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Un an après la mort de Vito Rizzuto, la mafia montréalaise se réorganise

MAFIACANADA

Photo d’archives

Le défunt parrain Vito Rizzuto n’avait visiblement pas prévu de dauphin pour lui succéder lorsque la maladie l’a emporté.

La mort de Vito Rizzuto, survenue il y a un an jour pour jour, a marqué la fin des grandes dynasties mafieuses à Montréal, où le fauteuil de parrain se transmettait de père en fils.

«L’ère des dynasties est révolue. On s’en va vers un changement de garde complet. La mafia est en train de se refaire avec du sang neuf, de nouveaux joueurs issus de la jeune génération», indique l’auteur Pierre de Champlain, ancien analyste de renseignements à la GRC.

Le 23 décembre 2013, le parrain de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto, décédait d’un cancer des poumons. Totalement inattendue, sa mort avait provoqué une onde de choc au sein du crime organisé et semble aujourd’hui avoir définitivement sonné le glas d’une autre époque.

«Avant, un leader pouvait passer 10, 15, 20 ans au pouvoir, souligne M. de Champlain en faisant référence aux grandes familles calabraises (Cotroni) et siciliennes (Rizzuto). Désormais, on ne verra plus ça», pense-t-il.

Table de concertation

Un an après la mort du charismatique Vito Rizzuto, la mafia montréalaise semble toujours en pleine réorganisation.

«On ne savait pas si Vito avait prévu un dauphin, mais aujourd’hui, tout indique que non», relève l’expert.

Selon des sources policières, indique-t-il, une «table de concertation» aurait été formée au sein de la mafia, autour de laquelle un certain Stefano Sollecito commencerait à s’imposer.

Son père, Rocco Sollecito, était l’un des principaux lieutenants de Vito Rizzuto.

Le futur parrain n’a pas la tâche facile, explique l’auteur Antonio Nicaso, spécialiste du crime organisé, «il doit rétablir la connexion avec les politiciens, les banquiers et les hommes d’affaires qui ont été exposés à la Commission Charbonneau».

La présumée étoile montante de la mafia montréalaise est encore loin de marcher dans les pas de Vito Rizzuto, tant ce dernier parvenait à s’imposer par son charisme, ajoute-t-il, et à faire l’unanimité autour de lui.

Tensions

Son retour à Montréal l’automne dernier, après avoir purgé une peine de prison de 10 ans pour meurtre aux États-Unis, avait laissé présager une paix durable, poursuit Pierre de Champlain.

Mais son décès, puis la réorganisation qui s’opère depuis, prédisent d’autres conflits, s’entendent les deux experts.

Le meurtre de Tonino Callocchia – une des figures importantes de la mafia montréalaise – au début du mois de décembre à Rivières-des-Prairies, ainsi que les deux incendies survenus à quelques jours d’intervalle au restaurant La Cantina – lieu de rencontre des Rizzuto – tendent à démontrer que rien n’est réglé.

«Avec ce regain de violence, tout indique qu’il y a beaucoup de distensions entre les différents clans mafieux. (…) Quelque chose ne tourne pas rond, certains n’auraient pas respecté les ententes prises à la table de concertation», conclut M. de Champlain.

Un important procès attendu
L’un des plus importants procès de l’histoire du crime organisé montréalais s’ouvrira début janvier à Laval et il pourrait lever le voile sur l’alliance qui aurait été formée pour renverser la famille Rizzuto.
Sur le banc des accusés, le caïd Raynald Desjardins et six autres présumés complices, accusés du meurtre de l’aspirant parrain Salvatore Montagna, assassiné en novembre 2011 à Charlemagne.
«Ce procès permettrait de comprendre pourquoi ce conflit-là a éclaté», souligne, intrigué, Pierre de Champlain, expert en crime organisé.
En 2010, un groupe formé de Desjardins, Montagna et d’autres individus auraient été mis sur pied pour renverser les Rizzuto et prendre leur place à la tête de la mafia montréalaise.
Volte-face
Mais des tensions seraient survenues entre Desjardins et Montagna. Le second fut tué quelques mois après que le premier eut été victime d’une tentative de meurtre, à l’automne 2011.
Très proche de Vito Rizzuto depuis de nombreuses années, Raynald Desjardins aurait fini par retourner sa veste. «C’était pourtant l’un de ses hommes de confiance. Il avait beaucoup de contact dans le milieu criminel. Il lui aurait servi d’intermédiaire, notamment avec les Hells Angels de Québec», explique M. de Champlain.
Plaidoyer de culpabilité
Ce procès tant attendu pourrait aussi tourner court si les accusés décident de plaider coupables à une accusation réduite. «Il arrive fréquemment que les mafieux agissent ainsi pour clore le procès et ne pas étaler les choses sur la place publique», souligne l’auteur.
«Mais si Raynald Desjardins décide d’aller jusqu’au bout, ça va être tout un procès. On va enfin comprendre ce qui s’est passé et pourquoi de tels bouleversements sont survenus.»
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