L’être, l’avoir et le pouvoir dans la crise, par Dominique Strauss-Kahn

Publié: 12 avril 2020 dans 1 - Revue de presse - Journaux télévisés - Videos, Réflexions
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Cet important article a été rédigé par Dominique Strauss-Kahn, ancien patron du FMI, pour l’influente revue Politique Internationale qui le publiera dans son prochain numéro (numéro de printemps). Nous remercions particulièrement Patrick Wajsman qui autorise sa diffusion et Dominique Strauss-Kahn qui l’accepte au profit des lecteurs du blog du Club des juristes.

La crise sanitaire que nous vivons est différente de toutes celles que les générations précédentes ont pu connaître. Les convocations de la grande peste noire de 1348 ou de la grippe espagnole de 1918-1919 sont intéressantes en ce qu’elles nous permettent de repenser les conséquences des pandémies. Mais elles ne disent rien, pour autant, de la capacité de résilience d’une société dont l’économie est mondialement intégrée, et qui avait perdu presque toute mémoire du risque infectieux.

Si la crise actuelle est de prime abord différente, ce serait par la vitesse de propagation de cette maladie. Trois mois après le début de la crise sanitaire, près de la moitié de la population de la planète est appelée au confinement. Même si la contagiosité du virus a vraisemblablement joué un rôle dans ce basculement, du stade épidémique à celui de pandémie, la mondialisation marquée par l’accélération de la circulation des personnes est au cœur du processus de propagation (1). Le délai de réaction des pays développés, dont les systèmes de santé ont été rapidement submergés, doit sans doute être également incriminé. Il atteste d’un défaut de prévoyance et d’une confiance – infondée – dans la capacité des systèmes sanitaires à protéger massivement leur population tout en s’approvisionnant en matériel de protection et en tests de dépistage au fil de l’eau, auprès de fournisseurs étrangers, majoritairement chinois. Sans doute ceci n’était-il pas fatal. Taïwan, forte de ses expériences lors d’épidémies antérieures, disposait d’équipements de protection en quantité (2), de capacités de production de ceux-ci et d’un département dédié à la gestion des maladies infectieuses capable, notamment, de déployer rapidement des applicatifs de gestion et de partage de données sur les patients infectés. Il est, sans doute, normal qu’un système de soins ne soit pas fait pour traiter une demande brutale et temporaire. Mais, dans ce cas, il importe qu’il soit réactif, c’est-à-dire capable de réorienter son offre et de mobiliser des réserves prédéfinies et recensées. Cette agilité, il semblerait bien qu’elle nous ait fait défaut.

L’autre différence structurelle entre cette crise sanitaire et les crises antérieures tient à son ampleur. Nombreux sont ceux qui ont, dans un premier temps, tenté de relativiser la gravité de la situation en rappelant le nombre de morts dû à la grippe saisonnière, aux épidémies de VIH et d’Ebola, voire aux conséquences sanitaires des pratiques addictives telles que l’alcool ou le tabac. Outre que l’on ne connaîtra les conséquences létales du Covid-19 que lorsqu’on aura jugulé sa transmission, avancer ce type d’argument revient à faire fi du caractère global et absolu de cette pandémie. Global dans la mesure où aucune aire géographique n’est plus épargnée et parce que la pandémie vient croiser une démographie mondiale qui est sans comparaison avec celle de 1919 : le simple nombre d’individus appelés à rester à domicile est aujourd’hui deux fois plus important que la population mondiale totale lors de l’épisode de grippe espagnole. Absolu, car il est évident qu’aucun individu ne peut se considérer comme étant à l’abri du risque de contamination.

Et c’est cette dernière spécificité de la crise sanitaire qui la distingue de tous les épisodes antérieurs : son caractère hautement symbolique heurte et choque une population mondiale qui avait presque oublié le risque infectieux. En cela, elle porte atteinte au confort douillet dans lequel les pays économiquement développés se sont progressivement lovés. La mort n’était pas seulement devenue lointaine en raison de l’augmentation de l’espérance de vie, elle était aussi devenue intolérable comme en témoignent les réticences à engager des troupes au sol dans la plupart des conflits récents. La « valeur » de la vie humaine a considérablement augmenté dans l’inconscient collectif des pays les plus riches. Or aujourd’hui, nous reprenons conscience de la précarité de l’être. Cette crise de l’être aura certainement des conséquences considérables qu’il est peut-être trop tôt pour aborder ici, mais elle est aussi révélatrice d’une crise de l’avoir et d’une crise du pouvoir dont l’analyse est nécessaire pour guider les décisions à prendre.

-Une crise de l’avoir
-À court terme, les pertes sont inévitables
-Les limites de l’action monétaire
-A moyen et long terme, les cartes sont rebattues
-Une crise du pouvoir
-Sans doute entrons nous dans un autre monde

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commentaires
  1. k.e guillon dit :

    On cause, on cause et les feux s’éteignent dans l’indifférence générale….
    Quand de simples courbes démontrent la fausseté des pseudo arguments présentés. Il ne faut surtout pas sortir de l’ENA ou autres grandes écoles de formatage d’esclaves serviles (en tout cas plus esclaves que nous et surtout mieux payés et qui nous bouffent notre pain au quotidien…., autres sortes de parasites vivant à nos crochets. Combien sont-ils?) Je n’ai nulle prétention à détenir la moindre vérité. J’essaie de m’informer … (et dans la mesure du possible, vous…).
    La seule vérité qui peut devenir la votre en 2022 : à la réponse du malaise ambiant et qui ne va aller en s’améliorant (il ne suffit pas de changer le parti au pouvoir….), c’est que « organigramme-Nations » est le seul antidote possible. Toute autre formule est poudre de perlimpinpin… et vous le savez déjà. Connaissez vous cet antidote? Vous pouvez en demander communication (en bonne et due forme , en spécifiant qui vous êtes à guilke@nord,nnet.fr. C’est entièrement gratuit)

    13/04/2020 – https://wp.me/p4Im0Q-3Bo
    • Ce soir c’est causerie au coin des feux…. Pour les assignés à résidence posthume à vie… Ceux qui sont morts durant la drôle de guerre. On va nous dire la vérité vraie que nous sommes en tête (enfin, pour une fois on a le pompon) …. Merci patron du pays. Gardez vous bien, nous avons tant besoin de vous (plus fayot tu pètes les plombs)

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