Archives de la catégorie ‘Réflexions’

Source : Gilbert Doctorow, Consortium News, 12-062017

Un nouveau paradigme de la « liberté de la presse » a pris possession du monde occidental, imposant le récit officiel de l’establishment comme la « vérité », et écartant les analyses contradictoires en les qualifiant de « fake news », ce qui rompt avec le « marché des idées » du siècle des Lumières, affirme Gilbert Doctorow.

Au cours du dernier quart de siècle ou plus, la politique étrangère occidentale a affirmé être guidée par la promotion des « valeurs démocratiques », parmi lesquelles aucune ne brille plus intensément que la liberté de parole et la liberté de la presse liée à cette dernière. Les institutions de l’Union Européenne ont été promptes à dénoncer les régimes autoritaires de l’Europe élargie, pour l’arrestation ou le meurtre de journalistes, et pour la fermeture de médias, une ligne rouge que quelques gouvernements ont franchie.

Drapeau de l’Union Européenne

L’année dernière, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan était en haut de la liste de Bruxelles pour ce type d’infraction, spécialement après la répression qui a suivi la tentative de coup d’État l’été dernier. Les supposés gardiens européens d’une presse libre ont également placé la Russie de Vladimir Poutine sur la liste des pays où le journalisme est réputé être sévèrement contrôlé.

Cependant, contrastant avec la posture moraliste de l’Europe, on trouve des exemples troublants de la manière dont l’Union Européenne elle-même traite les journalistes qui remettent en cause la pensée majoritaire. L’Union Européenne trouve ses propres excuses pour étouffer la dissidence au travers de manœuvres bureaucratiques sans avoir à faire couler la moindre goutte de sang.

Par exemple, en avril 2016, j’ai décrit comment la diffusion d’un documentaire remettant en cause le récit officiel des circonstances de la mort du critique du Kremlin Sergei Magnitsky en 2009 avait été bloquée au parlement Européen à Bruxelles, en Belgique.

Le blocage de dernière minute du documentaire, « Les dessous de l’affaire Magnitsky », a été conçu par des avocats pour William Browder, l’influent président du fond d’investissement Hermitage Capital, et associé de Magnitsky.

Basé à Londres, Browder a mené une incessante croisade pour imposer des sanctions aux officiels russes supposés être impliqués dans la mort de Magnitsky en prison. Browder est parvenu à pousser le congrès à approuver le « Magnitsky act » en 2012, et a également fait du lobbying auprès du parlement de l’Union Européenne afin de faire voter une mesure punitive similaire.

Le financier William Browder (à droite), la veuve de Magnitsky et son fils, aux côtés d’autres parlementaires européens.

Puis, en avril 2016, Browder a accompli une démonstration de force en organisant l’annulation du documentaire sur « l’affaire Magnitsky » quelques minutes seulement avant que les invités n’entrent dans l’auditorium du Parlement européen pour la projection.

Browder a bloqué le documentaire, dirigé par Andrei Nekrasov, parce qu’il analysait en détail les éléments factuels de cette affaire, et soulevait des doutes quant à l’histoire narrée par Browder selon laquelle Magnitsky était une victime innocente de la répression russe. Les responsables au sein de l’Union Européenne, qui avaient totalement gobé l’histoire de Browder au sujet de Magnitsky, n’ont rien fait pour empêcher Browder d’étouffer toute voix dissidente.

Parmi les éléments de la nouvelle approche occidentale envers l’information, il apparaît que seuls les récits approuvés par l’establishment peuvent être présentés au public ; et les analyses contradictoires qui tentent de raconter l’autre facette d’une histoire sont écartées en tant que « fausses nouvelles ». (Lorsque le documentaire sur Magnitsky a été projeté une unique fois au Newseum de Washington, un éditorial du Washington Post a mal décrit son contenu et l’a écarté au motif qu’il s’agissait de « Russian agitprop », de la propagande russe agitatrice, ce qui était assez facile à faire car pratiquement personne n’a pu visionner son contenu.)

Renvoyé de bureau en bureau

J’ai moi-même goûté à la résistance bureaucratique de l’Union Européenne à la dissidence, lorsque j’ai soumis une demande d’accréditation aux médias de la commission Européenne le 2 mars, désireux d’obtenir un badge presse pour agir en tant que reporter pour Consortiumnews.com à Bruxelles.

