Hyper Cacher, les militaires avaient été déployés, dans le cadre de l’opération Sentinelle, pour protéger certains sites sensibles. 7000 militaires  (l’équivalent de deux brigades sur les 12 que compte l’armée de terre) l’étaient depuis lors de manière permanente. Au passage, le ministère de la Défense a bénéficié d’une rallonge budgétaire de 4,8 milliards, qui a permis de préserver 18 500 postes. Une mesure très bien accueillie dans la troupe, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Bosser, assurant même les députés de sa « pleine satisfaction ».

Mission de protection ponctuelle. Mais il y a un hic : les soldats professionnels ne sont pas des vigiles ou des supplétifs des forces de police. Si, dans une situation d’urgence, ils peuvent être engagés dans des missions de protection ponctuelle, ils n’ont pas vocation à l’être de manière permanente et massive. Malgré les primes et la médaille qui vient d’être créée, Sentinelle n’est guère populaire dans les casernes. Monter la garde dans les rues de Paris, ce n’est pas ce que les jeunes venaient chercher en s’engageant.

Depuis l’été, les états-majors cherchaient donc à faire évoluer leur dispositif, en le rendant plus mobile, plus réactif, moins « scotché », selon le mot d’un officier. Or, scotchés, les militaires le sont pour l’essentiel devant les sites de la communauté juive. D’où la gêne de tous les responsables sur cette question. Personne ne veut fournir des chiffres précis : environ 800 sites sont concernés par l’opération Sentinelle et parmi eux « une grande majorité de lieux de culte et d’écoles », reconnaît-on au ministère de la Défense. En dehors de la communauté juive, un officier assure que « des dizaines d’églises sont concernées et que les mosquées sont plutôt protégées par des patrouilles » que par une garde permanente. La liste des sites sensibles est fixée par le ministère de l’Intérieur, sur la base du travail des préfets, l’armée agissant ensuite dans le cadre d’une « réquisition ».

Selon les services de renseignement intérieur, la communauté juive, notamment ses écoles, fait toujours l’objet d’une menace très sérieuse. Après l’affaire Ilan Halimi, les attaques de Mohammed Merah contre l’école Ozar Hatorah (4 morts, dont 3 enfants) et d’Amedy Coulibaly contre l’Hyper Cacher (4 morts) ont profondément traumatisé les Français d’origine juive. Ils attendent que la République les protège et les rassure. Mais depuis vendredi, tous les Français sont désormais dans leur cas.

Jusqu’à présent, personne au sommet de l’Etat n’a voulu prendre le risque de retirer un militaire de la protection d’une école juive. L’armée est bel et bien « scotchée », une situation inconfortable du point de vue tactique. Mais, explique un responsable gouvernemental, « si l’Elysée a décidé de préserver des effectifs et d’augmenter le budget de la Défense, c’est pour faire Sentinelle et pas des missions de sécurité intérieure que l’armée s’inventerait », comme la protection des frontières avec les migrants ou le « contrôle de zones » dans les quartiers sensibles.

Rapport au Premier ministre. Une réflexion gouvernementale sur l’engagement de l’armée en France, pilotée par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), est en cours. Elle devait aboutir en janvier à la remise d’un rapport au Premier ministre, fixant le nouveau cadre d’emploi de l’armée sur le territoire national. La nouvelle donne terroriste risque de compliquer encore les choses.

Dix mois après le déclenchement de l’opération Sentinelle, on ne connaît toujours pas les grands principes qui doivent guider l’action militaire sur le sol national, c’est-à-dire face à des Français dans le cadre d’un Etat de droit. « Pour un militaire, un citoyen ne peut pas devenir un adversaire », explique-t-on à l’état-major des armées. « Nous pouvons être engagés pour faire face à la menace terroriste, mais pas dans des missions d’ordre public ». Des généraux ont, un temps, réclamé que les militaires reçoivent certains pouvoirs de police… ce qui revenait à les transformer en gendarmes. L’état d’urgence décrété et la « guerre » dont parle le chef de l’Etat vont-ils faire évoluer les choses dans ce sens ? On se retrouverait alors dans une situation proche de celle des débuts de la guerre d’Algérie, quand les socialistes étaient déjà au pouvoir.

Pour le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, « plutôt que de suppléer les forces de sécurité, les armées doivent apporter des savoir-faire complémentaires ». Reste à savoir lesquels ? Personne n’a encore fourni de réponses définitives et convaincantes. « La capacité de travailler jour et nuit, une grande mobilité, un savoir-faire en matière de renseignement – tant humain que via des drones », expliquait récemment le patron de l’armée de terre. Tout ou presque, sauf des gardes statiques permanentes…

L’armée de terre n’est pourtant pas prête à renoncer à cette mission Sentinelle. Par conviction, comme l’exprime le général de Villiers : « La mission des armées, en temps de crise comme en temps de paix, est de protéger tous les Français où qu’ils se trouvent. » Mais aussi par intérêt bien compris. Car Sentinelle lui a permis de sauver ce qui fait le cœur de son identité : ses effectifs.

