FRANCE đŸ‡«đŸ‡· (Affaire Boulin): tout dans cette affaire est scandaleux, les dysfonctionnements de la Justice et son inertie, les mensonges rĂ©pĂ©tĂ©s des autoritĂ©s et le silence des politiques.

Publié: 21 novembre 2019 dans Informations gĂ©nĂ©rales

AFFAIRE BOULIN

Pourquoi je suis passĂ© de la version officielle du SUICIDE Ă  celle de l’ASSASSINAT.

Par Jean Pierre Courtel

En 1979 j’Ă©tais inspecteur au groupe criminel du S.R.P.J. de Versailles.

Le 30 octobre 1979, mon groupe Ă©tant de permanence, l’inspecteur Divisionnaire Pierre Ramat, est passĂ© me chercher Ă  mon domicile, puis nous nous sommes rendus au service.LĂ , nous Ă©tions attendus par le commissaire divisionnaire BrĂ©mond, sous chef du SRPJ qui nous a ordonnĂ© de partir immĂ©diatement Ă  la recherche d’une personne qu’il n’a pas nommĂ©, dans une direction qu’il n’a pas indiquĂ©. Devant notre Ă©tonnement, il a prĂ©cisĂ© qu’une personnalitĂ© avait disparu ajoutant, que les recherches devraient se faire dans la rĂ©gion de Rambouillet. Enfin, il a dit que des renseignements complĂ©mentaires nous seraient communiquĂ©s par radio.Nous sommes immĂ©diatement partis, tous les deux dans la direction indiquĂ©e.

En cours de route, comme prĂ©vu nous avons reçu des informations nous apprenant que le disparu Ă©tait un ministre susceptible de mettre fin Ă  ses jours, vraisemblablement par noyade. C’est pourquoi nous avons Ă©tĂ© dirigĂ© vers les Ă©tangs de Hollande.

AprĂšs des recherches dans le pĂ©rimĂštre considĂ©rĂ©, nous sommes arrivĂ©s au chemin conduisant Ă  l’Ă©tang Rompu,.deux gendarmes motocyclistes en interdisaient l’entrĂ©e et ont refusĂ© de nous laisser passer. AprĂšs un Ă©change verbal assez vif ils ont libĂ©rĂ© l’accĂšs.Nous avons roulĂ© sur ce chemin et, arrivĂ© Ă  hauteur de l’Ă©tang, ce qui m’a frappĂ© c’est le nombre de gendarmes prĂ©sents. Ils Ă©taient positionnĂ©s sur la gauche du chemin, face Ă  l’Ă©tang. Sur la berge Ă  quelques mĂštres du bord de l’eau, un vĂ©hicule automobile de marque Peugeot, plus loin et Ă  droite de cette voiture, un camion de pompiers. Au milieu du chemin deux officiers supĂ©rieurs dont le colonel PĂ©pin. Et, dans l’eau Ă  environ six ou sept mĂštres un corps la tĂȘte vers le fond laissant voir les cheveux argentĂ©s et le dos. Pour le moins, notre arrivĂ©e a Ă©tĂ© peu apprĂ©ciĂ©e par ces officiers.. AprĂšs une brĂšve prĂ©sentation, le colonel PĂ©pin a ordonnĂ© aux pompiers, qui se trouvaient dĂ©jĂ  dans l’eau, de sortir le corps. Mon chef de groupe a Ă©mis une objection concernant cette manoeuvre qui, en l’absence de l’identitĂ© judiciaire, lui semblait prĂ©maturĂ©e.Faisant fi de cette observation , le colonel PĂ©pin a rĂ©itĂ©rĂ© son ordre, que les pompiers ont exĂ©cutĂ©. Pour ce faire, ils se sont approchĂ©s du corps, le laissant dans sa position, ils l’ont fait pivoter pour l’amener vers la berge, oĂč ils l’ont dĂ©posĂ©.DĂšs qu’ils se sont retirĂ©s, un gendarme s’est approchĂ© du corps, l’a enjambĂ© et, Ă©tant face au visage, a desserrĂ© sa cravate.

