FRANCE (ENA): les privilégiés de la promotion Voltaire

Publié: 24 août 2015 dans 1 - Revue de presse - Journaux télévisés - Videos, 3 - POLITIQUE, Informations générales, Les Menteurs, Les tartuffes, Paris, Société
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ENA : le destin «normal» de la promotion Voltaire

Par Vincent Nouzille

INFOGRAPHIE – De l’Élysée au CAC 40, des stars de la politique aux placards dorés de l’administration, voici l’itinéraire de la promotion 1980, celle de François Hollande, une génération bien arrimée au pouvoir.

«C’est une exception politique!» La plupart des énarques que nous avons interrogés jurent que la promotion Voltaire (1978-1980) est assez singulière. «En général, chaque promotion recèle une ou deux personnalités qui font une carrière politique. La promotion Voltaire, c’est toute une génération!», estime Christine Demesse, qui préside l’Association des anciens élèves de l’ENA. L’élection de Mitterrand en 1981 et les alternances suivantes ont favorisé cette floraison de vocations. «Comme nous étions assez politisés, nous avons vite été propulsés dans les cabinets ministériels ou la vie publique», résume Claude Boulle, un «Voltaire» passé par le cabinet de Roger Fauroux, aujourd’hui à la tête de l’Union du grand commerce de centre-ville.

François Hollande et Ségolène Royal ont ainsi commencé leur ascension comme conseillers à l’Élysée avant de s’enraciner en terres corrézienne et picto-charentaise. Michel Sapin a entamé dès 1981 une carrière parlementaire comme député PS de l’Indre. Formée dans les cabinets de Jack Lang puis à l’Élysée, Frédérique Bredin a été député-maire de Fécamp et ministre des Sports de 1991 à 1993, avant de rejoindre le groupe Lagardère. Jean-Marie Cambacérès, quant à lui, a été député PS du Gard, puis il s’est reconverti dans le privé chez Transasia. Proche de Laurent Fabius, Yvon Robert a été élu maire adjoint du Grand-Quevilly dès 1989. La conseillère d’État Marie-Françoise Bechtel, passée par les cabinets de Jean-Pierre Chevènement et ancienne directrice de l’ENA, vient d’entrer à l’Assemblée nationale comme élue de l’Aisne. À droite, le diplomate Dominique de Villepin a suivi l’ascension d’Alain Juppé, et Renaud Donnedieu de Vabres celle de François Léotard. Raymond-Max Aubert a été élu député RPR de Corrèze en 1993 et maire de Tulle en 1995, puis nommé secrétaire d’État au Développement durable de 1995 à 1997. Françoise Miquel, ex-conseillère du ministre de la Fonction publique Jean-Paul Delevoye en 2002, s’est présentée sous l’étiquette UMP aux législatives de 2007 dans l’Eure. Mais, au-delà de ces comètes politiques visibles, les autres «Voltaire» ont suivi des destinées plus représentatives des énarques, naviguant dans les hautes sphères des grands corps de l’État, des institutions publiques et des grandes entreprises.

Des parcours balisés et des fauteuils enviés au sein de l’État

Après plus de trente ans de vie professionnelle, ils ne sont pas à plaindre, si l’on en croit leurs CV, que nous avons épluchés. Des réussites «normales» et méritées? Voire. Des parcours balisés? Sûrement, car les élites françaises savent s’aider et se protéger. François Hollande a fait venir à l’Élysée ses anciens comparses, le préfet Pierre-René Lemas et la conseillère d’État Sylvie Hubac. Son ami Jean-Pierre Jouyet (passé par le Trésor, le gouvernement Fillon et l’Autorité des marchés financiers) a été nommé en juin dans le fauteuil courtisé de directeur général de la Caisse des dépôts. D’autres hauts fonctionnaires «Voltaire» ont des postes en vue, comme Pierre-Yves Duwoye, directeur de cabinet du ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon, et l’ex-sarkozyste Dov Zerah, qui dirige l’Agence française de développement, où a aussi officié une autre «Voltaire», Louise Avon.

Symboles de ces parcours dorés, le discret Jean-Ludovic Silicani préside l’Autorité de régulation des télécoms (Arcep) et la magistrate Claire Bazy-Malaurie siège au Conseil constitutionnel. L’ancien chef de cabinet de Balladur à Matignon, Pierre Mongin, préside quant à lui la RATP, où travaillent ses anciens camarades Colette Horel et Jean-Marc Janaillac.