Ce comité émet les accréditations pour toutes les institutions européennes, y compris la seule ayant un intérêt à mes yeux, le Parlement européen. Le comité est au-dessus des lois, c’est une entité bureaucratique sans visage qui traite uniquement les demandes faites en ligne, et vous renvoie des e-mails anonymes. Le processus de demande comprend plusieurs étapes, déjà marquées de points rouges sur ce que veut dire, au XXIe siècle, faire partie de la « presse » ou être un « journaliste » méritant une accréditation.

Premièrement, selon les règles de la commission, un journaliste doit être salarié d’un des médias acceptés. Cette condition ne peut généralement pas être satisfaite par les « pigistes » ou les « freelancers », qui sont payés à la mission ou à l’histoire, un accord de paiement qui a existé tout au long de l’histoire du journalisme mais qui est devenu commun aujourd’hui, utilisé par les médias mainstream comme par les médias alternatifs, qui payent généralement peu ou rien. J’ai satisfait ce critère avec un relevé de virement bancaire Paypal de Consortiumnews.

La Commission doit aussi trouver le média sur sa liste approuvée. Concernant Consortiumnews, un magasine d’investigation sur internet fondé en 1995 et opérant dans la zone de Washington, la commission n’était pas sûre de ce qu’elle devait faire.

Donc, comme toute institution bureaucratique, la commission jouait avec le temps. C’est seulement le 6 juin que j’ai reçu le retour de ma demande. Le constat était que 1) je devais présenter davantage de preuves que mon employeur me payait régulièrement, pas juste une fois, et 2) je devais fournir davantage d’articles afin de montrer que je n’étais pas juste publié régulièrement, comme il ressortait des articles envoyés dans la demande initiale, mais que j’étais publié précisément sur le sujet des activités des institutions européennes.

J’étais confiant qu’après la livraison de ces preuves et la réalisation de ma requête, je pourrais demander une accréditation ad hoc « aux institutions concernées pour des événements de presse spécifiques que vous souhaitez couvrir ».

En fait, j’avais omis dans ma demande, mon éditorial le plus récemment publié sur une table ronde du Parlement européen, consacrée à la censure des prétendues « fake news » répandues par la Russie. Ce débat était conduit par un député européen polonais, ancien ministre des Affaires étrangères du parti résolument anti-russe des Kaczynskis. Le titre de mon éditorial était « L’Europe est en état de mort cérébrale et sous perfusion ». J’avais la sensation que cet article ne soutiendrait pas vraiment la cause de ma carte de presse.

Cependant, l’insincérité de la réponse du comité d’accréditation de la presse de l’U.E. à ma demande était évidente. Un journaliste peut écrire sur les institutions européennes quand il ou elle a l’accès libre au parlement via une carte de presse et peut évaluer ce qui est digne d’intérêt. Sans carte de presse, vous ne savez pas qui ou quoi vaut la peine d’être couvert.

Dans ce contexte, « les événements de presse spécifiques » sont, parmi les choses se déroulant dans l’U.E., les moins désirables pour les desseins d’un journaliste authentique. Ils sont utiles seulement aux journalistes paresseux qui envoient à leurs rédactions le communiqué de presse et quelques citations en boîte obtenues en se montrant à une conférence de presse au moment des cafés et des sandwichs.

En bref, je ne recevrai pas d’accréditation et le Comité ne se dérangera pas pour répondre à la véritable raison de son refus : Consortiumnews ne figure pas sur la liste des médias acceptables par le Comité. N’ayons pas peur des mots, c’est ainsi que la bureaucratie de l’U.E. gère les médias sceptiques et étouffe les voix dissidentes.

La nouvelle star de NBC, Vladimir Poutine

Pendant ce temps, les médias occidentaux mainstream continuent de marteler à domicile leurs récits de propagande, notamment concernant la Russie. Une autre étude de cas s’est déroulée la semaine dernière avec la nouvelle journaliste vedette de NBC, Megyn Kelly, qui a interviewé le président russe Vladimir Poutine le 2 juin en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg.

