Articles Tagués ‘lepoint.fr’

Antoine Gosset-Grainville, le 3e homme du déjeuner Fillon/Jouyet.Antoine Gosset-Grainville, le 3e homme du déjeuner Fillon/Jouyet. Photo : MIGUEL MEDINA / AFP

°°°

 

sarkozyfillon

jouyet-a-gauche-et-francois

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Une histoire de flous !

Dans quelle nasse François Fillon s’est-il encore mis ?

Il a annoncé à l’AFP son intention de porter plainte pour diffamation à l’encontre du Monde et des deux journalistes Davet et Lhomme mais il ne devrait pas oublier, si la procédure est en effet initiée et suit son cours, que le procès de presse est souvent dévastateur aussi pour la partie civile.

François Fillon affirme par ailleurs qu’il faut cesser « les boules puantes » et qu’il y a peut-être eu une volonté de déstabiliser un membre de l’opposition, « une forme de complot » (JDD).

Il s’expliquera ce soir 9 novembre sur TF1. Il ne reste à espérer que Claire Chazal, médiocre et placide intervieweuse à l’ordinaire, ait miraculeusement un état de grâce !

Pour qui cherche à considérer objectivement ce qu’il est convenu d’appeler maintenant l’affaire Fillon-Jouyet, un certain nombre de données sont incontestables.

Gérard Davet et Fabrice Lhomme qui décidément, avec leur dernier livre au demeurant tout à fait passionnant, font beaucoup parler d’eux ces derniers jours, ont rencontré le 20 septembre Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l’Elysée, et leur entretien a été enregistré avec son assentiment. Nous en avons quasiment un verbatim dans Le Monde paru le 8 novembre.

Jean-Pierre Jouyet leur révèle à cette occasion que François Fillon, qu’il connaît bien et apprécie pour avoir été son Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes du mois de mai 2007 au mois de décembre 2008, a déjeuné avec lui et Antoine Gosset-Grainville dans un restaurant proche de l’Elysée le 24 juin 2014. Jouyet avait informé le président de la République de ce contact et François Hollande lui avait recommandé de faire ce repas ailleurs qu’à l’Elysée.

Au cours de ce déjeuner, François Fillon aurait vivement insisté auprès de Jouyet pour que soient poussés au maximum les feux judiciaires contre Nicolas Sarkozy, en particulier à la suite du paiement par l’UMP – un abus de confiance selon l’ancien Premier ministre – de l’amende personnelle infligée à Nicolas Sarkozy par le Conseil constitutionnel. François Fillon aurait pressé Jouyet pour que l’Elysée incite la justice à se mobiliser rapidement et efficacement.

Jean-Pierre Jouyet faisant le compte rendu de leurs échanges au président de la République s’entend répondre par ce dernier que l’Elysée n’a pas à intervenir parce que la justice est indépendante.

Coïncidence ou non, une enquête est ordonnée le 2 juillet 2014 – selon le parquet de Paris, sur le seul rapport, en date du 30 juin, des commissaires aux comptes de l’UMP – sur cet éventuel abus de confiance se rapportant à une somme de 516 615 euros et une information ouverte de ce chef le 6 octobre. On vient d’apprendre également que deux notes de Bercy, l’une par Bruno Bézard, l’autre par le Directeur des affaires juridiques, validaient, en 2013, juridiquement, la prise en charge, par l’UMP, des pénalités pour le dépassement des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy (lepoint.fr).

Jean-Pierre Jouyet, avant de connaître l’existence du verbatim, a démenti la relation de la conversation, telle qu’il l’aurait communiquée aux deux journalistes et qu’ils l’ont rapportée, puis s’est rétracté, confirmant leur version. Une variation qui commence par un mensonge.

Antoine Gosset-Grainville a confirmé l’existence du déjeuner à trois le 24 juin mais nié que François Fillon ait tenu les propos qui lui étaient prêtés par Jean-Pierre Jouyet dans la présentation faite à ses interlocuteurs.