Afficher l'image d'origineLe Monde.fr avec AFP | 08.10.2012 à 10h59 • Mis à jour le 08.10.2012 à 11h12

L’ancien chef de la DST (Direction de la surveillance du territoire) Yves Bonnet a mis en cause, lundi 8 octobre, l’argent de la drogue, mais aussi celui de l’Arabie saoudite et du Qatar dans le financement de réseaux islamistes radicaux.Dans un entretien publié lundi par La Dépêche du Midi, M. Bonnet estime que ces réseaux posent la question du trafic de drogue, mais, selon lui, « il y aussi le problème de l’argent qui est alloué par des pays salafistes ». « On n’ose pas parler de l’Arabie saoudite et du Qatar, mais il faudrait peut-être aussi que ces braves gens cessent d’alimenter de leurs fonds un certain nombre d’actions préoccupantes, déclare-t-il. Il va falloir un jour ouvrir le dossier du Qatar, car, là, il y a un vrai problème. Et je me fiche des résultats du Paris-Saint-Germain. »

Les projets du Qatar en France suscitent des interrogations dans la classe politique. Après avoir investi au Paris-Saint-Germain, dans l’achat de droits de diffusion télévisuels puis sur le marché de l’art, le Qatar pourrait consacrer un fonds d’investissement de 50 à 100 millions d’euros aux banlieues françaises.

Une cellule islamiste radicale a été démantelée samedi et l’un de ses membres, un Français de 33 ans de la communauté antillaise, a été tué à Strasbourg après avoir ouvert le feu sur des policiers venus l’interpeller. Onze personnes, toutes françaises, étaient en garde à vue lundi. « Côté renseignement, ce type de réseau est beaucoup plus difficile à identifier, car là on a affaire à des gens qui sont des convertis (…). Ils sont beaucoup plus difficiles à cerner », commente M. Bonnet.

Selon lui, il faut « s’intéresser à ces milieux de jeunes délinquants qui sont à la marge. (…) Si la police veut être efficace, elle va devoir travailler en profondeur ces milieux, liés principalement à la drogue. Cela passera essentiellement par l’infiltration ». L’ancienne DST a fusionné avec la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) au sein de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

En savoir plussur http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/10/08/financement-de-l-islamisme-radical-un-ex-chef-de-la-dst-met-en-cause-le-qatar-et-l-arabie-saoudite_1771633_3224.html#ICfJDI0wZ5gUkjAw.99

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Intervention de Yves Bonnet, ancien préfet et ancien chef de la DST dans les années 80 sur le plateau de C dans l’air le 8 octobre 2012.

Il explique d’une part les modes opératoires pour quadriller les foyers terroristes, puis d’autre part l’alliance trilatérale entre les USA, l’Arabie et le Qatar dans le financement massif des groupes djihadistes en Afrique, au Proche-Orient et en Occident.

LIRE aussi:

NARCO-TERRORISME: le Captagon, la drogue de Daech et des princes saoudiens

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Deux convois militaires de 5 EBRC  croisés ce matin

entre

Vitry le François et Saint Dizier sur la RN 4

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Le Monde.fr | 13.11.2015 à 06h52 • Mis à jour le 13.11.2015 à 07h22 | Par Soren Seelow

image: http://s2.lemde.fr/image/2015/11/13/534×0/4808706_6_29f7_stele-en-l-honneur-des-victimes-de-l-attentat_4243fddf518c2876d73600eb900e8300.jpgStèle en l'honneur des victimes de l'attentat de Karachi de 2002, à Cherbourg le 8 mai 2015.

Personne ne connaît son nom. Dans le dossier d’instruction de l’attentat de Karachi, qui a fait quinze morts dont onze employés français de la Direction des constructions navales (DCN) le 8 mai 2002 au Pakistan, il apparaît sous son seul alias : « Verger ». Verger est un ancien agent de la Direction de surveillance du territoire (DST), l’ancêtre de la DGSI. Il n’avait encore jamais été entendu par la justice. C’est désormais chose faite. A la faveur d’un tour de passe-passe inédit, les magistrats instructeurs sont parvenus à contourner le secret-défense qui leur est opposé depuis le début de cette enquête.