Megyn Kelly, de NBC, s’entretient avec le président russe Vladimir Poutine le 2 juin 2017. (Photo NBC )

Ce dernier crime de NBC contre le journalisme professionnel devient évident lorsqu’on compare la version complète de l’interview telle qu’elle a été diffusée sur le réseau RT en Russie et la version éditée que NBC a diffusée pour son public américain. L’écart le plus choquant se trouve dans une séquence où Kelly interrogeait agressivement Poutine sur ce qui, selon elle, était la compréhension par les Américains de son gouvernement, à savoir tuer des journalistes, supprimer l’opposition politique, être rongé par la corruption, etc.

Dans la version de NBC, la réponse de Poutine a été réduite à une déclaration liminaire creuse selon laquelle « la Russie est sur le point de devenir une démocratie », flanquée d’une phrase de clôture également creuse. Dans la version complète et non coupée, Poutine répond aux allégations de Kelly point par point, puis retourne la question en demandant de quel droit les États-Unis et l’Occident mettent en cause le bilan de la Russie, alors qu’ils ont activement fait bien pire que ce que Kelly reproche. Il a demandé où est Occupy Wall Street aujourd’hui, pourquoi les États-Unis et la police européenne utilisent des matraques et des gaz lacrymogènes pour briser les manifestations, alors que la police russe ne fait rien de tel, et ainsi de suite.

Autrement dit, NBC a intentionnellement fait en sorte que Poutine ressemble à un despote creux, alors qu’il est en fait un débatteur très sophistiqué ; il l’avait démontré plus tôt dans la journée lors d’une table ronde ouverte avec Kelly, où elle était devenue la risée de tous. En ce qui concerne l’interview caviardée, le management de NBC porte la première responsabilité pour avoir déformé le document et trompé ses téléspectateurs.

Les entretiens par des organes d’information sérieux peuvent être des « discussions difficiles », comme dans le programme hebdomadaire de la BBC du même nom [hard talk]. Le journaliste en charge peut contester directement et gravement un leader politique ou autre personnalité publique et insister sur un point litigieux jusqu’à obtenir une réponse exhaustive, permettant aux téléspectateurs de tirer leurs propres conclusions.

Cependant, dans l’entretien qui nous occupe et lors de la table ronde qui l’avait précédé, Kelly a répété la même question sur l’ingérence présumée de la Russie lors des élections américaines, même après avoir reçu une réponse exhaustive de Poutine à plusieurs reprises. De toute évidence, elle lisait un script qui lui avait été donné par la direction et n’était pas autorisée à réagir à ce qui se produisait lors de l’échange.

Étant donné que les réponses de Poutine ont ensuite été mises en pièces dans la salle de montage de NBC, nous pouvons expliquer les objectifs des cadres de NBC comme suit : se présenter au public américain, ainsi que le journaliste en vedette, comme étant respectés par le Kremlin au point que le président russe leur accorde un entretien exclusif ; deuxièmement, montrer au public américain qu’ils ont profité de cette opportunité non pour permettre au président russe de donner son avis au public américain, mais au contraire pour lui lancer toutes les accusations d’actes répréhensibles qui se sont accumulées dans l’arène politique américaine.

En d’autres termes, NBC devait exhiber la soi-disant hardiesse de Kelly et le faux patriotisme de la chaîne tout en évitant au peuple américain d’entendre les réponses complètes de Poutine.

Une dissidente à Harvard

Bien que le paradigme émergent consistant à supprimer immédiatement tout ce qui défie les récits mainstream semble être la tendance de l’avenir – avec des algorithmes Internet renforçant éventuellement la censure moderne – certaines voix protestent contre cet attentat à la confiance des Lumières en la raison humaine pour trier les fausses affirmations et avancer vers la vérité des faits.

La présidente de Harvard, Drew Faust.

A la cérémonie de remise des diplômes du 25 mai à l’Université de Harvard à Cambridge, au Massachusetts, la présidente de Harvard, Drew Faust, a prononcé une défense passionnée de la liberté d’expression. Elle a parlé de l’institution et de ses obligations en tant que créatrice et protectrice de la « vérité » et de l’accès à la connaissance par le libre débat et le défi des idées.

Cela ne veut pas dire que son message était d’une clarté parfaite. Elle m’a laissé, moi et d’autres participants, quelque peu incertains quant au droit à la libre parole qu’elle défendait, et contre quel type d’enjeu. Compte tenu de la sensibilité politique des étudiants et des facultés, à savoir à mi-parcours vers l’aile progressiste du Parti Démocrate, on pourrait penser qu’elle avait à l’esprit des affaires aussi célèbres que les attaques verbales en cours contre Linda Sarsour, une musulmane (palestinienne) conférencière à l’Université de la Ville de New York.

