FRANCE đŸ‡«đŸ‡·(Bercy): la devise est de servir la cause, sans oublier de se servir…grassement!

Publié: 10 janvier 2019 dans 1 - Revue de presse - Journaux tĂ©lĂ©visĂ©s - Videos, Corruption, Les Menteurs, Les tartuffes, SociĂ©tĂ©
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PubliĂ© par Alencontre le 28 – mars – 2016

 

Par Laurent Mauduit

Un nouveau collaborateur de François Hollande pantoufle dans une banque ; un proche d’Alain JuppĂ© Une de L'Obs: «ÉlysĂ©e: ces trentenaires Ă  qui Hollande confie les clefs du pays», 5 fĂ©vrier 2015multiplie les allers-retours entre Bercy et le secteur privĂ© dans des conditions accommodantes ; les nominations au sein de l’Inspection des finances sont mystĂ©rieusement suspendues : trois informations, qui font beaucoup de bruit au ministĂšre des finances, ont pour point commun d’illustrer la dĂ©shĂ©rence de la haute fonction publique.

On sait depuis longue date que la « RĂ©publique exemplaire » promise par François Hollande s’est malheureusement transmutĂ©e en son exact contraire : la « RĂ©publique accommodante ». Une RĂ©publique qui semble avoir oubliĂ© sa devise historique, « LibertĂ©, Ă©galitĂ©, fraternité », et qui lui prĂ©fĂšre dĂ©sormais d’autres commandements, par exemple celui popularisĂ© par Benjamin Constant, lors de son ralliement Ă  l’Empire : « Servons la cause ! Et servons-nous  »

En faut-il des illustrations, il en existe Ă  foison. Chaque semaine ou presque, l’actualitĂ© charrie des informations qui tĂ©moignent que l’éthique de la haute fonction publique est malmenĂ©e.

C’est par exemple le cas au sein du trĂšs influent ministĂšre des finances, oĂč trois histoires dĂ©fraient actuellement la chronique. Trois histoires qui, pour ĂȘtre trĂšs diffĂ©rentes les unes des autres, ont toutes un point commun : elles rĂ©vĂšlent un laisser-aller Ă©thique, qui choque les hauts fonctionnaires attachĂ©s Ă  leur mission de service public et Ă  la dĂ©fense de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.

Voyons ces trois histoires, avant d’en percer les enseignements.

* La fulgurante carriÚre du protégé de François Hollande

C’était voici Ă  peine plus d’un an : L’Obs, dans son Ă©dition du 5 fĂ©vrier 2015, consacrait une de ces longues enquĂȘtes hagiographiques dont il a le secret aux nouvelles recrues de François Hollande au sein de son cabinet Ă©lysĂ©en. Alors que toutes les gazettes chroniquaient la dĂ©bĂącle de plus en plus spectaculaire de la galaxie socialiste, le magazine, lui, rĂ©ussissait le tour de force de faire un reportage, hors du temps, beau comme sur du papier glacĂ©, pour chanter les louanges dithyrambiques des nouveaux, jeunes et beaux collaborateurs Ă©lysĂ©ens du chef de l’État. C’était titré : «ÉlysĂ©e : ces trentenaires Ă  qui Hollande confie les clefs du pays».

Et l’article dressait alors des portraits, tous trĂšs Ă©logieux, des collaborateurs les plus rĂ©cents cooptĂ©s au sein du cabinet du prĂ©sident de la RĂ©publique. Dans le lot, on dĂ©couvrait un nouveau venu, un dĂ©nommĂ© Jean-Jacques BarbĂ©ris, que L’Obs prĂ©sentait de la maniĂšre suivante : « Dans l’équipe des “trenta”, on remarque un nouveau “jeunot”, un jeune homme Ă  l’allure de trader de la City. Jean-Jacques BarbĂ©ris, conseiller pour le commerce extĂ©rieur de François Hollande, promotion Aristide Briand de l’ENA, comme Constance RiviĂšre. Il a 34 ans et en paraĂźt 18. DiplĂŽmĂ© de Normale sup’, agrĂ©gĂ© d’histoire, il est un des meilleurs spĂ©cialistes des marchĂ©s financiers de la place de Paris. PĂšre communiste, mĂšre soixante-huitarde professeur au lycĂ©e Henri-IV, Ă  Paris. SpĂ©cialiste de la Restauration, grand lecteur de Gramsci, il est recrutĂ© par Emmanuel Macron en novembre 2013. »

