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La prise du pouvoir par la haute fonction publique de Bercy

Selon Mauduit, une certaine haute fonction publique aurait pris le pouvoir. L’élection de Macron, haut fonctionnaire, ex-banquier d’affaires de moins de quarante ans, mais aussi ancien assistant (éditorial) du philosophe Paul Ricoeur, qui écrivait dans les années 1960 que les « oligarchies de compétents, associées aux puissances d’argent » constituaient un danger pour la démocratie, incarne cet état de fait. Cette élection inattendue, qualifiée par Macron lui-même d’« effraction » résulte du double naufrage des socialistes et des néogaullistes. Si le journaliste de Mediapart valide ce terme d’ « effraction », il estime également que l’événement constitue l’aboutissement d’un processus historique, celui de l’association victorieuse d’une caste – les hauts fonctionnaires de Bercy – au monde de la finance.
Mauduit expose une « opération de sécession que ces élites publiques, cette caste, ont conduite à leur profit.» Le mot est fort. Il est d’ailleurs employé par Macron lui-même dans son livre Révolution, publié en 2016. A cette occasion, le candidat dénonce à la fois l’emprise et les protections dont bénéficient certains hauts fonctionnaires. Mauduit considère que les contours de ce groupe se dessinent principalement autour de Bercy et en particulier au sein de l’inspection générale des finances. Il insiste sur leur proximité et leur porosité avec les banques françaises.

La prise du pouvoir s’est déroulée en deux temps. Hold-up économique, d’abord. », écrit Mauduit, à la faveur des privatisations qui ont fait évoluer le capitalisme français du modèle rhénan vers un modèle anglo-saxon. Il diagnostique une perte de l’intérêt général chez ces hauts fonctionnaires à force de pantouflage. En effet, la majorité des entreprises publiques privatisées seront ensuite dirigées par des membres de l’inspection des finances.

Concernant l’aspect politique, le journaliste économique estime que la diversité intellectuelle et politique de la haute fonction publique, présente dans les années 1960-1970, a aujourd’hui quasiment disparu. Ces fonctionnaires sont progressivement gagnés par la pensée néolibérale et font en retour régner à Bercy l’idée qu’il n’y a plus d’alternative.
«Si bien que les politiques économiques et les politiques sociales ont fini par se confondre totalement avec pour conséquence une crise démocratique majeure.» L’hégémonie néolibérale expliquerait l’éclipse du Parti socialiste, contraint de mettre fin à ses ambitions réformistes, et l’abandon du volontarisme économique par le parti néogaulliste.

En effet, la « caste » dicterait de plus en plus la politique économique et sociale avec pour refrain : « Moins d’impôts ! Moins d’Etat ! Moins de déficit ! Plus de privatisations ! Moins de protections ou de réglementations sociales ! »

La conquête directe du pouvoir politique avec l’élection de Macron témoignerait d’une nouvelle assurance et révèle la crise démocratique que nous traversons.

Mauduit considère que la « caste », une fois au pouvoir, fait montre de son empressement à réformer et ignore le processus démocratique. Libérale en économie, elle tire parti des dispositifs autoritaires mis à sa disposition par la constitution de la Ve République.

Mauduit invite à méditer les avertissements formulés par Marc Bloch dans l’Etrange défaite, écrit peu après la débâcle de 1940. L’historien des Annales y critique une haute fonction publique insuffisamment républicanisée et restée dans le monde de l’Ancien Régime.

Aujourd’hui, selon Mauduit, celle-ci ne défendrait plus l’intérêt général mais celui de la finance.

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