Archives de 1 avril 2020

Lettre ouverte à nos gouvernants et à nos élus

Pourquoi il faut absolument arrêter les éoliennes pendant la durée de la crise sanitaire

Nous avons tous lu ou entendu que la consommation française d’électricité avait chuté de 15 % ces dernières semaines. C’est encore plus aujourd’hui, autour de 20 à 25 % si l’on se réfère aux publications de RTE de ces derniers jours, comparées aux relevés d’avant la crise. Pourtant, un secteur se porte bien, comme s’en vante le PDG de NEOEN (producteur d’électricité d’origine éolienne) dans les Echos du 26 mars 2020. Cynisme ou peut-être inconscience de l’aveu qu’il fait là et de ce que cela signifie pour la société tout entière et l’intérêt général, il écrit : « grâce à nos contrats de long terme qui fixent le prix de vente de l’électricité produite dans nos centrales pour 10 ou 15, 20 ou 25 ans, on a du chiffre d’affaires qui rentre malgré la crise… ».  Or ce « chiffre d’affaires » est en réalité composé de subventions publiques à 70 % !

En effet, la loi impose à EDF l’obligation d’achat et d’entrée prioritaire sur le réseau des énergies dites renouvelables, donc de l’électricité produite par les éoliennes (et le solaire). Le prix d’achat est fixé par un tarif d’achat garanti (TAG) ou, depuis peu, dans le cadre d’appels d’offres qui assurent une rentabilité constante. La majorité des centrales éoliennes construites avant 2017 bénéficient du TAG de 82 euros/MWh, et les plus récentes d’un tarif d’environ 60 à 70 euros/MW/h, ce que nous avons maintes fois dénoncé car ces tarifs pèsent lourdement sur les finances publiques. La Cour des comptes dans son avis du 18 avril 2018 évalue à 121 milliards d’euros (hors appels d’offres offshore) à la charge de la collectivité, les engagements déjà pris vis-à-vis des exploitants de centrales éoliennes.  Chaque année la facture s’alourdit avec la mise en œuvre de la PPE.

La France est traditionnellement exportatrice nette d’électricité et le reste dans cette période particulière. Pour adapter la production à un hiver doux et, depuis ces dernières semaines, à l’effondrement de la consommation d’électricité due à la crise sanitaire du Covid-19, les centrales nucléaires ont été ralenties alors que les centrales éoliennes restent soumises aux caprices d’Eolequand le vent tourne, elles produisent – et pas forcément quand on en a besoin …

Production électrique par filière et prix spot de l’électricité au 30 mars 2020 (source Rte)

 

Ces dernières semaines, les exportations d’électricité sont systématiquement supérieures ou égales à la production éolienne alors que les prix spot de l’électricité ont subi une baisse spectaculaire qui concerne la France et tous ses voisins (voir tableaux ci-dessus). C’est ainsi que l’électricité achetée par EDF aux opérateurs éoliens au tarif de 60 à 82 euros/MWh est revendue à nos voisins à un prix n’excédant pas 20 euros/MWh en moyenne, voire négatif à certaines heures.

Import et export d’électricité au 30 mars 2020

On assiste donc à un phénomène particulièrement scandaleux et qui coûte à la collectivité « un pognon de dingue » : l’enrichissement des compagnies éoliennes tandis que la France s’enfonce dans la crise économique. Cette situation démontre tout à la fois l’inutilité de l’éolien, dont la production est intermittente et non flexible, et sa nocivité économique pendant la période de crise que nous vivons et qui peut revenir. L’on mesure également au passage combien l’éolien non pilotable, et cependant prioritaire d’accès au réseau, désorganise le marché de l’électricité. Nocif au plan environnemental, il est également nocif au plan économique. Les pertes cumulées qui en résultent sont donc colossales pour EDF et deviendront insupportables si le ralentissement général de l’économie se poursuit.

Chaque mois de confinement provoque en effet une contraction du PIB de l’ordre de 3 à 4%, le pays souffre mais les exploitants éoliens (jamais le mot n’aura été si adéquat pour les définir) n’en ont cure. Pour eux rien ne change et c’est ce qui leur importe. Les subventions dont bénéficie l’électricité éolienne – qu’EdF est obligée d’acheter même si elle n’en a pas besoin et au péril de son équilibre économique – ont augmenté de plus de 50% en 2 mois du simple fait de la baisse des prix de marché.

Le gouvernement doit immédiatement prendre une ordonnance afin de contraindre les exploitants éoliens à cesser leur activité jusqu’à la fin de la crise sanitaire. Les subventions qu’ils ont reçues jusqu’ici devraient leur permettre d’attendre des jours meilleurs …

La mise en œuvre de la PPE – réduction du nucléaire et montée en puissance des EnR – doit être repoussée à 2023 : les milliards ainsi récupérés (5 à 7 milliards/an) pourront alors devront être réaffectés en direction des secteurs indispensables à la collectivité et en premier lieu : les hôpitaux et les EHPAD, l’éducation, le soutien aux PME et aux indépendants …

IL FAUT ARRÊTER LES EOLIENNES POUR POUVOIR PILOTER LA PRODUCTION ELECTRIQUE

ET L’ADAPTER À LA SITUATION PENDANT LA CRISE SANITAIRE !

