Archives de 9 janvier 2018

Par Denis Robert

Parfois, la justice peut même si elle peut peu. Pour beaucoup, l’arrestation hier à Londres d’Alexandre Djouhri est un épiphénomène.

Pour les initiés, c’est un coup de tonnerre. On parle dans la presse du financement libyen de la campagne de Sarkozy où Djouhri aurait joué un rôle essentiel. Certes. J’ai une histoire plus perso avec Djouhri. Dans l’affaire des listings truqués, il a joué un rôle clé. J’aurais tendance à penser « le rôle clé ». Il est en contact direct avec Lahoud, Villepin et Sarkozy. Il a le look du marionnettiste. Les écoutes téléphoniques des conversations entre lui, Guéant, Sarko, Scquarcini, Villepin sont démentes. On voit bien en les lisant (merci mediapart) qu’il les tient tous par les roubignoles… «Il faut faire une moins-value pour être honnête ? Attends, mais… je te dis, c’est des secoués complets. Ils ont vraiment un grain !» souffle le mec à Villepin. Et l’autre (Djourhi est son plus gros client) de répondre : «Plus on te tape dessus, plus c’est bon pour ton business avec des gens qui se disent : « Putain, celui-là, il est costaud ! »». Alexandre Djouhri cause aussi avec Marsaud, l’ancien juge antiterroriste devenu député: «J’ai pas de problème avec la police, j’ai juste un problème avec la presse. Parole d’honneur.» Et Marsaud qui lâche: «Va demander à Sarkozy s’il est pressé que tu rentres ! Il préfère que tu sois pas en France, que t’ailles pas voir le juge !». Le souci pour moi, c’est que l’instruction (tellement foireuse) sur les listings truqués de Clear est close. Reste le financement libyen avec les deux juges français qui vont tenter de le faire parler. L’autre va serrer les dents et faire sa mauvaise tête, c’est sûr. Il y a ici un point commun évident entre la loubarde Murielle Bolle et le loubard Alexandre Djouhri… En tout cas, cette arrestation londonienne est une bonne nouvelle. Parce qu’elle en fait suer quelques uns. Parce qu’elle montre à quel point des types comme Villepin et Sarkozy, tant vénérés dans les émissions politiques, sont (d’abord) des petits mecs, des affairistes, des âpres au gain. Djouhri les fait valser. Djouhri est un révélateur. Au sens photographique du terme. Vous plongez la bobine de ces politiques dans le bain noir, vous glissez une goutte de Djouhri. Et un autre visage apparaît, ricanant. Avec cette petite voix: « il est où le blé? le blé, le blé… ». Dans ton cul, mec.

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http://www.liberation.fr/france/2018/01/08/soupcons-de-financement-libyen-djouhri-aux-arrets-sarkozy-aux-aguets_1621132