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La facile victoire de deux provocateurs : Lavrilleux et Taubira

Je suis obligé de revenir vers Christiane Taubira. Je la remercie du fond de l’esprit parce qu’elle a superbement démontré à quel point le président de la République avait été à la fois injuste, naïf et pour tout dire ridicule en la préservant, elle seule, de l’exclusion. Et le Premier ministre abusé.

Alors qu’on pouvait penser qu’elle n’avait pas dû cacher à Manuel Valls ses sympathies intellectuelles et politiques pour Arnaud Montebourg, sa mouvance et les Frondeurs, par « le fait du Président » elle avait bénéficié d’une grâce et de son maintien. Pourtant, selon un proche du Premier ministre, lors de sa rencontre avec celui-ci, elle avait manifesté son soutien total à la ligne économique et sociale du gouvernement. Qui croire ? Serait-elle, cette intègre affichée, une adepte du double jeu ?

Connaissant la psychologie de notre garde des Sceaux, je ne doute pas une seconde qu’elle a été en même temps comblée et presque humiliée par cette mansuétude qui faisait passer l’audace du côté de ceux qui étaient chassés. Plus que jamais tentée aussi d’exploiter une équivoque qui d’un côté lui garantissait un soutien officiel et de l’autre une aura de dissidente à bon compte.

Il était évident qu’elle n’allait pas en rester là. Par une provocation facile puisqu’elle ne ferait pas bouger à son détriment les chefs de l’exécutif, elle les tournerait pourtant en dérision l’un et l’autre.

Au cours de la matinée du 30 août, elle a rendu visite aux Frondeurs qui l’ont accueillie avec bonheur, ne lui tenant pas rigueur du fait de n’avoir pas été sacrifiée. Feignant de s’étonner devant l’émoi de sa venue, elle a déclaré notamment qu' »on a laissé se perdre le moral et les Français ne plus croire en leur avenir(…)on doit avoir le courage de s’interroger sur les choix politiques ». Elle a ajouté qu’elle « assumait les conséquences de ses déclarations face aux frondeurs »… « Nous n’avons pas le choix, ce matin j’ai pris ma partie et j’en tirerai les conséquences » (son propos rapporté dans un tweet d’un député PS).

Jérôme Guedj, dont l’alacrité intellectuelle et la passion de la discussion m’ont à plusieurs reprises séduit, se photographie avec elle : « Heureux d’avoir accueilli Christiane Taubira à la rencontre de « Vive La Gauche » à UEPS. Bravo Madame ». Pour le député François Lamy : « ça va faire mal ! ».

On sent bien que le souci à La Rochelle n’est pas la justice ni la sécurité des Français mais des jeux, des rapports de force internes, une profusion d’encens ou du mépris à foison.

Ce qui est indécent tient à la manière dont cette ministre repêchée spécule sur un double registre pour satisfaire sa vocation à être célébrée par les uns et par les autres, légitimistes et opposants. Par cette démarche qui survient quelques jours après Valls 2, elle affecte gravement une autorité dont le Premier ministre avait été crédité – une autorité de quatre jours, selon Eric Ciotti – et offense le président de la République qui se voit bien mal récompensé pour son aveugle obstination à la faire durer comme ministre.

Le pire est qu’elle sait ne rien risquer. Le gouvernement ne va pas s’engager dans une crise qui, après trois ministres, lui en ferait chasser, trop tard, un quatrième qui aurait dû l’être en même temps qu’eux si la cohérence avait été respectée et la compétence privilégiée. Mais il est vrai qu’il ne s’agit pas d’un garde des Sceaux mais d’une icône qui circule modestement à vélo ! Manuel Valls nous affirme que « la cohésion du gouvernement est maintenue ». Le Premier ministre n’entend vraiment que ceux qu’il a programmé d’écarter.

Je n’aime pas ces ambiguïtés calculées qui laissent forcément indemne. Ces provocateurs trop habiles. Christiane Taubira joue sur du velours : gagnante partout.

Le rapprochement que j’opère avec Jérôme Lavrilleux n’est pas incongru. Dans tous les partis, à gauche comme à droite, il y a des personnalités qui s’estiment tellement qu’elles sont prêtes à tout pour se garder.

Jérôme Lavrilleux a osé : « Si on m’exclut de l’UMP, je parlerai ».