L’hebdomadaire, qui s’est longtemps distinguĂ© pour ĂȘtre mitterrandolĂątre avant de devenir hollandolĂątre, a visiblement Ă©tĂ© tellement estomaquĂ© par sa dĂ©couverte qu’il a mĂȘme fait sa couverture avec ce jeune homme, le prĂ©sentant comme l’un des gĂ©nies les plus prometteurs de la galaxie Hollande.

RecrutĂ© par Emmanuel Macron, adoubĂ© par L’Obs, l’intĂ©ressĂ©, comme on s’en doute, Ă©tait nĂ©cessairement promis Ă  un bel avenir. Voici peu de temps, il a donc pris du galon Ă  l’ÉlysĂ©e et est devenu conseiller pour les affaires Ă©conomiques et financiĂšres nationales et europĂ©ennes. Un bien joli poste, pour un si jeune et brillant haut fonctionnaire.

Jean-Jacques BarbĂ©ris, de conseiller Ă©conomique de l'ElysĂ©e Ă  la sociĂ©tĂ© de gestion d'actifs AmundiLas ! L’élĂšve a visiblement mĂ©ditĂ© la leçon du maĂźtre. DĂ©couvrant que François Hollande n’avait dĂ©cidĂ©ment pas la finance pour adversaire – cela aussi Ă©tait une promesse qui n’engageait que ceux qui y ont cru –, mais qu’au contraire la finance Ă©tait son amie, Jean-Jacques BarbĂ©ris a discrĂštement dĂ©cidĂ© de prendre ses cliques et ses claques et d’en faire son mĂ©tier. À peine promu, aussitĂŽt parti ! C’est La Lettre A qui la premiĂšre a rĂ©vĂ©lĂ© le pot aux roses, annonçant que le haut fonctionnaire avait secrĂštement dĂ©cidĂ© de quitter l’ÉlysĂ©e et qu’il Ă©tait « attendu en mai chez Amundi, la sociĂ©tĂ© de gestion d’actifs issue du rapprochement de CrĂ©dit agricole Asset Management et de SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale Asset Management », avec un salaire annuel Ă©valuĂ© Ă  « environ 400 000 euros ».

Allez vous Ă©tonner ensuite que François Hollande ait multipliĂ© les cadeaux les plus extravagants aux milieux les plus rĂ©actionnaires du patronat ou cherche Ă  dynamiter le code du travail : ses conseillers sont, en effet, tous du mĂȘme acabit. La finance, c’est leur port d’attache. Ils en viennent ; ou alors ils savent qu’ils vont bientĂŽt pouvoir y trouver refuge.

Car c’est tout le problĂšme que pose le pantouflage de Jean-Jacques BarbĂ©ris. Est-il de ceux que la loi prohibe ? Nous avons voulu lui demander s’il avait saisi la commission de dĂ©ontologie de la fonction publique et connaĂźtre, le cas Ă©chĂ©ant, l’avis que celle-ci aurait pu rendre ; mais il n’a pas souhaitĂ© rĂ©pondre Ă  nos questions. Le service de presse de l’ÉlysĂ©e nous a juste fait savoir que le haut fonctionnaire Ă©tait trop dĂ©bordĂ© pour s’occuper de nos questions subalternes et qu’en tout Ă©tat de cause, il ne confirmait pas son prochain dĂ©part – mais ne l’infirmait pas non plus. Face Ă  notre insistance, le mĂȘme service de presse nous a promis de nous recontacter pour nous prĂ©ciser si la commission de dĂ©ontologie avait Ă©tĂ© saisie, mais depuis, plus de nouvelles !

