Archives de 7 mai 2021

Ces derniers jours, les rues de Cali, ville du sud-ouest de la Colombie, ont pris des allures de guerre civile. Depuis le début de la forte mobilisation contre la réforme fiscale souhaitée par le gouvernement du président Ivan Duque, plus d’une vingtaine de manifestants ont été tués par la répression de l’armée et de la police.

Mathilde Allain est maîtresse de conférences en sciences politiques à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine. Elle décrypte la situation : « Le 28 avril, il y a eu un appel à manifester par le Comité national de grève. Depuis, il y a des mobilisations tous les jours. Revendications des paysans, de travailleurs, d’organisations sociales, de défense des droits humains, d’indigènes, d’étudiants qui réclament une plus grande gratuité pour l’accès à l’éducation… Tout le monde se mobilise, c’est un mouvement social de fond. »

Les véhicules blindés font désormais partie du paysage dans les villes. (Photo : Nathalia Angarita / Reuters)

« Quand la nuit tombe, la police a carte blanche »

Que ce soit dans la capitale, Bogotá, ou ailleurs, la mobilisation se poursuit chaque jour. « La situation se dégrade dans toutes les villes du pays : Cali, Medellín, Santa Marta, témoigne Quentin Brugier Kerhoas, 27 ans, un Français venu en Colombie pour voyager et travailler dans les fermes de café et cacao. Il y a des barrages pacifiques un peu partout dans le pays, faits par les manifestants. La nuit dernière, je l’ai passée bloqué dans les montagnes pour rejoindre Bogotá. »

Car à la nuit tombée, les manifestations presque sans violences de la journée laissent place au chaos. « La journée, ce ne sont « que » des gaz lacrymogènes. Le soir, à partir de 18 h, quand la nuit tombe, c’est comme si la police avait carte blanche pour tirer sur les gens et les tuer », explique Sebastian Gomez, étudiant, rentré en France pour ses études cette semaine, à Lyon, après être lui aussi descendu dans la rue le 28 avril.

Des morts, des centaines de blessés… et des disparus

Documenter les événements actuels en Colombie est d’ailleurs l’une des préoccupations chez les différentes personnes interrogées. Sur place, impossible de diffuser les photos ou les vidéos des affrontements. « Le gouvernement commence à couper la communication sur internet, pour éviter la rediffusion des images », fait remarquer Soraya Vitola, journaliste franco-colombienne vivant à Nantes (Loire-Atlantique).

Le partage s’effectue donc sur des groupes de messagerie privés, où sont publiées photos et vidéos de blessés ou de corps sans vie. Ou bien directement sur les murs de la ville : « ll y a de nombreux messages dans Bogotá pour retrouver des personnes disparues », reprend Quentin Brugier Kerhoas.

Les médias locaux, eux, « ne rendent pas compte des événements ou alors ont tout déformé », raconte Laura Restrepo, professeure dans un collège de Bogotá.

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