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Le procès du Carlton a démarré avec DSK poursuivi pour proxénétismeCe qu’il y a de bien avec les médias en matière judiciaire, c’est qu’ils ne surprennent jamais !

Dans le procès dit du Carlton, après les treize relaxes sur quatorze, dont celle de DSK, je n’ai pas été déçu par les journalistes et les avocats qui ont oscillé entre « tout ça pour ça » et « un nouveau fiasco judiciaire » !

Personne n’a été véritablement étonné par ce jugement d’exonération quasi générale. Le parquet de Lille qui avait toujours adopté une position contraire à celle des juges d’instruction pour le principal prévenu, la pétition de principe du président à l’ouverture des débats, la teneur de ceux-ci, le cavalier seul de DSK sans contradicteur pugnace, les comptes rendus médiatiques annonçant, espérant sa relaxe et dénonçant le travail des magistrats instructeurs : tout concourait à ce que le tribunal correctionnel a décidé.

Je n’ai nullement l’intention, ce qui serait impudent et imprudent, de discuter la relaxe de DSK puisqu’à l’évidence, les autres mis en cause gravitant autour de lui n’avaient hérité une importance que de lui et de sa présence. Ce n’est pas mon propos même si je m’autorise seulement une question après avoir suivi en détail la relation des audiences : comment DSK a-t-il pu persuader la juridiction qu’il ignorait la qualité de prostituées des femmes concernées ? Pour moi, cela demeure un mystère.

Mon objectif est seulement d’éclairer autrement ce jugement qui, loin de constituer un désastre, représente l’aboutissement d’une convenable administration de la justice. J’entends bien que Me Henri Leclerc, l’un des avocats de DSK, a déclaré que le renvoi de DSK devant le tribunal correctionnel ne reposait « sur aucun fondement juridique sérieux mais seulement sur l’idéologie des juges d’instruction ».

Il serait absurde de dénier, de la part de ceux-ci, surtout si on a la certitude qu’ils n’ont pas permis au mis en examen DSK de s’expliquer et de s’exprimer comme il a pu le faire à l’audience, non pas une malveillance mais probablement une volonté acharnée et nullement perverse de faire coïncider morale et droit pénal, indécence et infraction, ce qu’apparemment beaucoup d’éléments en l’espèce, aussi bien matériels que personnels, paraissaient justifier.

Le parquet de Lille les a contredits juridiquement et le tribunal correctionnel a donné raison au procureur. Où est le scandale, où serait le fiasco, sauf à considérer qu’un juge d’instruction désavoué atteindrait structurellement la magistrature tout entière alors qu’au contraire, ce processus correspond à ce dont ont toujours rêvé les adeptes d’une authentique contradiction dans le registre pénal ?

Les lucidités rétrospectives sont confortables et les hauts cris, laissant présumer que l’alternative ne concernait que l’innocence éclatante de DSK ou sa culpabilité certaine, sont déconnectés de la réalité judiciaire aussi bien correctionnelle que criminelle.

En dehors des aveux – et on récuse qu’ils soient la reine des preuves ! -, la sphère qui va faire réfléchir et statuer une juridiction relève d’une zone grisailleuse qui va être appréhendée, en définitive, à charge ou à décharge. Ce n’est pas le contraste irréfutable de la nuit et du jour mais des variations et des interprétations relatives à des réalités et à des apparences qui ne deviennent aisément limpides que le jugement rendu.

Qui pourrait soutenir de bonne foi qu’il était juridiquement et pratiquement inepte d’envisager et d’ordonner la comparution de DSK au moment où cela a été décrété ?

Je ne méconnais pas l’extrême difficulté, pour admettre la validité de la démarche des juges d’instruction, d’affronter l’hiatus troublant entre la sévérité abstraite de la qualification pénale et les notions de sens commun sur les « proxénètes » et l’argent de la prostitution.

DSK a été relaxé. Tant mieux pour lui et, apparemment, pour la vérité.

Mais comment admettre cette choquante conception de l’état de droit qui semble résulter de la condescendance apitoyée et un tantinet méprisante avec laquelle on a accueilli ces relaxes ? A entendre les avocats triomphants, dorénavant il ne faudrait plus seulement leur octroyer des absolutions mais empêcher la tenue des procès les édictant. Je suis frappé par le fait qu’au gré des causes, on souhaiterait ici une justice infiniment pluraliste et contradictoire et là une justice pauvre et univoque.

Les médias judiciaires, gauche et droite confondues, ont entonné le même air. Les médias de Panurge !

Ce sont les mêmes qui sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy ont vigoureusement protesté contre la suppression du juge d’instruction. La gestion des dossiers Bettencourt a sauvé cette fonction. Initialement – et j’avais tort – j’approuvais pourtant l’opportunité d’une procédure accusatoire.

Hier, en bloc, pour maintenir le juge d’instruction et aujourd’hui, parce que DSK a été relaxé, que le Parquet l’a soutenu et que les juges, procéduralement, ont été infirmés, les médias font volte-face et d’une affaire particulière prétendent dégager une dénonciation générale (Le Parisien, Le Monde, BFM TV, Le Figaro).

Demain, si la droite au pouvoir projette de revenir à la charge en supprimant la fonction de juge d’instruction, je fais un pari.

Les médias de Panurge seront son rempart, son bouclier!

source: http://www.philippebilger.com/blog/2015/06/dsk-ou-les-m%C3%A9dias-de-panurge.html

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Quand Bernadette Chirac snobe ostensiblement Alain Juppé

Les primaires ne sont pas secondaires !

Cela m’est venu à la suite d’une infinie grossièreté.

Celle de Bernadette Chirac, épouse pourtant d’un ancien président de la République, qui a refusé ostensiblement de saluer Alain Juppé et de lui adresser la parole alors que celui-ci s’était respectueusement levé à son arrivée. Avec un « chère Bernadette » et une classe vengeresse, il l’a tout de même contrainte à applaudir son discours.

VIDEO

http://www.francetvinfo.fr/politique/video-quand-bernadette-chirac-evite-le-regard-et-la-poignee-de-mains-d-alain-juppe_751145.html

Qu’on en soit arrivé là dans notre République – des usages et une courtoisie piétinés par ceux qui devraient plus que tout autre les maintenir – montre à quel point nous sommes tombés en déliquescence dans le dérisoire en même temps que l’exemplarité a déserté l’important.

Les primaires, à droite ou à gauche, ne sont pas éloignées de mon sujet. Elles vont participer à leur manière à l’instauration ou au réveil d’une dignité politique dont l’absence est sans doute un facteur important qui explique la montée du Front national, à mon sens résistible.

Bruno Le Maire et Hervé Mariton ont raison de se battre pour imposer des modalités de vote irréprochables le 29 novembre parce que la présidence de l’UMP ne peut pas être dévolue dans des conditions troubles. Il conviendrait que la Haute Autorité ne refuse pas les améliorations proposées au prétexte, à chaque fois, du manque de temps et d’argent. D’autant plus que les sympathisants UMP, auprès desquels le crédit de Nicolas Sarkozy baisse, pourraient, qui sait?, favoriser, par contagion, une plus grande clairvoyance des militants (sondage Odoxa).

Alain Juppé, Xavier Bertrand et François Fillon resteront, eux, infiniment vigilants quant à l’organisation de la primaire 2016. Je mentionne encore François Fillon qui avait été jusqu’à aujourd’hui le plus combatif sur ce plan au point de menacer, s’il n’obtenait pas satisfaction, de se présenter en 2017 en candidat « libre ».

Mais c’était avant. Avant que l’embrouillamini Jouyet-Fillon-Davet-Lhomme, avec François Hollande peut-être en « guest star », vienne irrémédiablement ruiner les possibilités de succès de cet ancien Premier ministre qui n’a pas su quitter le navire sarkozyste au bon moment : il n’aurait jamais dû se faire reconduire dans sa charge jusqu’à la fin du quinquennat.

Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que Nicolas Sarkozy a fait preuve à son égard d’une magnanimité au moins publique : cette bienveillance qui n’est pas dans ses habitudes révèle tactiquement que la cause de François Fillon est entendue et son sort scellé. Un adversaire de moins. Eliminé du jeu par lui-même. En n’assumant pas ses provocations utiles d’il y a quelques mois et en se laissant trop gouverner par le ressentiment, compensation amère et tardive d’une stoïque dépendance durant cinq ans.

Mais il y a Alain Juppé et Xavier Bertrand qui, mine de rien, creuse son sillon de réflexion et de réforme pour demain.

Le premier, qui réclame une primaire libre, ouverte et transparente pour 2016 et sera à l’évidence très attentif à l’organisation de son déroulement, est actuellement, pas seulement médiatiquement, un rival infiniment plausible et redoutable pour Nicolas Sarkozy.