Dans tous les cas de figure, ce dĂ©part vient souligner que l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral n’a plus grand sens dans certains cĂ©nacles de la haute fonction publique. Car les pantouflages sont maintenant de plus en plus rapides. Une petite annĂ©e ou deux dans un cabinet ministĂ©riel, parfois mĂȘme seulement quelques mois : et il y a des hauts fonctionnaires qui n’hĂ©sitent plus dĂ©sormais Ă  s’en servir aussitĂŽt comme tremplin pour faire carriĂšre dans le privĂ©, le plus souvent dans la finance, qui offre des rĂ©munĂ©rations si somptueuses. On y lit moins Gramsci, mais c’est beaucoup plus rĂ©munĂ©rateur


C’est donc le choix fait par Jean-Jacques BarbĂ©ris, qui n’était pas mĂȘme inspecteur des finances, mais seulement administrateur civil au ministĂšre des finances. Son passage d’à peine quelques mois au service de François Hollande lui permet aujourd’hui de faire rapidement fortune.

Mais ce choix, bien d’autres l’ont fait avant lui, sous ce quinquennat de François Hollande. Il y a eu la trĂšs libĂ©rale Laurence Boone, qui venant de Bank America a atterri quelques mois Ă  l’ÉlysĂ©e, avant de repartir chez Axa. Et il y en a eu beaucoup d’autres encore. On en retrouvera une sĂ©lection dans quelques-unes des enquĂȘtes rĂ©centes de Mediapart :

  • Crise larvĂ©e Ă  la direction du TrĂ©sor
  • L’indĂ©cent chassĂ©-croisĂ© entre Bank of America et le pouvoir socialiste
  • Quand les banquiers infiltrent les sommets de l’État
  • Taxe Tobin: les banques font leur marchĂ© chez les hauts fonctionnaires

Entendons-nous ! La pratique du pantouflage est lĂ©gale, pour peu que les hauts fonctionnaires concernĂ©s ne passent pas sous trois ans dans une entreprise sur laquelle ils ont exercĂ© l’autoritĂ© publique. Mais quand le pantouflage devient la rĂšgle, quand de plus en plus de hauts fonctionnaires ne restent en fonction dans un cabinet ministĂ©riel que quelques mois, juste pour s’en servir comme tremplin, les citoyens ne sont-ils pas en droit de penser que la dĂ©ontologie de la fonction publique est malgrĂ© tout piĂ©tinĂ©e ? Et les hauts fonctionnaires qui restent dans le public, avec un sens Ă©levĂ© du service de l’État, que doivent-ils penser ? Sans doute ont-ils de bonnes raisons d’éprouver une trĂšs forte amertume. Le sens de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral se perd et le mauvais exemple vient des sommets mĂȘmes de l’État


* Le havre de paix du conseiller
d’Alain JuppĂ©

Le ministĂšre des finances est vraiment un lieu bien accueillant pour les hauts fonctionnaires. L’administrateur civil Jean-Jacques BarbĂ©ris est donc bien placĂ© pour le savoir. Mais il n’est pas le seul : une autre figure connue de Bercy, mais d’un bord politique opposĂ©, Pierre-Mathieu Duhamel, peut en dire tout autant.

AprĂšs avoir longtemps fait carriĂšre dans cette maison, notamment en qualitĂ© de directeur du budget et directeur gĂ©nĂ©ral des douanes, il est parti pantoufler dans le privĂ©, mais sans jamais parvenir Ă  rester durablement dans la moindre entreprise. Pendant un temps aux Caisses d’épargne, puis chez LVMH ou encore chez KPMG, il a finalement quittĂ© cette entreprise en septembre 2013. Durant toutes ces annĂ©es, il a aussi Ă©tĂ© pris dans les turbulences de quelques affaires qui ont Ă©claboussĂ© le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il a ainsi Ă©tĂ© Ă©pinglĂ© par Mediapart. En novembre 2011, Fabrice Arfi et Karl Laske relevaient qu’en 2002, Ziad Takieddine invitait celui qui allait devenir directeur du budget, Pierre-Mathieu Duhamel, sur son yacht La Diva, immatriculĂ© au Luxembourg. Et mes confrĂšres relevaient que cette dĂ©couverte relançait les interrogations sur l’absence d’investigations fiscales quant Ă  la situation du marchand d’armes.

