Articles Tagués ‘Jean-Vincent Placé’

Quand Bernadette Chirac snobe ostensiblement Alain Juppé

Les primaires ne sont pas secondaires !

Cela m’est venu à la suite d’une infinie grossièreté.

Celle de Bernadette Chirac, épouse pourtant d’un ancien président de la République, qui a refusé ostensiblement de saluer Alain Juppé et de lui adresser la parole alors que celui-ci s’était respectueusement levé à son arrivée. Avec un « chère Bernadette » et une classe vengeresse, il l’a tout de même contrainte à applaudir son discours.

VIDEO

http://www.francetvinfo.fr/politique/video-quand-bernadette-chirac-evite-le-regard-et-la-poignee-de-mains-d-alain-juppe_751145.html

Qu’on en soit arrivé là dans notre République – des usages et une courtoisie piétinés par ceux qui devraient plus que tout autre les maintenir – montre à quel point nous sommes tombés en déliquescence dans le dérisoire en même temps que l’exemplarité a déserté l’important.

Les primaires, à droite ou à gauche, ne sont pas éloignées de mon sujet. Elles vont participer à leur manière à l’instauration ou au réveil d’une dignité politique dont l’absence est sans doute un facteur important qui explique la montée du Front national, à mon sens résistible.

Bruno Le Maire et Hervé Mariton ont raison de se battre pour imposer des modalités de vote irréprochables le 29 novembre parce que la présidence de l’UMP ne peut pas être dévolue dans des conditions troubles. Il conviendrait que la Haute Autorité ne refuse pas les améliorations proposées au prétexte, à chaque fois, du manque de temps et d’argent. D’autant plus que les sympathisants UMP, auprès desquels le crédit de Nicolas Sarkozy baisse, pourraient, qui sait?, favoriser, par contagion, une plus grande clairvoyance des militants (sondage Odoxa).

Alain Juppé, Xavier Bertrand et François Fillon resteront, eux, infiniment vigilants quant à l’organisation de la primaire 2016. Je mentionne encore François Fillon qui avait été jusqu’à aujourd’hui le plus combatif sur ce plan au point de menacer, s’il n’obtenait pas satisfaction, de se présenter en 2017 en candidat « libre ».

Mais c’était avant. Avant que l’embrouillamini Jouyet-Fillon-Davet-Lhomme, avec François Hollande peut-être en « guest star », vienne irrémédiablement ruiner les possibilités de succès de cet ancien Premier ministre qui n’a pas su quitter le navire sarkozyste au bon moment : il n’aurait jamais dû se faire reconduire dans sa charge jusqu’à la fin du quinquennat.

Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que Nicolas Sarkozy a fait preuve à son égard d’une magnanimité au moins publique : cette bienveillance qui n’est pas dans ses habitudes révèle tactiquement que la cause de François Fillon est entendue et son sort scellé. Un adversaire de moins. Eliminé du jeu par lui-même. En n’assumant pas ses provocations utiles d’il y a quelques mois et en se laissant trop gouverner par le ressentiment, compensation amère et tardive d’une stoïque dépendance durant cinq ans.

Mais il y a Alain Juppé et Xavier Bertrand qui, mine de rien, creuse son sillon de réflexion et de réforme pour demain.

Le premier, qui réclame une primaire libre, ouverte et transparente pour 2016 et sera à l’évidence très attentif à l’organisation de son déroulement, est actuellement, pas seulement médiatiquement, un rival infiniment plausible et redoutable pour Nicolas Sarkozy.

Leur rencontre à Bordeaux n’a pas manqué de piquant, dans un parfait esprit républicain bien entendu. Alain Juppé a été hué au début de son discours par un public sarkozyste pour avoir déclaré que le rapprochement de la droite et du centre était nécessaire. Mais, contrairement à l’ancien président face à Sens commun, il n’a pas cédé d’un pouce et, sans démagogie, a ainsi démontré qu’il était, lui, un homme d’Etat.

Il est étrange de constater comme cela déplaît, même à ceux qui se situent dans le camp de la droite classique. Je note en effet avec quelle suave inquiétude Le Figaro, par exemple, s’émeut de le voir trop tôt parti et prématurément célébré. Je relève aussi comme le stimulant et entêté Valeurs actuelles, déplaçant le débat, continue à fantasmer sur « le cabinet noir de l’Elysée » comme s’il lui était impossible de concevoir qu’aussi critiquable que soit une politique, il n’y a aucune fatalité pour qu’une présidence soit gangrenée en son sein et dans ses murs par les magouilles judiciaires et d’obscures emprises !

En réalité, Alain Juppé vient troubler le confort intellectuel de ceux qui ne jurent que par la facilité sommaire du libéralisme à tout crin et n’attendent, sans souci de l’éthique, que le retour de Nicolas Sarkozy.