Leur rencontre à Bordeaux n’a pas manqué de piquant, dans un parfait esprit républicain bien entendu. Alain Juppé a été hué au début de son discours par un public sarkozyste pour avoir déclaré que le rapprochement de la droite et du centre était nécessaire. Mais, contrairement à l’ancien président face à Sens commun, il n’a pas cédé d’un pouce et, sans démagogie, a ainsi démontré qu’il était, lui, un homme d’Etat.

Il est étrange de constater comme cela déplaît, même à ceux qui se situent dans le camp de la droite classique. Je note en effet avec quelle suave inquiétude Le Figaro, par exemple, s’émeut de le voir trop tôt parti et prématurément célébré. Je relève aussi comme le stimulant et entêté Valeurs actuelles, déplaçant le débat, continue à fantasmer sur « le cabinet noir de l’Elysée » comme s’il lui était impossible de concevoir qu’aussi critiquable que soit une politique, il n’y a aucune fatalité pour qu’une présidence soit gangrenée en son sein et dans ses murs par les magouilles judiciaires et d’obscures emprises !

En réalité, Alain Juppé vient troubler le confort intellectuel de ceux qui ne jurent que par la facilité sommaire du libéralisme à tout crin et n’attendent, sans souci de l’éthique, que le retour de Nicolas Sarkozy.

Et voilà que le président de la République lui-même est atteint, à mi-mandat, par la volonté d’une primaire à gauche. On sait que les socialistes ont été les initiateurs de cette bienfaisante démarche démocratique mais tout de même on ne pensait pas qu’avec un tel empressement, ils l’envisageraient pour François Hollande ; alors qu’une tradition française, bien qu’éminemment contestable, fait du président sortant le candidat naturel pour un nouveau mandat.

Pourtant, si une primaire avait été acceptée à droite en 2012, celle-ci n’aurait pas été vaincue aux élections car Fillon ou Juppé, moins encombrés d’un lourd passif personnel, auraient pu l’emporter face à François Hollande.

Celui-ci, dont on vend trop vite la peau, ne serait pas hostile à une primaire si on écoute Jean-Vincent Placé, convaincu que le président se fait à cette idée pour des raisons tactiques (Le Figaro Magazine). Si Thierry Mandon, Secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat, qui a le premier évoqué la primaire, s’est vu rappeler à l’ordre pour cette préoccupation prématurée, on n’a pas senti de fait, chez le président, une hostilité forte, de principe, à cette possibilité. Benoît Hamon l’a reprise puis Gérard Collomb, et d’autres sans doute continueront sur ce chemin maintenant ouvert.

On pourrait prétendre avec acidité que François Hollande n’a pas le choix et qu’il se doit d’approuver ce qu’il n’a plus la capacité de refuser. Il me semble plutôt que le président de la République, fin tacticien et qui aspire, comme à une délivrance, au bonheur de se retrouver dans des manoeuvres qui lui rappelleront le PS, procèdera à un arbitrage qui lui fera accepter un inconvénient au bénéfice d’un avantage plus substantiel.

En effet, il est clair que cette primaire à venir va peser sur le cours du quinquennat restant en n’amplifiant pas, loin de là, la confiance en sa fiabilité et son efficacité, en altérant encore un peu plus la légitimité présidentielle. Mais celle-ci est déjà largement entamée de sorte que la primaire envisagée représentera moins un risque pour le présent qu’une opportunité pour l’avenir.

Aussi paradoxal que cela puisse apparaître, la primaire, en structurant les oppositions, les hostilités, les désaccords, en les contraignant à une expression ouverte et contradictoire en face de François Hollande, candidat pas tout à fait comme les autres, sera susceptible de rendre service au président et de lui redonner un espace, surtout si les deux années avant l’échéance apportent une amélioration sociale, économique et financière. Qu’il soit actuellement rejeté à gauche et nettement battu dans les prévisions par Manuel Valls ou Martine Aubry, si ces deux incarnations de lignes antagonistes s’y impliquaient, aujourd’hui n’est pas probant ni irréversible.

Si la situation, au contraire, continuait à se dégrader jusqu’au constat d’une impuissance radicale, la primaire ne serait plus dans tous les cas une hypothèse possible, balayée par la dissolution ou un départ.

Derrière le discours obligé du devoir et de la patience, François Hollande a déjà plus qu’un oeil sur la ligne d’arrivée de 2017. Pas plus que Nicolas Sarkozy sur le chômage hier, le président n’abandonnera demain l’ambition de se représenter parce qu’il aurait échoué sur l’emploi.

Ambigu, il déplore l’ascension du FN mais sa politique pénale notamment la facilite chaque jour. Il se félicite d’être sous-estimé comme lors du début de sa longue marche présidentielle. Il n’exclut pas, j’en suis persuadé, de gagner à gauche et de vaincre face à Marine Le Pen au second tour.

Pour Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Hollande, les primaires ne sont pas secondaires !

PHILIPPE BILGER

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A chacun son Jihad !

Entre les monstruosités et les crimes ordinaires, si on peut les qualifier tels, il y a un point commun en amont : jamais, de la part de ceux qui ont connu leurs auteurs avant, la moindre réserve, le plus petit bémol. Non, les assassins étaient serviables, gentils, on n’aurait jamais pu soupçonner que le pire surviendrait.

En effet, le crime n’imprime pas sa marque sur les visages, comme pour nous prévenir. Il surgit à la suite de circonstances qui laissent croire à celui qui l’accomplit qu’il n’avait pas d’autre choix. Ou pour des motifs obscurs et délirants quand il aboutit aux massacres ignominieux de Daesh. Alors, on ne dissimule plus ce qu’on est, ce qu’on fait, parce qu’on n’en a pas honte et qu’on espère que cette transparence attirera, convaincra, mobilisera. Que le visage de la terreur sera contagieux.

On a beaucoup évoqué le parcours de Maxime Hauchard et Mickaël Dos Santos, qui ont rejoint Daesh en Syrie et participé, sûrement pour l’un d’eux, aux décapitations de prisonniers syriens et de l’otage américain (Le Figaro, Le Parisien).

Le message d’adieu de Dos Santos à sa mère au cours de l’été 2013 donne évidemment une idée de ce qui l’animait : « Convertis-toi à l’Islam, maman, et tu auras le bonheur ».

On peut sans doute considérer que cette attitude est révélatrice de la démarche de quelques-uns de ces jeunes gens s’étant convertis à l’Islam, souvent par réaction – 80% des familles concernées seraient athées et de classe moyenne ou aisée (Le Monde) – et désireux de quitter une France trop tiède pour eux et sans espoir.

Il me semble que ce sentiment de vacance, cette attente, cette intuition d’avoir un vide à combler, une mission à accomplir, cette incertitude sur demain et sur son sort sont propres à un âge – 15, 16, 17 ans – où dans l’ambiguïté on cherche, on se cherche un chemin. Il n’est pas besoin, face à un tel désir équivoque avant qu’il identifie sa voie, de s’étonner, tant il y a là quelque chose de général.

La quête d’un destin à la hauteur de ses exigences relève de la banalité honorable de jeunes existences qui, la plupart du temps, découvriront l’ancrage qui leur convient et le futur qui les justifiera. A chacun son rêve de Jihad en quelque sorte !

Ce qui est singulier et déplorable à cause des horreurs collectives qui vont suivre tient au choix non pas évidemment de l’islam en tant que tel – j’ai besoin de continuer à croire que cette religion est fidèle à elle-même aussi dans la paix et la modération – mais de sa forme extrême, la plus sanglante, la plus radicale. Comme si cette foi n’avait été adoptée qu’à cause de son intégrisme sans limite et des débordements meurtriers qu’elle semble légitimer.

Quel besoin auraient donc eu Hauchard et Dos Santos, si l’islam seul avait conquis leur coeur et leur tête, de passer de cette croyance même cultivée dans l’exaltation à cette barbarie ? Si ce glissement a été si vite effectué qu’en réalité chez eux il est apparu instantané, c’est que la passion de tuer, l’obsession de faire mal, le sadisme, les tortures et la provocation suprême qu’est l’assassinat perpétré de sang-froid au nom d’une prétendue bonne cause, se sont trouvés au coeur de ces humains singuliers. Ils ont choisi ce type de destin parce qu’il impliquait la destruction des autres, les mécréants, les ennemis.

On peut soutenir qu’une conception perverse de l’islam a engendré ces monstruosités mais aussi que celles-ci ont pu d’autant mieux être accomplies que la religion semblait les cautionner. Est-ce elle la coupable, ou le jeune homme qui portait en lui des dispositions pour la radicalité à l’encontre d’un monde trop mou, trop tolérant, trop consensuel ?

J’incline à concevoir ces folies meurtrières comme la possibilité donnée à certains esprits malades de commettre le pire, avec l’assurance absurde que leur action est nécessaire puisque pour eux, de la mort surgit le Bien. C’est se donner le droit de tuer impunément en plaidant sa totale innocence, sa parfaite éthique, la pureté de son âme. Le comble de l’hypocrisie ou le paroxysme du délire.