En effet, dans son discours, Drew Faust a désigné les membres les plus vulnérables du corps étudiant, ceux des minorités, ceux des étudiants de première année qui pourraient être intimidés par un discours blessant dirigé contre eux. Mais il est plus probable qu’elle ait rédigé son discours en tenant compte de la controverse de ce printemps sur le campus, concernant le droit de conférenciers diffusant des idées détestables à venir sur le campus. Cette question a été soulevée à maintes reprises dans le journal étudiant The Crimson, et on peut dire que cela date du scandale de l’UC Berkeley concernant l’annulation de la venue de l’ancien porte-parole controversé de l’extrême droite, Milo Yiannopoulos.

Cependant, je crois que la force principale de son argumentation visait autre chose. Principalement, les processus par lesquels on détermine ce qui est la vérité. Elle défendait la pertinence d’un débat pointu et de l’expression d’opinions pouvant être intensément détestées sur le campus :

« Les universités doivent façonner l’engagement envers cette conception de la vérité comme ne pouvant être simplement revendiquée, mais devant être établie – établie par des arguments raisonnés, des évaluations et même des défis parfois inconfortables qui constituent son fondement. »

Bien que cette idée soit au cœur des Lumières, elle s’est affadie ces dernières années, où diverses forces politiques et médiatiques préfèrent simplement rejeter les preuves et les analyses contraires en stigmatisant les messagers et, chaque fois que cela est possible, en passant sous silence le message. Cette approche est maintenant courante dans les médias majeurs qui regroupent des cas de théories du complot dépourvues de faits et des « fausses nouvelles » délibérées, avec des informations bien documentées et des analyses sérieuses qui jurent avec les conceptions conventionnelles.

Pas d’aspérités

Par mon expérience d’organisateur d’événements publics au cours des cinq dernières années, j’ai appris que le mot « débat » trouve peu de défenseurs ces jours-ci. Le débat suggère le conflit plus que le consensus. Le terme politiquement correct pour des discussions publiques sur des questions même chaudes est celui de « tables rondes ». Aucun angle aigu n’est permis.

Un panneau de soutien à Donald Trump lors d’un rassemblement au Veterans Memorial Coliseum au Arizona State Fairgrounds à Phoenix, en Arizona, le 18 juin 2016 (Photo de Gage Skidmore)

Mais Faust a déclaré : « Assurer la liberté d’expression ne consiste pas seulement à permettre la parole. Il s’agit de créer activement une communauté où tout le monde puisse contribuer et s’épanouir, une communauté où l’argument est réintégré, et non pas craint. La liberté d’expression n’est pas seulement la liberté de ne pas être censuré ; c’est la liberté de se joindre activement au débat en tant que participant complet. Il s’agit de créer le contexte dans lequel un véritable débat peut se produire. »

Outre la validité du débat honnête comme méthode de validation de la vérité, Faust a également noté que la suppression de la diversité des opinions peut empêcher ceux qui la suppriment de voir le trouble croissant du grand public, allusion apparente à l’élection surprise de Donald Trump.

Faust a poursuivi : « Passer des idées sous silence ou se délecter d’une orthodoxie intellectuelle indépendante de tous faits ou preuves, barre la route aux idées nouvelles et meilleures, et empêche le rejet total et argumenté des mauvaises. Au moins depuis le temps de Galilée, on peut voir comment la répression des idées apparemment hérétiques a empêché les sociétés et les nations d’acquérir la connaissance et la compréhension approfondies dont dépend le progrès.

« Beaucoup plus récemment, on peut voir ici à Harvard comment notre inattention au pouvoir et à l’attrait des voix conservatrices a laissé une grande partie de notre communauté stupéfiée – aveuglée par le résultat des élections de l’automne dernier. Nous devons veiller à ce que les universités ne deviennent pas des bulles isolées des préoccupations et des discours de la société qui les entoure. »

Bien sûr, la vérité gênante est que l’Université de Harvard a longtemps été une telle « bulle », en particulier dans le domaine de la recherche politique qui m’intéresse le plus et qui peut se révéler vitale pour éviter une catastrophe nucléaire : à savoir les études russes.