Comment comprendre autrement cette affirmation que comme une menace, un chantage à parti ouvert, un ultimatum sans fard ? Cela signifie à l’évidence que des secrets devraient être révélés, que la morale publique le justifierait, que des agissements et des turpitudes devraient être dénoncés, que l’honnêteté républicaine l’exigerait. Derrière cette intimidation, il y a la certitude d’un homme : il dispose de tout ce dont il aura besoin si jamais on en venait à ces extrémités regrettables pour le parti.

Si jamais une imprudente éthique incitait à le priver de l’UMP à cause de trop de scrupules et de conscience et contre un sage réalisme, quelle catastrophe tomberait non pas sur lui mais sur elle !

Provocateur facile, Jérôme Lavrilleux, car, comme il l’avait sans doute prévu avec cet avertissement même pas voilé, on a vite commencé à rentrer dans le rang à l’UMP, on s’est dit que Lavrilleux sera moins dangereux au sein de l’UMP qu’en dehors et « qu’il vaut mieux l’avoir avec nous que contre nous » (Le Parisien).

Son passage devant la commission des recours a déjà été reporté à sa demande et je suis persuadé, à moins que la justice se mêle efficacement de tous ceux qui ont trempé dans cette gravissime affaire de comptes truqués, que Jérôme Lavrilleux sera, dans un proche avenir, plus courtisé que dédaigné. Il va remonter dans l’estime à proportion des confidences explosives qu’il ne fera pas.

Il a des armes. Mieux vaut être Fouché, pour se sauver, que Louis XVI par exemple.

Reste que l’odeur démocratique de cet épisode et des coulisses qu’il laisse entrevoir n’est pas bonne et imposera le premier chantier du futur président de l’UMP. Celui de la propreté et de la tenue.

Avec l’obligation d’une parfaite exemplarité pour celui qui assumera cette mission, cet honneur.

Comme la provocation est facile et la menace commode quand l’une et l’autre ont victoire acquise !

SOURCE: http://www.philippebilger.com/

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photo_bilger_1Faudra-t-il aussi supprimer la magistrature ?

Nadine Morano et Henri Guaino ne sont pas allés assez loin et Christian Estrosi, en maintenant son arrêté contre les drapeaux ostentatoires malgré sa suspension par la juridiction administrative, est évidemment bien placé pour évoquer la haine de la magistrature contre Nicolas Sarkozy (20 minutes, Le Figaro, France 2).

Les premiers n’ont en effet proposé que l’abolition du syndicalisme judiciaire et la suppression de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM). Tant qu’à faire, ils n’auraient pas dû s’arrêter en si bon chemin !

Pour être habitué aux provocations de Nadine Morano et aux fulgurances pas toujours bien venues d’Henri Guaino, on reste cependant saisi devant cet extrémisme qui, chez eux, suit chaque péripétie procédurale liée à Nicolas Sarkozy.

Le propre du discours politique est en principe de devoir se soumettre aux exigences de liberté et de responsabilité mais il se donne aussi trop souvent le droit de s’abandonner à une absurdité totale parce qu’il sait qu’elle ne s’incarnera jamais dans le réel sauf à souhaiter l’émergence d’un pouvoir totalitaire qui détruira ce que l’esprit démocratique a permis.

Imagine-t-on en effet un gouvernement classique, de droite ou de gauche, libéral ou socialiste, décréter un jour de telles abolitions ?

Si nous avions, sur un terrain vierge, à inventer la magistrature, à réfléchir sur le syndicalisme et à concevoir l’enseignement, nous pourrions conceptuellement ouvrir des chemins singuliers et, pourquoi pas ?, imaginer une autre institution, un service public avec d’autres règles.

Mais le syndicalisme judiciaire est là depuis 1968 pour le SM et depuis 1974 pour l’Union syndicale des magistrats (USM). Quant à l’ENM, sous un autre nom, elle date de 1958 grâce au général de Gaulle et à Michel Debré.

Le bon sens, le pragmatisme et l’impossibilité de mettre à bas ce qui dans son essence a constitué une avancée empêchent de prendre au sérieux ces fantasmes d’effacement. Mais il est regrettable, comme l’a très bien dit Jean-Christophe Buisson sur RTL à On refait le monde, que ceux-ci aient rendu, par leur excès, un débat pourtant nécessaire quasiment impossible.