Et voilà que le président de la République lui-même est atteint, à mi-mandat, par la volonté d’une primaire à gauche. On sait que les socialistes ont été les initiateurs de cette bienfaisante démarche démocratique mais tout de même on ne pensait pas qu’avec un tel empressement, ils l’envisageraient pour François Hollande ; alors qu’une tradition française, bien qu’éminemment contestable, fait du président sortant le candidat naturel pour un nouveau mandat.

Pourtant, si une primaire avait été acceptée à droite en 2012, celle-ci n’aurait pas été vaincue aux élections car Fillon ou Juppé, moins encombrés d’un lourd passif personnel, auraient pu l’emporter face à François Hollande.

Celui-ci, dont on vend trop vite la peau, ne serait pas hostile à une primaire si on écoute Jean-Vincent Placé, convaincu que le président se fait à cette idée pour des raisons tactiques (Le Figaro Magazine). Si Thierry Mandon, Secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat, qui a le premier évoqué la primaire, s’est vu rappeler à l’ordre pour cette préoccupation prématurée, on n’a pas senti de fait, chez le président, une hostilité forte, de principe, à cette possibilité. Benoît Hamon l’a reprise puis Gérard Collomb, et d’autres sans doute continueront sur ce chemin maintenant ouvert.

On pourrait prétendre avec acidité que François Hollande n’a pas le choix et qu’il se doit d’approuver ce qu’il n’a plus la capacité de refuser. Il me semble plutôt que le président de la République, fin tacticien et qui aspire, comme à une délivrance, au bonheur de se retrouver dans des manoeuvres qui lui rappelleront le PS, procèdera à un arbitrage qui lui fera accepter un inconvénient au bénéfice d’un avantage plus substantiel.

En effet, il est clair que cette primaire à venir va peser sur le cours du quinquennat restant en n’amplifiant pas, loin de là, la confiance en sa fiabilité et son efficacité, en altérant encore un peu plus la légitimité présidentielle. Mais celle-ci est déjà largement entamée de sorte que la primaire envisagée représentera moins un risque pour le présent qu’une opportunité pour l’avenir.

Aussi paradoxal que cela puisse apparaître, la primaire, en structurant les oppositions, les hostilités, les désaccords, en les contraignant à une expression ouverte et contradictoire en face de François Hollande, candidat pas tout à fait comme les autres, sera susceptible de rendre service au président et de lui redonner un espace, surtout si les deux années avant l’échéance apportent une amélioration sociale, économique et financière. Qu’il soit actuellement rejeté à gauche et nettement battu dans les prévisions par Manuel Valls ou Martine Aubry, si ces deux incarnations de lignes antagonistes s’y impliquaient, aujourd’hui n’est pas probant ni irréversible.

Si la situation, au contraire, continuait à se dégrader jusqu’au constat d’une impuissance radicale, la primaire ne serait plus dans tous les cas une hypothèse possible, balayée par la dissolution ou un départ.

Derrière le discours obligé du devoir et de la patience, François Hollande a déjà plus qu’un oeil sur la ligne d’arrivée de 2017. Pas plus que Nicolas Sarkozy sur le chômage hier, le président n’abandonnera demain l’ambition de se représenter parce qu’il aurait échoué sur l’emploi.

Ambigu, il déplore l’ascension du FN mais sa politique pénale notamment la facilite chaque jour. Il se félicite d’être sous-estimé comme lors du début de sa longue marche présidentielle. Il n’exclut pas, j’en suis persuadé, de gagner à gauche et de vaincre face à Marine Le Pen au second tour.

Pour Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Hollande, les primaires ne sont pas secondaires !

PHILIPPE BILGER

http://www.philippebilger.com/

00000000000000000000000000000000000

photo_bilger_1Cécile Duflot a été ministre, a écrit un livre sur son expérience et ne crache pas dans la soupe.

Je n’ai pas lu son ouvrage qui ne sera publié que le 25 août mais de courts extraits ont été diffusés et ont suscité l’indignation d’un certain nombre de personnalités socialistes, ministres et parlementaires. Elle aurait eu une démarche « peu élégante », « triste » et aurait « manqué de considération » à l’égard de ses anciens collègues (lepoint.fr).

L’ancienne ministre du logement invoque « un devoir de sincérité » et estime ne pas s’être ménagée. Apparemment elle a bien fait si on en juge par les critiques cinglantes de sa loi sur loi sur le logement, depuis la promotion orageuse de son texte.

Corporatisme ou solidarité superficielle, quand tu nous tiens !

Qu’a-t-elle donc écrit de si choquant ?