DEPUIS 2009, LE JUGE MARC TRÉVIDIC CHERCHE À SAVOIR SI LE MOBILE POLITICO-FINANCIER A ÉTÉ VOLONTAIREMENT ÉTOUFFÉ AU PROFIT DE LA PISTE ISLAMISTE

Le témoignage de Verger, que Le Monde a pu consulter, a été déclassifié par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, le 23 octobre. Il vient confirmer des informations longtemps tues par les responsables des services de renseignement : la DST, chargée en 2002 de l’enquête sur l’attentat, avait bel et bien travaillé dès les années 1990 sur un certain Ali Ben Moussalem, aujourd’hui considéré comme un personnage clé de l’affaire.

Depuis 2009, le juge Marc Trévidic – chargé de l’enquête jusqu’à son départ du pôle antiterroriste en août 2015 – cherche à savoir si la DST a enquêté sur cet homme et le lui a caché. En d’autres termes si le mobile politico-financier a été volontairement étouffé au profit de la piste islamiste. Les anciens responsables des services qu’il a auditionnés sur ce sujet se sont systématiquement retranchés derrière le secret-défense. Et ses innombrables requêtes en déclassification concernant Ali Ben Moussalem se sont jusqu’ici heurtées à la même réponse : la DGSI, qui a succédé à la DST, ne retrouve aucune trace de ce travail dans ses armoires.

Ce cheikh saoudien était à la tête d’un réseau d’intermédiaires – dont faisait partie Ziad Takieddine – imposé par le gouvernement Balladur dans plusieurs marchés d’armement en 1994 : la vente des sous-marins français Agosta au Pakistan et des frégates Sawari II à l’Arabie saoudite. Il est le pivot de la thèse selon laquelle l’attentat serait une mesure de rétorsion après l’interruption des commissions prévues par ces contrats. Quelques mois après son accession à la présidence de la République en 1995, Jacques Chirac avait décidé de mettre fin aux versements, qu’il soupçonnait d’avoir financé la campagne de l’ancien premier ministre devenu son rival dans la course à l’Elysée.

Ali Ben Moussalem – qui est mort en 2004 – est considéré comme la principale victime de cette décision, avec un préjudice estimé à 120 millions d’euros. Ses connexions avec les services secrets pakistanais et la mouvance terroriste en font, pour les tenants de la thèse politico-financière, un suspect potentiel.

Lire aussi : Attentat de Karachi : comment Bernard Cazeneuve a permis de contourner le secret-défense
« Merci pour la France, elle vous le rendra »

Le témoignage de Verger ne suffit pas à étayer le mobile financier de l’attentat. Il confirme en revanche que le renseignement intérieur a bien observé des transactions entre Ben Moussalem et des membres du gouvernement Balladur dans les années 90. La scène qu’il relate a été immortalisée par des « sous-marins » de la DST, des véhicules placés devant la boutique Arije – qui occupait le rez-de-chaussée de la permanence de campagne de Balladur à Paris – en face de l’hôtel Prince de Galles, propriété de Ben Moussalem :

« En 1994-1995, je me suis intéressé aux activités de cheikh Ali Ben Moussalem et de son bras droit, Ziad Takieddine. Gérard Willing [le correspondant de la DST dont Verger était l’officier traitant] m’avait indiqué que la boutique Arije était une plaque tournante de trafics en tout genre et d’armes en particulier. La DST a placé cette boutique sous surveillance. A notre grande surprise, la campagne électorale étant lancée, nous avons observé que des membres du parti républicain de François Léotard [ministre de la défense du gouvernement Balladur] se rendaient dans l’immeuble abritant Arije. (…) Donnedieu de Vabres [chargé de mission auprès de François Léotard] aurait rencontré Ben Moussalem à l’hôtel Prince de Galles. Ce dernier lui aurait remis deux valises, pleines, selon Gérard Willing, d’argent. Donnedieu de Vabres aurait alors remercié Ben Moussalem en lui disant : Merci pour la France, elle vous le rendra. »

Aucune trace de cette surveillance n’a été retrouvée dans les archives de la DGSI. Ce témoignage tend ainsi à confirmer les soupçons des parties civiles, convaincues depuis des années que l’appareil d’Etat leur cache la vérité. « Soit la DGSI ment à la justice et à son ministre de tutelle, soit les souvenirs de cet épisode peu reluisant de la rivalité entre Chirac et Balladur ont été détruits », explique Me Marie Dosé, avocate de plusieurs parties civiles.

Durant les sept premières années de l’instruction, une seule piste a été creusée par la DST : celle d’un attentat perpétré par la nébuleuse Al-Qaida. Il faudra attendre 2008 – et la divulgation par la presse d’un rapport confidentiel commandé par la DCN dès septembre 2002, le rapport « Nautilus » – pour que la piste d’une vengeance liée à l’arrêt des commissions s’impose comme une alternative.