Au cours des dernières années de confrontation croissante entre les États-Unis et la Russie, vilipendant le Président russe et le peuple russe, y compris à présent l’hystérie du « Russie-gate », on a refusé à plusieurs reprises à des collègues ayant une expérience longue et largement reconnue dans les affaires russes, y compris l’ambassadeur Jack Matlock et le professeur Stephen Cohen, toute possibilité de participer à des « tables rondes » dédiées aux relations avec la Russie qui pourraient être organisées au Kennedy Center de Harvard ou au Davis Center.

Ces centres politiques sont devenus des chaires exposant la stricte orthodoxie selon le consensus de Washington. Ainsi, l’argumentation flasque et la complaisance envers la politique étrangère des États-Unis sont assistées et encouragées par cette université de premier plan qui, avec Columbia, a créé la discipline même des études russes en 1949. Ainsi, en se complaisant dans ce groupe de réflexion axé sur le consensus, Harvard contribue à des politiques dangereusement biaisées qui pourraient conduire à la troisième guerre mondiale. Dans ce cas, la vérité – ou comme Harvard pourrait dire, Veritas – ne serait pas la seule victime.

Il ne fait aucun doute qu’il y a d’autres facultés à Harvard qui ont désespérément besoin de renouvellement suite à l’appel au débat et à la liberté d’expression de la présidente Drew Faust. Néanmoins, la célébration du débat ouvert et de la liberté d’expression du docteur Faust représente un reconstituant bienvenu contre l’étroitesse d’esprit de la stigmatisation actuelle de la Russie .

Son discours est d’autant plus remarquable qu’il marque l’un des premiers moments, pour les libéraux et les piliers du Parti démocrate, de reconnaître que ceux que Hillary Clinton a condamnés comme « déplorables » doivent être entendus et rendus à la raison, si la démocratie américaine veut devenir grande à nouveau.

Gilbert Doctorow est un analyste politique indépendant basé à Bruxelles.

Source : Gilbert Doctorow, Consortium News, 12-062017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Que va-t-on faire en Syrie, en Irak, en Libye? Pourquoi ne va-t-on pas en Corée du Nord?
Michel Onfray
TERRORISME – Invité de LCI mercredi matin, Michel Onfray a une fois encore souligné la corrélation qui existe selon lui entre les opérations extérieures de la France et les attentats qui la touchent. Au lendemain de l’attaque sur le parvis de Notre-Dame, le philosophe a plaidé pour que l’on s’interroge sur les motivations des assaillants.
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Vous avez adopté, le 1er février 2016, une « délibération commune du premier président de la cour de cassation et des premiers présidents des cours d’appel ». Vous demandez une « réforme d’envergure de nature à garantir que l’Autorité judiciaire soit soustraite à toute forme d’influence », de façon à ce que nos concitoyens bénéficient « en toute circonstance de l’accès à un juge indépendant et impartial ».

Vous mettez en cause évidemment « la pénurie persistante des moyens matériels et humains » de l’Autorité judiciaire, et de ce point de vue, vous avez raison. Mais permettez-moi de vous dire que l’indépendance et l’impartialité ne dépendent pas des moyens matériels de la justice. C’est dans votre esprit et dans votre morale que ces vertus, que vous avez le devoir de pratiquer, doivent résider.

Or le spectacle lamentable que donne la justice française est aux antipodes de ses devoirs. Quand on constate que la cour de cassation viole systématiquement la Constitution en se faisant juge constitutionnel en lieu et place du Conseil constitutionnel afin de lui disputer la première place dans l’institution judiciaire, quand on voit les tribunaux des affaires de sécurité sociale bafouer les lois de la République et que les cours d’appel et la cour de cassation leur donnent raison, quand on constate que les magistrats ont de la haine pour les honnêtes citoyens et une infinie tendresse pour les délinquants, on ne peut que se dire qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de France.

La vérité, Mesdames et Messieurs les hauts magistrats, est que vous n’avez aucune légitimité pour rendre la justice « au nom du peuple français ». Vous n’êtes que des fonctionnaires de justice. Si vous aviez su vous élever au dessus de votre condition et aviez donné la preuve de votre qualité d’âme, on vous absoudrait de n’être pas indépendants matériellement. Je cherche en vain les occasions où vous vous seriez comportés ainsi. Je cherche en vain les décisions courageuses, celles qui vous font gagner l’estime du peuple et qui constituent le meilleur capital – le seul sans doute – de toute institution judiciaire. Je cherche en vain l’affection que le peuple, partout et toujours, porte aux juges qui l’aiment et le défendent en s’appuyant sur le droit et non sur l’opportunité politique et les intérêts de carrière.

