FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (Quai d’Orsay) : le tĂ©moignage de Françoise Nicolas (Page 1)

Publié: 1 juin 2022 dans 1 - Revue de presse - Journaux tĂ©lĂ©visĂ©s - Videos, 3 - POLITIQUE, AFRIQUE, CommuniquĂ© de presse, Informations gĂ©nĂ©rales
Tags:, ,

Lanceur d’alerte au ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres

« Si tu ne parles pas, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors, dis et meurs », cette citation d’un poĂšte algĂ©rien (1) trouve Ă  s’appliquer Ă  la situation professionnelle Ă  laquelle je suis confrontĂ©e.

Mourir ne fait a priori pas partie de mes intentions, mais je me bats depuis 2010 pour faire reconnaĂźtre ce que je vis comme une profonde injustice. Pour cette raison, j’ai dĂ©cidĂ© de tĂ©moigner. Je considĂšre ĂȘtre triplement victime de mon administration: d’une part, d’une tentative d’assassinat en janvier 2010 commise par une employĂ©e locale dans les locaux de l’ambassade de France au BĂ©nin; d’autre part d’un harcĂšlement moral de la part de ma hiĂ©rarchie d’alors; et enfin, de l’acharnement de mon administration depuis, Ă  m’appliquer « la politique du nƓud coulant ».

En 2000, j’ai intĂ©grĂ© le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres par concours externe. DeuxiĂšme au classement sur plus de 2000 candidats, mais c’était sans compter sur l’attitude de la Direction des Ressources Humaines (DRH) de ce ministĂšre qui, lorsque je fus en situation de postuler sur un poste Ă  l’étranger, me fit savoir que j’avais « intĂ©grĂ© le ministĂšre trop ĂągĂ©e (39 ans), et qu’en outre, (j’étais) une femme, et les femmes, on n’en veut pas dans tous les postes ». J’eus beau mettre en avant mes compĂ©tences: une licence d’anglais, un bon niveau d’espagnol, des annĂ©es de japonais… Rien n’y fit, ni mĂȘme l’intervention de ma hiĂ©rarchie d’alors qui m’avait inscrite de sa propre autoritĂ© Ă  la prĂ©paration du diplĂŽme professionnel interne, le Brevet d’Administration Consulaire AppliquĂ©e (BACA), considĂ©rĂ© comme le B.A.-BA de tout agent du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, prĂ©paration dont je fus radiĂ©e par la DRH dĂšs qu’elle eut connaissance de ma prĂ©sence aux cours. Dans les annĂ©es qui suivirent, je me heurtai Ă  la mĂȘme obstruction. Ce n’est qu’en 2006 que, sous la pression d’un syndicat, la DRH me proposa un marchĂ© : si j’acceptais de prendre un poste d’adjoint de chef de bureau, vacant depuis plus de trois mois pour cause de chef de bureau « difficile », et si je « tenais » 18 mois, alors j’obtiendrais le sĂ©same pour partir en poste Ă  l’étranger (sĂ©same que tous mes camarades de promotion, plus jeunes, avaient eu depuis bien longtemps).

1 – Tahar Djaout

°°°°°

En 2008, j’obtins donc mon premier poste Ă  l’étranger. A l’étĂ©, je partis pour Cotonou, la capitale Ă©conomique du BĂ©nin, affectĂ©e au Service de CoopĂ©ration et d’Action Culturelle (SCAC) de l’ambassade de France. Je m’occupais des boursiers bĂ©ninois envoyĂ©s en France pour des stages ou des formations, des missions de Français effectuĂ©es au BĂ©nin, des invitations de BĂ©ninois en France, de l’organisation de concours, d’examens. Je dĂ©couvrais un service tenu au fil de l’eau, oĂč des placards dĂ©gorgeaient littĂ©ralement de dossiers en vrac, parfois en double ou triple exemplaire. Je dĂ©tectais des « anomalies » : des bourses d’études attribuĂ©es depuis 6 ou 7 ans sans justificatif quand le maximum Ă©tait fixĂ© Ă  3 ans pour une thĂšse. J’accumulais les heures de travail et j’entrais par dizaines des dossiers dans des bases de donnĂ©es, j’organisais des concours, je recevais des Ă©tudiants en partance… Depuis que j’avais rejoint le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, aprĂšs une premiĂšre vie professionnelle chez France Telecom, les apprĂ©ciations de ma hiĂ©rarchie Ă©taient Ă©logieuses: « elle a toute la confiance de son supĂ©rieur hiĂ©rarchique qui apprĂ©cie la qualitĂ© de son travail ». Ce dernier soulignait « une compĂ©tence remarquable et un dĂ©vouement exceptionnel » ainsi que des « qualitĂ©s relationnelles apprĂ©ciĂ©es ». J’étais « un excellent agent qui a un fort potentiel dans de nombreux domaines » avait estimĂ© mon dernier supĂ©rieur avant que je ne quitte la France pour le BĂ©nin (2). L’évaluation du Conseiller de CoopĂ©ration et d’Action Culturelle (COCAC) Ă  la tĂȘte du SCAC de l’ambassade, en mai 2009, Ă©tait de mĂȘme nature.

