FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (Quai d’Orsay) : le tĂ©moignage de Françoise Nicolas (page 2)

Publié: 1 juin 2022 dans 1 - Revue de presse - Journaux tĂ©lĂ©visĂ©s - Videos, AFRIQUE, CommuniquĂ© de presse, concussion, Corruption, France, Les Menteurs, Les tartuffes
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Le piĂšge

Un matin de juin 2009, l’adjoint du COCAC m’appela Ă  mon domicile pour me donner l’ordre de me rendre au cabinet du mĂ©decin de l’ambassade. Ce dernier m’avait reçue la veille car j’avais Ă©tĂ© prise d’un accĂšs de fiĂšvre dĂ» au paludisme. Que du trĂšs banal au BĂ©nin. J’en fis la remarque mais l’ordre Ă©tait « un ordre » formel. Le mĂ©decin de l’ambassade m’expliqua alors que je ne souffrais pas d’une banale crise de paludisme mais que, Ă  la rĂ©flexion, « des parasites Ă©taient en train de dĂ©truire mes systĂšmes lymphatique et sanguin » et que je devais ĂȘtre hospitalisĂ©e et rapatriĂ©e en France. C’était une question de vie ou de mort. En pleine crise de paludisme, et il Ă©tait mĂ©decin, son avis par nature faisait autoritĂ©. Il n’y avait pas lieu dans un tel cas d’aller solliciter un deuxiĂšme avis (6). J’acceptai d’ĂȘtre rapatriĂ©e sanitaire en France et consultai notamment le service des maladies infectieuses de l’hĂŽpital de ma ville. Trois semaines plus tard, je me retrouvai donc Ă  Paris, dans un bureau du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres face au mĂ©decin de prĂ©vention pour lui apporter toutes mes analyses, lesquelles attestaient que je n’avais traversĂ© qu’une crise de paludisme, banale.

Et lĂ , ce fut pour moi la stupĂ©faction. Le mĂ©decin du ministĂšre me dĂ©clara sĂ©vĂšrement que l’ambassadeur avait motivĂ© mon rapatriement par « une tentative de suicide ». Or, je n’avais pas de problĂšme : je me trouvais bien au BĂ©nin, je me trouvais bien dans mon activitĂ©, je gagnais bien ma vie, je me pacsais le mois suivant; ce que je lui dis… et il me fut rĂ©pondu: « Madame, je ne suis pas policier. Si je dois croire l’ambassadeur ou vous, je crois l’ambassadeur ». TrĂšs vite, je me heurtai Ă  un mur de la DRH du ministĂšre qui refusait de considĂ©rer les certificats des mĂ©decins rennais, notamment hospitaliers, lesquels m’avaient jugĂ©e en parfaite santĂ©. Le ministĂšre faisait Ă©tat brusquement de problĂšmes psychiatriques. Je dĂ©couvris que le mĂ©decin de l’ambassade m’avait inventĂ© de faux « antĂ©cĂ©dents psychiatriques » datĂ©s de ma prise de fonctions un an plus tĂŽt… Je commençais alors Ă  entrevoir les piĂšces d’un puzzle. Plus tard, je dĂ©couvrirai des documents Ă©crits par l’ambassadeur me discrĂ©ditant de façon grossiĂšre. Ainsi, mes vacances mĂ©ritĂ©es de l’étĂ© 2009 tournĂšrent Ă  la course aux avocats. Malheureusement, je ne pris pas garde Ă  une rĂ©flexion (qui s’avĂšrera prĂ©monitoire) du mĂ©decin de prĂ©vention qui me dit: « si vous retournez Ă  Cotonou, vous allez vous faire tuer ». Des amis s’alarmaient pourtant aussi… Septembre 2009, aprĂšs ou grĂące Ă , la saisine en rĂ©fĂ©rĂ© du tribunal administratif de Paris, je rentrai Ă  Cotonou au plus vite. Il y avait eu un changement majeur dans l’organigramme de l’ambassade : le Conseiller de CoopĂ©ration et d’Action Culturelle tant humiliĂ© publiquement par l’ambassadeur avait Ă©tĂ© remplacĂ©. La personnalitĂ© du nouveau conseiller Ă©tait Ă  l’opposĂ© de celle de son prĂ©dĂ©cesseur. De dĂ©lĂ©tĂšre, l’ambiance dans le service devint violente. Le nouveau COCAC ne formulait Ă  mon encontre que des observations infondĂ©es, me reprochant ainsi l’octroi d’une bourse de stage sans autorisation alors que celle-ci avait bien Ă©tĂ© donnĂ©e, etc. Mon travail Ă©tait continuellement dĂ©nigrĂ© par ma nouvelle hiĂ©rarchie, de mĂȘme que mon attitude. Ainsi, le nouveau conseiller me reprocha ma prĂ©sence Ă  une confĂ©rence – alors que j’y avais Ă©tĂ© invitĂ©e Ă  titre personnel par ses organisateurs – avec une violence telle que, de France, mes avocats jugĂšrent nĂ©cessaire d’intervenir sous la forme d’échanges de recommandĂ©s pour en garder la trace avec communication Ă  la DRH du ministĂšre, laquelle Ă©tait prise Ă  tĂ©moin par ma nouvelle hiĂ©rarchie. De facto, ma nouvelle hiĂ©rarchie me retirait mes tĂąches et les moyens nĂ©cessaires Ă  l’accomplissement de mes missions, me cantonnant Ă  des tĂąches subalternes, sans lien avec les fonctions que j’exerçais initialement pour lesquelles j’avais Ă©tĂ© missionnĂ©e et reconnue compĂ©tente.

