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Illustré de témoignages et d’images d’archives, ce doc de notre confrère Olivier Toscer raconte comment l’ombre de Cosa Nostra plane sur tout le parcours de Berlusconi. Un film édifiant.
"Berlusconi et la mafia, scandales à l'Italienne" d'Olivier Toscer (France 3) « Berlusconi et la mafia, scandales à l’Italienne » d’Olivier Toscer (France 3)

A deux reprises, le penchant prononcé de Silvio Berlusconi pour les fêtes débridées aura joué un rôle majeur dans le cours de sa carrière. En 2010, le scandale autour des fameuses soirées Bunga Bunga, des parties fines en compagnie de jeunes filles, éclate dans la presse transalpine. L’onde de choc médiatique fait sérieusement vaciller le trône du Cavaliere, avant que les suites judiciaires de cette affaire ne contribuent à le pousser vers la sortie de la scène politique. En 2011, il démissionne de son poste de président du conseil des ministres. Deux ans plus tard, il est condamné en première instance pour « incitation à la prostitution de mineures et abus de pouvoir ». Finalement, il sera acquitté en appel en juillet 2014. Mais l’affaire aura marqué le début de la fin pour Berlusconi.

Soirées délurées, tentative d’enlèvement

Dans les années 70, c’est à la suite d’une autre de ses soirées délurées que le parcours de l’homme d’affaire italien connaît un tournant décisif. A l’époque, l’intéressé, alors promoteur immobilier en pleine ascension, organisait déjà de folles fêtes dans sa villa San Martino à Arcore, une petite ville de la banlieue de Milan. Un soir, à la sortie de l’une de ses agapes libertines, un des convives échappe de peu à un enlèvement. Berlusconi s’inquiète. Il se demande s’il n’était pas la véritable cible des kidnappeurs. La tentative avortée n’est peut-être qu’un avertissement.
A l’époque, les rapts de riches personnalités assorties de demandes de rançons sont monnaie courante en Italie.

L’entrepreneur demande à son fidèle lieutenant, Marcello Dell’Utri, originaire de Sicile, de lui arranger un rendez-vous avec la Mafia. L’homme de confiance prend contact avec l’un des pontes de Cosa Nostra, Stefano Bontade, dont la légende voudrait qu’il soit à la tête d’une armée de 300 hommes. L’entrevue se déroule en mai 1974 dans l’une des entreprises du Cavaliere à Milan, comme le raconte un repenti dans « « Berlusconi et la mafia, scandales à l’italienne », le documentaire de notre confrère de L’Obs, Olivier Toscer. Le ton de l’entretien est détendu. Presque convivial. Berlusconi raconte ses mésaventures. Bontade propose de lui envoyer un de ses hommes pour assurer sa sécurité : Vittorio Mangano. Officiellement, il est embauché comme « garçon d’écurie » dans la villa de Berlusconi et va parfois chercher les enfants de ce dernier à l’école. Mais l’intéressé, condamné à plusieurs reprises notamment pour extorsion de fonds, n’a pas vraiment le profil du palefrenier ni de la nounou.

Longue et fructueuse collaboration entre Berlusconi et Cosa Nostra

Bien sûr, lorsque la mafia rend ce genre de service, ça n’est jamais gratuit. Comme le raconte le film d’Olivier Toscer, documenté, illustré de témoignages de protagonistes de tout premier plan (mafieux repentis, procureurs, conseillers très proche du Cavaliere…) et ponctué d’images d’archives parfois très comiques, ce rendez-vous de Milan marque le début d’une longue et fructueuse collaboration entre Berlusconi et Cosa Nostra, celle-ci étant tour à tour le protecteur, le financier, l’agent électoral du Cavaliere. Une relation de longue durée dans laquelle les intérêts bien sentis des deux parties se rejoignent.

Au milieu des années 70, lorsque l’homme d’affaires lance son projet de ville nouvelle baptisée Milano 2, c’est vers ses nouveaux amis qu’il se tourne pour leur proposer d’investir. Ca tombe bien : dominant le marché de la drogue, Cosa Nostra cherche à recycler une partie de son argent sale. Quelques années plus tard, Berlusconi leur fournit une nouvelle opportunité : déjà à la tête d’une télé locale à Milan, il décide de racheter une à une les chaînes locales et régionales d’Italie pour constituer un grand réseau national. Là encore, Cosa Nostra est sollicitée pour appuyer financièrement le projet. Cela donnera la chaîne Canale 5, première pierre de Mediaset, le groupe multimédia qui a fait la fortune de Silvio Berlusconi.

