FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (Le PNF – Parquet national financier): d’un scandale l’autre ! par Philippe Bilger

Publié: 28 juin 2020 dans Informations gĂ©nĂ©rales, Justice
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Eliane Houlette a ouvert la boĂźte de Pandore en faisant, trop tard, ses rĂ©vĂ©lations sur la gestion de l’affaire Fillon, tellement explosives qu’elle a Ă©prouvĂ© le besoin de les attĂ©nuer le lendemain (mon billet du 19 juin 2020 : Houlette aurait dĂ» mettre le holĂ  !).

Le Parquet national financier (PNF) s’est trouvĂ© Ă©galement, d’une certaine maniĂšre, impliquĂ© Ă  la suite de cette grave entorse Ă  l’Ă©tat de droit commise par le prĂ©sident de la RĂ©publique, le 1er juillet 2019, pour sauver la mise de son principal collaborateur Alexis Kohler.

Elle est parvenue tactiquement au PNF le lendemain du dĂ©part Ă  la retraite d’Eliane Houlette. Et, comme par hasard, il a fallu une analyse accablante de Mediapart – avec notamment une implacable chronologie – pour qu’enfin une information soit ouverte alors qu’une plainte avec constitution de partie civile avait Ă©tĂ© portĂ©e par Anticor au mois de mars 2019 aprĂšs deux plaintes simples en 2018.

Je n’ose imaginer l’Ă©moi et la dĂ©nonciation si Nicolas Sarkozy s’Ă©tait permis la mĂȘme transgression durant son quinquennat – j’aurais Ă©tĂ© le premier Ă  vitupĂ©rer – mais Ă©trange retenue envers Emmanuel Macron qui pousse mĂȘme le culot, avec une forme de dĂ©sinvolture royale, jusqu’Ă  se fĂ©liciter de cette avancĂ©e procĂ©durale alors qu’elle vient menacer l’opportun classement sans suite dont Alexis Kohler avait bĂ©nĂ©ficiĂ© aprĂšs, pourtant, une enquĂȘte aux conclusions initialement dĂ©vastatrices pour sa cause.

Pour cette affaire, il est clair que le prĂ©sident aura brĂ»lĂ© toutes ses cartouches ! Il devra regarder faire la Justice sans intervenir, je l’espĂšre en tout cas.

Gilbert Azibert

Mais j’arrive au pire.

L’examen des fadettes, par une enquĂȘte distincte, de plusieurs avocats de renom – seraient-ils plus modestes que la donne n’en serait pas modifiĂ©e ! – dans le plus grand secret, durant plusieurs annĂ©es, pour dĂ©terminer qui avait bien pu informer Me Thierry Herzog de l’Ă©coute de son portable dans la procĂ©dure le renvoyant, avec Nicolas Sarkozy et Gilbert Azibert, devant le tribunal correctionnel de Paris (LCI, Sud Radio).

Me HervĂ© Temime considĂšre, avant l’heure, que celle-ci ne « tient pas ». Ce n’est pas elle qui doit nous prĂ©occuper, le scandale est ailleurs !

Si un peu d’ironie Ă©tait tolĂ©rĂ©, je ne pourrais qu’ĂȘtre heureux du communiquĂ© de Nicolas Sarkozy dĂ©nonçant dysfonctionnements et violations – il a raison – et invoquant l’Ă©tat de droit : je ne suis pas persuadĂ© que durant son quinquennat il en ait Ă©tĂ© si soucieux aprĂšs sa promesse de RĂ©publique irrĂ©prochable !

C’est moins la violation du secret professionnel qui pourrait poser problĂšme, puisque dans le cadre d’une enquĂȘte l’examen des factures tĂ©lĂ©phoniques d’avocats est licite, que le caractĂšre absurdement disproportionnĂ© et clandestin de ces investigations prolongĂ©es au-delĂ  de toute mesure. Il convient d’ailleurs de prĂ©ciser Ă  toutes fins que le secret professionnel ne constitue pas une protection indue du barreau mais une garantie fondamentale pour le citoyen et une sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique.