C’est une différence essentielle avec les cours d’assises où les accusés, avouant ou non, ne mettent pas en question le caractère gravement transgressif des agissements qui leur sont imputés. Même un Maxime Brunerie ayant tenté d’assassiner Jacques Chirac pour mettre de l’éclat dans sa vie, de la célébrité dans sa grisaille et être promu au rang de personnage historique n’avait absolument rien de comparable avec ces fous d’eux-mêmes plus que d’un Mahomet dévoyé par leur aveuglement et leur bêtise. Son narcissisme était modeste et national quand leur démence est internationale, politique et sauvage.

Impossible de faire l’économie du point de départ qui est l’être lui-même, sa résolution et ses choix. C’est d’abord là que réside le mal et que le remède devrait s’appliquer.

Ma Photo

Philippe Bilger

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Ma PhotoL’Etat aussi a droit à la présomption d’innocence…

Noël Mamère a déclaré qu’on n’avait pas le droit de « construire un barrage sur un cadavre ». Ce propos, émanant pourtant d’un homme intelligent, est typique d’une dérive qui mêle tragédie humaine et choix politique, émotion exploitée d’un côté et approche partisane de l’autre.

Le barrage de Sivens, dont le chantier vient d’être suspendu par le Conseil général du Tarn qui n’a pas eu le courage de se déjuger totalement ou de confirmer son adhésion initiale, a vu, dans un premier temps, sa construction approuvée par certains syndicats paysans dont la FDSEA (lepoint.fr), les agriculteurs environnants qui n’y ont vu que des bénéfices et par les conseillers généraux à une quasi unanimité.

On peut cependant continuer à débattre de son utilité et une expertise récente a plutôt servi la cause des écologistes et des opposants à ce projet.

Mais là n’est plus la question centrale depuis la mort de Rémi Fraisse, ce jeune manifestant étudiant en botanique de 21 ans, à la suite du jet d’une grenade offensive par un gendarme dans la nuit du 25 au 26 octobre.

Immédiatement, dès que cette tragédie a été connue – en 27 ans, le troisième mort lié à une manifestation -, comme toujours, le rouleau compresseur de la culpabilité a été enclenché. Et, comme d’habitude, de manière unilatérale.

Seul l’Etat serait hautement responsable, et les gendarmes qui attaqués durant plusieurs heures auraient dû riposter mais sans faire mal. Et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve évidemment, qui dès le 28 octobre a interdit l’usage des grenades offensives en soulignant que ses instructions aux forces de l’ordre avaient été de faire preuve de retenue… Présumés coupables !

Il n’est pas inutile tout de même de relever que parmi ces manifestants, si certains pacifiques n’avaient pour but que de défendre une cause légitime – dès lors qu’elle ne s’accompagnait pas de violences qui la dégradaient -, d’autres appartenant à la gauche radicale (anarchistes, Anonymous, Black Block) n’avaient pour obsession que de susciter le désordre et la confusion, de se payer du gendarme. N’oublions pas une dernière catégorie, celle des purs casseurs qui ne méritent pas plus d’indulgence, au prétexte qu’ils sont agrégés à des écologistes, que les casseurs de nos banlieues indignant les citoyens par leurs excès et leurs dévastations.

Quand Cécile Duflot soutient « qu’elle a toujours condamné le recours à la violence et les groupes qui cherchent uniquement une confrontation avec la police », je la crois. Je ne la contredis pas quand elle énonce que « les écologistes sont non violents » (Le Monde).

Mais quand Rémi Fraisse, jeune homme décrit par ses proches comme pacifique, se trouve au sein d’un groupe qui n’est mû que par la volonté d’en découdre, lorsque, durant plusieurs heures, avec un niveau d’intensité rarement subi par les gendarmes, ceux-ci sont assaillis par des tirs de pierres, de boulons et de cocktails Molotov, il est logique, admissible qu’une riposte en défense soit renvoyée et dramatique qu’elle ait entraîné ce terrible effet. Mais sa conséquence mortelle n’était pas inéluctable ni prévisible.

La gendarmerie, corps d’élite respectueux des règlements et de la discipline, avait-elle le loisir, soumise à cette incandescence et à ce harcèlement, de distinguer les « bons » écologistes des « mauvais » manifestants ? A l’évidence, non.

J’approuve par conséquent la décision du directeur général de la Gendarmerie nationale de ne pas suspendre le gendarme concerné, à partir du moment où l’injustice aurait été de lui imputer une faute quand le cours des événements et le contrôle de la situation ne le rendaient coupable de rien.

Il me semble qu’Emmanuelle Cosse énonce une banalité mais utile en l’occurrence : « La violence décrédibilise notre combat » (Le Figaro).

Pourquoi toutefois, avant même que l’information judiciaire ait révélé autre chose que l’existence de cette grenade offensive, cette présomption de culpabilité à l’encontre de ceux qui, sur le terrain ou sur le plan politique, ont pris leurs responsabilités et assumé leur mission de manière honorable ? Pourquoi le ministre Cazeneuve devrait-il démissionner ? Pourquoi l’Etat n’a-t-il jamais droit à la présomption d’innocence ? Pourquoi, face à un drame surgi des profondeurs non maîtrisables d’une manifestation violente, ne s’interroge-t-on pas sur les responsabilités partagées, l’attitude des uns et des autres, les agresseurs qui agissent et les gendarmes qui réagissent ? Pourquoi, toujours, ce deux poids deux mesures qui décourage la morale et le civisme ? et qui renforce subtilement mais sûrement les fauteurs de trouble qui trouvent souvent une oreille politique et médiatique complaisante.

Il ne faut pas confondre la détresse humaine, la compassion et l’émotion – qu’on peut tous partager – avec l’imputabilité d’un comportement imprudent ou transgressif. La mort d’un jeune homme est un désastre intime, familial et civique mais ne signe pas obligatoirement une faillite professionnelle et politique.

Je ne me serais pas penché sur ces événements avec cette attention que j’espère équitable s’ils ne m’apparaissaient pas comme une tendance que l’on peut constater chaque jour. Combien de fois la police est-elle présumée coupable alors même qu’elle est intervenue légitimement et se trouve confrontée, dans le désordre du quotidien, à des violences et à des agressions scandaleuses ?

L’autorité de l’Etat, dans un monde qui en manque, est mal perçue. Dieu sait pourtant qu’il n’en abuse pas.

Je souhaiterais qu’on respecte la présomption d’innocence des institutions, des corps et des auxiliaires de démocratie. De l’Etat dans sa plénitude acceptable jusqu’au plus compétent, au plus modeste, au plus exemplaire de ses serviteurs.

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Je voudrais être le 142ème !

Le ridicule ne tue plus en politique. Il déborde. Il se fait gloire.

Lors d’un débat sur la transition énergétique à l’Assemblée nationale, le 6 octobre, Sandrine Mazetier, vice-président présidant la séance, a infligé à Julien Aubert, député UMP du Vaucluse, une sanction le privant d’un quart de son indemnité parlementaire pour s’être adressé à elle en lui donnant le titre de « Madame le président » au lieu de « Madame la présidente ».

Cette querelle aurait pu sembler seulement dérisoire si elle ne révélait pas la profonde dégradation de notre belle langue, ciment et unité d’un pays, sous l’effet d’une féminisation prétendument progressiste mais surtout grotesque.

Comme l’a rappelé ce député puni pour correction grammaticale et précision du vocabulaire, la « présidente » désigne l’épouse du président.

Surtout, dans un temps comme le nôtre, il n’est pas inutile de remettre en mémoire pour ceux qui auraient pu l’oublier et d’apprendre aux quelques-uns l’ayant toujours ignoré, que « le président » comme le « procureur » ou « le professeur » ne représente pas un hommage abusif à la masculinité mais « la neutralité par rapport au genre ».

La mise à l’amende d’un élu du peuple pour un tel motif, alors que la France est plus qu’en crise et que l’Assemblée nationale se montre assez souvent sous un jour déplorable tant pour ce qui concerne ses aptitudes à l’écoute et au respect que pour la mesure et la dignité de ses joutes, constitue une véritable provocation qui va aggraver l’antiparlementarisme démagogique de beaucoup.

Ce totalitarisme bête est d’autant plus à dénoncer qu’il condamne dans un univers où la classe politique globalement entendue est loin de briller par sa parole et la qualité de son style. Il confirme ce délitement au lieu de s’y opposer.

Par ailleurs,le pouvoir de police de la présidence de l’Assemblée nationale s’exerce légitimement dès lors qu’est violée l’interdiction « de toute manifestation ou interruption troublant l’ordre ». Dans ce cas, « est rappelé à l’ordre tout orateur qui trouble cet ordre ».

En quoi l’interpellation du député Aubert peut-elle être assimilée à « un trouble de l’ordre » alors que tout au contraire, elle aspire à faire fond sur l’ordre du langage et que la mesure qui l’a frappé financièrement s’avère, elle, profondément, une cause de désordre ?