Il Ă©crivit ainsi de moi : « elle s’est rapidement et fortement investie dans ses nouvelles fonctions Ă  la tĂȘte du bureau des bourses, missions, invitations, ainsi que des concours et examens. Elle marque constamment son souci d’amĂ©liorer les outils pour plus de transparence et d’efficacitĂ©. Elle inscrit Ă©galement son action dans le souci de faire des bourses, missions et invitations et concours et examens un instrument performant au service de notre politique culturelle et de promotion de l’enseignement supĂ©rieur tant français qu’africain ».(3)

Je ne tardai pas Ă  percevoir une ambiance gĂ©nĂ©rale au sein de l’ambassade Ă©trangement dĂ©lĂ©tĂšre. A deux reprises, au cours de l’annĂ©e, le COCAC me demanda de tĂ©moigner par Ă©crit des scĂšnes de menaces dont j’avais Ă©tĂ© tĂ©moin dans le cadre professionnel. Il semblait inquiet. Chacun pouvait constater la politique d’humiliations publiques que l’ambassadeur menait Ă  son Ă©gard. Ainsi, privĂ© de sa voiture de fonction, il n’avait comme ressource pour se rendre Ă  des manifestions officielles et reprĂ©senter la France que le recours Ă  l’estafette de l’ambassade ou Ă  un mototaxi local. Moi-mĂȘme, je me trouvais confrontĂ©e Ă  une violence qui ne disait pas son nom. Des menaces rĂ©pĂ©tĂ©es (4), des rumeurs relevant de la calomnie (5). Elles Ă©manaient de la hiĂ©rarchie de l’ambassade. Mes collĂšgues du service Ă©taient d’accord pour considĂ©rer qu’elles Ă©taient liĂ©es Ă  la personne du conseiller qui Ă©tait ainsi visĂ©. La premiĂšre annĂ©e au BĂ©nin se passa ainsi, caractĂ©risĂ©e par un Ă©norme investissement dans mon travail. Et puis, il y eut un Ă©vĂšnement que je qualifie de piĂšge tendu par l’ambassade. J’y tombai Ă  pieds joints.

2 – Compte-rendu de l’entretien professionnel 2008, ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, 16 juin 2008.

3 – Compte-rendu de l’entretien professionnel 2009, ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, 13 mai 2009.

4 – Pour m’ĂȘtre occupĂ©e d’un boursier accidentĂ© (aoĂ»t 2008), pour avoir signalĂ© les menaces de reprĂ©sailles physiques du compagnon d’une contractuelle, proche de l’ambassadeur, qui m’avait escroquĂ©e (octobre 2008. Plainte en France), pour avoir refusĂ© de payer un policier et un tiers Ă  l’occasion d’un banal racket de rue devant tĂ©moins (octobre 2008, rapport de mon assurance)…

5 – Je cite le mĂ©decin de prĂ©vention du ministĂšre : « des rumeurs circulent notamment sur des Ă©pisodes d’alcoolisation et de prises de benzodiazĂ©pines intempestives », sa note du 1er juillet 2009 Ă  l’attention du psychiatre mandatĂ© pour le ministĂšre suite ma supposĂ©e tentative de suicide Ă©voquĂ©e plus loin. Il y aura aussi les accusations par l’ambassadeur « d’espionnage au bĂ©nĂ©fice de la PrĂ©sidence de la RĂ©publique bĂ©ninoise (mails de septembre 2009 Ă  mon syndicat et mes avocats). Un interprĂšte du prĂ©sident bĂ©ninois, «d’ami » avant l’étĂ© 2009 Ă©tait devenu mon « amant » (mail du 18 octobre 2009 Ă  mes avocats)…

A suivre

°°°°°

Il y a quelques annĂ©es Vincent Jauvert avait Ă©crit « La face cachĂ©e du Quai d’Orsay »

On pouvait lire !