Les dossiers fantĂŽmes

Clairement, j’étais sanctionnĂ©e et mise Ă  l’écart du service. Les dossiers dont je devais assurer la mise en Ɠuvre et le suivi Ă©taient dĂ©sormais confiĂ©s Ă  une employĂ©e bĂ©ninoise de recrutement local. Ces dossiers Ă©taient Ă  l’évidence des « dossiers fantĂŽmes » : ils n’étaient plus signĂ©s par leurs « bĂ©nĂ©ficiaires », ils ne comportaient aucun des justificatifs nĂ©cessaires aux dossiers d’invitations, de missions, aucun contact, etc. Je ne rĂ©ussis Ă  identifier que deux bĂ©nĂ©ficiaires non fantĂŽmes. Ceux-lĂ  apparaissaient Ă©galement sous une forme codĂ©e pour que les crĂ©dits soient consommĂ©s deux fois pour un mĂȘme stage. Il s’agissait tout simplement de crĂ©ations de dĂ©penses fictives (7) apparemment de façon systĂ©matique. Les bases de donnĂ©es que j’avais mises en place Ă  mon arrivĂ©e le dĂ©montraient sans ambiguĂŻtĂ©.

ParallÚlement, les menaces à mon égard se faisaient plus précises.

Cotonou, bien que capitale Ă©conomique du BĂ©nin, garde des caractĂ©ristiques de village. Au sein d’une communautĂ© donnĂ©e, tout le monde se connaĂźt. En l’espace d’une semaine, une dizaine de personnes vinrent me rapporter un projet qui se tramait contre moi Ă  l’ambassade, avec toujours la mĂȘme expression peu courante de «viol commanditĂ© ». Le raisonnement Ă©tait simple : puisque l’ambassade(ur) n’avait pas rĂ©ussi Ă  m’écarter de mon poste, eh bien, « on allait (me) dĂ©goĂ»ter du pays» . Je prĂ©vins mes avocats français par mail de ces menaces (identitĂ© d’au moins une des personnes ayant tenu ces propos, les circonstances, coordonnĂ©es de deux des personnes m’ayant mise en garde)8. Il y eut deux tentatives d’intrusion nocturne Ă  mon domicile. L’inquiĂ©tude Ă©tait telle parmi mes amis bĂ©ninois qu’ils se relayaient pour me raccompagner le soir.

Novembre et décembre se passÚrent, toujours dans une atmosphÚre tendue. Les violences verbales et écrites du nouveau COCAC étaient quotidiennes.

A Paris, mon syndicat dĂ©couvrait a posteriori dans mon dossier administratif un tableau sans appel que l’ambassadeur avait dressĂ© de moi. Quatre mois aprĂšs ma prise de fonctions, le 10 novembre 2008, il avait signĂ© un tĂ©lĂ©gramme diplomatique pour signaler Ă  la DRH que « depuis (mon) arrivĂ©e en poste en juillet dernier, (j’avais) fait montre de sĂ©rieux problĂšmes d’adaptation aux conditions de vie dans un pays en voie de dĂ©veloppement ». L’ambassadeur ajoutait que « si (ma) façon de servir 
 n’appelle pas de commentaires particuliers par sa hiĂ©rarchie directe, mes collaborateurs sont souvent sollicitĂ©s pour lui apporter Ă©coute et assistance, car elle semble vivre les tracas de la vie quotidienne comme une succession de persĂ©cutions ». Je saisis alors mes avocats, expliquant que les deux fois oĂč j’avais demandĂ© une intervention, elle avait Ă©tĂ© justifiĂ©e9. Mais le tĂ©lĂ©gramme diplomatique (comportant Ă©galement des considĂ©rations d’ordre mĂ©dical) figurait dĂ©sormais dans mon dossier administratif au ministĂšre. J’en demandai le retrait devant la justice administrative.

6 – CoĂŻncidence ? Mon mĂ©decin-traitant au BĂ©nin venait de rentrer en France pour ses vacances

7 – Mail Ă  mon correspondant PRISME en administration centrale du 14 dĂ©cembre 2009 (PRISME est un logiciel de gestion interne au ministĂšre

8 – Mail prĂ©citĂ© du 18 octobre 2009.

9 – Cf. note 4.

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