En prenant d’infinies précautions, quelques plausibilités psychologiques et politiques sont susceptibles d’éclairer.

Le rapport de force, voire de violence, entre Nicolas Sarkozy et François Fillon depuis la défaite du premier et l’ambition présidentielle du second est à l’évidence d’une telle intensité que tout est possible, et en particulier le recours à des manoeuvres à la fois imprudentes mais qu’on espère décisives de la part de l’un des rivaux.

Il n’est pas non plus indifférent que Jean-Pierre Jouyet ait été sollicité, non seulement à cause de leur collaboration sous la présidence de Nicolas Sarkozy mais aussi en raison de la psychologie du secrétaire général, personnalité souple, très intelligente, tolérante, trop bavarde paraît-il, capable de tout comprendre et fidèle plus que jamais au président de la République après une parenthèse de plus d’un an qui avait suspendu leur amitié profonde et complice.

Comment Jean-Pierre Jouyet a-t-il pu cependant se laisser aller devant ces deux journalistes compétents et redoutables à de telles confidences dont il ne pouvait pas ignorer qu’un jour elles sortiraient et feraient des ravages ? Sans lui, sans cette indiscrétion capitale, le déjeuner du 24 juin, en tout cas ce qui s’y est dit, serait demeuré inconnu. Henri Guaino qui raffole de la « castagne » lui demande évidemment de s’expliquer.

S’il y a eu machiavélisme de la part de Jouyet, on en percevrait mal la motivation à l’encontre de François Fillon évidemment à protéger par rapport à l’ennemi prioritaire Nicolas Sarkozy !

Pour l’ancien Premier ministre – je l’affirme sans ironie -, il n’a sans doute pas compris qu’il avait changé de quinquennat et que ce président de la République préférait, par une heureuse indifférence, la liberté et l’indépendance de la justice ; alors que son prédécesseur, par un déplorable impérialisme, prétendait entraver l’une et l’autre dans les affaires qui regardaient, selon lui, l’Etat, ses manipulations et ses coulisses discutables.

François Fillon est aussi malheureusement révélateur de l’attitude d’une classe politique qui non seulement n’a pas intégré le rôle éminent de la Justice mais s’obstine à la vouloir soumise au pouvoir en place. Si elle vante pour la façade son importance, elle est toujours prête à demander au président ou à ses collaborateurs de faire le nécessaire pour que les magistrats n’aillent pas pratiquer comme s’ils étaient réellement libres !

Le seul qui, dans cette histoire de flous, sauve sa mise est le président de la République. Il confirme que l’unique crédit dont il doit bénéficier, la seule anaphore réussie et concrétisée concernent l’indépendance de la justice. Ce n’est pas rien. L’écart n’en est que plus aveuglant, plus brutal entre la politique pénale calamiteuse du garde des Sceaux et cette indéniable avancée démocratique par rapport au quinquennat précédent.

Mais dans quelle nasse Jean-Pierre Jouyet a-t-il donc mis François Fillon ?

Ma Photo

Philippe Bilger

0000000000000000000000000000000000000000000000000

Ma PhotoL’Etat aussi a droit à la présomption d’innocence…

Noël Mamère a déclaré qu’on n’avait pas le droit de « construire un barrage sur un cadavre ». Ce propos, émanant pourtant d’un homme intelligent, est typique d’une dérive qui mêle tragédie humaine et choix politique, émotion exploitée d’un côté et approche partisane de l’autre.

Le barrage de Sivens, dont le chantier vient d’être suspendu par le Conseil général du Tarn qui n’a pas eu le courage de se déjuger totalement ou de confirmer son adhésion initiale, a vu, dans un premier temps, sa construction approuvée par certains syndicats paysans dont la FDSEA (lepoint.fr), les agriculteurs environnants qui n’y ont vu que des bénéfices et par les conseillers généraux à une quasi unanimité.

On peut cependant continuer à débattre de son utilité et une expertise récente a plutôt servi la cause des écologistes et des opposants à ce projet.