La mafia se rappelle à son bon souvenir

Mais lorsque Berlusconi prend ses distances, la mafia se rappelle à son bon souvenir. En 1984, une bombe artisanale explose devant chez lui à Milan. « C’est Vittorio Mangano, assure Berlusconi à Dell’Utri dans une conversion téléphonique enregistrée par la police. Ca a été fait avec affection, poursuit-il en blaguant. Il a seulement abîmé le bas du portail. C’est un truc respectueux et affectueux. Une personne normale m’aurait envoyé un recommandé. Lui, il a placé une bombe »

Aux débuts des années 90, le Cavaliere se lance dans la politique. Il va trouver en Cosa Nostra un de ses plus fidèles soutiens. A l’époque, de courageux juges italiens ont lancé l’opération Mains Propres (« Mani pulite ») pour lutter contre la corruption qui gangrène le pays : chefs mafieux et politiciens de premier plan tombent les uns après les autres. C’est le cas de Bettino Craxi, le président du conseil, proche soutien de Berlusconi dont il fut le témoin de mariage. Après la chute de celui-ci, le patron de Mediaset n’a plus de protecteur dans le monde politique. Depuis l’effondrement de la Démocratie Chrétienne, engluée dans des scandales à répétition, la mafia, elle non plus, n’a plus d’interlocuteur privilégié sous les ors de la République italienne.

Aussi quand Berlusconi décide de créer de toute pièce une nouvelle formation politique, Forza Italia, les cadres de Cosa Nostra se démènent comme de beaux diables pour faire élire les candidats de ce parti. Lors des législatives de 2001, toutes les 61 circonscriptions de Sicile, sans exception aucune, éliront un député Forza Italia au parlement italien. Sûrement un hasard : quelques mois plus tard, le nouveau gouvernement de Berlusconi votera une loi sur les repentis, beaucoup moins favorable à ces derniers, assouplira le régime de détention des mafieux et reverra à la baisse les condamnations de certains d’entre eux.

Silvio Berlusconi ne sera jamais condamné pour ses liens supposés avec la mafia. Son bras droit, Marcello Dell’Utri sera poursuivi et condamné en mai 2014 à sept ans de prison pour complicité d’association mafieuse. Durant le procès, les magistrats le qualifièrent « d’ambassadeur » de la Cosa Nostra à Milan. Un homme d’honneur comme on dit à Palerme.

Vincent Monnier

 

Mardi 4 Aout 2015, 23h05 sur France 3. « Berlusconi et la mafia, scandales à l’italienne », documentaire d’Olivier Toscer. (2015). 52 min.

source: http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20150723.OBS3075/berlusconi-et-la-mafia-la-comedie-du-pouvoir.html

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ImagesMoney / Flickr / CC

Plus encore la crise économique qui touche durement l’Italie, plus encore que la télévision commerciale qui a tiré vers le bas le niveau de réflexion de la société italienne, plus encore que l’Eglise Catholique, contre-pouvoir réactionnaire, qui fige toute évolution sociétale , plus encore qu’une classe politique minée par les affaires et dérivant de plus en plus vers les tentations populistes, plus encore que tous ces maux qui handicapent le développement d’un pays pourtant riche en forces vives et en bonnes volontés, c’est bel et bien la mafia qui joue le rôle de boulet suprême de l’Italie. Peut-être parce que justement, la mafia est liée, plus ou moins, à toutes ses malédictions.

Malédiction. Le mot n’est pas trop fort et il était employé par le groupe italien Litfiba en 1993 évoquant la corruption, le scandale de loge maçonnique P2 et je cite, l' »euro-mafia comme produit d’exportation« . Dans leur brulot, les rockeurs italiens souhaitaient prendre les rennes de la télévision pour étaler au grand jour tous ses plaies qui empoisonnent l’Italie.

Un geste qui ne manque pas de sens, sachant que la plupart des médias appartiennent à Silvio Berlusconi, lui-même impliqué dans de nombreuses affaires douteuses (et c’est là un doux euphémisme), que ce soit à titre personnel ou via ses sociétés, Edilnord ou Fininvest. Sur les chaînes de Silvio, on n’est plus « bimbo » qu' »info », on ne se refait pas.