Pourtant, ce débat n’a jamais été absent de l’espace public mais la manière dont il était abordé restait mesurée et opposait au nom de la démocratie les tenants d’un progressisme éclairé à ceux, pour la magistrature, d’une réserve totale. Des arguments recevables de part et d’autre s’échangeaient en quelque sorte pour la beauté de la controverse sans que l’empoignade sorte du champ intellectuel et débouche sur une véritable haine du syndicalisme et la détestation de ceux qui le pratiquaient.

Ce qui a tout bouleversé est le déplorable Mur des cons qui a manifesté concrètement, ostensiblement à quel point certains membres du SM faisaient s’accorder bêtise et idéologie, partialité et inconscience. Certes, personne ne doutait que ce syndicat fût, depuis sa naissance, proche de la gauche, voire de l’extrême gauche. Qu’il ne se serve de la justice plus qu’il ne la serve. Que son obsession, dans ses pratiques, était par exemple de mettre en cause la police au travers du policier et le patronat au travers du patron.

Mais ces dérives ont longtemps été occultées par la brillante génération qui avait fait du SM à la fois une machine de guerre et un lieu de réflexion, un mélange d’intelligence et d’esprit partisan. Une acidité contestable mais stimulante.

Le Mur des cons, conséquence aussi de la formidable dégradation de la qualité des dirigeants du SM au fil du temps, a constitué un véritable séisme parce qu’il a malheureusement conduit le citoyen et beaucoup de politiques à assimiler la majorité des magistrats à quelques énergumènes incendiaires de la justice et, à ceux-ci, nombre de membres équilibrés et compétents du SM pour lesquels l’exercice professionnel n’était absolument pas altéré par l’appartenance syndicale.

La défense démagogique de Nicolas Sarkozy a joué de cette confusion et personne, tant la cause de son honnêteté au sens large est devenue problématique, ne saurait lui reprocher d’avoir abusé du thème de la politisation de la magistrature en s’en prenant à l’un des magistrats instructeurs. Sans le Mur des cons, jamais un tel dérapage n’aurait été concevable même de la part de cette personnalité-là.

Il convient que le SM s’adonne à un travail considérable de réflexion sur lui-même, qu’il se désinfecte de tout ce qui dégrade sa structure en parti, ses idées en idéologie et en parti pris et retrouve le chemin d’une véritable démarche professionnelle. On ne demande pas au SM de se substituer au pouvoir politique, de l’accompagner quand il est socialiste ou de le vitupérer s’il est de droite. On doit exiger de lui qu’il reste à sa place. Faute de cette rénovation, il fera disparaître, en même temps que lui, l’adhésion à la justice et la confiance qu’elle doit inspirer.

Cette mue positive est possible puisque l’USM, en dépit d’un rapprochement systématique avec le SM depuis quelques années sur certains sujets, est parvenue à maintenir sa crédibilité syndicale et n’est jamais apparue, aux yeux des citoyens, comme la courroie de transmission d’un parti, un organe militant.

Quant à l’ENM, je sais bien que les controverses n’ont jamais manqué à son sujet et qu’on s’est plu parfois à moquer cet établissement qui délivrait « un permis de juger » en proposant, à sa place, des expériences professionnelles qui permettraient de devenir magistrats moins précocement et avec plus de maturité et d’humanité. On va sans doute continuer à brasser ce type de question mais toujours est-il que l’ENM a enrichi sa formation, fait appel à une vision internationale et surtout à une évaluation psychologique des futurs magistrats. Ce ne sont pas des évolutions négligeables et le Directeur actuel, me semble-t-il, serait bien inspiré en favorisant le pluralisme intellectuel, l’approfondissement de la culture générale, une pédagogie sur la maîtrise du pouvoir, la politesse judiciaire et le savoir-vivre tout court.

Nadine Morano, Henri Guaino et tous ceux qui suivent leur ligne absurde sans l’avouer exigeront, bientôt, la suppression de la magistrature. Après tout, cette institution est détestable qui tente de rendre justice à tous, aux faibles comme aux puissants, et parfois, parce qu’elle est saisie d’affaires qu’elle n’a pas inventées, a l’impudence de mettre en examen même un ancien président de la République.

Que ces boutefeux continuent sur ce registre et on saura alors que le Mur des cons a fait des petits : le même délire mais de de l’autre côté.

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Philippe Bilger

SOURCE: http://www.philippebilger.com/blog/2014/07/faudra-t-il-aussi-supprimer-la-magistrature-.html

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