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p bilgerLa France un grand pays ou un jardin d’enfants ?

On a le droit de se poser la question.

Certes il n’est pas de jour où on n’entende le président de la République, le Premier ministre et les ministres déclarer que la France est un grand pays, pour compenser évidemment ce que son état d’aujourd’hui a de médiocre sur les plans économique, social et culturel. On dore la pilule précisément parce qu’elle est amère.

D’autant plus que sous l’apparence de ces discours de substitution et de cette réalité décevante, on est en train de nous fabriquer une France de la peur, de pleutres à foison. De futures fragilités. La République dont rêve ce pouvoir est de régression infantile.

On n’a même plus besoin d’évoquer l’affaire Dieudonné où il convenait de gouverner les choix des spectateurs en leur interdisant de se rendre où bon leur semblait.

Pas davantage que cette tentation perverse, dès lors que surgit une dispute intime, un contentieux familial, de s’en mêler et de prétendre régir, avec une bonne conscience dévastatrice et un totalitarisme de velours, ce qui relève de chacun dans la conduite normale d’existences qui n’ignorent pas que le paradis n’est pas sur cette terre. Mais que les larmes, la sueur et les joies sont leur lot quotidien.

Tout n’a pas commencé, il est vrai, avec ce pouvoir de gauche. L’absurde principe de précaution, quand il est poussé à un paroxysme qui condamne à l’inaction et suscite l’irresponsabilité, est dû à Jacques Chirac.

L’interdiction d’exploitation du gaz de schiste demeure comme le symbole, aujourd’hui, de cette retenue qui cherche à se faire passer pour de la sagesse alors qu’elle nous met en retard et nous prive d’un capital.

Force est de reconnaître que l’idéologie de gauche, plus que toute autre, est parfaitement accordée à ce qui dépouille le citoyen et enrichit l’assisté. L’audace d’entreprendre, la volonté de réussir, l’exigence de la compétition sont détestées en tant que telles, malgré les mots qui parfois leur concèdent un peu de vertu, et ainsi se trouvent généralisés l’abstention, le nivellement, une égalité orientée, une faiblesse théorisée, le souci sans élan de soi et la considération inhibitrice des autres.

Les cellules de soutien, à chaque bouleversement, préparées même avant le plein accomplissement de la catastrophe, complètent ce tableau d’une France qu’on souhaite gémissante, incapable de répondre au moindre défi de la vie en commun, des aléas professionnels et des mille entraves qui empêchent forcément notre condition humaine d’être au zénith.

Le comble, pour cette déplorable tendance, nous est véritablement tombé dessus avec Benoît Hamon qui refuse notre système d’évaluation scolaire, pourtant bien indulgent, et pourfend la note sanction (Le Parisien).

Cela devait survenir mais j’aurais espéré que cela ne fût pas à l’initiative de ce ministre que j’apprécie par ailleurs. J’abuse sans doute du coefficient personnel et de la sympathie que m’inspire ou non telle ou telle personnalité mais je ressens, avec cette importance donnée aux êtres plus qu’aux idées parfois antagonistes, un trait spécifique de la droite tolérante.

Alors que le collège et le lycée, le quotidien des établissements ne cessent pas de multiplier les problèmes et les difficultés tant pour l’autorité, les rapports entre parents et enseignants, le respect dû aux éducateurs et battu en brèche que pour le contenu même des matières et l’abandon du pédagogique sérieux au profit du ludique volatile, il aurait fallu au contraire, pour un gouvernement digne de ce nom, resserrer, contraindre, réorganiser, soutenir, défendre et avoir pour visée le retour de l’excellence à tous points de vue et partout.

L’inverse est programmé qui consiste à favoriser ces dérives faute de savoir y résister. La répudiation de la note sanction est en profondeur le refus de la note et l’égalité exploitée jusqu’à la corde représente une exigence dévoyée quand elle a pour ambition de ne plus distinguer les meilleurs et les pires, de consoler ceux-ci pour ne pas flatter ceux-là.

Au demeurant, est-il inconcevable de savoir avec humanité et rigueur, pour le plus grand bien de tous, partager, avec une hiérarchie assumée, la tête d’une classe et sa queue ? Quelle funeste conception de l’égalité que celle qui prend pour modèle sa plus navrante illustration au lieu de choisir, pour finalité, sa plus éclatante démonstration ! Est-il nécessaire, pour apaiser les professeurs, dorloter les parents, ménager les enfants et les adolescents, de préparer un dispositif aberrant puisqu’il aboutira à dégrader encore davantage ce qu’on n’a pas su corriger ?

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