Le fait que les inspirateurs lointains de cette orthodoxie à rebours, de cette pantalonnade parlementaire aient été Laurent Fabius et Lionel Jospin explique peut-être le coup de force à la fois puéril mais signifiant de Sandrine Mazetier.

Où va se nicher l’idéologie ?

A l’initiative de deux députés, François Fillon et Henri Guaino, auxquels la langue française, dans sa beauté et sa correction, n’est pas étrangère, 141 parlementaires ont adressé un appel au président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, pour qu’il annule la sanction prononcée et désavoue sa collègue socialiste Sandrine Mazetier (Le Figaro).

On va voir alors concrètement ce que valent les déclarations constantes de Claude Bartolone sur son courage intellectuel, son parler libre et son goût de vérité.

photo_bilger_1On va voir si elles ne concernent que son propre camp, assez confortables donc au sein d’une mouvance peu ou prou acquise, ou si elles osent également porter le fer, stigmatiser l’absurdité et restaurer la justice au bénéfice de ceux qui le méritent même s’ils sont des adversaires politiques.

Il a droit à une seconde chance après, sur ce plan, sa récente et décevante prestation médiatique où platement il a justifié et suivi l’injustifiable (France Inter). D’autant plus qu’il a écrit un livre ayant pour titre : « Je ne me tairai plus ». On lui propose de le démontrer.

Je voudrais être le 142ème.

 

Philippe Bilger

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photo_bilger_1Faut-il avoir pitié du président de la République ?

La pitié n’est pas un sentiment qui a cours en politique. Il signifie faiblesse, échec, compassion, condescendance, on n’est plus craint, on ne fait plus peur, on a perdu.

J’avoue pourtant que je l’éprouve à l’égard du président de la République pour lequel je n’ai toujours pas honte d’avoir voté.

Pour régler une fois pour toutes cette dispute incessante mais dérisoire, je précise. Comme ceux qui ont fait élire Nicolas Sarkozy en 2007 n’étaient pas prêts à valider l’ensemble de ce qui a suivi, notamment la dévastation de l’état de droit, le fait d’avoir donné ma voix à François Hollande en 2012 ne me rendait pas naïf au point de présumer que tout ce qui émanerait de son pouvoir serait remarquable. J’admets qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de marge !

Bizarrement, cette commisération m’est venue d’abord en regardant une photographie de François Hollande en vacances à La Garde-Freinet, en train de lire, torse nu, dans une chaise longue (Voici). Rien de choquant ni d’anormal, sinon qu’il était difficile de banaliser plus médiocrement l’image du président de la République et que j’ai ressenti un malaise à le voir ainsi fixé et figé.

Mais l’essentiel est ailleurs. Le pessimisme et la contestation n’ont plus de limites.

Que le président et le Premier ministre aient prédit dès le mois de juillet que « la rentrée serait difficile » et qu’ils aient tenté, autour d’une table ronde à Brégançon, de montrer à la fois qu’ils travaillaient – personne de sensé n’en doute – et qu’ils avaient trouvé des solutions – personne de sensé n’y croit – ne rend sans doute pas moins douloureuse l’avalanche morose et aigre de ce mois d’août en cours.

Photo: http://www.lopinion.fr/17-aout-2014/trop-serieux-tue-serieux-15369

Cécile Duflot : « François Hollande ? J’y ai cru, je me suis trompée » (nouvelobservateur.fr).

Pascal Canfin : « Quand Valls dit que les partisans d’une autre politique à gauche sont irresponsables, c’est le degré zéro de l’argumentaire » (Libération).

Pierre-Alain Muet, député PS : « Je ne comprends pas l’autisme du gouvernement ! C’est ne rien comprendre de la crise que traversent l’Europe et la France » (Le Figaro).

« La faillite c’est maintenant » en couverture de L’Express.

Franz-Olivier Giesbert, qui n’est pas dénué d’intuition politique, dans un entretien stimulant dans Voici, notamment au sujet de François Hollande : « Je me pose cette question, comment quelqu’un d’aussi intelligent a-t-il pu autant foirer le début de son quinquennat ? »

Plus grave : « Les firmes françaises détiennent la palme mondiale de la rémunération des actionnaires au deuxième trimestre. Un trophée embarrassant en période de crise » (Libération).

Les frondeurs sont-ils des « irresponsables », comme les a qualifiés le Premier ministre, parce qu’ils n’ont pas été mécontents de la récente censure par le Conseil constitutionnel de l’article qui avait permis de les amadouer sur le plan parlementaire, qu’il voudraient réduire les baisses de prélèvements pour les entreprises de 41,5 milliards d’euros à 22,5 milliards et qu’ils sont plutôt favorables à une politique de la demande qu’à celle de l’offre ?

Je ne suis pas sûr que ce qui apparaît aujourd’hui à leurs yeux comme un marché de dupes soit de nature à les freiner, bien au contraire. Le pouvoir concède mais le patronat ne jouerait pas le jeu. Ce n’est pas pour rien que certains envisageraient de s’autonomiser en choisissant un provocant « Vive la gauche ».

Pour tous ceux que la chose publique passionne, les frondeurs, au sein du parti socialiste, avec de possibles alliances et complicités idéologiques et économiques entre eux et les communistes, le Front de gauche et une part des écologistes, constituent actuellement le principal danger pour le président de la République. Que celui-ci soit détesté par la droite est de bonne guerre et en quelque sorte de tradition partisane mais qu’il ne parvienne plus à inspirer son camp, et à imprimer dans la tête de la plupart des socialistes, est infiniment préoccupant pour lui.

Les frondeurs sont d’autant plus au cœur du débat que l’opposition, si elle est persuadée qu’elle aurait fait mieux, sait aussi dans le secret de ses délibérations que peu ou prou elle aurait engagé les mêmes mesures pour réduire les déficits, favoriser la croissance et faire baisser le chômage. Mais avec plus de force, de vigueur et de compétence.

Pour le reste, entre le libéralisme assumé par François Fillon, le social libéralisme de certains autres, le centrisme humaniste revendiqué par Raffarin et Bussereau, où se situe véritablement la ligne économique de l’UMP ?

Aujourd’hui le chômage augmente, la croissance est nulle et les déficits explosent : aucune des promesses n’a été tenue, aucun engagement respecté. Cela ne suffira pas, pour calmer non seulement les socialistes, le peuple de gauche mais tous les Français, de répéter qu’il faut du temps – plus de deux ans après l’élection de François Hollande ! – et que l’Europe est coupable, la France victime alors que celle-ci n’a pas su accomplir ce que d’autres pays ont mené à bien, en tout cas sans commune mesure avec notre déconfiture.

Oui, il faut avoir pitié de François Hollande parce qu’il n’y arrive pas, que les citoyens de gauche et de droite le perçoivent et que cela ajoute à la crise de notre nation.

Dans ces conditions, ne pas changer de politique – il en est d’autres concevables en effet – relève, pour ce pouvoir, d’un stupéfiant masochisme.

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Hollande-Poutine: danse avec les ours

Poutine, un tyran ?

Nous avons tous en tête la belle et provocatrice définition, par Winston Churchill, de la démocratie « qui est le pire des régimes après tous les autres ».

Il me semble que ce jugement demeure pertinent même si les temps de crise et l’urgence qu’ils requièrent nous conduisent de plus en plus à nous interroger sur ce modèle à la fois noble et critiquable.

Ce questionnement, également, incite des citoyens, dans les démocraties classiques, à appréhender avec une fascination inquiète mais presque admirative les démarches politiques d’un Vladimir Poutine tant sur le plan national qu’international.

Il est clair qu’on ne peut pas se débarrasser des préoccupations à son sujet en le qualifiant sommairement de dictateur. On doit tenter d’être honnête face à cette image équivoque qui nous est renvoyée de là-bas et qui ne saurait se résumer à cette déclaration sans nuance de Philippe de Villiers : « L’Amérique veut abattre Poutine pour installer son modèle de société en Russie ».

Pas davantage, la bienveillance de Marine Le Pen à son égard ne doit nous dispenser de scruter cette personnalité singulière, dans le pouvoir et l’emprise dont elle dispose quasiment sans partage et les modalités de ses actions, de ses abstentions ou de ses audaces multiples.

Ce n’est pas aussi parce que Gérard Depardieu est grotesque dans son inconditionnalité que le problème que pose Poutine est facile à régler.

L’embarras face à Poutine vient d’abord précisément du statut original de sa pratique présidentielle. On perçoit en effet que « dictateur » n’est pas le bon mot et que « démocrate » à son sujet serait naïf. Qu’il y a, qu’il est autre chose, quelqu’un d’autre. Une sorte de satrape, de tyran dans sa définition antique, un Pisistrate des steppes ayant redonné fierté au peuple russe par l’expression ostensible et machiste d’une virilité destinée aussi bien aux ennemis de l’intérieur qu’aux adversaires du dehors.