Or, depuis son dĂ©part de KPMG, en 2013, le mĂȘme Pierre-Mathieu Duhamel est revenu trouver refuge au ministĂšre des finances, dans des conditions accommodantes. En tant qu’administrateur civil, il n’a d’abord rien Ă  faire : aucune mission ne lui est confiĂ©e. Et l’intĂ©ressĂ© n’est d’ailleurs le plus souvent pas au ministĂšre. AuprĂšs de ses proches, il ne fait de toute façon pas mystĂšre de ce Ă  quoi il consacre le plus clair de son temps : prĂ©parer la candidature aux primaires de la droite de son champion, Alain JuppĂ©. En privĂ©, il ne cache pas mĂȘme ses ambitions : il se verrait volontiers secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ÉlysĂ©e, si d’aventure son candidat parvenait Ă  y accĂ©der. Ce qui est peut-ĂȘtre aller un peu vite en affaires, car Alain JuppĂ© est encore bien loin d’avoir gagnĂ© la partie, et quand bien mĂȘme y parviendrait-il, l’ancien premier ministre a confiĂ© Ă  son entourage qu’il prĂ©fĂ©rerait cantonner Pierre-Mathieu Duhamel aux seules questions budgĂ©taires.

Quoi qu’il en soit, une bonne fĂ©e s’est tout de mĂȘme occupĂ©e de Pierre-Mathieu Duhamel. Car mĂȘme s’il ne s’est vraiment pas beaucoup investi dans la vie du ministĂšre depuis son retour, il n’en a pas moins profitĂ© d’un dĂ©cret, en date du 23 avril 2015 (il peut ĂȘtre consultĂ© ici), le nommant inspecteur gĂ©nĂ©ral des finances en service extraordinaire. Pour quelle raison ? Pour quel Ă©tat de service ? Par quel appui ? MystĂšre ! Bercy est bonne fille


Et depuis, Pierre-Mathieu Duhamel a-t-il enfin Ă©tĂ© chargĂ© de conduire des missions ? Plusieurs inspecteurs gĂ©nĂ©raux des finances ont assurĂ© Ă  Mediapart que leur collĂšgue Ă©tait toujours beaucoup plus intĂ©ressĂ© par les destinĂ©es d’Alain JuppĂ© et qu’on ne le voyait toujours guĂšre Ă  Bercy. Un porte-parole de l’Inspection nous a assurĂ© que cela Ă©tait faux. À preuve, deux missions ont Ă©tĂ© confiĂ©es au haut fonctionnaire. La premiĂšre vise Ă  Ă©tudier les consĂ©quences d’une dĂ©cision de la Cour de justice europĂ©enne sur les transmissions de donnĂ©es informatiques. Et la seconde mission a Ă©tĂ© demandĂ©e par le gouvernement (lire ici le communiquĂ©) : elle consiste Ă  Ă©tudier les moyens de revitaliser les commerces de centre-ville.

Mais Ă  l’Inspection, on admet toutefois que la premiĂšre mission n’a encore donnĂ© lieu Ă  aucun Ă©crit de Pierre-Mathieu Duhamel. Et il en va de mĂȘme de la seconde, qui vient tout juste d’ĂȘtre lancĂ©e. En bref, Bercy est vraiment un havre de paix : sans trop de crainte d’ĂȘtre dĂ©rangĂ©, le haut fonctionnaire peut y rĂ©flĂ©chir Ă  la destinĂ©e prĂ©sidentielle d’Alain JuppĂ©.

