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Ma PhotoLa « gauche passéiste » est au sein du gouvernement…

Manuel Valls redevient très courageux. Il rejoint, enfin, le candidat de la Primaire socialiste qui n’avait pas sa langue dans sa poche et n’était soucieux que de faire valoir un point de vue, sans naïveté mais avec la volupté de se sentir à la fois minoritaire et en avance. En quelque sorte, le seul progressiste.

Comme le pouvoir est au fond du trou, le Premier ministre n’a plus la moindre précaution à prendre. Il cogne et bouscule de tous côtés. On le sent libéré. Quand il n’y a plus d’espoir dans le présent mais que l’avenir dans quelques années pourrait lui sourire, les prudences ne sont plus de mise et François Hollande, avec sa social-démocratie à l’efficacité quasi nulle, n’est pas loin d’être superfétatoire.

Manuel Valls jette des pierres dans plusieurs jardins : ceux des frondeurs, de l’extrême gauche, des écologistes, de Martine Aubry, des nostalgiques du marxisme, de ceux qui n’ont rien appris et tout oublié. Il n’est pas faux de souligner qu’à ce rythme il pourrait devenir le meilleur candidat centriste !

Selon lui, en effet, « il faut en finir avec la gauche passéiste, celle qui s’attache à un passé révolu et nostalgique, hantée par le surmoi marxiste… »

Il ajoute, suprême offense qui fait réagir les gardiens du temple de plus en plus branlant, en particulier Jean-Christophe Cambadélis qui dans sa fonction pourrait difficilement se taire, qu’on pourrait envisager de changer le nom du parti socialiste. Pourquoi pas ? C’est à la mode : FN, UMP et, demain, PS ? Cette réconfortante et stupide illusion qui fait croire qu’avec une autre étiquette, les flacons gagneraient en substance !

Tout cela est bel et bon mais je ne peux m’empêcher de reprocher à Manuel Valls d’avoir un discours pour l’extérieur et une pratique pour l’intérieur, un refus pour préparer et sauvegarder son futur mais une adhésion choquante dans son quotidien de Premier ministre.

Cette gauche « passéiste » qu’il dénonce, elle est sous ses yeux, au moins chaque mercredi, il l’entend, il a à la subir, il ne la conteste pas cependant, par son silence et son approbation implicite il la valide, il la consacre, il lui assure l’impunité. Il la flatte même.

Christiane Taubira, au sein de son gouvernement, bien au chaud, confortablement et durablement installée, est la représentante de cette gauche qu’il déteste. Il la tolère parce que François Hollande qui ne cesse de jouer sur l’ambiguïté entre une gauche pragmatique – si peu de gauche donc – et une gauche irénique et dogmatique – tellement de gauche donc – a qualifié Christiane Taubira de « marqueur de gauche ». Il serait inconcevable de priver les attardés du socialisme de la dernière branche qu’il leur reste.

Cette gauche, comme on n’ose plus la porter nulle part, elle est bien assez bonne pour le peuple français. Pour les choses sérieuses et quand il faut aller plaider à Bruxelles, on présente l’autre, on met en avant le réalisme et la lucidité.

Les citoyens, eux, n’ont droit qu’à Christiane Taubira. Elle n’a pas à leur plaire mais à un petit cercle qui ne tient plus qu’à un fil au pouvoir officiel.

Pour démontrer à quel point cette gauche du verbe et de l’exclusion – on a jeté le vrai peuple avec ses attentes, ses peurs et ses désespoirs au profit d’un autre fantasmé et commode – est désastreuse parce qu’elle est surtout inefficace, cette histoire martiniquaise est révélatrice : une prison, là-bas, était connue pour être dans un état indigne. Croyez-vous que l’Etat, le ministère, Christiane Taubira auraient bougé d’un pouce, d’une réaction ?

C’est un tribunal administratif qui, saisi par l’OIP ne se contentant pas d’éprouver une compassion unilatérale mais se battant pour que la matérialité de l’enfermement change, a ordonné des aménagements à opérer d’urgence pour que la décence et l’humanité trouvent droit de cité entre ces murs.

N’est-il pas scandaleux qu’une ministre vantée pour sa parole et qualifiée d’icône pour son inaction (elle ne se salit pas au contact du réel) puisse ainsi ne pas encourir les foudres d’un Premier ministre pourfendant la gauche « passéiste » ?

Manuel Valls en est à une contradiction près. Ce n’est pas sa faute.

source: http://www.philippebilger.com/

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