La justice française est détestée du peuple. C’est le plus terrible des verdicts. Et cette condamnation est sans appel, car les magistrats ont pendant trop longtemps abusé de notre patience.

Aujourd’hui, un pouvoir digne de ce nom devrait renvoyer tous les juges et les remplacer par de nouveaux magistrats ayant exercé préalablement des activités civiles dans la société concurrentielle, ce qui garantirait qu’ils connaissent la vie et non pas seulement les arcanes des palais dits de justice. Et rien ne leur confèrerait plus d’indépendance que leur élection par le peuple, au lieu de leur désignation par le pouvoir.

En attendant ces indispensables réformes, faisons nôtre la position de l’ancien premier président de la cour de cassation, M. Guy Canivet, qui demande à l’Etat d’exercer l’action récursoire contre les juges, c’est-à-dire de les faire payer pour leurs fautes. Gageons que ce serait au moins, pour des magistrats imbus de leur irresponsabilité, le commencement de la sagesse.

La République et l’institution parlementaire ont été capables, à la suite du scandale d’Outreau, de soumettre les faits à une commission parlementaire, dont les travaux exemplaires ont mis cruellement en lumière les défaillances individuelles et collectives de l’institution judiciaire. Bien entendu, dans notre régime politique impuissant, aucune réforme n’en a résulté. C’est pourquoi on peut dire aujourd’hui avec certitude que la révolution est désormais inéluctable. Mesdames et Messieurs les hauts magistrats, Mesdames et Messieurs les juges, il ne vous reste plus qu’à trembler.

Claude Reichman

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junker55Les accords fiscaux secrets passés entre des centaines de firmes et le Luxembourg, afin de soustraire des milliards d’euros à l’impôt, ont forcément été couverts par le président de la Commission européenne.

Quarante médias internationaux s’appuyant sur des documents obtenus par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) viennent de révéler l’existence d’accords fiscaux secrets entre le Luxembourg et 340 multinationales, dont Apple, Amazon, Ikea, Pepsi ou Axa. Ces accords, qui permettent à ces firmes de minimiser leurs impôts, représentent des milliards d’euros de recettes fiscales perdues pour les États où ces entreprises réalisent des bénéfices, selon l’ICIJ et ses médias partenaires, dont Le Monde en France, The Guardian au Royaume-Uni, le Süddeutsche Zeitung en Allemagne, l’ Asahi Shimbun au Japon. Ils ont été passés entre 2002 et 2010, soit à une période où Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne depuis le 1er novembre, était aux commandes du Luxembourg.
Ministre des Finances du Grand Duché du 14 juillet 1989 au 23 juillet 2009, il a également été son Premier ministre durant près de 19 ans, du 20 janvier 1995 au 4 décembre 2013. Non seulement M. Juncker ne pouvait ignorer les pratiques mises à jour par l’ICIJ, mais aux postes qu’il occupait il les organisait.

On savait que le Luxembourg était le Duché de l’évasion fiscale.

L’intérêt de l’enquête de l’ICIJ est d’en expliquer le mécanisme, révélant par là-même la complicité du pouvoir politique luxembourgeois. La pratique du « tax ruling », mise au jour dans cette enquête de six mois baptisée « Luxembourg Leaks » ou « LuxLeaks », est légale. Elle permet à une entreprise de demander à l’avance comment sa situation sera traitée par l’administration fiscale d’un pays, et d’obtenir certaines garanties juridiques. Les groupes concernés réalisent ainsi des milliards d’euros d’économies chaque année grâce à la création d’une filiale, d’une holding ou au déplacement d’un siège social sur le territoire du Grand-Duché. Avec pour but de payer le moins d’impôt possible.
Les 28 000 pages d’accords fiscaux secrets auxquels l’ICIJ a eu accès concernent 340 grandes entreprises – notamment Apple, Amazon, Verizon, AIG, Heinz, Pepsi, Ikea – et proviennent toutes du grand cabinet de conseil et d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Ces accords ne concernent donc que les entreprises clientes de PwC. Et le Luxembourg n’entend pas renoncer à la pratique du « tax ruling » : Elle « fait partie de notre patrimoine et nous voulons la perpétuer dans le respect des règles » , déclarait son ministre des Finances, Pierre Gramegna, dans Le Monde du 29 octobre. Avant d’ajouter, non sans cynisme : « Le maintien d’une certaine compétitivité, loyale, entre les États dans le domaine fiscal est indispensable. »