Les diplomates étiquetés «Voltaire» ont eu, eux aussi, de belles trajectoires, comme Jean-François Blarel, actuel secrétaire général adjoint du Quai d’Orsay, Philippe Etienne, qui représente la France auprès de l’Union européenne, Stanislas de Laboulaye, qui vient de récupérer sur consigne de l’Élysée le dossier afghan, après avoir été en poste à Moscou et au Vatican. D’autres ambassadeurs ne déparent pas cette liste de VIP, tels Jean-Maurice Ripert, ex du cabinet Jospin, représentant de l’Union européenne auprès de la Turquie, Pierre Duquesne, passé par Matignon, le Trésor et le FMI, Philippe Carré, ex-ambassadeur en Autriche, Philippe Thiébaud, actuellement au Pakistan, ou Henri Paul, ex-ambassadeur en Roumanie.

Dans le secteur privé, les reconversions des «Voltaire» ont été plutôt confortables, avec en premier lieu une figure du CAC 40, Henri de Castries, PDG d’Axa, mais aussi Loïc Armand, qui préside L’Oréal France, Jean-Jacques Augier (ex-G7) et Bernard Cottin (ex-Numéricable).

De belles reconversions dans la banque et l’industrie

Conformément aux traditions de l’énarchie, le secteur bancaire a été très accueillant, notamment pour Nicolas Duhamel, directeur général finance du groupe Banques populaires-Caisses d’épargne, Jean Chodron de Courcel, banquier d’affaires chez Hawkpoint Partners, Pierre Pissaloux chez HSBC, François Morlat passé de HSBC à KBL Richelieu, Agnès de Clermont-Tonnerre chez LCL, Jean-Yves Colin, Jean-Luc Perron et Jérôme Brunel au Crédit agricole, Philippe Bordenave chez BNP Paribas.

Certains occupent des postes enviés dans des groupes privés, tels que Hubert Loiseleur des Longchamps Deville, directeur des affaires publiques de Total, Patrick O’Quin, directeur des affaires multilatérales chez Danone, ou Jérôme Bédier dans la distribution (FCD, Carrefour).

L’ancien fiscaliste Dominique Villemot dirige à Paris un prospère cabinet d’avocats, tout comme Jérôme Turot, major de la promotion.

Quelques-uns se sont convertis au conseil, comme Claude Revel, spécialiste de l’intelligence économique, Christian Poirier, administrateur de sociétés, ou Claire Mialaret, experte en ingénierie sociale.

Naturellement, la promotion conserve son lot de hauts fonctionnaires bien installés dans de nobles institutions comme la Cour des comptes (Jean-Christophe Chouvet, Pascal Duchadeuil, Philippe Gros, Sophie Moati-Gourdon), les tribunaux administratifs (Hervé Saluden, Guy Roth, Bernard Leplat), le Conseil d’État (André Schilte, Jean Gaeremynck, Maurice Meda, Jean-Pierre Jouguelet, Sophie-Caroline Jacquin de Margerie-Tarnowski) et le corps préfectoral (Pierre Bayle, Michel Cadot, Pierre Dartout, Christian Decharrière, Michel Delpuech, Roger Silhol, Hervé Masurel, Michel Jau).

De manière plus discrète, plusieurs dizaines de «Voltaire» sont cependant recasés au sein de l’État dans des postes aux intitulés assez flous. Certains ont des titres ronflants de conseillers économiques (Paul Hunsinger, Edouard Sicat), de contrôleurs budgétaires (Jean-Luc Pain), de contrôleurs généraux (Marie-Claire Beltrame-Devoti, Christian Bodin, Mireille Dietrich, Jean-Paul Holz, Christian Farlin, Michel Hourcade, Michel Pot, Françoise Miquel, Gilles Marchandon, Christian Tardivon, Dominique Viel), d’inspecteurs généraux de l’Éducation nationale (Jean-François Cervel, Alain Dulot, Gérard Ghys, Alain Perritaz, Henri Peretti) ou de contrôleurs généraux des armées (Éliane Loquet, Olivier Rochereau).

Mais ces titres ne correspondent pas toujours à des missions très prenantes. «Il y a beaucoup de hauts fonctionnaires en fin de carrière, dont l’État ne sait pas quoi faire, qui peinent comme des âmes errantes dans les ministères», admet un «Voltaire» qui a suivi de près la destinée de ses camarades. Signe que l’administration est inventive, on trouve même, dans la promotion, un secrétaire délégué en charge du comité d’histoire des politiques, des institutions et des métiers du ministère de l’Écologie (Patrick Février), un ambassadeur pour les commissions transfrontalières au Quai d’Orsay (Nicolas Mettra).

Ou, plus cocasse, un haut fonctionnaire de terminologie et de néologie au ministère des Sports (Jean-Michel Fay)! Il faut bien occuper tout ce beau monde et quelques-uns se contentent de placards dorés.

SOURCE: http://www.lefigaro.fr/politique/2012/09/21/01002-20120921ARTFIG00427-ena-le-destin-normal-de-la-promotion-voltaire.php

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