Mais là n’est plus la question centrale depuis la mort de Rémi Fraisse, ce jeune manifestant étudiant en botanique de 21 ans, à la suite du jet d’une grenade offensive par un gendarme dans la nuit du 25 au 26 octobre.

Immédiatement, dès que cette tragédie a été connue – en 27 ans, le troisième mort lié à une manifestation -, comme toujours, le rouleau compresseur de la culpabilité a été enclenché. Et, comme d’habitude, de manière unilatérale.

Seul l’Etat serait hautement responsable, et les gendarmes qui attaqués durant plusieurs heures auraient dû riposter mais sans faire mal. Et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve évidemment, qui dès le 28 octobre a interdit l’usage des grenades offensives en soulignant que ses instructions aux forces de l’ordre avaient été de faire preuve de retenue… Présumés coupables !

Il n’est pas inutile tout de même de relever que parmi ces manifestants, si certains pacifiques n’avaient pour but que de défendre une cause légitime – dès lors qu’elle ne s’accompagnait pas de violences qui la dégradaient -, d’autres appartenant à la gauche radicale (anarchistes, Anonymous, Black Block) n’avaient pour obsession que de susciter le désordre et la confusion, de se payer du gendarme. N’oublions pas une dernière catégorie, celle des purs casseurs qui ne méritent pas plus d’indulgence, au prétexte qu’ils sont agrégés à des écologistes, que les casseurs de nos banlieues indignant les citoyens par leurs excès et leurs dévastations.

Quand Cécile Duflot soutient « qu’elle a toujours condamné le recours à la violence et les groupes qui cherchent uniquement une confrontation avec la police », je la crois. Je ne la contredis pas quand elle énonce que « les écologistes sont non violents » (Le Monde).

Mais quand Rémi Fraisse, jeune homme décrit par ses proches comme pacifique, se trouve au sein d’un groupe qui n’est mû que par la volonté d’en découdre, lorsque, durant plusieurs heures, avec un niveau d’intensité rarement subi par les gendarmes, ceux-ci sont assaillis par des tirs de pierres, de boulons et de cocktails Molotov, il est logique, admissible qu’une riposte en défense soit renvoyée et dramatique qu’elle ait entraîné ce terrible effet. Mais sa conséquence mortelle n’était pas inéluctable ni prévisible.

La gendarmerie, corps d’élite respectueux des règlements et de la discipline, avait-elle le loisir, soumise à cette incandescence et à ce harcèlement, de distinguer les « bons » écologistes des « mauvais » manifestants ? A l’évidence, non.

J’approuve par conséquent la décision du directeur général de la Gendarmerie nationale de ne pas suspendre le gendarme concerné, à partir du moment où l’injustice aurait été de lui imputer une faute quand le cours des événements et le contrôle de la situation ne le rendaient coupable de rien.

Il me semble qu’Emmanuelle Cosse énonce une banalité mais utile en l’occurrence : « La violence décrédibilise notre combat » (Le Figaro).

Pourquoi toutefois, avant même que l’information judiciaire ait révélé autre chose que l’existence de cette grenade offensive, cette présomption de culpabilité à l’encontre de ceux qui, sur le terrain ou sur le plan politique, ont pris leurs responsabilités et assumé leur mission de manière honorable ? Pourquoi le ministre Cazeneuve devrait-il démissionner ? Pourquoi l’Etat n’a-t-il jamais droit à la présomption d’innocence ? Pourquoi, face à un drame surgi des profondeurs non maîtrisables d’une manifestation violente, ne s’interroge-t-on pas sur les responsabilités partagées, l’attitude des uns et des autres, les agresseurs qui agissent et les gendarmes qui réagissent ? Pourquoi, toujours, ce deux poids deux mesures qui décourage la morale et le civisme ? et qui renforce subtilement mais sûrement les fauteurs de trouble qui trouvent souvent une oreille politique et médiatique complaisante.

