Plus Syriza que moi, tu meurs ! par Philippe Bilger

Publié: 26 janvier 2015 dans Grèce, Informations générales, Réflexions
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Ma PhotoIl est clair que la classe politique française a gagné en Grèce, à voir et à entendre ses réactions quasi unanimes à l’annonce de la victoire de Syriza et de son leader Alexis Tsipras. Celui-ci va devenir le plus jeune Premier ministre de ce pays depuis un siècle.

Avec, à deux députés près, la majorité absolue. Syriza aura les mains libres et les coudées franches (Le Monde, Le Figaro) Mais pour quoi faire avec un gouvernement déjà constitué avec une rapidité impressionnante ?

L’enthousiasme français révèle dans quelle déliquescence l’Europe est tombée. Comme si n’importe quel bouleversement, même aux antipodes du classicisme des choix et de la politique soumise peu ou prou à l’étau franco-allemand, suscitait l’adhésion, tant l’espoir a déserté et la morosité gagné. L’important est que cela bouge, on verra après le sens de ce mouvement.

Pourtant, pour Syriza et son responsable, plus les élections se rapprochaient, plus de l’eau était mise dans le vin, plus le réalisme de la responsabilité et des limites prenait le pas sur l’exaltation initiale du programme, plus la conscience du pluriel l’emportait sur la rafraîchissante ferveur du singulier.

Que le Front de gauche et le FN saluent la victoire de Syriza, en dépit de leur antagonisme idéologique, est tout à fait explicable : Alexis Tsipras est celui qui a proclamé qu’il allait desserrer le nœud coulant de l’austérité. Sa volonté, son succès vont évidemment bénéficier à ceux pour qui l’alternative existe et qui rêvent d’opposer à Bruxelles le bonheur des peuples et l’élan de la croissance.

Mais pour tous les autres partis, quel étonnement de les sentir presque heureux de ce triomphe grec comme si les électeurs avaient exprimé, là-bas, tout haut ce que nos politiciens, droite et gauche confondues, pensaient tout bas et n’avaient pas osé dire.

Cette étrange satisfaction montre à quel point les discours officiels sont du vent. François Hollande n’étant nullement parvenu à infléchir le collectif européen vers l’exigence prioritaire de la croissance, le pouvoir, paradoxalement, va s’appuyer sur ce séisme grec qui défie en apparence sa vision orthodoxe et austère de l’Europe. Le président de la République accueille avec bonheur un loup dans la bergerie.

Je songe au peuple grec qui a subi et va continuer à subir des épreuves qui tiennent à la fois, de son fait, au laxisme de la gestion des finances publiques et à l’immoralité civique de beaucoup mais aussi au sadisme européen ayant puni avant d’aider. On a donné les conseils après le fouet. Il aurait fallu faire l’inverse.

On ne peut pas, même obscurément, aspirer à ce que Syriza perde son pari qui est de tout changer mais en ne reniant pas les fondamentaux européens. La Grèce est nécessaire à l’Europe. Son passé, son histoire sont une lumière qui nous a éblouis.

Son avenir dépend maintenant de Syriza.

Le stupéfiant consensus qui a salué sa victoire va-t-il, pour les instances européennes, déboucher sur une compréhension opératoire ?

Il faut que tout change, en effet, pour que l’essentiel soit sauvé : la grandeur, la pureté du rêve européen.

http://www.philippebilger.com/

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