Ensuite, pour beaucoup, avec l’affirmation tranquille, sans l’ombre d’un doute, d’un conservatisme qu’il ne prétend même pas éclairé, en usant souvent d’une grossièreté du verbe pour mieux manifester à quel point il n’a pas peur de mettre ses pieds dans le plat et sa résolution dans la complexité, il apparaît comme le représentant quasi unique d’une espèce rare.

Qui non seulement n’a pas peur des attitudes et des pulsions réactionnaires de la société mais les accompagne si elle ne les précède pas. Ce n’est pas signifier que l’ensemble de ce que développe Poutine avec un art consommé de la rupture et de la brutalité, mais sans jamais perdre de vue la finalité de l’ambition personnelle et du gain politique, doit être accueilli sans réserve ni circonspection. Mais cette transparence dans l’expression de concepts, d’idées et de sentiments généralement retenus ou à peine murmurés dans nos sociétés frileusement consensuelles et héroïquement démocratiques n’est pas pour rien dans l’adhésion trouble que Poutine suscite un peu partout, quoi qu’on en ait.

Si j’ose et pour me faire bien comprendre, il n’y a pas de contraste plus éclatant qu’entre Poutine et sa vision de la société et de l’ordre naturel d’un côté et François Hollande de l’autre avec sa soumission au fil du temps qui serait forcément progressiste.

Enfin, la politique internationale de Poutine nous montre à la fois son incroyable culot et les faiblesses de l’Union européenne engluée dans un système qui fait à la fois son honneur et son inefficacité. Comment, en effet, ne pas déplorer, dans le désordre, la lenteur des délibérations collectives, les dissensions des égoïsmes nationaux persistant ici ou là, les atermoiements scrupuleux de la pluralité et le volontarisme verbal des responsables européens face à la solitude terriblement efficiente d’un Poutine ?

Comment ne pas regretter que l’éthique partagée et la passion commune du droit, le désir de paix quand tout respire la conflictualité pèsent si peu, si maladroitement en face du cynisme et de la provocation calculée d’un joueur gagnant à tout coup malgré des reculs tactiques, d’un génie du rapport de force, de l’incroyable et formidable disponibilité et liberté d’un homme méprisant des alliés qui, pour lui, sont devenus des adversaires parce que de fait ils ne lui ont jamais donné l’opportunité de de l’admiration et de l’estime, la chance d’un respect, l’angoisse d’une véritable menace ?

Sur un certain plan abusivement et sommairement métaphorique, l’Union européenne en face de Poutine, c’est, comme Chamberlain confronté à Hitler et le prenant pour un politicien traditionnel alors que l’un croyant aux règles du jeu était déjà vaincu par l’autre sortant de ce jeu pour inventer le sien. Tragiquement.

Cet adverbe est probablement la clé de tout. Sûrement de l’impression dominatrice diffusée par Poutine dans les manoeuvres diplomatiques et guerrières de cette dernière année, notamment pour Kiev et l’Ukraine. Raymond Aron faisait le reproche à Valéry Giscard d’Estaing de ne pas savoir que l’Histoire était tragique.

Poutine le sait, ne fait qu’agir sous l’égide de ce constat implacable et en tire les conséquences. Quand les autres l’oublient et n’opposent à ce dur réalisme que la bonne conscience d’un humanisme international qui n’est qu’une manière indolore de nommer l’impuissance.

Tyran comme Pisistrate, Poutine ? Pourquoi pas ?

Mais qu’attendent donc nos démocraties pour s’armer dans tous les sens du mot ?

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p bilgerLe Général, le particulier et l’illusion

Le Conseil constitutionnel a amputé le pacte de compétitivité mais presque validé la réforme de Christiane Taubira. Apparemment, il se montre plus regardant pour le social que pour le pénal !

Au sujet de ce dernier, on n’a pas assez dénoncé la promotion-sanction du général Soubelet appelé à diriger la gendarmerie d’outre-mer. On lui a fait scandaleusement payer sa lucide intervention – alors qu’il était le numéro trois dans la hiérarchie de la gendarmerie – devant une commission parlementaire de l’Assemblée nationale : il avait notamment souligné « le décalage entre la progression des interpellations de délinquants (+ 4%) et la diminution du nombre des incarcérations (-33%). Ce constat accablant pour le garde des Sceaux n’a pas plu au ministre de l’Intérieur Valls qui désirait qu’elle fût ménagée (Le Figaro Magazine, Valeurs actuelles).

Comment ne pas approuver ce général surnommé « général courage », tant aujourd’hui il convient de féliciter celui qui ose proférer les vérités même les plus criantes, les plus évidentes ?

Deux tragédies criminelles récentes, chacune avec sa spécificité de lieu et d’action, ont montré à quel point la France endure le hiatus entre une réalité trop souvent terrifiante et un humanisme conseilleur mais des victimes pour payeurs.

A Dolomieu (Isère), après le braquage d’un tabac-presse le 29 juillet commis par deux malfaiteurs, Hugo Villerez, courageux client, était abattu parce qu’il tentait d’intervenir à l’extérieur pour permettre l’interpellation de l’un d’eux.

Mukaël Erdem, qui s’est vu reprocher cet acte, a été mis en examen, notamment pour vol accompagné de violences ayant entraîné la mort, puis incarcéré. De même que Morgan Vert qui l’accompagnait et s’est malheureusement suicidé en se pendant (jdd.fr).

Une troisième personne qui aurait fourni l’arme a été mise en examen du chef de complicité et placée sous contrôle judiciaire (le Figaro).

Un immense émoi après ce désastre humain : près de 700 personnes aux obsèques de la victime.

A l’Alma, dans un quartier de Roubaix déshérité dont les habitants se sentent abandonnés par les pouvoirs publics, un père de famille de 27 ans unanimement apprécié, courageux – il avait sauvé quelqu’un d’une noyade – a été tué par deux jeunes gens qui faisaient des rodéos en pleine nuit avec une voiture volée et qu’il avait interpellés de sa fenêtre pour les faire cesser.

Ulcérés, ils l’ont cherché puis trouvé dans cet immeuble délabré et au moins un coup de couteau dans la gorge lui a été porté avec un effet mortel.

Rapidement, l’un des protagonistes a été interpellé puis l’autre s’est livré plus tard : petit délinquant pour le premier, selon le procureur adjoint de Lille, et jeune majeur au casier chargé pour le second.

Le nouveau maire UMP de Roubaix Guillaume Delbar est conscient de « devoir reprendre le pouvoir dans ces quartiers que l’on a abandonnés », où la police n’ose plus aller de peur de susciter des réactions de rejet avec la conséquence que des drames comme celui dont Ahmed Boudaoud a été victime se produisent (Le Parisien).

Mukaël Erdem a écrit une lettre à la mère d’Hugo Villerez pour exprimer ses remords et expliqué qu’il avait tiré, « paniqué », parce que celui-ci venait vers lui. Selon son avocate, sa démarche était spontanée et sincère et il désirait l’accomplir immédiatement.

Je n’ai aucune raison de considérer ce geste comme tactique, d’abord parce qu’il est très rarement mis en oeuvre à ce stade initial alors qu’en cours de procédure et avant l’audience, il risque d’être perçu pour seulement habile. Que ce jeune homme ait éprouvé le besoin de s’adresser à cette mère donne de sa personnalité une image que le crime n’a pas totalement dégradée.

Mais il n’y a aucun rapport avec ce mouvement intime que la procédure va intégrer et cette justice « réparatrice » qui pousserait victimes et condamnés à se rencontrer et à dialoguer. Cette éventualité est réglementée par une longue procédure et, à supposer que la psychologie de certains y trouve son compte, peu appréciée par l’administration pénitentiaire puisque seule la Maison Centrale de Poissy en permet la réalisation depuis 2010 mais en confrontant des groupes, sans lien direct entre un criminel et sa victime.

Il paraît que, l’un en face de l’autre, le criminel avouerait pourquoi il est passé à l’acte et, devant la victime prendrait conscience des faits.

Stéphane Jacquot qui a créé l’Association nationale de la justice réparatrice prétend que cette interrogation et cette exigence sont « très peu développées au cours d’un procès », ce qui est totalement faux.

Le plus souvent, sauf à l’égard de faits délictuels ou criminels simples et utilitaires, le prévenu ou l’accusé ont du mal à démêler les motivations profondes de leurs agissements et s’ils n’y parviennent pas à l’audience malgré son caractère irremplaçable, ils demeureront encore plus inconnus à eux-mêmes en face de leurs victimes.

Parlons net : cette justice réparatrice est, au pire un gadget pour curiosités malsaines, au mieux une relation qui n’aura aucune incidence sur le cours de la justice pénale puisqu’elle se déroulera, la sanction infligée.