Concernant la sortie du corps je tiens à préciser les points suivants :

1) – N’Ă©taient prĂ©sents Ă  ce moment que les pompiers, les gendarmes et deux policiers Pierre Ramat et moi.

2) – Compte tenu de l’endroit oĂč je me trouvais je n’ai vu le corps que de profil (le gauche) et j’ai vu un visage blafard (trĂšs blanc) celui d’un noyĂ©. UltĂ©rieurement, dans une dĂ©claration faite Ă  Benoit Collombat, j’ai dit « je n’ai peut ĂȘtre pas vu ce que j’aurais dĂ» voir » je reconnais que cette phrase peut prĂȘter Ă  confusion, pour lever toute ambiguĂŻtĂ©, je prĂ©cise que j’Ă©tais Ă  une certaine distance et que le corps Ă©tait plongĂ©
depuis plusieurs heures dans une eau Ă  10°. Mais surtout ce qu’il faut dire c’est que je n’ai procĂ©dĂ© Ă  aucune constations.

Ensuite j’ai vu arriver le commissaire divisionnaire BrĂ©mond, le commissaire principal Tourre et l’inspecteur Lepache .Cette arrivĂ©e a dĂ©clenchĂ© un « affrontement » choquant et dĂ©placĂ© entre les commissaires et les officiers de gendarmerie, au sujet de la saisine.

Puis, le Procureur gĂ©nĂ©ral Chalret est arrivĂ©, accompagnĂ© d’un PrĂ©fet. La querelle concernant la saisine a repris avec, pour arbitre, ce magistrat, lequel a calmĂ© les ardeurs de chacun en demandant le nom du mĂ©decin ayant constatĂ© le dĂ©cĂšs. LĂ , il y a eu un flottement car aucun praticien n’avait Ă©tĂ© sollicitĂ©. AprĂšs rĂ©quisition un mĂ©decin a constatĂ© le dĂ©cĂšs. C’est plus tard que j’ai appris par Pierre Ramat qu’il y avait eu une erreur au moment de la rĂ©daction de cet acte de dĂ©cĂšs. Mon chef de groupe a Ă©tabli un procĂšs-verbal Ă  ce sujet.

Quand il a Ă©tĂ© question de transporter le corps Ă  l’Institut mĂ©dico-lĂ©gal le Colonel PĂ©pin a refusĂ© que Pierre Ramat OPJ, monte Ă  bord de l’hĂ©licoptĂšre de la gendarmerie arguant de son statut civil. Puis le Procureur gĂ©nĂ©ral ayant Ă©voquĂ© une Ă©ventuelle cosaisine, les prĂ©ventions du colonel PĂ©pin ont disparu et Pierre Ramat a Ă©tĂ© autorisĂ© a embarquĂ© dans l’hĂ©licoptĂšre pour accompagner le corps Ă  la morgue de l’hĂŽpital de la SalpĂ©triĂšre.

Peu aprĂšs le dĂ©collage de l’appareil le commissaire principal Tourre m’a chargĂ© de me rendre Ă  la morgue de la SalpĂ©triĂšre et d’attendre sur place. Je suis parti en compagnie de l’inspecteur Lepache. Au moment ou nous arrivions sur place, nous avons Ă©tĂ© redirigĂ©s vers l’institut mĂ©dico-lĂ©gal oĂč devait avoir lieu l’autopsie du corps.

En arrivant, j’ai retrouvĂ© Pierre Ramat devant la salle d’autopsie qui Ă©tait fermĂ©e Ă  clĂ©s. J’ai notĂ© Ă©galement la prĂ©sence de deux hommes qui se sont rĂ©vĂ©lĂ©s ĂȘtre Messieurs Gaillard et Cats, respectivement Directeur et Chef de cabinet de Monsieur Boulin. Une conversation s’est engagĂ©e entre nous et Ă  un moment j’ai dit « qu’Ă -t-on pu faire subir Ă  cet homme pour qu’il en arrive Ă  cette extrĂ©mitĂ© ». C’est alors que l’un et l’autre ont Ă©voquĂ© la campagne de presse et les attaques personnelles visant Robert Boulin. J’ai eu le sentiment qu’ils voyaient lĂ  ,la cause probable, du suicide du Ministre.