Il ne faut pas confondre la détresse humaine, la compassion et l’émotion – qu’on peut tous partager – avec l’imputabilité d’un comportement imprudent ou transgressif. La mort d’un jeune homme est un désastre intime, familial et civique mais ne signe pas obligatoirement une faillite professionnelle et politique.

Je ne me serais pas penché sur ces événements avec cette attention que j’espère équitable s’ils ne m’apparaissaient pas comme une tendance que l’on peut constater chaque jour. Combien de fois la police est-elle présumée coupable alors même qu’elle est intervenue légitimement et se trouve confrontée, dans le désordre du quotidien, à des violences et à des agressions scandaleuses ?

L’autorité de l’Etat, dans un monde qui en manque, est mal perçue. Dieu sait pourtant qu’il n’en abuse pas.

Je souhaiterais qu’on respecte la présomption d’innocence des institutions, des corps et des auxiliaires de démocratie. De l’Etat dans sa plénitude acceptable jusqu’au plus compétent, au plus modeste, au plus exemplaire de ses serviteurs.

http://www.philippebilger.com/

00000000000000000000000000000000000000000

Depuis cet été et ses prises de position favorables à Israël, le député UDI Meyer Habib est protégé par quatre policiers du Service de la protection (SDLP ex-SPHP). Directeur général de Vendôme S.A, spécialisé dans le diamant, le parlementaire poursuit ses activités professionnelles si l’on en croit sa déclaration d’intérêt et d’activité remise à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

Alors qu’il souhaitait transporter de la marchandise dans le cadre de sa fonction de chef d’entreprise, il s’est heurté à une fin de non-recevoir de la part des policiers chargés de sa protection. Ils ont exercé leur droit de retrait. « Il voulait convoyer près de 20 000 euros de diamants. Nos collègues de la protection rapprochée ne sont pas formés à ce genre de mission qui relève du transport de fonds privés », assure un syndicaliste. « Ils se sont trompés, il s’agissait de produits factices », rétorque l’élu au Point. Sa protection a été maintenue par le ministère de l’Intérieur, mais, désormais, les officiers de sécurité ne l’autorisent plus à monter dans leur véhicule.

la suite sur lepoint.fr

La vidéo en plus :

Ahmed Moualek travaille pour Benjamin Netanyahou et Meyer Habib ?

Robespierre: http://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_de_Robespierre

Les Robespierre de la vertu des autres

C’était prévisible.

Un livre indécent a mis à mal l’image présidentielle et le pouvoir socialiste. Il fallait que par compensation on exploitât cette triste affaire fiscale jusqu’à plus soif !

Le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur Thomas Thévenoud n’a duré que huit jours. Il n’avait pas déclaré ses revenus durant trois ans et même s’il a régularisé en payant les pénalités qui convenaient, à mon sens, s’il n’était pas au sens propre un fraudeur, il était bien plus qu’un « contribuable négligent ».

Il est normal donc qu’on l’ait blâmé, que force condamnations morales à droite et à gauche l’aient accablé, qu’il ait dû abandonner sa haute fonction d’autant plus que dans son activité antérieure il s’était souvent trouvé en position de donneur parlementaire de leçons. Le hiatus a fait justement mauvais genre !

Il ne sera plus au Parti socialiste mais il gardera son siège de député. Contrairement à beaucoup, cela ne me choque pas. Ses compagnons socialistes ne veulent plus de lui, certes, mais la députation relève d’un pacte entre une personnalité et ses électeurs. Si ceux-ci le moment venu ne souhaitent plus sa présence à l’Assemblée nationale, ils le feront savoir sans ambiguïté.

Je doute, d’ailleurs, de cette rigueur, tant, dans notre espace démocratique, l’éthique malmenée, le sulfureux, voire les condamnations non seulement n’ont jamais affecté une carrière politique mais semblent au contraire étrangement l’honorer. C’est un scandale mais c’est comme ça. Le peuple préfère, quand il arbitre, l’efficacité à la morale.