Lire aussi : Affaire de Karachi : si vous avez raté un épisode

Pendant six ans, le juge Marc Trévidic se heurtera au secret-défense opposé par les témoins qu’il auditionne. Faisant suite à de multiples demandes d’actes déposées par Me Dosé, il requiert en 2012, 2013 et 2014 la déclassification des notes de la DST sur Ben Moussalem. Il n’obtiendra qu’un seul document : l’analyse d’un article du quotidien suisse Le Temps, copieusement caviardée et ne présentant aucun intérêt pour l’enquête.

Les déclarations de Verger confirment – pour partie – celles du seul acteur de ce dossier à s’être montré prolixe sur le travail réalisé par la DST durant cette période : Gérard Willing. Cet « honorable correspondant » de la DST a affirmé dans le bureau du juge, le 28 janvier 2013, avoir enquêté sur Ben Moussalem dès 1994 et en avoir rendu compte à Verger, son officier traitant. Il précisait encore avoir transmis une note étayant la piste politico-financière cinq jours après l’attentat.

« Non – Non plus – Non plus – Non »

Son témoignage a depuis été régulièrement contesté – voire discrédité – par plusieurs anciens responsables de la DST. Aucune trace de son travail n’a jamais été retrouvée. Afin de vérifier ses assertions, le juge Trévidic a envoyé le 6 mai des questionnaires à remettre à cinq témoins qu’il n’avait pu entendre ou qui s’étaient retranchés derrière le secret-défense. Les réponses à ces formulaires ont été envoyées directement au ministre de l’intérieur – sans passer par le cabinet du juge – afin que le secret-défense ne puisse lui être opposé. A charge ensuite pour le ministre de les classifier, pour les déclassifier dans la foulée, ce qui est chose faite depuis le 23 octobre.

Les destinataires de ces questionnaires étaient : Jean-Louis Gergorin (ancien directeur de la stratégie du groupe Matra), Raymond Nart (ancien directeur adjoint de la DST), Eric Bellemin-Comte (ancien chef du service de la DST chargé des contacts avec Gérard Willing), Jean-Jacques Pascal (ancien directeur de la DST) et le fameux Verger. Le seul à avoir fait état dans ses réponses d’un travail sur Ben Moussalem est celui dont l’identité demeure à ce jour un mystère. Interrogé sur l’existence de cet agent, l’ancien directeur adjoint de la DST, Raymond Nart, affirme pourtant que l’alias « Verger » ne lui évoque « aucun souvenir ».

Eric Bellemin-Comte – aujourd’hui coordinateur national du renseignement à l’Elysée – continue lui aussi d’assurer que, « de mémoire », aucun travail n’a été effectué sur Ben Moussalem par son service. Quant à Jean-Jacques Pascal, ses réponses sont une succession de variations lapidaires sur le thème de la négation :

« J’ignore tout de Monsieur Gérard Willing – Non – Non plus – Non plus – Non – J’en ignore tout – Je ne connais pas le Cheikh Ali Ben Moussalem – Rien – Non. »

Treize ans après les faits, cet ancien patron de la DST continue de se dire convaincu, « à tort ou à raison », que l’attentat est le fait de « la mouvance taliban ».

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/11/13/attentat-de-karachi-le-temoignage-qui-revele-les-dissimulations-de-la-dst_4808707_1653578.html#cgF0fjX9XuitQjQE.99

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Par Direct Matin, publié le 30 Septembre 2015 à 21:30

Todenhöfer a pu se rendre compte de l’extrême détermination de Daesh pour mener à bien ses objectifs.[Marwan Ibrahim / AFP/Archives]

Un journaliste allemand qui a partagé le quotidien de Daesh pendant 10 jours, affirme dans un livre que l’organisation islamiste envisage de mener une attaque nucléaire d’envergure contre les pays occidentaux.

Jürgen Todenhöfer, pictured, spent ten days with the Isis terror group researching his book on the organisationJürgen Todenhöfer écrit précisément dans son ouvrage intitulé « Inside IS – 10 jours avec Daesh » que le groupe terroriste prévoyait « un holocauste nucléaire » contre toutes puissances s’opposant à sa volonté d’établir un califat islamique dans le monde entier. L’organisation entend ainsi tuer des centaines de millions de personnes.

Au cours de son immersion, Todenhöfer a pu se rendre compte de l’extrême détermination de Daesh pour mener à bien ses objectifs. « Pour moi, personne n’a de chance de les arrêter à part les Arabes. Je suis devenu très pessimiste », a-t-il expliqué au journal The Express au cours d’une interview à propos de la sortie de son livre.

Après de nombreux échanges par Skype, Daesh a accepté d’accueillir dans ses rangs le journaliste, ancien député allemand, au motif qu’il est un critique régulier de la politique américaine menée au Moyen-Orient.