Que le président de la République, à force de vouloir être le président de tous, n’est le président de personne, qu’il sait décider mais toujours vers le plus mou, le plus consensuel, en fonction du plus petit dénominateur commun, qu’elle a cru en lui mais qu’elle a été trompée. Sur Manuel Valls, qu’elle n’a jamais eu d’atomes crochus avec lui et qu’au fond elle le considère comme un homme de droite.

Personne ne peut se dire réellement surpris par ces appréciations dont on sentait que sur un mode atténué elles se préparaient dans la tête de Cécile Duflot durant son activité ministérielle.

On n’a pas cessé, quand deux ministres d’EELV étaient au gouvernement, de dénoncer leurs critiques, de leur reprocher d’être à la fois dedans et dehors et en quelque sorte de choisir à la carte la solidarité nécessaire à l’action commune.

Cécile Duflot, pour des motifs personnels, tactiques et de fond, a refusé de se retrouver, avec un statut amplifié, sous l’égide de Manuel Valls Premier ministre malgré les avancées écologiques proposées par ce dernier et les engagements pris. On peut déplorer autant qu’on voudra cette renonciation et beaucoup à EELV ne s’en sont pas privés quand Cécile Duflot est parvenue à faire adopter son point de vue par la majorité de son parti. Elle ne l’a d’ailleurs pas infléchi, bien au contraire (le Monde) !

Mais on lui en a voulu et il est clair qu’elle a non seulement dérangé sur le plan idéologique mais freiné des ambitions que la fonction de ministre servait.

Derrière le tintamarre gonflé provoqué par son livre, je perçois plus de petits desseins contrariés que l’espérance d’une grande politique envolée.

Faut-il considérer qu’en dépit du contexte ministériel que je viens de rappeler, serait récusé l’acte même d’écrire sur un bilan de la part d’un responsable politique ? Ce serait une étrange conception de la démocratie qui exige qu’on rende des comptes mais qui s’offusquerait dès qu’on le ferait par une voie singulière sans avoir, en plus, jamais dissimulé ses pensées quand on était en charge de responsabilités.

C’est, sur ce plan, la différence capitale entre Cécile Duflot et Roselyne Bachelot qui, Nicolas Sarkozy à peine battu, a publié un livre empli de lucidité rétrospective et acide à l’égard d’un quinquennat auquel elle avait pris sa part sans jamais faire entendre une voix discordante.

Les socialistes devraient avoir l’honnêteté de percevoir le livre de Cécile Duflot comme l’expression d’une cohérence se poursuivant, comme la continuation de la politique par d’autres moyens. Quant à ses « amis » d’EELV, il est facile de discerner dans leurs réactions ce qui tient à un manque d’affinités avec Cécile Duflot et ce qui relève de la préparation d’un autre avenir.

En substance, le fait de n’être plus ministre, de ne plus pouvoir l’être ne passe pas. François de Rugy, si on interprète bien, envisage le retour. Dominique Voynet et Jean-Vincent Placé ne se gênent pas, en accablant perfidement Cécile Duflot, pour se remettre dans le jeu, elle en « sage » prétendument au-dessus de la mêlée et lui en sénateur brillant, ambitieux, tacticien et atypique.

Il serait paradoxal d’intenter un procès durable à Cécile Duflot quand on a enfin et heureusement admis à droite qu’après la défaite de Nicolas Sarkozy, ceux qui avaient contribué à son quinquennat mais qui ne disposaient pas de l’autorité suprême pour inspirer, promouvoir, décider, arbitrer ou imposer avaient évidemment toute latitude pour se présenter à la primaire UMP de 2016 – qu’il s’agisse d’Alain Juppé, de Xavier Bertrand ou de même François Fillon sur un autre registre. On n’est pas comptable de ce sur quoi on n’avait pas prise.

Contre Cécile Duflot, au-delà des combinaisons politiques dévoilées, dérangées, je perçois autre chose qui me touche davantage. C’est la détestation de cette « intolérable » liberté d’expression qui bouscule, met à nu, révèle, fait entrer dans les coulisses et signifie que l’exigence de solidarité est d’abord du corporatisme, le silence requis de la lâcheté et la sincérité une denrée rare en politique. Quasiment un scandale.

Najat Vallaud-Belkacem qui a préféré honteusement attaquer Nadine Morano plutôt qu’approuver au moins son avertissement, prétend donner une leçon de politesse à Cécile Duflot qui aurait dû mieux traiter les anciens ministres qu’elle a côtoyés, leur faire des grâces par urbanité, et davantage respecter les Français.

On a bien compris : non seulement il ne faut pas cracher dans la soupe mais dire forcément du bien de ceux qui l’ont préparée et faite et mentir à ceux qui sont condamnés à la manger.

Cécile Duflot, elle, ne crache pas, sur le tard, dans la soupe. Car, avant, elle l’avait déjà modérément goûtée.

http://www.philippebilger.com/

00000000000000000000000000000000000000000000