Il y a bien mieux à faire en suivant l’avertissement du général Soubelet et tant de pistes seront à explorer quand un pouvoir prendra enfin l’univers pénal au sérieux : défendre la police, ne pas la noyer sous une bureaucratie étouffante, refuser qu’une certaine magistrature défasse ses réussites ou rende vaines ses enquêtes, instaurer ou restaurer confiance et estime du citoyen à l’égard des magistrats qui auront beaucoup de chemin à faire, réfléchir à une articulation plus cohérente entre justice et police sur le plan ministériel, construire des prisons, rendre l’exécution des peines enfin efficace…

Il ne suffira pas de succéder à Christiane Taubira : il conviendra de refaire là où elle a défait et de faire là où elle n’a rien fait.

SOURCE: http://www.philippebilger.com/blog/2014/08/le-g%C3%A9n%C3%A9ral-le-particulier-et-lillusion.html

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Lutte contre l’insécurité : Général Bertrand SOUBELET, directeur des opérations et de l’emploi de la Gendarmerie Nationale
Intégralité de l’audition du 19/12/2013 à l’Assemblée Nationale

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Les chiffres alarmants de l’immigrationSelon des chiffres publiés aujourd’hui par Le Figaro, les autorités françaises et italiennes sont littéralement débordées par l’immigration clandestine.

Le Figaro s’est procuré un rapport de la direction zonale sud de la Police aux frontières (PAF) dont le quotidien publie une synthèse aujourd’hui. Ce document confidentiel est un compte rendu d’une réunion « exceptionnelle » qui s’est tenue le 9 juillet portant sur le « phénomène migratoire érythréen » qui inquiète les différents services. Voici les chiffres alarmants qui en ressortent.

61.591

C’est le nombre de migrants irréguliers qui ont débarqué en Italie entre le 1 janvier et le 30 juin 2014. Sur la même période en 2013, ils étaient 7913. La plupart vienne d’Erythrée (18.282) ou de Syrie (10.371).

LIRE: http://www.planet.fr/international-les-chiffres-alarmants-de-limmigration.670488.29335.html?xtor=ES-10-670498%5BPlanet-Alerte-Infos%5D-20140805

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p bilgerUn présumé innocent à la tête de l’UMP ?

On ne va jamais naturellement vers l’élégance, l’allure. Ce qui y mène plus souvent tient à la volonté de porter au plus haut une certaine image de soi. On a envie de pouvoir se regarder sans honte dans la glace.

Pourquoi une telle esthétique de l’honneur ne concernerait-elle que le singulier et jamais l’esprit collectif d’un parti ?

Pourquoi l’UMP ne pourrait-elle pas, un jour, se réveiller en éprouvant l’envie, en ayant l’ambition d’être considérée, respectée tant en raison de son fonctionnement interne, de sa gestion financière, de la qualité de sa réflexion que de l’exemplarité de son chef ? Pourquoi ce parti semble-t-il actuellement si peu soucieux de redorer son blason en tenant au moins à distance celui qui ne va pas l’ennoblir en se faisant élire à sa tête ?

Avec Nicolas Sarkozy, l’incroyable est vrai et l’inconcevable certain. Rien de ce qui est non pas illicite, illégal, mais vulgaire et indécent ne lui est, ne lui demeure étranger.

Pourtant ce n’était pas rien, déjà, que de violer allègrement son engagement, au soir de la défaite de 2012, d’abandonner la politique en affichant, depuis, pratiquement jour après jour, à la fois son désir de revanche personnelle et sa détestation agissante à l’égard de quelques-uns.

Ceux qui avaient eu le front de prétendre occuper un espace qu’il estimait lui être dévolu quasiment de droit présidentiel, malgré l’élection de François Hollande que sa personnalité, pourtant, avait largement facilitée.

Mais apparemment il y aurait bien plus.

Dans les premiers jours de septembre, il fera connaître sa décision au sujet de l’UMP comme si quiconque encore ignorait ses desseins, selon sa méthode habituelle qui pratique une discrétion ostensible et feint une réserve que son ego fait sans cesse voler en éclats.

Se présenteront contre lui deux candidats qui le valent bien et que leur moralité qualifierait plus que lui pour remettre l’UMP sur la voie du redressement : Bruno Le Maire et Hervé Mariton.

Persuadé de l’emporter, Nicolas Sarkozy a osé, si on en croit Charles Jaigu et Le Figaro généralement bien informés, poser deux conditions comme si, par avance, il se considérait comme un cadeau pour l’UMP et non tel un concurrent à égalité avec les autres.

La première lui permettrait de conserver son bureau d’ancien président rue de Miromesnil et la seconde ne le priverait pas de ses conférences juteuses dont beaucoup, paraît-il, sont déjà programmées pour l’automne.

La dernière l’a vu, au Congo, empocher une énorme somme dans des conditions où l’organisateur – la société Forbes Group Summit – entretenait des liens troubles avec le président Sassou Nguesso (Mediapart).

Que l’UMP, la date venue, puisse, après avoir accepté ce double diktat – je parie qu’elle n’aura pas officiellement la moindre opposition mais grondera dans les coulisses comme d’habitude -, porter à sa tête Nicolas Sarkozy révélera à quel point ce parti s’estime peu. En consentant à se laisser diriger par un homme qui lui dictera sa ligne politique pour sa stratégie personnelle en même temps qu’il s’abandonnera à sa passion du « fric » si voluptueusement goûtée depuis plus de deux ans.

L’UMP, en tout cas pas assez fière d’elle-même pour rejeter l’emprise d’un présumé innocent englué dans des procédures qui, si elles n’aboutissent pas, façonneront cependant une étrange et délétère atmosphère pour le principal parti d’opposition classique.

On ne sait jamais, l’UMP peut encore faire, lors du moment fatidique, la fine démocratie !

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photo_bilger_1« Il était absurde d’interdire la manifestation du 19 juillet à Paris. »

Alors qu’une manifestation pro-palestinienne prévue pour le 23 juillet n’a pas été interdite, il est tout de même permis de s’interroger sur ce qui, depuis le 19 juillet, continue à donner de ce pouvoir, cette fois dans un domaine infiniment sensible et avec une matière politiquement et démocratiquement inflammable, une image d’amateurisme et, on peut le dire, de maladresse frôlant l’incompétence.

Il était absurde d’interdire la manifestation du 19 juillet à Paris. Il ne s’agit pas d’une critique facile parce que rétrospective. En France, celles qui se sont déroulées le même jour n’ont donné lieu à aucun incident notable et force est de considérer que le diktat parisien, incompréhensible et évidemment incompris, n’a pas été pour rien dans les débordements et les violences, « la guérilla à Barbès et à Sarcelles », l’agrégation à une multitude soucieuse d’en découdre seulement politiquement, hostile aux réactions d’Israël, furieuse, voire haineuse mais cependant pacifique, de voyous et de casseurs séduits par cette délinquance toujours à portée de violence dans les marges.

Le préfet de police Bernard Boucault, qui s’était déjà tristement illustré lors de la soirée du Trocadéro avec le PSG, a continué ce mélange qui semble caractériser son action : un défaut d’intuition et une totale inadaptation. Il serait peut-être utile d’en tirer les conséquences. Même la gauche pourrait se choisir des serviteurs plus efficaces pour la défense de l’ordre public.

Dans cette interdiction du 19 juillet, comment ne pas percevoir aussi une fâcheuse tendance de ce gouvernement qui, plus assez solide, plus assez assuré pour permettre des événements sans craindre d’être dépassé par eux, privilégie leur suppression, croyant ainsi se débarrasser plus aisément du problème alors qu’au contraire il va l’amplifier ? Il y a, dans cette immense maladresse qui avait le tort également d’accréditer le soupçon d’un deux poids deux mesures, une sorte de syndrome Dieudonné puissance treize ! Il est clair que la faiblesse éprouve le besoin d’interdire quand la sûreté est persuadée de savoir maîtriser les aléas de ce que l’esprit de liberté a dû autoriser.

Le ministre Bernard Cazeneuve, jusque-là excellent, a d’ailleurs emprunté ce chemin pour justifier l’interdiction, puisqu’il a invoqué qu’il y aurait eu « des cris de haine » au cours de cette manifestation et que la République ne saurait les tolérer. Et donc qu’il convenait de prendre les devants avec fermeté. Préventivement.

Pour ne pas aussi, paraît-il, laisser le conflit s’exporter en France alors qu’il s’y trouve comme chez lui depuis longtemps et qu’on doit seulement veiller à lui fixer des limites, à l’encadrer.

Ces motivations sont étranges qui, derrière leur apparence morale, laissent croire que les protestations collectives liées à un conflit brûlant, aussi tragiquement insoluble et opposant de tels fanatismes, auraient pu échapper, dans leur paroxysme, à une intensité certes scandaleuse mais inévitable.

C’était, à bon compte, valider un refus de cette manifestation en mettant en cause le principe même au coeur des manifestations : elles ne sont pas des parties de plaisir, des havres de paix et laissent venir à la surface, parfois, le pire qu’un pouvoir de bonne foi n’exploiterait pas parce qu’il est tout simplement indissociable de la normalité, de la roideur globalement acquises des défilés militants.