Conscient du risque qu’il encourait, Todenhöfer a confié avoir rédigé son testament avant de quitter son pays d’origine.

http://www.directmatin.fr/monde/2015-09-30/daesh-preparerait-une-attaque-nucleaire-pour-tuer-des-centaines-de-millions-de-0

Mr Todenhöfer said Isis, pictured, were the most 'brutal and dangerous' enemy he has ever seen 

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10:06 21.09.2015

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian est arrivé dimanche soir aux Emirats arabes unis pour des entretiens sur le Moyen-Orient et des questions militaires.

Depuis septembre 2014, la France utilise la base aérienne d’Al-Dhafra, près d’Abou Dhabi, pour mener des missions contre le groupe Etat islamique (EI) en Irak. Mercredi, M. Le Drian a déclaré que la France effectuerait « dans les prochaines semaines » ses premières frappes aériennes contre l’EI, cette fois en Syrie.

Peu après son arrivée aux Emirats, le ministre est allé voir l’homme fort des Emirats, cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, prince héritier d’Abou Dhabi et commandant en chef adjoint des forces armées, selon la source diplomatique, citée par l’AFP.

Outre la Syrie et des questions militaires bilatérales, le conflit au Yémen devait figurer en bonne place dans les entretiens.

C’est un grand sujet de préoccupation pour les Emirats, qui ont perdu plus de 50 soldats ce mois-ci dans le cadre d’opérations militaires visant à venir à bout d’une rébellion chiite.

Abou Dhabi invoque une « menace iranienne » au Yémen pour justifier sa participation à une coalition militaire sous commandement saoudien depuis mars.

Il s’agit de la quinzième rencontre entre Mohammed ben Zayed et Jean-Yves Le Drian. Les Emirats et la France sont des alliés très proches.

Les Emirats sont en deuil depuis samedi à la suite du décès d’un des fils de Cheikh Mohammed ben Rachid al-Maktoum, le vice-président de la fédération et émir de Dubaï.

M. Le Drian doit aller présenter ses condoléances à Cheikh Mohammed lundi avant de se rendre au Qatar.

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Un ancien membre du SAC raconte comment, en 1983, il a reçu l’ordre de voler un dossier concernant l’affaire

Affaire Boulin : le mystérieux Monsieur PaulPierre Debizet aurait surveillé l’opération libournaise. photo DR © Photo

AFP GERARD FOUET

Agé d’une soixantaine d’années, il a tenu à se faire appeler M. Paul et n’a accepté de s’exprimer qu’après de multiples sollicitations. Originaire du Sud-Ouest, il est toujours resté dans l’ombre. Au moment de l’affaire Boulin, c’était l’un des hommes de main du Service d’action civique (SAC), l’organisation clandestine fondée par les gaullistes au moment de la guerre d’Algérie. « Si je prends le risque de parler, c’est pour la famille de Boulin… Quand je vois ce qu’a vécu sa fille, ce n’est pas correct. Je ne crois pas à la thèse du suicide du ministre. Cette histoire sent mauvais. »

C’est en 1983 que M. Paul plonge malgré lui dans l’affaire Boulin. Juste au moment où l’enquête est relancée après la plainte pour homicide volontaire déposée par la fille de l’ancien ministre. Totalement dévoyé, le SAC avait été dissous un an plus tôt, après la tuerie d’Auriol où certains de ses membres avaient été impliqués. « Il n’a pas disparu d’un seul coup. Il a été remplacé par le MIL (Mouvement initiative et liberté). En 1983, c’est Pierre Debizet, l’ancien grand patron du SAC, qui présidait la réunion à laquelle on m’a demandé d’assister. »

« Un coup à la Kojak »

« Pierre Debizet est resté trois jours à Bordeaux. Le premier soir, il est venu me voir. Il m’a dit : « Il y a des documents très importants à récupérer dans le Libournais, Est-ce que tu veux t’en occuper ? » Je ne savais pas de quoi il s’agissait, j’ai dit oui. Il m’a alors demandé de me mettre en relation avec Regis D. C’était un cadre du SAC bordelais. Je le connaissais. Ancien des services secrets, il a viré truand à la fin de sa vie et est mort d’un cancer il y a trois ans.

Le troisième jour, avant le départ de Pierre Debizet, nous avons dîné tous les trois. C’est là qu’ils m’ont dit que les documents concernaient Robert Boulin. Régis D. était très bien renseigné : il connaissait l’adresse et le lieu exact où ils étaient cachés, à l’intérieur d’une résidence secondaire d’un notable dans le Libournais. Régis D. a établi le mode opératoire. Je devais infiltrer un groupe de truands sans envergure qui avaient l’habitude de faire des casses dans des baraques de la région. »

