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« Quand nous avons filmé le directeur général, les téléphones ont commencé à sonner »
Au moins c’est clair : le journalisme d’investigation ne sied pas au nouveau propriétaire de Canal+ Vincent Bolloré. Non seulement ce dernier a empêché la diffusion d’un documentaire sur une filiale du Crédit mutuel, banque amie du groupe Bolloré, mais un projet de reportages d’investigation prévus deux fois par semaine au Grand journal a été enterré. Ces derniers épisodes donnent le ton de ce que sera la chaîne cryptée sous l’ère Bolloré.

On pensait que l’hypothèse de l’éviction des Guignols de l’info sur Canal+ était l’acte 1 de la reprise en main de la chaîne cryptée par son nouveau propriétaire Vincent Bolloré… or non. Bien avant le pataquès provoqué début juillet par le sort des marionnettes, Bolloré avait déjà mis son grain de sel sur les choix éditoriaux de la chaîne. Comme nous le racontions ici, en mai, ce dernier a empêché la diffusion d’un documentaire consacré à la banque Pasche, filiale du Crédit mutuel soupçonnée de favoriser l’évasion fiscale de certains de ses clients. Il aura suffi d’un coup de fil du nouveau propriétaire à la direction de Canal+ pour condamner cette enquête qui visiblement embarrassait la banque, partenaire financière du groupe Bolloré.

Livolsi

Un coup de fil… ou plutôt plusieurs. Geoffrey Livolsi, un des auteurs du documentaire, assure dans une interview donnée au Plus de L’Obs que c’est le patron du Crédit Mutuel, Michel Lucas, qui a d’abord téléphoné à Bolloré. Contacté par @si, le journaliste, par ailleurs auteur des enquêtes consacrées à la filiale du Crédit mutuel publiées sur Mediapart, détermine avec précision le moment où le documentaire a commencé à gêner : « à la fin de notre enquête qui a duré deux mois seulement, comme les responsables du Crédit mutuel avaient décliné toutes nos demandes d’interviews, nous avons fait comme Elise Lucet dans Cash investigation, à savoir intercepter les responsables à la sortie du restaurant. Nous avons ainsi filmé le directeur général de la banque Alain Fradin qui n’a pas apprécié. Il était blême et répondait à côté. C’est à partir de ce moment que les téléphones ont commencé à sonner ». Et que le sort du documentaire fut scellé.

Au départ programmé le 18 mai pour Spécial Investigation puis reporté en juin, le documentaire sera finalement abandonné. Il a depuis trouvé refuge sur France 3 qui le diffusera en octobre dans Pièces à conviction. Pourtant l’enquête s’est déroulée sans accroc raconte Livolsi : « nous avons travaillé librement ». Seul petit doute au départ : l’équipe repère sur le site des actionnaires de Canal+ que le Crédit mutuel est actionnaire direct à hauteur de 3%. « On a tiqué mais la commande du documentaire a bien été passée ». Une commande à la société de production KM qui produisait par ailleurs Le Grand Journal avant de se faire évincer par la boîte de production Flab, filiale de Vivendi, qui avait déjà en charge La Nouvelle Edition, le programme de la tranche de midi.

Libération Bolloré

Avant cette éviction, la société KM productions, dirigée par Renaud Le Van Kim, avait décidé de mettre à l’honneur l’investigation comme le raconte Libération. Le format ? Deux plateaux de 25 à 30 minutes, deux fois par semaine, avec des reportages d’investigation de deux à huit minutes selon Livolsi qui devait faire partie de l’équipe recrutée pour l’occasion : « neuf journalistes avaient été enrôlés, certains issus de L’Œil du JT de France 2 et d’autres de la section documentaire de KM. La plupart des promesses d’embauche avaient été signées. Nous avions commencé à enquêter sur l’affaire Kerviel et la Société générale qui devait être le premier sujet de rentrée. Nous avons travaillé quinze jours avant que tout soit annulé. Pourtant le contrat de renouvellement du Grand Journal – qui mentionnait ces tranches consacrées à l’investigation – avait été validé en mai par la chaîne ».

« les coupures de presse sont celles qui cicatrisent le plus vite » (Bolloré)

Un contrat résilié officiellement le 27 juillet selon Livolsi, qui ajoute : « Renaud Le Van Kim ne s’est pas couché et a défendu le documentaire jusqu’au bout. Il a tenu tête à Bolloré qui n’a pas apprécié ». D’où les représailles. Comme le rappelle Libé, le producteur a été « contraint de démissionner de sa propre société de production pour permettre à celle-ci de conserver, notamment, les cérémonies de Cannes et des César ». Officiellement, Bolloré soutient que Le Grand Journal – comme Les Guignols – coûtait trop cher : 100 000 euros l’unité selon Libé qui cite Challenges, 120 000 selon Society qui consacre dans son magazine en kiosque depuis le 24 juillet une longue enquête à Bolloré et qui, par ailleurs, a été le premier à révéler la censure du documentaire. « Cet argument sur le prix est défendable », convient Livolsi qui fustige cependant l’ingérence d’un actionnaire qui n’aime pas l’investigation : « ça risque de lui revenir à la figure comme un boomerang ». Encore que. Comme le rapporte un proche de Bolloré cité par Society, ce dernier aime à dire que « les coupures de presse sont celles qui cicatrisent le plus vite ».

Mediapart Bolloré

L’arrivée de Bolloré semble cela dit doucher un (timide) engouement pour l’investigation dans les rangs de la chaîne cryptée. Jean-Pierre Canet, ancien rédacteur en chef de Cash investigation passé l’an dernier chez KM productions, raconte sur Mediapart que « Maxime Saada, alors directeur adjoint de Canal+ (aujourd’hui directeur général tout court, remplaçant de Rodolphe Belmer, qui a été débarqué sans ménagement par Vincent Bolloré) » tenait en août dernier « un discours extrêmement ambitieux sur la volonté de diffuser des documentaires d’investigation sur son antenne ». Et Canet d’ajouter : « dubitatif sur le moment mais animé par un état d’esprit constructif, je lui avais accordé le bénéfice du doute ». Peine perdue. Surtout maintenant que Bolloré se place aux commandes de son nouveau bébé. L’équipe dirigeante ne se faisait d’ailleurs pas d’illusion. A l’occasion d’une soirée, interrogé par Livolsi sur leur liberté de parole, Belmer, alors encore à la direction de Canal, admettait qu’ils allaient devoir apprendre à s’attendre à ce que des sujets soient « trappés » au dernier moment. Bienvenue sous l’ère Bolloré.

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Solidité financière.  Les banques françaises s'en sortent haut la main
27 octobre 2014 –  Les grandes banques françaises ont passé haut la main l’évaluation européenne du secteur, prélude à la prise en charge de leur supervision par la Banque centrale européenne (BCE) le 4 novembre, selon les résultats divulgués hier. Parmi les treize établissements évalués en France, seule la Caisse de refinancement de l’habitat (CRH) ne respectait pas les niveaux de solvabilité requis. La BCE a annoncé que 25 banques de la zone euro sur 130 avaient échoué à cet examen, évaluant leur besoin en capital à quelque 25 milliards d’euros. En France, les banques examinées, outre la CRH, étaient la Banque centrale de Compensation, Banque PSA Finance, BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, HSBC France, la Banque Postale, la banque publique d’investissement bpifrance, RCI Banque (filiale de Renault), la Société de financement local et Société Générale. (Photo François Destoc)

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