Prétendre aussi se servir de la délinquance périphérique pour accabler ceux qui sur le plan central soutenaient la cause pro-palestinienne, comme s’ils étaient responsables, voire complices des agressions et des dévastations que les bandes perpètrent avec un sadisme jouant de la confusion, n’est pas honnête.

Comme l’a rappelé avec force Pascal Boniface, on a le droit de critiquer la politique d’Israël sans être antisémite et à force de répéter que l’hostilité à Israël et à ses ripostes est le déguisement de l’antisémitisme, on va favoriser une confusion entre l’inadmissible et le licite, entre l’odieux et le légitime. Ce n’est pas parce que de l’antisémitisme a surgi scandaleusement de ces groupes que le NPA et d’autres sont infectés par ces dérives et c’est leur faire un mauvais procès que de les associer à ce qui n’a rigoureusement aucun rapport avec leur propre démarche idéologique.

Il faut se battre plus que jamais pour que la contestation d’Israël, si elle est nécessaire, ne soit pas engloutie dans un opprobre historique et éthique qui rendrait par avance impossible toute contradiction même la plus légitime sur le plan politique et celui des droits de l’Homme.

J’avoue éprouver une sorte de pitié pour ce pouvoir qui, la main en permanence sur le coeur, ne cesse de ressasser sa détestation du racisme et de l’antisémitisme sans parvenir une seconde à en entraver le cours délétère. Parce que ces mots imprégnés d’éthique n’ont rigoureusement aucune incidence sur la réalité des pulsions, des violences et des affrontements.

S’enivrer de beaux et dignes propos comme « s’en prendre aux juifs, c’est s’en prendre à la France » émeut celui qui les prononce – le président de la République et le Premier ministre en abusent – mais n’a pas d’effet direct ni de portée opératoire sur un phénomène qui dépasse très largement le stade des injonctions, des intimidations et des célébrations verbales.

S’il fallait retenir une conclusion de ces péripéties, c’est que le président de la République qui n’a jamais, dans ses discours, que fustigé le racisme et l’antisémitisme mais jamais, avec cette vigueur et cette netteté, la délinquance et la criminalité ordinaires, n’a pas fait reculer d’un pouce les premiers, ses adversaires privilégiés, et quant aux secondes, force est de reconnaître que François Hollande, n’ayant jamais été préoccupé d’elles, ne les a pas gênées si peu que ce soit.

Il paraît que la justice a été indulgente et a octroyé des sursis.

C’est vraiment la France à plein Gaza.

SOURCE: http://www.philippebilger.com/blog/2014/07/la-france-%C3%A0-plein-gaza.html

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photo_bilger_1Il est dommage que le président de la République fasse tellement confiance à Christiane Taubira, ou qu’il ait tellement peur d’elle, que la justice et ses réformes lui demeurent totalement étrangères.

Certes ce pourrait être une forme de sagesse de ne pas intervenir dans un domaine qu’on maîtrise mal mais à condition qu’on ne laisse pas la bride sur l’esprit à un ministre dont le seul carburant est l’entêtement idéologique.

Mais, après tout, pourquoi s’arrêterait-elle sur le chemin du désastre puisque personne ne s’oppose à elle et que les velléités d’opposition de Manuel Valls ont fondu comme neige au soleil ?

Après une loi calamiteuse sur les majeurs, une future réforme sur la justice des mineurs qui, réformant l’ordonnance de 1945, va amplifier la mansuétude éducative et élargir aux majeurs de 18 à 21 ans les règles et les principes aujourd’hui fortement contestés de la spécificité pénale appliquée aux jeunes transgresseurs de 13 à 18 ans.

Il paraît que l’inspirateur de Christiane Taubira en l’occurrence serait Pierre Joxe. On peut respecter ce dernier sans considérer pour autant que son nouveau métier d’avocat spécialisé dans la défense des mineurs le qualifierait plus que la réalité pour servir de base à une réflexion politique pourtant nécessaire.

Les tribunaux correctionnels pour les mineurs de 16 à 18 ans, excellente initiative de la présidence Sarkozy, ont été supprimés et il apparaît qu’il n’est plus rare de voir des garçons ou des filles de moins de 13 ans commettre des infractions.

S’il était parfaitement légitime d’opérer une remise à plat de l’ordonnance de 1945, le paradoxe est d’aggraver son caractère inadapté en refusant de tirer les leçons d’une évolution faisant apparaître une délinquance de plus en plus précoce et de plus en plus violente (Le Figaro).

Il n’est pas honteux, au regard de l’humanisme, de souligner cette banalité sociologique que le mineur d’aujourd’hui, dans sa réalité et ses comportements, n’a plus rien à voir avec l’adolescent abstrait de l’optimisme républicain.

L’innovation principale de ce projet – j’ai déjà évoqué l’élargissement déplorable et l’abolition regrettable – se rapportera à la césure du procès qui deviendrait la norme pour la justice des mineurs : déclaration de culpabilité et instance civile puis bien plus tard sanction. Cette fausse bonne idée aura pour effet de battre en brèche l’obligation admise par tous de faire connaître précisément et rapidement ce qu’il aura à subir au mineur incriminé. Ce délai d’attente sera, sur ce plan, catastrophique, laissant la bureaucratie compliquer la justice et la psychologie des jeunes transgresseurs vivre comme une absolution cette culpabilité décrétée mais sans impact répressif.

Comment ne pas ressentir devant ces démarches qui prennent tout à l’envers l’impression que ce pouvoir se veut délibérément sourd et que, s’abandonnant à une fuite en avant suicidaire pour la société, il cultive son petit jardin dogmatique et irénique seulement pour se faire plaisir ? Après lui, le déluge en matière de justice !

Ou alors serait-ce une propension à la contradiction poussée jusqu’à l’absurde ? Parfois je me dis que peindre la société, le réel, le peuple, ses attentes et ses peurs, en rose, serait le meilleur moyen pour inciter le pouvoir à prendre enfin au tragique ce qui crève les yeux de chacun dans sa quotidienneté ? Il prétend tellement fuir les évidences qu’il conviendrait de les dénaturer pour le convaincre.

Affligeant de devoir en arriver là, de Charybde en Taubira !

SOURCE:http://www.philippebilger.com/blog/2014/07/de-charybde-en-taubira-.html

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photo_bilger_1Faudra-t-il aussi supprimer la magistrature ?

Nadine Morano et Henri Guaino ne sont pas allés assez loin et Christian Estrosi, en maintenant son arrêté contre les drapeaux ostentatoires malgré sa suspension par la juridiction administrative, est évidemment bien placé pour évoquer la haine de la magistrature contre Nicolas Sarkozy (20 minutes, Le Figaro, France 2).

Les premiers n’ont en effet proposé que l’abolition du syndicalisme judiciaire et la suppression de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM). Tant qu’à faire, ils n’auraient pas dû s’arrêter en si bon chemin !

Pour être habitué aux provocations de Nadine Morano et aux fulgurances pas toujours bien venues d’Henri Guaino, on reste cependant saisi devant cet extrémisme qui, chez eux, suit chaque péripétie procédurale liée à Nicolas Sarkozy.

Le propre du discours politique est en principe de devoir se soumettre aux exigences de liberté et de responsabilité mais il se donne aussi trop souvent le droit de s’abandonner à une absurdité totale parce qu’il sait qu’elle ne s’incarnera jamais dans le réel sauf à souhaiter l’émergence d’un pouvoir totalitaire qui détruira ce que l’esprit démocratique a permis.

Imagine-t-on en effet un gouvernement classique, de droite ou de gauche, libéral ou socialiste, décréter un jour de telles abolitions ?

Si nous avions, sur un terrain vierge, à inventer la magistrature, à réfléchir sur le syndicalisme et à concevoir l’enseignement, nous pourrions conceptuellement ouvrir des chemins singuliers et, pourquoi pas ?, imaginer une autre institution, un service public avec d’autres règles.

Mais le syndicalisme judiciaire est là depuis 1968 pour le SM et depuis 1974 pour l’Union syndicale des magistrats (USM). Quant à l’ENM, sous un autre nom, elle date de 1958 grâce au général de Gaulle et à Michel Debré.

Le bon sens, le pragmatisme et l’impossibilité de mettre à bas ce qui dans son essence a constitué une avancée empêchent de prendre au sérieux ces fantasmes d’effacement. Mais il est regrettable, comme l’a très bien dit Jean-Christophe Buisson sur RTL à On refait le monde, que ceux-ci aient rendu, par leur excès, un débat pourtant nécessaire quasiment impossible.

Pourtant, ce débat n’a jamais été absent de l’espace public mais la manière dont il était abordé restait mesurée et opposait au nom de la démocratie les tenants d’un progressisme éclairé à ceux, pour la magistrature, d’une réserve totale. Des arguments recevables de part et d’autre s’échangeaient en quelque sorte pour la beauté de la controverse sans que l’empoignade sorte du champ intellectuel et débouche sur une véritable haine du syndicalisme et la détestation de ceux qui le pratiquaient.