« Je les ai suivis sur quelques coups, puis j’ai glissé l’adresse que m’avait donnée Régis D. Au cas où nous nous ferions arrêter par la police, on m’avait donné un numéro de téléphone à appeler. Pendant que les truands mettaient la maison sens dessus-dessous, j’ai visité la pièce qu’on m’avait indiquée. En quelques secondes, j’ai récupéré le dossier. Il était épais d’une dizaine de centimètres. Je ne l’ai pas ouvert. Ce n’est qu’après que j’ai compris l’importance de ces documents. Le soir même, j’ai tout remis à Régis D. avec qui j’avais rendez-vous dans un bar bordelais où le SAC avait ses habitudes. Il les a regardés et il a pris un avion. Je pense qu’il a tout remis à Debizet. »

En l’état, il est bien sûr impossible d’accorder aux souvenirs de M. Paul plus de valeur qu’à un témoignage anonyme. Reste que toutes les vérifications que nous avons pu réaliser autour de ses paroles et de son parcours (dont il nous est impossible de faire état sans compromettre son identité) attestent de la crédibilité de son témoignage.

« On a dit que le SAC était dans le coup dans la mort de Boulin. Mais jusqu’en 1983, je n’en entendais pas parler dans les réunions, poursuit M. Paul. Si le SAC est mouillé, ce que j’ignore, à mon avis ce n’est pas une opération montée par l’organisation. Comment dire, c’est pas du bon boulot. Enfin, c’est pas un professionnel qui a fait ça. Je pencherais plutôt pour des éléments isolés. Un coup à la Kojak (sic), comme pour la tuerie d’Auriol. À la fin, il y avait beaucoup d’éléments incontrôlables au sein du SAC. »

Groupes occultes

À l’évidence, les documents volés par M. Paul s’ajoutent à la longue liste des disparitions de pièces qui ont accompagné le dossier Boulin. Selon Fabienne Boulin, dès 1980 « des barbouzes du RPR » seraient venus interroger Laëtitia Sanguinetti (la fille d’un des fondateurs du SAC) pour savoir « si elle possédait des preuves écrites de l’assassinat ». Plusieurs cambriolages auraient également eu lieu à son domicile.

Les confidences de M. Paul ne nous apprendront rien sur le contenu du dossier volé dans le Libournais (vraisemblablement chez un avocat, selon nos informations). Mais elles illustrent au moins une chose, s’il en était encore besoin : le rôle assigné à des groupes plus ou moins occultes dans le suivi des affaires sensibles de la Ve République. Et la porosité qui a pu exister entre ces groupes, les politiques et les services de renseignement. À l’évidence, au moins à l’heure où il était question d’ouvrir une instruction pour l’homicide d’un ministre, ce petit monde n’a pas manqué de s’intéresser de très près au dossier Boulin.

http://www.sudouest.fr/2011/02/12/le-mysterieux-m-paul-316684-2780.ph

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Lire aussi:

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-cadavres-dans-le-placard-de-169427

http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2010/02/02/des-gaullistes-dextreme-droite-le-mil/

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Mistral. Archive photo
Combien a vraiment coûté la rupture du contrat Mistral?

© Sputnik. Alexeï Danichev

Lu dans la presse

14:16 27.08.2015(mis à jour 15:26 27.08.2015)
Kommersant
Résiliation du contrat Mistral

Le porte-parole de l’Élysée a annoncé mercredi que le montant de l’indemnisation de la Russie après la rupture du contrat pour la livraison des porte-hélicoptères Mistral par la France serait inférieur à 1 milliard d’euros.

Pourtant, selon certaines sources, le Trésor fédéral russe aurait déjà perçu plus de 950 millions d’euros pour les BPC Vladivostok et Sébastopol, ainsi que 67,5 millions d’euros pour la construction des parties arrière de ces bâtiments. En septembre Moscou devrait recevoir les systèmes de contrôle et de communication démontés des navires — coût estimé à environ 50 millions d’euros. Paris promet de dévoiler le chiffre exact de l’indemnisation en septembre.

Tout l’argent dû à Moscou à titre d’indemnisation pour la non-livraison des Mistral par Paris a déjà été transféré en Russie, annonçait le 5 août un communiqué spécial du site de la présidence française. Le gouvernement français devra encore expliquer à ses députés pourquoi cet argent est en Russie sans la ratification du parlement. Cet empressement et ce caractère confidentiel confidentialité peuvent s’expliquer par les risques encourus par la Russie dans le cadre de l’affaire Ioukos (en juillet 2014 la cour d’arbitrage de la Haye avait condamné le gouvernement à verser aux anciens actionnaires de la compagnie pétrolière 50 milliards de dollars): au moment du transfert de France en Russie l’argent aurait pu être saisi, ce que les deux parties souhaitaient éviter.Selon des sources du secteur de la coopération militaro-technique avec les pays étrangers, le Trésor fédéral russe a déjà reçu près de 1,1 milliard d’euros, somme qui correspond au coût des Vladivostok et Sébastopol (plus de 950 millions d’euros) et de leurs parties arrières fabriqués sur les chantiers navals de Saint-Pétersbourg (67,5 millions d’euros). Paris démontera et retournera à la Russie ses systèmes de contrôle et de communication (encore environ 50 millions d’euros) installés sur les navires. Immédiatement après cela, la France obtiendra le droit de réexporter les bâtiments.