Que ces mécanismes d’optimisation fiscale soient légaux n’en diminue pas le scandale à l’heure où l’Union européenne et ses États membres réclament sur tout le continent à leurs citoyens de se serrer la ceinture au motif qu’il n’y aurait plus d’argent dans les caisses. Derrière la technicité de ces mécanismes révélés par l’ICIJ, il y a des législations qui les ont permis, ces législations relèvent de décisions politiques voulues ou approuvées par des responsables politiques. Ces derniers devraient maintenant rendre des comptes. Dans une démocratie, c’est ainsi que les choses devraient se passer. Mais l’Europe en est-elle seulement une ?

Lorsqu’à l’été dernier il s’est agi de désigner le président de la Commission européenne , nul ne pouvait ignorer que Jean-Claude Juncker, qui était le candidat de la droite (sortie en tête des élections européennes), était aussi le candidat des paradis fiscaux. Lire > Européennes: Juncker, candidat de la droite et des paradis fiscaux Cela n’a pas gêné la plupart des sociaux-démocrates, François Hollande inclus, qui ont accepté de l’introniser. On a même vu Daniel Cohn-Bendit appeler ses amis Verts à faire de même, en vain. À ces derniers, Jean-Claude Juncker a été jusqu’à promettre de « lutter contre la fraude et l’évasion fiscales » , promesse réitérée en séance plénière. Hier, interrogé sur le « Luxembourg Leaks » lors de son premier point de presse, Jean-Claude Juncker a promis de ne pas intervenir dans l’enquête européenne sur la pratique fiscale de « tax ruling » qui vise le Luxembourg et trois autres pays1. Ne pas intervenir n’est pas tout à fait ce qu’on attendrait d’un responsable politique déterminé à lutter contre l’évasion fiscale.

Un moyen simple de lutter contre l’évasion fiscale consisterait à rétablir « la souveraineté fiscale » en taxant les bénéfices là où ils sont réalisés. C’est ce que recommandait l’OCDE dans un document à destination du G20 publié en septembre. Mais c’est sans doute contraire à la religion néolibérale de Jean-Claude Juncker.

À lire > Barroso à Goldman Sachs : l’éthique en toc de la Commission européenne


  1. Cette enquête ne porte que sur des accords passés par le Luxembourg avec Fiat Finance and Trade, qui fournit des services de gestion de trésorerie au groupe automobile Fiat. Les trois autres visent : 1.L’Irlande pour des accords passés entre l’administration fiscale et le géant américain d’internet Apple, soupçonné d’avoir bénéficié d’un traitement de faveur contraire aux règles européennes de la concurrence. 2. Des soupçons d’avantages fiscaux accordés par les Pays-Bas à la chaîne de cafés Starbucks. 3. Gibraltar, cette dernière enquête ayant été ouverte en octobre. 

source: http://www.politis.fr/articles/2014/11/juncker-au-centre-dun-scandale-fiscal-impliquant-340-multinationales-28907/

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La croissance en zone Euro – Ma contribution à Forbes

Ma chronique hebdomadaire publiée sur http://www.forbes.fr  est disponible ici
Le thème cette semaine porte sur le retour de la croissance en zone Euro

Les signaux se multiplient et suggèrent que l’activité économique pourrait s’accélérer bien au-delà de ce qui est attendu en 2017. Depuis quelques mois, les enquêtes menées auprès des chefs d’entreprise sont au-dessus de leur moyenne de long terme et suggèrent nettement une accélération de l’activité pour les mois à venir. Cela est notamment vrai dans le secteur manufacturier mais pas simplement. La France n’est pas à la traîne. Après avoir été longtemps en retrait les entreprises françaises donnent désormais des signaux forts traduisant des signes d’une croissance plus robuste, plus forte et plus durable. C’est vrai aussi des ménages français. Leur perception de l’environnement économique n’a pas été aussi optimiste depuis septembre 2007.
Lire la suite ici

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