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LIBRE OPINION du général François Torres : Par pitié, cessez de fustiger la France.


En mémoire de mon père, Eugène Torrès, instituteur dans le bled algérien, de 1948 à 1960.

Je crains que si on n’apporte pas de contradictions à la mouvance qui ne cesse de fustiger la France pour ne retenir de son histoire que la partie qui la condamne, selon une vision univoque et systématiquement accusatrice, la colonisation, cette grande œuvre de la République, sera, pour solde de tout compte et par le truchement d’une vision simplificatrice et idéologique, purement et simplement ravalée au rang de « crime contre l’humanité ».

L’œuvre de colonisation ne fut pas sans défauts loin de là, parfois injuste, inégalitaire, et exploiteuse. Mais elle ne fut pas que cela. Au cours de ma vie j’ai objectivement pu en mesurer les effets positifs en Algérie, au Tchad, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Cambodge où j’ai longtemps vécu. Aujourd’hui comme en Indochine, resurgissent des témoignages de gratitude pour l’œuvre de santé, d’éducation, d’administration, de cadastrage et de développement, laissée par la France et que nos successeurs ont galvaudée.

Cette auto-flagellation qui est aussi une spécialité française – avez vous jamais entendu un seul membre du gouvernement britannique s’adonner à ce plaisir morbide ? – est une injure à notre histoire et à ceux qui l’on faite. La condamnation répétée de la France est d’autant plus choquante qu’elle se coule dans une idéologie qui passe systématiquement sous silence  le génie français et son héritage, pour ne conserver que les motifs de remords stigmatisés à l’aune de jugements à postériori et articulés autour d’une conception moralisatrice de l’histoire.

A la longue, par ces temps  de questionnements identitaires, elle confine à un très dangereux effacement de l’instinct de survie. Tout comme les tribunaux qui disent le Droit, ne sont ni vengeurs, ni moralisateurs, l’histoire n’est pas une cour de justice et encore moins un inventaire laissé à la discrétion de redresseurs de torts. Elle est un patrimoine commun à tous les Français, le fil conducteur de notre identité, une alchimie et un creuset d’expériences qu’il faut tenter d’assimiler pour aller de l’avant.

Ils furent nombreux ceux qui pourraient offrir un contrepoint lumineux à cette présentation dogmatiquement désespérante et déprimée de notre histoire. Pourquoi à, propos de la colonisation française, n’évoque t-on jamais l’âme de Lyautey, créateur du Maroc moderne, dont l’action s’est résolument inscrite contre l’utopie assimilatrice des champions de la supériorité française sur les « indigènes » qui, comme Jules Ferry, ne voyaient pas d’autre issue à nos conquêtes que l’annexion territoriale et le nivellement culturel.

C’est un étrange retournement de pensée que les héritiers politiques des adeptes de l’assimilation de peuples allogènes à notre culture soient aujourd’hui les propagateurs de la repentance coloniale.

Lyautey était animé par des sentiments exactement inverses de ceux qui prônaient la supériorité occidentale. Tendue par la curiosité et le respect des autres, qui s’exprima aussi par le calcul prudent appliqué à toute action militaire dont l’objectif devait être le ralliement des rebelles et non pas leur anéantissement, son action fut aussi marquée par de fulgurantes intuitions comme celle qui, 80 ans avant le drame algérien, mettait le doigt sur le danger du projet d’assimilation qu’il jugeait impossible et qui fut la matrice des tragédies -. En substance il fustigeait l’aberration qui consistait à vouloir « naturaliser tout un peuple et sa culture ».

Sa vision de l’Empire, qu’il avait affinée sous les ordres de Gallieni au Tonkin et à Madagascar, prenait à contre-pied les utopies assimilatrices de son époque, prônées par Jules  Ferry ou Rudyard Kipling. Il se faisait en effet l’avocat de «l’union entre les races – ces races qu’il ne convient vraiment pas de hiérarchiser en races supérieures ou inférieures, mais de regarder comme “différentes” en apprenant à s’adapter à ce qui les différencie».

En même temps, jamais cette ouverture d’esprit et cet élan vers les autres ne l’ont conduit à abdiquer la fierté de sa naissance : « Je revendique dans ma sympathie pour l’Islam de n’avoir jamais abdiqué rien de nos origines, de notre intellectualité, de nos traditions de Français.»

Bref si un homme incarne le génie et la générosité de l’empire français, à qui la repentance fait gravement injure, c’est bien le Maréchal Lyautey. A sa mort en 1934, à seulement six années du désastre de 1940, à l’heure où Hitler avait déjà dissous le Reichstag et brisé les SA lors de « la nuit des longs couteaux », l’épitaphe qu’il avait lui-même rédigée, résonnait comme une profession de foi et un écho du génie culturel et humaniste de la France, en contraste total avec l’intolérance de la barbarie nazie :

« Ici repose Louis Hubert Gonzalve Lyautey, qui fut le premier Résident Général de France au Maroc. 1912 – 1925. Décédé dans la religion catholique, dont il reçut en pleine foi les derniers sacrements, profondément respectueux des traditions ancestrales et de la religion musulmane, gardée et pratiquée par les habitants du Maghreb, auprès desquels il a voulu reposer en cette terre qu’il a tant aimée. Dieu ait son âme dans sa paix éternelle ».

En écrivant ce texte, j’ai une pensée pour mon père instituteur dans le sud oranais dont la classe était une tour de Babel, juifs, musulmans, chrétiens, d’origine espagnole, alsacienne, italienne, turque, berbère, arabe, kabyle, à qui il apprenait la grammaire et le calcul.

Quelle histoire allons nous transmettre à nos enfants si elle fait abstraction de ce génie pour se couler dans le moule autodestructeur des remords et de la résipiscence.

François TORRES
Officier général (2S)
Source: http://www.asafrance.fr/item/libre-opinion-du-general-francois-torres-par-pitie-cessez-de-fustiger-la-france.html

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