Le président français François Hollande avait pris la décision de ne pas livrer les deux porte-hélicoptères à la Russie à cause de la situation dans le sud-est de l’Ukraine. Les autorités russes n’étaient pas d’accord avec ce jugement mais étaient prêtes à rompre le contrat en cas de remboursement.Désormais, le gouvernement français devra faire face à plusieurs problèmes. D’un côté, ses représentants sont contraints de dire que la Russe a reçu moins d’un milliard d’euros pour tenter de réduire la tension et ne pas susciter une forte critique de l’opposition. De l’autre, la France y perdra au change car elle devra abaisser le prix des BPC pour les vendre à un autre pays.

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La présidence française maintient une liste de personnes à assassiner

Par Kumaran Ira

Au nom de la lutte contre le terrorisme, l’État français accélère ses opérations clandestines visant à exécuter des personnes ciblées sans forme de procès. François Hollande maintient une liste de cibles potentielles de personnes à tuer, qu’il discute régulièrement avec de hauts responsables de l’armée et du renseignement.

Ce programme de meurtre d’État, qui viole des droits constitutionnels fondamentaux dans un pays où la peine de mort est illégale, souligne la dégénérescence profonde de la démocratie bourgeoise. Alors que les guerres impérialistes se généralisent dans l’ancien empire colonial français et que la crise sociale se généralise en France, l’État revient vers des niveaux de criminalité connus lors de la guerre d’Algérie et du régime de Vichy.

La presse a révélé le programme d’assassinat mené par Paris – notamment dans les régions où la France a lancé des interventions militaires prétendument pour lutter contre le terrorisme, en Afrique et au Moyen Orient – et l’a applaudi.

Dans un article du 8 août intitulé « Guerre contre le terrorisme – Permis de tuer », Le Point a insisté que la président français a le droit de tuer une personne qui n’a pas été accusée, et encore moins reconnue coupable, d’un crime. Le magazine écrit, « L’État de droit a sa part d’ombre. Le président de la République a le droit de tuer, malgré l’abolition de la peine de mort. Monarque républicain, le chef des armées possède la faculté de baisser le pouce en décidant, seul et de sang-froid, de faire passer un homme de vie à trépas ».

Selon Le Point, « Ce droit est incontestable, parce qu’il n’est écrit nulle part. Et parce que son exercice n’est ni discuté, ni partagé, ni contrôlé ».

Selon Slate, la liste de cibles à assassiner maintenue par Hollande « regroupe les noms des terroristes et autres ennemis déclarés dont le président de la République autorise l’élimination sans autre forme de procès. C’est à dire leur mise à mort, sans sommation, n’importe quand, dès que les services secrets ou les officiers du renseignement militaire seront parvenus à les localiser ».

Ceci souligne la complicité de toute la classe politique bourgeoisie dans la création et la promotion en France d’un appareil étatique entraîné à commettre des assassinats politiques.

Le Point révèle l’existence d’un escadron de la mort au sein des renseignements français : « Les moyens humains de conduire de telles actions existent, avec une chaîne de commandement identifiée et entraînée, aboutissant soit à des forces discrètes, celles du Commandement des opérations spéciales (COS), soit à des unités clandestines appartenant au service Action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Au sein même de cette dernière entité, il existe une unité plus mystérieuse et encore mieux cachée que les autres ».

Cette unité, dénommée « Alpha », fut créée aux années 1980 par le général Jean Heirich, le directeur des opérations de la DGSE, « pour enfouir leurs éventuelles actions dans les ténébreux replis du monde des ombres », selon Le Point.

Dans son livre récent, Les Tueurs de la République, le journaliste Vincent Nouzille expose le programme d’assassinat de gouvernements français successifs. Pour avancer ses intérêts en Afrique et au Moyen Orient, l’Élysée dirige secrètement une campagne de meurtre d’Etat. Vincent Nouzille révèle l’existence d’une cellule clandestine à l’intérieur du Service Action de la DGSE, dont les agents et les commandos sont formés à mener des assassinats ou « opérations homo » (homicide) autour des zones de conflit.

S’exprimant en avril auprès de Sud Ouest, il a dit: « Au sein du Service Action a été constituée au milieu des années 1980 une mini-cellule : la cellule Alpha, qui regroupe une dizaine de personnes.Des tueurs, les ‘tueurs de la République’. Ils agissent sans que l’on puisse rattacher leur action aux services français. À ce Service Action s’est ajoutée une montée en puissance des forces spéciales, qui œuvrent dans des conflits déclarés, comme c’est le cas au Mali….Au sein de ces forces ont été constitués des mini-groupes de tireurs d’élite qui peuvent identifier et tuer un individu en quelques heures ».