En 1993, quand Litfiba sortait Maudit, il y avait pourtant le secret espoir que la vie politique s’assainisse un peu : l’Italie était en pleine opération Mains propres. Il suffisait aux juges de lancer une ligne dans les eaux troubles de la finance et vous tombiez sur un scandale financier démontrant un peu plus les liens entre des politiciens et la mafia. Il y a eu plusieurs milliers d’inculpations, la fuite de Bettino Craxi, ancien chef du gouvernement. Mais au final, cette opération d’envergure a surtout abouti à des non-lieux, les prévenus bénéficiant largement de la prescription. Depuis 2006 et Gomorra, du journaliste Roberto Saviano sur la Camorra et ses ramifications, on sait encore plus que la Mafia, tel un parasite évolué, a une capacité de survie, d’évolution et de propagation sans équivalent. Et qu’il n’y a pas encore de vermifuge assez puissant pour s’en débarrasser.

Depuis mardi, de nouvelles preuves sont patentes, ne touchant pas la Sicile ou Naples, mais bel et bien Rome, une ville éternellement sous l’emprise de la Mafia et de son parrain, Massimo Carminati. Dans une vaste opération policière, 37 personnes ont été appréhendées et 76 autres sont visées par une enquête, dont l’ancien maire de droite Gianni Alemanno.

ITALIE: Massimo Carminati a été arrêté dans son véhicule lors d’une embuscade menée par les carabinieri..

Il y a des conseillers municipaux et régionaux, des fonctionnaires et même des policiers. L’Italie n’en sortira donc jamais et tout semble gangréné.

Pour un peu, on se dirait qu’en France, ce n’est pas brillant certes (26e au classement de la corruption au classement du Transparency International), mais qu’à côté de l’Italie, nous sommes encore des petits joueurs. On se rassure comme on peut…

http://blog.francetvinfo.fr/la-bande-son/2014/12/08/rome-la-mafia-cette-malediction.html

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_silvio-berlusconi-le-25-mars-a-rome_b9ed08f2f080dd2de13ec6cd49f28368Nouvel épisode dans les démêlés judiciaires de Silvio Berlusconi. Après trois heures de délibérations, les trois juges de la cour d’appel de Milan ont acquitté vendredi 18 juillet le « Cavaliere » dans le cadre de l’affaire qui lui avait valu sept ans de prison pour prostitution et abus de pouvoir en première instance. Le parquet réclamait pourtant la confirmation de la peine déjà prononcée en première instance.

« Je suis profondément ému », a réagi Silvio Berlusconi dans un communiqué. « Seuls ceux qui sont restés près de moi toutes ces années savent combien j’ai souffert de cette accusation injuste et scandaleuse. »

M. Berlusconi n’est cependant pas totalement tiré d’affaire, ce 18 juillet, puisque le parquet peut décider de se pourvoir en cassation, une procédure qui prendrait alors plusieurs mois.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/07/18/rubygate-berlusconi-acquitte-en-appel_4459636_3214.html

MILAN, July 18 (Xinhua) — A Milan appeal court on Friday acquitted former Italian Prime Minister Silvio Berlusconi from charges of paying sex with an underage prostitute and abusing his power to cover it up.

The judges overturned the first-level verdict, which last year had sentenced Berlusconi to seven years in jail at the end of a two-year-long trial composed of 50 hearings. There is one more level of appeal before the sentence would become final.

Berlusconi was accused of paying for sex with an underage Moroccan former dancer, Karima El Mahroug, better known as « Ruby Heartstealer, » when she was 17 and phoning to a police station when he was prime minister in May 2010 after she was detained on an unrelated theft accusation.

The media entrepreneur allegedly told police that El Mahroug was a niece of Egypt’s then president Hosni Mubarak, which was not true, and pressured officials to release her to avoid diplomatic tensions between the two countries.

Both Berlusconi and El Mahroug denied ever having sex. Dozens of showgirls, however, have described sex parties that young women were paid to attend at the three-time premier’s houses.

As reporters from around the world gathered at the entrance to the Milan courthouse on Friday, Berlusconi learnt about the court’s decision at a facility for sick elderly people near the business city, where he is doing one year of community service to serve a separate tax-fraud conviction. Being 77, he is too old to go to jail, according to standard Italian legal practice.

The media entrepreneur, who has always denied any wrongdoing and insisted to be the victim of left-wing prosecutors since he entered politics in 1994, has faced multiple fraud and corruption trials. He resigned in November 2011 in disgrace sparked by the Ruby case and other scandals.

The tax-fraud verdict, which was his first final guilty conviction in around 20 years of fighting judicial cases, has led to Berlusconi being ejected from parliament and banned from holding public offices for two years.

However, he is still leading his center-right opposition party, Forza Italia (FI), from outside parliament. The current center-left government of Prime Minister Matteo Renzi is striving to introduce important structural measures to re-launch recession-plagued Italy, some of which depend on the FI votes.

http://news.xinhuanet.com/english/world/2014-07/18/c_133494652.htm

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