Articles Tagués ‘Jouyet’

J.Cl. | Publié le 16.11.2014, 08h36 | Mise à jour : 09h00

Le président François Hollande a affiché son soutien au secrétaire général de l'Elysée à Brisbane (Australie) à l'issue du G20.

Le président François Hollande a affiché son soutien au secrétaire général de l’Elysée à Brisbane (Australie) à l’issue du G20. | AFP POOL/E.LAURENT

François Hollande a attendu le 16 pour s’exprimer. Interrogé, à l’issue du G20 de Brisbane (Australie) sur les versions contradictoires livrées par Jean-Pierre Jouyet pour tenter de se sortir de l’affaire Fillon-Jouyet, et son maintien en poste au secrétariat général de l’Elysée malgré ce «mensonge», François Hollande a défendu son collaborateur, proche ami depuis quarante ans.

SUR LE MÊME SUJET

Déjeuner avec Fillon : Jean-Pierre Jouyet savait-il qu'il était enregistré ? Déjeuner avec Fillon : Jean-Pierre Jouyet savait-il qu’il était enregistré ?

Jouyet, l'ami encombrant de Hollande Jouyet, l’ami encombrant de Hollande

EXCLUSIF. Sondage : l'image de Fillon abîmée par l'affaire Jouyet EXCLUSIF. Sondage : l’image de Fillon abîmée par l’affaire Jouyet

 

Jouyet a bel et bien cité Fillon lui demandant de «taper vite» contre Sarkozy Jouyet a bel et bien cité Fillon lui demandant de «taper vite» contre Sarkozy

Mistral, loi Taubira : au G20 Hollande renvoie Sarkozy dans les cordes Mistral, loi Taubira : au G20 Hollande renvoie Sarkozy dans les cordes

«Le secrétaire général de l’Elysée n’est pas présent ici au G20, parce que ce n’était pas sa place. Votre question n’a donc pas sa place ici» a d’abord expliqué le de République avant de poursuivre : «Jean-Pierre Jouyet est le secrétaire général de l’Elysée et c’est un bon secrétaire général de l’Elysée». Concis, clair et net.

Jusqu’ici, la défense politique des socialistes autour de Jouyet s’était limitée à la matinée de mercredi. A l’issue du conseil des ministres, Ségolène Royal, amie elle-aussi de Jouyet, avait assuré que le secrétaire général avait «bien sûr» le soutien de tous à l’Elysée, ce qu’avait appuyé quelques minutes plus tard le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. Surtout, pour montrer sa confiance à Jouyet, Manuel Valls s’était longuement attardé avec lui sous l’oeil des caméras massées dans la cour de la présidence. Les deux hommes étaient tout sourire  et visiblement d’humeur légère.

AFP/D.Faget

En dehors de cette séquence, rien ou presque. Malgré l’intensité de cette affaire, les réactions politiques outrées et les sondages, qui montrent combien les Français souhaitent la démission de Jouyet comme la mise en retrait de Fillon, François Hollande ne s’était pas élevé pour défendre l’un de ses plus proches collaborateurs. Il n’a pas, non plus, demandé dans le secret de l’Elysée la démission d’un homme malgré les conséquences politiques de l’affaire. Le chef de l’Etat sait pourtant le faire : le 18 avril dernier, il avait demandé à sa plume Aquilino Morelle de quitter le château. La veille, Médiapart avait révélé le comportement critiquable de son conseiller politique, qui, en plus d’utiliser les moyens de la République pour son usage privé ou celui de sa famille, avait conseillait des laboratoires pharmaceutiques dix ans plus tôt alors qu’il travaillait à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS).

VIDEO. Manuel Valls tout sourire avec Jean-Pierre Jouyet après le conseil des ministres

https://dailymotion.com/video/k4jp6yjrFMkxqU9jUYr?syndication=111791&logo=0&info=0&quality=720

SOURCE: http://www.leparisien.fr/politique/hollande-jean-pierre-jouyet-est-un-bon-secretaire-general-de-l-elysee-16-11-2014-4296111.php

OOOOOOOOOOOOOOOOOOO

—————————————————-

Larmes à gauche

Si Le Canard enchaîné et Mediapart n’existaient pas, il faudrait les inventer.

On sait ce que je pense du formidable apport, pour la démocratie, la vérité et la justice, du site créé par Edwy Plenel.

Toutes proportions gardées, je le considère comme beaucoup ont lu et admiré les romans de Balzac. Le talent et le génie de celui-ci étaient plus forts que le bric-à-brac fumeux dont il prétendait s’inspirer. Mediapart, pour l’enquête et l’investigation, réunit bien au-delà de l’idéologie de Plenel.

Si on peut regretter un point de vue parfois hémiplégique – par exemple, ce qui importe, ce ne sont jamais les blessures et les violences dont gendarmes et policiers sont victimes mais les seules atteintes causées à des manifestants forcément irréprochables ! -, reste que je n’ose imaginer ce que serait devenue notre République, toutes latitudes politiques confondues, sans l’action obstinée et efficace de ce journalisme qui n’a pour ambition que de laisser rapidement le judiciaire prendre sa relève.

Il est honteux de prétendre que Mediapart a été condamné pour fraude fiscale avec la connotation dégradante qui s’attache à cette qualification alors que personne n’ignore qu’il s’est agi d’un débat de principe ouvert et transparent sur l’application du même taux de TVA que celui de la presse aux sites d’information, conclu par une victoire de l’Etat. Une anticipation honorablement provocatrice. Rien d’indigne donc.