 

IL FAUT GELER LA MISE EN ŒUVRE DE LA PPE ET STOPPER L’ENRICHISSEMENT SCANDALEUX

DES EXPLOITANTS EOLIENS !

Patrice LUCCHINI

Président de l’association Vent mauvais

Co-secrétaire du collectif Toutes nos énergies-Occitanie environnement 

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VENT MAUVAIS  –  Association loi 1901 – Hameau de Cubserviès – 11380 ROQUEFERE

Membre du collectif Toutes nos énergies Occitanie-environnement

Adhérente à la Fédération environnement durable (FED)

contact@toutesnosenergies.fr

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Petit texte commandé puis refusé par un organe de presse. Pourtant rien de bien subversif.

Mon coefficient privilège déjà haut a triplé avec le confinement. J’habite seul, et dans un appartement petit mais aussi lumineux que son occupant. Et surtout je travaille chez moi. A l’immense chance coutumière d’éviter le métro à 7h s’ajoute désormais celle d’être soustrait à l’obligation, faite à bien des travailleurs à l’heure où j’écris ces lignes en chaussettes, d’occuper un poste exposé aux postillons de leurs congénères.

Corollairement, mon quartier est habité par des gens que leur gratitude vis-à vis de l’ordre social qui les gratifie dispose à la civilité. Ils ne s’étripent pas au supermarché, respectent le mètre de distance dans la queue de la pharmacie, toussent dans leur coude, ne trafiquent pas les masques. Je suis donc autant à l’abri qu’il se peut en ces temps où l’abri est cher.
Qu’est ce qu’un privilégié? Quelqu’un qui ne subit pas, ou subit peu, le monde physique. La hauteur de la place d’un individu sur l’échelle des privilèges est inversement proportionnelle au nombre de fois par jour où le monde physique s’impose à lui.

Un privilégié ne subit pas la pluie, puisqu’un Uber l’attend déjà. Il ne subit pas les effluves de nourriture grasse d’une famille pauvre, puisqu’il voyage en première classe ; ni celle des toilettes dont il sous-traite l’entretien à une femme de ménage malienne. Il subit peu son corps : ne subit pas la faim, connait peu le froid, ne souffre jamais longtemps des dents. Il subira la mort et ses préliminaires mais pas tout de suite, plus tard, pour l’instant il diffère, il repousse, il tient à distance. Il n’a pas attendu le Corona pour pratiquer la distanciation. Son aisance matérielle lui est le plus efficace des gestes barrière.
Son aisance matérielle le protège de la matière.

On parle de son égoïsme, mais égoïsme n’est jamais le bon mot. Les faits moraux sont des faits de sensibilité, et les faits de sensibilité des faits sociaux. Les quartiers populaires sont parfois appelés quartiers sensibles. Symétriquement devrait-on appeler les quartiers bourgeois quartiers insensibles. Ce ne serait pas une notation morale mais spatiale. Une affaire de distance. Le privilégié n’applaudit les prolétaires soignants qu’en temps de crise parce que le reste du temps, il ne les croise pas. Il ne les voit pas suer, ne les entend pas souffrir. Son abondance de biens se paye de cette pauvreté en perception.

Une crise, qu’elle soit de foie ou financière, a ce bénéfice de rendre sensible ce qui ne l’était pas – le foie, la viralité de la finance. Le virus en cours touche majoritairement les pauvres, mais il a la bonté oecuménique d’affecter voire d’infecter quelques riches. Au privilégié, le réel soudain s’impose. D’abord par un ensemble de contraintes légales : rester chez soi, écourter ses footings, supporter ses enfants dont hier encore une nounou congolaise le soulageait, être acculé à un épique exode vers sa résidence secondaire de Normandie ou du Pays basque. Mais aussi par les canaux d’information qui, soudain épris de réel, explorent les mille ramifications de la situation, révélant au privilégié des pans entier du corps social. Il découvre ou redécouvre que son espace n’est indemne de matière que parce que chaque jour une chaine de gens, caissières, manutentionnaires, éboueurs, dépanneurs, soudeurs, maçons se la coltine à sa place. Il découvre ou redécouvre qu’il ne mange des fruits que parce que des gens les cueillent, ramassent, portent, transportent, livrent sur son palier. Il le redécouvre parce que l’actuelle limitation des déplacements crée une pénurie de bras dans ce secteur. C’est souvent par la négative, quand le travailleur manque à sa place invisible, que le privilégié réalise son existence.

L’inflation sensible que le privilégié connait ces jours ci durera-t-elle au-delà du confinement ? Dans cet élan oeuvrera-t-il a rematérialiser sa vie ? Sa sensibilité mutante provoquera-t-elle une mutation politique? Je n’y mettrais pas ma main à couper. Il en faut plus pour qu’un riche en vienne à passer par le chas d’une aiguille. Mais du moins puis-je espérer que, pendant quelques mois, quelques semaines, quelques jours avant la replongée dans l’insensible, le riche allergique aux discours contre le capitalisme, contre l’aberrante circulation de la marchandise tracée par la course aux profits, soit un peu moins agressivement prompt à les réfuter.

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