Articles Tagués ‘la presse occidentale’

La rubrique Recadrage est une revue de presse critique des médias occidentaux sur la Russie, dont l’auteur est Matthieu Buge, un Français qui vit à Moscou.

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N’en déplaise aux passionnés du Mondial et à ceux qui pointent la Russie du doigt pour les égarements « footballistico-géopolitiques » de certains de ses ressortissants[1], les événements impliquant la Russie demeurent sérieux et préoccupants. Nous mentionnions il y a peu [2] le silence relatif dont faisaient preuve les médias occidentaux quant aux récents développements de l’affaire ukrainienne. Ce silence grandissant n’est qu’une partie du processus de guidage de l’opinion par la presse, qui joue aussi bien de l’omission des faits que du retournement des valeurs.

À propos de la presse occidentale sur le thème du Moyen-Orient à la fin des années 1980, Noam Chomsky écrivait : « Nous pouvons maintenant revenir à la Novlangue : Le nombre de Palestiniens blessés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza a quasiment doublé dans les dernières semaines, mais l’armée a failli à réduire la violence dans les territoires occupés ».

Soit, dans une langue compréhensible : l’armée a intensifié les violences dans les territoires occupés, cherchant à faire plus de victimes et à étendre ses attaques à des villages qui entendaient s’autogérer. Mais la tentative de dissuader la population de verser dans l’autogestion est un échec. Pour les autorités israéliennes et les médias américains, la tentative de villageois de gérer leurs propres affaires est de la violence, et l’agression brutale pour leur apprendre qui gouverne tient de la prévention de la violence. Orwell aurait été impressionné. [3]

Ce schéma est parfaitement applicable à la situation ukrainienne. Mais, de façon intéressante, c’est la logique inverse que les médias appliquent à l’analyse de la Syrie de Bachar El-Assad, autre gouvernement qui bombarde sa propre population. Quoiqu’il nous faille nuancer : la position des Européens étant, on le sait, délicate dans cette affaire.

Sept mois après le début de la crise, on voit évidemment les politiques comme Hollande ou Merkel s’accorder avec Washington[4], mais – et c’est plus inquiétant – certains médias français rentrent aussi parfaitement et a priori volontairement dans le jeu de l’Occident, dominé par les États-Unis.

En témoigne ce récent – et édifiant – édito du Monde.fr[5], qui ne faisait pas mystère de l’origine de l’horreur : toute la violence est l’œuvre exclusive des Russes, et l’armée dirigée par Kiev est dans son bon droit le plus entier. Évidemment, ce type d’articles ne mentionne pas les bombardements opérés par Kiev sur des civils. Il suffit de se connecter à n’importe quelle édition mainstream, qu’il s’agisse du Monde, du Guardian, du New York Times ou autre, pour voir la façon dont sont traitées – ou tout simplement ignorées – les victimes civiles de l’Est ukrainien. Les opérations de Porochenko, si les guillemets entourant le terme d’anti-terroristes posent une certaine distance, sont néanmoins invariablement lues comme s’inscrivant dans un processus de reconquête.

Par ailleurs, alors que l’Ukraine disparaît du centre d’intérêt des grands médias, des articles relayant des considérations secondaires – comme l’opinion de Conchita Wurst parlant (évidemment sans le moindre recul analytique) du sort des homosexuels en Russie[6] ou de l’espionnage cybernétique pratiqué par le gouvernement russe[7] – vont dans le sens de la traditionnelle critique systématique et simpliste de la Russie. L’Ukraine, désormais toute aux mains de l’Occident, peut être relayée au second plan – surtout s’il s’y produit des atrocités.

LIRE l’articlehttp://www.lecourrierderussie.com/2014/07/charme-presse-occidentale/

SOURCE: http://raimanet.wordpress.com/2014/07/14/le-charme-discret-de-la-presse-occidentale-le-courrier-de-russie/

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