L’épouse de Thomas Thévenoud, chef de cabinet à la Présidence du Sénat, a été mise en congé sans traitement de manière légèrement anticipée. S’il n’est pas démontré que celle-ci a en connaissance de cause participé à la négligence, à l’occultation, cette sanction indirecte incriminant, comme dans les temps anciens, le couple plutôt que le seul responsable constitue une odieuse régression dont personne ne devrait être fier.

Aucune procédure n’a été engagée contre l’éphémère secrétaire d’Etat et ne le sera apparemment. C’est aussi à relever.

Surtout, j’ai tendance à considérer que cette ébullition outrancière, maintenant démesurée – Thomas Thévenoud n’est tout de même pas l’alpha et l’oméga de notre France en perdition – constitue une bienfaisante dérivation pour un gouvernement qui n’a pas été capable, avec tous les moyens officiels et officieux de contrôle dont il dispose, de rejeter en amont la mauvaise herbe ministérielle. Nous avons eu Cahuzac, sur le mode gravissime, et Thomas Thévenoud est une illustration, dans un registre à la fois signifiant et grotesque, de cette incurie gouvernementale. Sans doute à tort, je déteste ceux qui laissent tomber au fond du trou pour s’émouvoir ensuite et s’indigner trop tard.

Derrière cette effervescence qui donne bonne conscience à une classe politique qui bien sûr, à l’exception de quelques brebis galeuses, est impeccable et irréprochable !, je devine les justiciers de pacotille et en chambre, les Robespierre de la vertu des autres. Même légitime, dès lors qu’il tourne au lynchage, à la chasse à l’homme, l’opprobre me répugne. Il y a des procès qui à force font peur.

Cette tentation de l’intégrisme confortable et totalitaire – l’homme, la femme, pourquoi pas les enfants demain ? – est si communément admise et pratiquée que je veux rendre hommage au député socialiste Bernard Roman qui avec bon sens a défendu son collègue et au lucide et libre journaliste qu’est Jérôme Béglé (lepoint.fr) qui a dénoncé une dérive honteuse.

S’il y a des Robespierre au petit pied, il y a heureusement aussi des avocats d’autant plus sincères et convaincants que ce n’est pas leur métier.

Ma Photo

Philippe Bilger

0000000000000000000000000000000000000000

 

photo_bilger_1Cécile Duflot a été ministre, a écrit un livre sur son expérience et ne crache pas dans la soupe.

Je n’ai pas lu son ouvrage qui ne sera publié que le 25 août mais de courts extraits ont été diffusés et ont suscité l’indignation d’un certain nombre de personnalités socialistes, ministres et parlementaires. Elle aurait eu une démarche « peu élégante », « triste » et aurait « manqué de considération » à l’égard de ses anciens collègues (lepoint.fr).

L’ancienne ministre du logement invoque « un devoir de sincérité » et estime ne pas s’être ménagée. Apparemment elle a bien fait si on en juge par les critiques cinglantes de sa loi sur loi sur le logement, depuis la promotion orageuse de son texte.

Corporatisme ou solidarité superficielle, quand tu nous tiens !

Qu’a-t-elle donc écrit de si choquant ?

Que le président de la République, à force de vouloir être le président de tous, n’est le président de personne, qu’il sait décider mais toujours vers le plus mou, le plus consensuel, en fonction du plus petit dénominateur commun, qu’elle a cru en lui mais qu’elle a été trompée. Sur Manuel Valls, qu’elle n’a jamais eu d’atomes crochus avec lui et qu’au fond elle le considère comme un homme de droite.

Personne ne peut se dire réellement surpris par ces appréciations dont on sentait que sur un mode atténué elles se préparaient dans la tête de Cécile Duflot durant son activité ministérielle.

On n’a pas cessé, quand deux ministres d’EELV étaient au gouvernement, de dénoncer leurs critiques, de leur reprocher d’être à la fois dedans et dehors et en quelque sorte de choisir à la carte la solidarité nécessaire à l’action commune.