Longtemps, tout en lisant chaque mercredi Le Canard enchaîné, j’ai éprouvé comme une sensation d’insignifiance et d’impudeur, comme si l’on me permettait de regarder par le trou de la serrure des scènes sans réelle portée ni incidence.

Je ne le pense plus du tout aujourd’hui parce que si cet hebdomadaire demeure avec esprit l’espace privilégié pour les anecdotes et les saillies politiques, culturelles et médiatiques, il serait absurde de ne pas admettre que cette part qu’il assume et incarne avec une verve souvent sarcastique et pertinente est constitutive d’une appréhension plus vaste de l’univers et des personnalités publiques.

Il est clair que dorénavant les grandes idées ne sont pas exclusives des petits gestes et que les petites phrases ne jurent pas forcément avec les grands desseins. La personne privée et l’être politique, l’officiel des propos et l’officieux des confidences ne sont plus séparés par un gouffre et éclairent, à leur manière, le citoyen, le lecteur.

Aussi, il est étrangement voluptueux de lire que des ministres se laissent aller à déclarer, au sujet de l’affaire Jouyet : « C’est un coup supplémentaire porté au système hollandais…Tout ça a un côté Pieds Nickelés…On ne sait pas sur quoi ça peut déboucher…Il va rester de toute cette affaire un pouvoir un peu plus déstabilisé… », avec ce résumé cinglant par l’un d’eux : « Pour la plupart d’entre nous, Jouyet est un irresponsable, Hollande un rigolo, Sarkozy un truand, et les journalistes (du Monde) des dingues » et, pour tel autre, cette charge : « Le résumé de la situation est simple : il y a un traître à l’UMP, Fillon ; des amateurs, les socialos ; un branquignol, Hollande ; et un Sarko aux anges ».

Le reste qui serait trop long à citer nous annonce tout de même, de la part d’un pessimiste clairvoyant : « Si l’élection présidentielle avait lieu aujourd’hui, Marine Le Pen serait à 30%. Tout cela va mal finir ».

Pourquoi ai-je évoqué une « étrange volupté » ? Parce que percevoir, derrière la façade des mots creux et de la langue de bois, des soutiens et des apologies mécaniques, de la part d’un camp – en l’occurrence celui de la gauche -, une lucidité amère, une cruauté d’autant plus acide qu’elle accable d’abord ce à quoi on a cru et ceux qu’on a surestimés, représente un plaisir intellectuel pour un citoyen qui place au-dessus de tout sincérité et vérité, le contraire donc de l’attitude présidentielle à l’égard du démenti démenti de Jean-Pierre Jouyet et de l’entêtement à le maintenir à son poste comme si de rien n’était.

Je sais bien que ces aperçus dévastateurs ne seront jamais confirmés publiquement mais cela fait du bien de pouvoir considérer qu’il y a une entente des intelligences, des analyses et des dérisions sous le velours lassant et conventionnel des cocoricos partisans, des affrontements de comédie.

Sous la guerre affichée, le consensus obligatoire qu’impose, dans une discrétion prudente, l’attention au réel. Le caractère univoque du désastre. Il y a des connivences qui dament le pion, en profondeur, aux proclamations. Pourquoi l’officieux, en politique, n’ose-t-il jamais venir à la surface pour enrichir l’officiel et lui donner sens et authenticité ?

Le Canard enchaîné, dont sa longue histoire, démontre qu’il a été très rarement poursuivi et encore moins condamné, en offrant ces phrases à notre réflexion civique participe, sur son registre qui n’est pas mince, à l’émergence décapante d’un sentiment de plus en plus vif, de plus en plus inquiétant : un désabusement partout et de la part de tous.

Que la lucidité soit aussi à gauche ne console pas de ce sombre tableau. On va vers le pire mais, progrès, on le sait de plus en plus et de mieux en mieux.

Ma Photo

Philippe Bilger

http://www.philippebilger.com/blog/2014/11/la-lucidit%C3%A9-est-aussi-%C3%A0-gauche.html

0000000000000000000000

Après Cahuzac, Le Guen, Thévenoud, Carrez et les autres, c’est donc l’Elysée qui est frappé. Contrairement aux autres, celui-ci n’est pas élu. Les fois précédentes, le peuple n’avait pas eu le droit de se prononcer sur la révocation de ces élus voyous. Cette fois, Jouyet n’est pas élu. Il se contente de bouffer à tous les râteliers. Il n’en occupe pourtant pas moins un poste décisionnel de premier rang dans la République. Si le peuple ne peut pas le sanctionner, son patron Hollande le peut et le doit. Faute de quoi le protecteur du menteur deviendrait son complice.

François Cocq

Jean-Pierre Jouyet a donc été contraint d’avouer dimanche 9 novembre qu’il avait menti. Le secrétaire général de l’Elysée a cette fois dû lâcher à l’AFP l’exact contraire de ce qu’il déclarait 72 h plus tôt. Bien sûr, le fond de l’affaire entre Fillon et Sarkozy est scandaleux. Mais la Droite n’a besoin de personne pour pourrir dans son fumier. Par contre, que la tête de pont du système élyséen se croit autorisée à mentir en toute impunité n’en est pas moins choquant. De cela, l’Elysée et Hollande doivent rendre des comptes.

Voir l’article original 380 mots de plus