* La chasse gardée de la directrice de cabinet de Michel Sapin

Dans la gigantesque forteresse qu’est Bercy, les rumeurs circulent vite. Depuis quelque temps, les hauts fonctionnaires s’amusent aussi d’une question, qui a fait le tour de l’immense maison : mais pourquoi donc les nouvelles nominations qui devaient intervenir Ă  l’Inspection gĂ©nĂ©rale des finances sont-elles gelĂ©es ?

À la direction de cette Inspection, qui est le corps le plus prestigieux du ministĂšre, on nie qu’il y ait le moindre problĂšme : on fait valoir qu’aucun calendrier n’est impĂ©ratif, et qu’il n’y a donc pas anguille sous roche.

Claire Waysand, à ses cÎtés Jean-Marc Ayrault et Michel Sapin

La vĂ©ritĂ© est pourtant plus nuancĂ©e que cela. En fait, deux promotions au tour extĂ©rieur de l’Inspection des finances devaient intervenir en octobre dernier (on peut consulter ici la procĂ©dure d’admission). Et, pour des raisons de procĂ©dure, ce n’est que postĂ©rieurement Ă  ces deux nominations que quatre autres, au tour intĂ©rieur si l’on peut dire (c’est-Ă -dire de jeunes sortant de l’ENA), pouvaient intervenir. Or, pour une raison que nul ne s’explique, les deux nominations au tour extĂ©rieur ne sont pas intervenues en octobre, ce qui a bloquĂ© mĂ©caniquement les quatre autres nominations.

Alors Ă  qui profite le crime ? AussitĂŽt, tous les regards des hauts fonctionnaires de Bercy ont convergĂ© vers Claire Waysand, la directrice de cabinet de Michel Sapin. Car mĂȘme si elle est bardĂ©e de diplĂŽmes (Polytechnique, Ensae
), elle n’est pas passĂ©e par l’ENA, et si elle souhaitait un jour entrer Ă  l’Inspection des finances, elle devrait prĂ©cisĂ©ment passer par le tour extĂ©rieur. La question est soulevĂ©e par d’autant plus de hauts fonctionnaires que jusqu’à prĂ©sent, une pratique rĂ©publicaine avait toujours Ă©tĂ© respectĂ©e : des inspecteurs gĂ©nĂ©raux des finances issus de la gauche ont Ă©tĂ© nommĂ©s par dĂ©cret en conseil des ministres par des prĂ©sidents de droite, et inversement sous des prĂ©sidences de gauche.

Mediapart a donc aussi interrogĂ© le cabinet de Michel Sapin pour savoir si cet imbroglio avait pour explication le fait que Claire Waysand se gardait une place au chaud Ă  l’Inspection, en des temps oĂč l’avenir politique pour les socialistes est pour le moins sombre.

Réponse laconique du cabinet du ministre : no comment !

* La morale de ces trois histoires

Elle n’est guĂšre difficile Ă  Ă©tablir : l’éthique bat de l’aile au ministĂšre des finances.

Et c’est d’autant plus prĂ©occupant qu’au mĂȘme moment, le gouvernement prend des poses vertueuses, avec un projet de loi Ă  l’examen devant le Parlement qui entend renforcer la dĂ©ontologie de la fonction publique.

Mais sans doute y a-t-il une morale plus importante que cela, qui tient au fonctionnement trĂšs oligarchique de la haute administration française, fonctionnement qui est consolidĂ© par l’existence mĂȘme d’une Ă©cole, l’ENA, rĂ©servĂ©e Ă  cette caste.