Ce qui a tout bouleversé est le déplorable Mur des cons qui a manifesté concrètement, ostensiblement à quel point certains membres du SM faisaient s’accorder bêtise et idéologie, partialité et inconscience. Certes, personne ne doutait que ce syndicat fût, depuis sa naissance, proche de la gauche, voire de l’extrême gauche. Qu’il ne se serve de la justice plus qu’il ne la serve. Que son obsession, dans ses pratiques, était par exemple de mettre en cause la police au travers du policier et le patronat au travers du patron.

Mais ces dérives ont longtemps été occultées par la brillante génération qui avait fait du SM à la fois une machine de guerre et un lieu de réflexion, un mélange d’intelligence et d’esprit partisan. Une acidité contestable mais stimulante.

Le Mur des cons, conséquence aussi de la formidable dégradation de la qualité des dirigeants du SM au fil du temps, a constitué un véritable séisme parce qu’il a malheureusement conduit le citoyen et beaucoup de politiques à assimiler la majorité des magistrats à quelques énergumènes incendiaires de la justice et, à ceux-ci, nombre de membres équilibrés et compétents du SM pour lesquels l’exercice professionnel n’était absolument pas altéré par l’appartenance syndicale.

La défense démagogique de Nicolas Sarkozy a joué de cette confusion et personne, tant la cause de son honnêteté au sens large est devenue problématique, ne saurait lui reprocher d’avoir abusé du thème de la politisation de la magistrature en s’en prenant à l’un des magistrats instructeurs. Sans le Mur des cons, jamais un tel dérapage n’aurait été concevable même de la part de cette personnalité-là.

Il convient que le SM s’adonne à un travail considérable de réflexion sur lui-même, qu’il se désinfecte de tout ce qui dégrade sa structure en parti, ses idées en idéologie et en parti pris et retrouve le chemin d’une véritable démarche professionnelle. On ne demande pas au SM de se substituer au pouvoir politique, de l’accompagner quand il est socialiste ou de le vitupérer s’il est de droite. On doit exiger de lui qu’il reste à sa place. Faute de cette rénovation, il fera disparaître, en même temps que lui, l’adhésion à la justice et la confiance qu’elle doit inspirer.

Cette mue positive est possible puisque l’USM, en dépit d’un rapprochement systématique avec le SM depuis quelques années sur certains sujets, est parvenue à maintenir sa crédibilité syndicale et n’est jamais apparue, aux yeux des citoyens, comme la courroie de transmission d’un parti, un organe militant.

Quant à l’ENM, je sais bien que les controverses n’ont jamais manqué à son sujet et qu’on s’est plu parfois à moquer cet établissement qui délivrait « un permis de juger » en proposant, à sa place, des expériences professionnelles qui permettraient de devenir magistrats moins précocement et avec plus de maturité et d’humanité. On va sans doute continuer à brasser ce type de question mais toujours est-il que l’ENM a enrichi sa formation, fait appel à une vision internationale et surtout à une évaluation psychologique des futurs magistrats. Ce ne sont pas des évolutions négligeables et le Directeur actuel, me semble-t-il, serait bien inspiré en favorisant le pluralisme intellectuel, l’approfondissement de la culture générale, une pédagogie sur la maîtrise du pouvoir, la politesse judiciaire et le savoir-vivre tout court.

Nadine Morano, Henri Guaino et tous ceux qui suivent leur ligne absurde sans l’avouer exigeront, bientôt, la suppression de la magistrature. Après tout, cette institution est détestable qui tente de rendre justice à tous, aux faibles comme aux puissants, et parfois, parce qu’elle est saisie d’affaires qu’elle n’a pas inventées, a l’impudence de mettre en examen même un ancien président de la République.

Que ces boutefeux continuent sur ce registre et on saura alors que le Mur des cons a fait des petits : le même délire mais de de l’autre côté.

p bilger

Philippe Bilger

SOURCE: http://www.philippebilger.com/blog/2014/07/faudra-t-il-aussi-supprimer-la-magistrature-.html

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p bilgerLa gauche aurait besoin d’une bonne droite !

Rien n’y fait.

Un jeune Rom se trouve dans le coma après avoir été lynché, roué de coups par une douzaine de personnes qui le soupçonnaient d’avoir cambriolé l’appartement d’une habitante de Pierrefitte-sur-Seine dans le 93.

Le Premier ministre a évidemment condamné cet acte odieux et il a raison. Et, pour faire bonne mesure, le président de la République en a rajouté.

Mais ils ont tort de s’arrêter là et de ne pas faire un examen d’intelligence et de conscience qui leur imposerait d’incriminer, derrière la détresse sociale et le racisme ambiant, le désarmement de l’Etat dans sa mission de sécurité et de protection.

A cause d’une philosophie pénale inversement proportionnelle à l’inquiétude légitime de la société. Avec, pour conséquence gravissime, des comportements qui se laissent aller au pire parce que la confiance en l’autorité et l’efficacité publiques fait de plus en plus défaut.

Le hasard de l’actualité conduit, dans un quotidien que j’apprécie, au rapprochement de cette violence collective à cause d’un soupçon de cambriolage avec le désir du Sénat de « gauchir » la réforme pénale en supprimant par exemple les peines de prison pour les atteintes aux biens (Le Figaro).

Rien ne m’étonnera jamais de la part du sénateur Michel, rapporteur du texte, mais tout de même une telle inadaptation à la réalité quotidienne de l’insécurité, un tel mépris, au fond, pour nos concitoyens – les plus modestes, paradoxalement, étant les plus touchés car leur sûreté est leur bien principal – qui supportent vols, cambriolages, agressions et transgressions de toutes sortes, sont scandaleux.

Les victimes, elles, n’ont pas le loisir de théoriser en se consolant parce qu’elles n’auraient été offensées que dans leur qualité de détentrices ou de propriétaires : elles ont la faiblesse de tenir à leurs biens, moins qu’à leur vie certes, mais pas au point d’éprouver de l’indulgence pour les spoliateurs, les voleurs à l’arraché ou autres spécialistes de l’appropriation frauduleuse, brutale ou parfois sanglante.

Qu’une telle idée ait pu germer dans la tête d’un socialiste montre à quel point le socialisme est désaccordé d’une France qui n’a plus l’ombre d’une illusion sur ce plan. Et qui combat toute seule, et à force dangereusement pour elle, et pour les malfaiteurs quelquefois.

En contrepoint conceptuel mais cependant révélateur, je souhaiterais attirer l’attention sur un entretien accordé par Jean-Marie Delarue pour une sorte de bilan de son activité comme Contrôleur général des lieux de privation de liberté (Le Parisien).

Il va être remplacé probablement par Adeline Hazan et puis-je dire que je crains beaucoup avec cette promotion partisane, compensation d’un échec aux élections municipales. L’idéologie de cette femme, dans un tel poste, va pouvoir se donner libre cours !

Jean-Marie Delarue est une personnalité intelligente, estimable, sensible, indulgente pour tous ses collaborateurs et en définitive assez satisfaite de son action puisqu’elle affirme « avoir réussi à obtenir des changements en prison ».

Ce qui m’a fait sursauter est un bout de phrase. Il compare les criminels comme Tony Meilhon qui ne seraient pas comme nous – il y en aurait à peu près 2000 selon lui en prison – et tous les autres – 66 000 – seraient « des gens comme vous et moi ».

Je ne comprends pas ce type d’assertion. Sur le plan de l’essence humaine, les criminels et les autres appartiennent à notre monde et l’humanité, dans sa fraternité abstraite et de principe, ne les distingue pas.

Mais, pour le concret, les 66 OOO condamnés qu’évoque Jean-Marie Delarue ne sont pas « des gens comme nous ». Ou alors seulement si on ajoute cette précision capitale : des gens qui ont commis des infractions et qui ont été sanctionnés à cause d’elles.

C’est de la démagogie que d’oublier, dans l’appréciation qu’on porte sur les lieux d’enfermement, cette nuance fondamentale. Ils ne sont pas comme nous puisque, jusqu’à nouvel ordre, nous n’avons perpétré ni crimes ni délits. J’entends bien que personne ne peut se dire à l’abri de telles dérives mais on peut raisonnablement supputer que par exemple un Jean-Marie Delarue ne s’y abandonnera jamais.

Ce n’est pas rien que de feindre d’abolir par une générosité mal placée cette frontière radicale qui sépare le mal parfois seulement fortuit du bien. C’est persuader les détenus, les transgresseurs qu’au fond, ils n’ont pas de comptes à rendre et que la prison est une punition injustifiée. Bien sûr, c’est la société qui est coupable !

Avec un tel propos, le ver est dans la justice et le poison dans l’équité. La rigueur s’affaiblit d’elle-même. Et la gauche se cultive et se félicite.

Cette gauche aurait vraiment besoin d’une bonne droite !

http://www.philippebilger.com/blog/2014/06/la-gauche-aurait-besoin-dune-bonne-droite-.html

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