Cécile Duflot, pour des motifs personnels, tactiques et de fond, a refusé de se retrouver, avec un statut amplifié, sous l’égide de Manuel Valls Premier ministre malgré les avancées écologiques proposées par ce dernier et les engagements pris. On peut déplorer autant qu’on voudra cette renonciation et beaucoup à EELV ne s’en sont pas privés quand Cécile Duflot est parvenue à faire adopter son point de vue par la majorité de son parti. Elle ne l’a d’ailleurs pas infléchi, bien au contraire (le Monde) !

Mais on lui en a voulu et il est clair qu’elle a non seulement dérangé sur le plan idéologique mais freiné des ambitions que la fonction de ministre servait.

Derrière le tintamarre gonflé provoqué par son livre, je perçois plus de petits desseins contrariés que l’espérance d’une grande politique envolée.

Faut-il considérer qu’en dépit du contexte ministériel que je viens de rappeler, serait récusé l’acte même d’écrire sur un bilan de la part d’un responsable politique ? Ce serait une étrange conception de la démocratie qui exige qu’on rende des comptes mais qui s’offusquerait dès qu’on le ferait par une voie singulière sans avoir, en plus, jamais dissimulé ses pensées quand on était en charge de responsabilités.

C’est, sur ce plan, la différence capitale entre Cécile Duflot et Roselyne Bachelot qui, Nicolas Sarkozy à peine battu, a publié un livre empli de lucidité rétrospective et acide à l’égard d’un quinquennat auquel elle avait pris sa part sans jamais faire entendre une voix discordante.

Les socialistes devraient avoir l’honnêteté de percevoir le livre de Cécile Duflot comme l’expression d’une cohérence se poursuivant, comme la continuation de la politique par d’autres moyens. Quant à ses « amis » d’EELV, il est facile de discerner dans leurs réactions ce qui tient à un manque d’affinités avec Cécile Duflot et ce qui relève de la préparation d’un autre avenir.

En substance, le fait de n’être plus ministre, de ne plus pouvoir l’être ne passe pas. François de Rugy, si on interprète bien, envisage le retour. Dominique Voynet et Jean-Vincent Placé ne se gênent pas, en accablant perfidement Cécile Duflot, pour se remettre dans le jeu, elle en « sage » prétendument au-dessus de la mêlée et lui en sénateur brillant, ambitieux, tacticien et atypique.

Il serait paradoxal d’intenter un procès durable à Cécile Duflot quand on a enfin et heureusement admis à droite qu’après la défaite de Nicolas Sarkozy, ceux qui avaient contribué à son quinquennat mais qui ne disposaient pas de l’autorité suprême pour inspirer, promouvoir, décider, arbitrer ou imposer avaient évidemment toute latitude pour se présenter à la primaire UMP de 2016 – qu’il s’agisse d’Alain Juppé, de Xavier Bertrand ou de même François Fillon sur un autre registre. On n’est pas comptable de ce sur quoi on n’avait pas prise.

Contre Cécile Duflot, au-delà des combinaisons politiques dévoilées, dérangées, je perçois autre chose qui me touche davantage. C’est la détestation de cette « intolérable » liberté d’expression qui bouscule, met à nu, révèle, fait entrer dans les coulisses et signifie que l’exigence de solidarité est d’abord du corporatisme, le silence requis de la lâcheté et la sincérité une denrée rare en politique. Quasiment un scandale.

Najat Vallaud-Belkacem qui a préféré honteusement attaquer Nadine Morano plutôt qu’approuver au moins son avertissement, prétend donner une leçon de politesse à Cécile Duflot qui aurait dû mieux traiter les anciens ministres qu’elle a côtoyés, leur faire des grâces par urbanité, et davantage respecter les Français.

On a bien compris : non seulement il ne faut pas cracher dans la soupe mais dire forcément du bien de ceux qui l’ont préparée et faite et mentir à ceux qui sont condamnés à la manger.

Cécile Duflot, elle, ne crache pas, sur le tard, dans la soupe. Car, avant, elle l’avait déjà modérément goûtée.

http://www.philippebilger.com/

00000000000000000000000000000000000000000000