La porte de la salle d’autopsie s’est ouverte interrompant notre conversation. Pierre Ramat, Lepache et moi sommes entrĂ©s suivis par Messieurs Gaillard et Cats. L’un des mĂ©decins leur a demandĂ© de sortir. A ce moment Ă©taient prĂ©sents les docteurs Bailly et Deponge le CP Tourre, l’ID Ramat Lepache et moi. Estimant que nous Ă©tions trop nombreux Tourre a demandĂ© Ă  Lepache de sortir pour se mettre Ă  l’Ă©coute de la radio de service. La porte a Ă©tĂ© refermĂ©e et l’autopsie a commencĂ©.

Sur ce point j’ai dĂ©jĂ  eu l’occasion de m’expliquer. En effet, j’ai Ă©tĂ© interrogĂ© par Benoit Collombat au sujet de cette autopsie. Je lui ai dit qu’elle avait Ă©tĂ©, pour moi, plus auditive que visuelle. Il y a, Ă  cela une raison simple c’est que, de moi mĂȘme, je me suis placĂ© en retrait. Ayant pris conscience du contexte et sachant que je n’aurais pas d’acte Ă  rĂ©diger, l’Ă©motionnel s’est substituĂ© au technique.

Je reconnais que je ne garde pas de souvenirs trĂšs prĂ©cis de ces instants. Mais, Ă  un moment, Monsieur Leimbacher premier substitut au Parquet de Versailles est entrĂ© dans la salle et s’adressant aux mĂ©decins a dit »Pas la tĂȘte, la famille s’y oppose » Evidemment ce magistrat n’a pas dit que cela et de plus il l’a peut ĂȘtre formulĂ© diffĂ©remment. Mais en substance c’est ce qu’il a exprimĂ©.

L’autopsie terminĂ©e j’ai regagnĂ© le service. Je n’ai rĂ©digĂ© aucun procĂšs-verbal et je n’ai plus travaillĂ© sur cette affaire.

Les faits remontant à 1979 il est normal que les souvenirs se soient estompés. Seuls peuvent rester en mémoire les faits marquants.

Je pense que dans cette affaire, jusqu’en 2008 j’ai Ă©tĂ© d’une grande naĂŻvetĂ© ,. J’ai pĂȘchĂ© par excĂšs de confiance. Cependant il faut reconnaĂźtre que la hiĂ©rarchie policiĂšre, la Justice, la presse et mĂȘme la famille tout le monde croyait au suicide, cette version officielle faisait l’unanimitĂ©.Ce n’est que plus tard et progressivement que certains Ă©lĂ©ments ont commencĂ© a semer le doute. Mais, que l’on puisse mettre en doute cette version officielle du suicide de Robert Boulin me semblait inconvenant.

C’est la lecture du livre de Benoit Collombat « Un homme Ă , abattre » contre enquĂȘte sur la mort de Robert Boulin qui m’a fait changer d’avis.

A partir de ce moment, aprĂšs l’avoir rencontrĂ©, aprĂšs avoir vu des photos et pris connaissance d’Ă©lĂ©ments que j’ignorais complĂštement ma conviction qu’il ne pouvait s’agir d’un suicide a Ă©tĂ© Ă©tablie.

En tenant compte des Ă©lĂ©ments rĂ©vĂ©lĂ©s par Benoit Collombat et en me cantonnant Ă  ce que j’ai vu et entendu, je souhaite mettre en Ă©vidence les points suivants :

1) – L’avis de recherche concernant Robert Boulin a Ă©tĂ© diffusĂ© Ă  06h,25 dans ces conditions pourquoi nous laisser venir au service normalement – heure d’arrivĂ©e 07h45 – Pourquoi ne pas nous appeler Ă  domicile pour nous faire partir directement ?
2) – Pourquoi avoir sorti le corps en l’absence de l’identitĂ© judiciaire?
3) – Pourquoi ne pas avoir fait de constatations sur le corps au moment de la sortie de l’eau.?
4) – Au moment de la sortie du corps n’Ă©taient prĂ©sents que deux policiers, Pierre Ramat et moi. Pourtant plusieurs policiers ont attestĂ© de leur prĂ©sence sur place Ă  ce moment ?
5) – UltĂ©rieurement j’ai appris qu’un de mes collĂšgues avait dĂ©clarĂ© sur procĂšs-verbal que les marques relevĂ©es sur le visage de Monsieur Boulin Ă©taient consĂ©cutives Ă  un choc contre un rocher au moment de la sortie de l’eau par les pompiers. Il n’y a pas de rocher Ă  cet endroit et ce collĂšgue n’Ă©tait pas prĂ©sent lors de la sortie du corps?
6) – Quid de la prĂ©sence, en compagnie des docteurs Bailly et Deponge du CP Tourre dans la salle d’autopsie fermĂ©e Ă  clĂ©s?