Et l’on aurait tort de penser que la gauche a Ă©tĂ© piĂ©gĂ©e par ce systĂšme oligarchique. C’est en rĂ©alitĂ© tout l’inverse : elle en est responsable. C’est effectivement le gouvernement de Front populaire, en la personne de son ministre de l’éducation nationale Jean Zay (1904-1944), qui a la malencontreuse idĂ©e d’exhumer un trĂšs vieux projet, dĂ©jĂ  caressĂ© en 1848, de crĂ©er une filiĂšre unique de formation des hauts fonctionnaires, en crĂ©ant une Ă©cole d’administration – projet qui finalement bute Ă  l’époque sur l’hostilitĂ© du SĂ©nat et qui aboutira seulement en 1945. Mais en tout cas, le constat est celui-là : c’est effectivement la gauche qui, dĂšs cette Ă©poque, porte l’idĂ©e funeste de retirer Ă  l’universitĂ©, dans le pluralisme de ses approches, la mission de former les Ă©lites de la RĂ©publique et de crĂ©er cette fameuse École nationale d’administration, qui jouera ultĂ©rieurement, et singuliĂšrement Ă  partir des annĂ©es 1980 et 1990, un rĂŽle si dĂ©testable dans la propagation de la pensĂ©e unique nĂ©olibĂ©rale et l’étouffement de la dĂ©mocratie au profit de ce systĂšme oligarchique.

Ce rĂŽle funeste, c’est le cĂ©lĂšbre historien Marc Bloch (1886-1944) qui l’explique le mieux, dans son cĂ©lĂšbre essai sur L’Étrange DĂ©faite : « Quelle que soit la nature du gouvernement, le pays souffre si les instruments du pouvoir sont hostiles Ă  l’esprit mĂȘme des institutions publiques. À une monarchie, il faut un personnel monarchiste. Une dĂ©mocratie tombe en faiblesse, pour le plus grand mal des intĂ©rĂȘts communs, si ses hauts fonctionnaires, formĂ©s Ă  la mĂ©priser et, par nĂ©cessitĂ© de fortune, issus des classes mĂȘmes dont elle a prĂ©tendu abolir l’empire, ne la servent qu’à contrecƓur. » (Article publiĂ© sur le site Mediapart, en date du 27 mars 2016)

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De 1996 à 1999, Pierre-Mathieu Duhamel est directeur général des Douanes françaises.

Pierre-Mathieu Duhamel se tourne alors briĂšvement vers le secteur privĂ©. Il devient secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du groupe LVMH de 1999 Ă  2000 avant de retourner dans la fonction publique de mai 2000 jusqu’en 2002 avec, pour charge, ministre conseiller chargĂ© des questions Ă©conomiques et financiĂšres Ă  la reprĂ©sentation de la France auprĂšs de l’OCDE.

À la fin de ce mandat, Pierre-Mathieu Duhamel devient directeur du Budget, fonction qu’il occupe durant quatre ans de dĂ©cembre 2002 Ă  2006.

La Douane française qui jusqu’alors avait pour prioritĂ© de dĂ©fendre le citoyen lambda des mĂ©faits de la drogue mais… suite au passage de PM Duhamel chez LVMH, ce serait de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts du grand capital qui serait la prioritĂ©!

Cette fonction au sein du ministĂšre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie en fait aussi l’administrateur d’Air France durant cette pĂ©riode.

Pierre-Mathieu Duhamel est ensuite chargĂ©, par le groupe bancaire Caisse d’Ă©pargne, de l’internationalisation de la banque. À ce titre il est, d’avril 2006 et durant deux ans, prĂ©sident du directoire de la FinanciĂšre OcĂ©or.

En 2007, il retourne dans le secteur public et succùde à Jean-Pierre Fourcade en tant que maire de la ville de Boulogne-Billancourt, poste qu’il tient jusqu’en 2008.

En mai 2008, Pierre-Mathieu Duhamel rejoint le cabinet d’études KPMG, tout d’abord en tant qu’associĂ© puis en tant que prĂ©sident du comitĂ© stratĂ©gique, fonction qu’il occupe entre 2009 et 2012. Il prĂ©side aussi le groupe de travail « Efficience de la dĂ©pense publique » au sein de l’Institut Montaigne.

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