Petits trafics

On apprend ainsi que l’ambassadeur de France Ă  Madrid, Bruno Delaye, est soupçonnĂ© d’avoir louĂ© Ă  de grandes sociĂ©tĂ©s les somptueuses salles de rĂ©ception de sa rĂ©sidence pour 90 000 € versĂ©s sur son compte bancaire personnel. Il a fait l’objet d’une enquĂȘte mais n’a Ă©copĂ© que d’un blĂąme, et a Ă©tĂ© vu dans des voyages officiels avec François Hollande. Le reprĂ©sentant au Luxembourg et son Ă©pouse, M. et Mme Terral ont eux dĂ©clarĂ© deux fois plus d’invitĂ©s prĂ©sents aux rĂ©ceptions Ă  l’ambassade, donc obtenus deux fois plus de remboursements forfaitaires. Ils ont reconnu « des maladresses ». Mais comme la retraite approchait, l’ambassadeur a Ă©tĂ© dĂ©placĂ© Ă  Paris.

Présumé pédophilie muté

Plus grave, un diplomate français en poste Ă  New York suspectĂ© de pĂ©dophilie qui a rĂ©ussi Ă  quitter prĂ©cipitamment les USA en 2011 a Ă©tĂ© recasĂ© au
 service internet du Quai d’Orsay Ă  Paris avant d’ĂȘtre exfiltrĂ©. « Tout cela reste en interne pour ne pas affecter l’image de la France », se dĂ©sole un interlocuteur de l’auteur qui reconnaĂźt qu’en matiĂšre de pĂ©dophilie pourtant, « le Quai « a mis fin Ă  l’omerta qui rĂ©gnait jusqu’aux annĂ©es 2000 ».

Sur l’argent, l’enquĂȘte lĂšve enfin quelques tabous. Ambassadeurs et consuls sont mieux payĂ©s que les ministres, les salaires fluctuant de 9 000 € Ă  24 000 pour le YĂ©men. Mais au moins, ceux-lĂ  travaillent. Car on apprend que le ministĂšre comptait en 2008 « 238 ambassadeurs sur Ă©tagĂšre ». RĂ©munĂ©rĂ©s mais sans affectation aprĂšs avoir exercĂ© dans tel ou tel pays. Beaucoup ont dĂ©passĂ© 55 ans. Pour dĂ©sengorger cet effectif le quai d’Orsay a signĂ© des chĂšques de prĂ©-retraite de 80 000 Ă  100 000 euros !

Les nominations, par l’ÉlysĂ©e ou en interne, restent d’une grande opacitĂ©. Qui devient diplomate ? Des Ă©narques, des laurĂ©ats de concours mais aussi une litanie de proches du pouvoir d’anciens conseillers de cabinets ministĂ©riels, de parlementaires, de copains de promotion ENA Ă  recaser. TrĂšs pratiques pour cela : les ambassades thĂ©matiques comme celle « des relations avec la sociĂ©tĂ© civile », de « l’audiovisuel extĂ©rieur » ou de « l’Antarctique ».

Machisme et lobby gay

Enfin, l’enquĂȘte confirme la rĂ©putation qui colle aux Affaires ÉtrangĂšres d’ĂȘtre un ministĂšre divisĂ© entre mĂąles machistes et lobby
 gay.

Les premiers surnommaient jusqu’en 2012 une ambassade d’Asie la cage aux folles et dĂ©ploraient la promotion de « jeunes femmes inexpĂ©rimentĂ©es au nom de la paritĂ© ». Pourtant, au palmarĂšs des dĂ©rives et du machisme, le diplomate est dominĂ© par
 l’épouse de diplomates si on en croit le livre. « Comportement tyrannique avec le personnel », dĂ©penses de prestige, harcĂšlement de conseillĂšres qui dĂ©plaisent : la direction scrute autant le comportement de l’Ambassadeur que celui de sa ou son conjoint (les coming out se multiplient). Laurent Fabius a dĂ» nommer un mĂ©diateur chargĂ© de dĂ©miner les conflits. AprĂšs tout, c’est le boulot de ce ministĂšre.

000000

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icÎne pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte WordPress.com. DĂ©connexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Twitter. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Facebook. DĂ©connexion /  Changer )

Connexion Ă  %s