Enfin, je souhaite m’exprimer sur un point qui me tient particuliĂšrement Ă  coeur. Le 30 octobre 1979 quand j’ai assistĂ© Ă  la sortie du corps j’ai vu ce que j’ai rapportĂ© prĂ©cĂ©demment. J’ai dit aussi que je n’avais plus travaillĂ© sur cette affaire. Mais, dans un service de police, des bruits circulent, des mots s’Ă©changent et c’est l’un d’eux « excoriations » qui me vaut aujourd’hui encore, bien du tourment.

En effet, dans son livre, Benoit Collombat, citant un passage de mon tĂ©moignage de 1984 Ă©crit « Pour moi certaines des excoriations prĂ©sentes sur le visage de Monsieur Boulin Ă©taient consĂ©cutives Ă  la sortie du corps de l’eau par les pompiers. En effet, le visage a vraisemblablement rĂąpĂ© la berge ».

J’indique que ce tĂ©moignage Ă©tait sincĂšre mais, Ă  ma grande confusion, il n’Ă©tait qu’une extrapolation puisque je n’avais vu aucune photos en gros plan du visage. Pour comprendre mon Ă©tat d’esprit Ă  l’Ă©poque, il faut restituer le contexte. Car, Monsieur Boulin s’est suicidĂ©, tout le monde le dit, les autoritĂ©s, la presse et les politiques. Donc , aucune raison de douter et si quelqu’un Ă©voque la prĂ©sence d’excoriations sur le visage de Robert Boulin c’est sĂ»rement parce que le visage « a rĂąpĂ© la berge »

Parlant de mon tĂ©moignage Benoit Collombat ajoute « La Cour de cassation en fait son miel » donc, si je comprends bien, c’est grĂące Ă  mon tĂ©moignage que le dossier a pu ĂȘtre refermĂ©. C’est dire si je me sens concernĂ©.

Il est évident que ce témoignage est désormais caduc. Et, à la lumiÚre de ce qui précÚde je le récuse.

Pour terminer, et en dehors des 75 anomalies relevĂ©es par Benoit Collombat, dĂ©montant totalement la thĂšse officielle du suicide pour rendre Ă©vidente celle de l’assassinat je tiens Ă  dire ceci. Le visage de Robert Boulin prĂ©sente non des excoriations mais des fractures et pour justifier leurs prĂ©sences il faut des tĂ©moignages donc, des policiers qui n’Ă©taient pas prĂ©sents au moment de la sortie du corps ont attestĂ© par procĂšs-verbal que ce sont les pompiers qui par leurs manoeuvres hasardeuses et leur manque de prĂ©caution dans la manipulation du corps sont responsables des fractures.

L’un d’entre eux, plus inventif que les autres a imaginĂ© qu’un rocher ferait l’affaire. Le problĂšme, le gros problĂšme c’est qu’il n’y a pas de rocher dans l’Ă©tang Rompu et que ce collĂšgue faisant preuve d’une imagination dĂ©bordante n’Ă©tait pas prĂ©sent.

Tout dans cette affaire est scandaleux, les dysfonctionnements de la Justice et son inertie les mensonges rĂ©pĂ©tĂ©s des autoritĂ©s et le silence des politiques. Je souhaite trĂšs vivement que cette affaire pourra trouver sa conclusion et que justice sera rendu Ă  Robert Boulin Ă  sa famille et Ă  ses amis. et, trĂšs sincĂšrement j’espĂšre que tous les responsables de ce fiasco policier et judiciaire seront identifiĂ©s et poursuivis.

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