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Pourquoi ce secret et cette durée ?

Il me semble que les initiateurs de cette enquĂȘte choquante avaient Ă©videmment conscience de la disproportion Ă©clatante et de l’enflure de l’appareil mis en oeuvre mais aprĂšs tout il s’agissait d’identifier une « taupe » et surtout quelle merveilleuse machine de guerre contre quelques avocats, Ă  la fois sadiquement ciblĂ©s et jalousĂ©s, et Ă  l’Ă©gard de Nicolas Sarkozy !

Cette malignitĂ© contre le barreau – cet intrus malheureusement obligatoire – est aussi dommageable que l’attaque contre une magistrature dĂ©crĂ©tĂ©e homogĂšne.

Pour Nicolas Sarkozy, on ne peut pas m’accuser de complaisance en faveur de ce dernier mais il y a des limites!

J’ai estimĂ© que les multiples procĂ©dures engagĂ©es contre lui Ă©taient Ă  la fois lĂ©gales et lĂ©gitimes mais on ne peut que dĂ©noncer un processus qui, acharnĂ© contre lui, rĂ©vĂ©lait que l’Ă©tat de droit n’avait pas Ă  ĂȘtre respectĂ© quand il Ă©tait concernĂ©.

C’est Ă  mille lieues de cette sĂ©rĂ©nitĂ© qui impose de chercher la vĂ©ritĂ© mais de ne pas la forcer telle une bĂȘte dans une chasse.

Me Dupond-Moretti va dĂ©poser plainte. Me HervĂ© Temime s’interroge. Le bĂątonnier de l’Ordre des avocats, l’excellent et mesurĂ© Olivier Cousi, va engager une action en justice.

Je suis d’autant plus effarĂ© par ce scandale – on abuse du terme mais en l’occurrence il est pertinent – qu’il va venir renforcer une double idĂ©e fausse : celle d’une RĂ©publique des juges et celle d’une politisation globale de la Justice.

Je ne crois pas du tout Ă  la premiĂšre mĂȘme si ce secret maximalisme procĂ©dural Ă©tait destinĂ©, d’une certaine maniĂšre, Ă  soupçonner des avocats, Ă  les faire sortir de la RĂ©publique en transgressant des principes fondamentaux comme s’ils n’en Ă©taient plus dignes.

Il n’y a pas, derriĂšre ce cataclysme, l’obsession massive d’une RĂ©publique des juges mais seulement des Ă©pisodes conjoncturels et spĂ©cialement orientĂ©s.

Quant Ă  la seconde, elle est encore plus discutable. La tentation est de tout mĂ©langer et de placer sous un mĂȘme opprobre, sous un unique pavillon dĂ©lĂ©tĂšre, des dĂ©marches et des processus n’ayant pas de lien les uns avec les autres.

En l’occurrence, il y a le PNF, François Fillon, Nicolas Sarkozy, Alexis Kohler avec le prĂ©sident. Un dispositif mis en place par une petite Ă©quipe Ă  sensibilitĂ© de gauche, se connaissant et prĂ©fĂ©rant Ă  la transparence Ă©quitable des pratiques les subtiles manoeuvres d’un pouvoir Ă©quivoque. Christiane Taubira, Eliane Houlette, Jean-Louis Nadal, Robert Gelli, etc.

J’ai malheureusement eu Ă  dĂ©noncer, sous Nicolas Sarkozy, d’autres coteries domestiquant, Ă  rebours, la justice, concĂ©dant Ă  la normalitĂ© les nombreuses affaires qui ne les intĂ©ressaient pas et se rĂ©servant les rares dont elles Ă©taient partie prenante.

Globalement, aujourd’hui, il y a moins de politisation et d’esprit partisan dans la gestion des affaires dites « sensibles » mais il y a des ennemis Ă  abattre par prioritĂ©.

J’apprĂ©cie les avocats au dĂ©tail mais pour une fois je suis en gros Ă  leurs cĂŽtĂ©s.

Et je rejoins Nicolas Sarkozy et j’accable Emmanuel Macron.

On aura tout vu.

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