Pendant la guerre menée par l’OTAN en 2011 pour renverser le régime du colonel Muammar Gaddafi en Libye, ces commandos ont aidé des islamistes liés à Al Qaïda à capturer, à torturer, et à exécuter Gaddafi. « Ce fut le cas en Libye, les forces spéciales sont intervenus en civil. Elles ont joué un rôle clé pour faire tomber le régime de Kadhafi », dit Nouzille.

C’est sous Hollande et le PS que le rythme d’assassinats a été intensifié à un niveau jamais vu depuis la guerre d’Algérie de 1954-1962. Pendant cette guerre, des escadrons de la mort français ont assassiné des centaines de combattants algériens du Front de libération nationale.

Sous Hollande, plus d’une douzaine d’opérations homo ont été lancées entre 2012 et 2015. Selon Nouzille, « Jamais les forces spéciales et le Service Action n’ont été employés autant qu’aujourd’hui. Pour des raisons de contexte, bien sûr. À partir de 2012, on voit apparaître une pratique beaucoup plus offensive, notamment pour les répliques ».

En mai, la France a assassiné au Mali Abdelkrim al-Targui, un Touarègue et dirigeant d’Al Qaïda dans le Maghreb islamique (AQMI), accusé d’avoir participé au meurtre de deux journalistes français dans le nord du Mali en novembre 2013. Un officier français a confié au Point : « Nous avons dû prendre pied au cœur des katibas touareg d’Aqmi. Pour comprendre le milieu, trouver le bon fil à tirer, attendre le moment favorable, il a fallu cinq mois ».

Le programme d’assassinats de Hollande souligne le caractère réactionnaire de Hollande et expose la banqueroute des forces telles que le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), qui ont appelé à voter Hollande au second tour des présidentielles de 2012. Ayant auparavant soutenu la guerre en Libye, ils maintiennent à présent un silence coupable sur les meurtres commis par l’État français.

On ne peut saisir l’importance politiques de ces meurtres qu’en examinant le contexte politique créé par l’escalade des guerres de l’OTAN et la montée des tensions sociales en France elle-même. En cherchant à recoloniser son « pré carré » africain, la classe dirigeante française craint également l’opposition sociale aux politiques d’austérité de l’Union européenne dans la classe ouvrière. Hollande est le président français le plus impopulaire depuis la Deuxième Guerre mondiale.

C’est en réponse à ces conditions que l’État développe une immense bureaucratie de répression meurtrière. Elle choisira ses cibles non seulement parmi les forces islamistes, dont beaucoup ont des liens étroits avec les renseignements occidentaux, dont la DGSE, comme l’a démontré la guerre en Libye, mais également au sein du peuple français, notamment contre l’opposition ouvrière.

Les révélations sur les opérations homo de François Hollande coïncident avec l’imposition d’une loi draconienne sur la surveillance électronique en France, qui donne de vastes pouvoirs aux services de renseignement et à la police pour espionner l’ensemble de la population.

SOURCE:

http://www.wsws.org/fr/articles/2015/aou2015/assa-a20.shtml

http://reseauinternational.net/la-presidence-francaise-maintient-une-liste-de-personnes-a-assassiner/

Lu aussi sur: https://launedekeg.wordpress.com/

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French Presidency Has “Kill List” of People Targeted for Assassination

hollande

In the name of the “war on terror,” the French state is dramatically accelerating its use of clandestine operations to extra-judicially murder targeted individuals. French President François Hollande reportedly possesses a “kill list” of potential targets and constantly reviews the assassination programme with high-ranking military and intelligence officers.

This programme of state murder, violating basic constitutional rights in a country where the death penalty is illegal, underscores the profound decay of French bourgeois democracy. Amid escalating imperialist wars in France’s former colonial empire and deepening political crisis at home, the state is moving towards levels of criminality associated with the war against Algerian independence and the Vichy regime of Occupied France.

Press reports have revealed the French state’s assassination programme—carried out particularly in the regions where France has launched military interventions supposedly to fight terrorism, in Africa and the Middle East—and applauded it.

In an article on August 8 titled “War on Terror, Licence to Kill,” news magazineLe Point asserted that the French president has the right to kill an individual who has not even been charged with, let alone convicted of, a crime. It wrote,

“The rule of law has its dark side. The president of the republic has the right to kill, despite the abolition of the death penalty. A republican monarch, the head of the army can give the thumbs-down, deciding alone and in cold blood to make a man leave the land of the living.”

Copyright © Kumaran Ira, World Socialist Web Site, 2015

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