FRANCE (Nice): l’horreur n’a pas fait de tri… elle a frappé des enfants, des musulmans, des mécréants et …ceux qui ne l’étaient pas selon les délires islamistes. par Philippe Bilger

Publié: 20 juillet 2016 dans 1 - Revue de presse - Journaux télévisés - Videos, Réflexions
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L’Elysée contre les Français ?

On peut le dire de manière brutale comme Nicolas Sarkozy : « On est en guerre, une guerre totale…ce sera eux ou nous » (Le Parisien).

Je préfère appréhender autrement ce qui, depuis la terreur islamiste préparée et perpétrée à Nice, mobilise la conscience publique – les angoisses des citoyens comme les constats et engagements des politiques.

Car la dévastation mortelle de Nice a sensiblement modifié le regard des Français sur le terrorisme, l’aptitude de ce gouvernement à le combattre et les moyens à mettre en œuvre. Probablement parce que l’horreur n’a pas fait de tri : elle a frappé, notamment et aussi, des enfants et des musulmans, des mécréants et ceux qui ne l’étaient pas selon les délires islamistes.

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Selon un sondage de l’Ifop pour Le Figaro, 67% des personnes interrogées le 15 juillet affirment « ne pas avoir confiance en François Hollande et son gouvernement pour lutter contre le terrorisme ». Un discrédit qui durant une année s’était maintenu au niveau déjà important de 50%.

Un autre enseignement capital, parce qu’il révèle un changement de fond des Français par rapport à ce qui les menace, tient à l’exigence d’une plus grande fermeté avec surtout l’attente d’une politique qui saurait affronter « une situation exceptionnelle, avec des réponses exceptionnelles ».

Cela fait longtemps que je récuse, à mon niveau modeste, ce débat dilatoire entre « le besoin de sécurité et le respect des libertés individuelles ». Il est clair que les Français, dans ce sondage, l’ont évacué et pris parti, pour sauvegarder la sécurité de tous contre l’islamisme meurtrier, en faveur, s’il le faut, d’une diminution de la liberté de chacun. C’est une adhésion massive à la fois au bon sens et à l’efficacité pénale et sociale.

Le pouvoir, sauf à mépriser cette conviction majoritaire, ne peut plus se réfugier derrière des arguties qui accordent la réalité d’un combat à l’obligation de limites prétendues. Il ne s’agit en aucun cas de soutenir qu’une éradication totale de de la malfaisance terroriste est possible mais de placer les gouvernants d’aujourd’hui face à leurs responsabilités : laisser croire qu’on fait tout quand on se complaît à n’évoquer que les freins ou qu’on en invente !

A ce titre on ne peut que dénoncer le caractère démobilisateur d’un propos présidentiel qui est trop ressassé pour ne pas constituer une conviction forte de François Hollande. Celui qui se rapporte à l’union nationale et à son souci de la cohésion sociale (Le Parisien).

D’une part, derrière l’affichage proclamé, ses quatre années de présidence ont terriblement, profondément clivé notre nation sur beaucoup de registres et il est indécent, pour le créateur du mal, de se présenter comme le médecin.

D’autre part, la cohésion, qui est en effet une aspiration légitime, n’a jamais résulté d’incantations répétées et seulement verbales mais n’aurait pu être engendrée que par une lutte déterminée et perceptible par tous contre les maux de notre société, aisément identifiables. L’unité ne peut être que la conséquence d’une action et non une revendication de principe, en l’occurrence démentie par la réalité.

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Il n’y aurait pas forcément de la mauvaise foi dans une telle approche, seulement une illusion pour se donner bonne conscience, si un conseiller de l’Elysée, bien sûr anonyme, ne révélait pas la stratégie purement électoraliste d’un affrontement prétendu idéologique entre, pour aller vite, les humanistes du pouvoir et la multitude des citoyens.

Que déclare cet éclaireur du président de la République ?

L’opposition non seulement « n’aurait pas respecté la dignité qu’on doit aux victimes » – ce qui est déjà un reproche scandaleux – mais, pire, elle serait porteuse d’un programme anti-républicain.

« …Leur solution n’est pas de mettre plus de forces sur le terrain, c’est au fond d’en terminer avec la présence des immigrés et des musulmans. Ils veulent en finir avec le droit…Ils diront : »On ne veut plus de voile, plus d’imams, plus d’étrangers » Et nous, nous défendrons les lois de la République…Leur ligne, c’est mieux vaut perdre l’Etat de droit que perdre la vie…Nous, c’est pour la vie en commun, pour la vie tout court, vive l’Etat de droit » (JDD).

Une telle caricature est une honte.

Elle brosse à gros traits délibérés un contraste éclatant entre le Bien d’un côté et le Mal de l’autre en imputant aux adversaires du pouvoir des dénonciations sommaires, globales et des envies d’exclusions radicales. Tout cela est proféré en pleine conscience de l’absurdité du procès qui, lui, franchement à cause de son outrance inepte n’a rien de républicain.

Cette charge grossière est cependant symptomatique de la conception que l’Elysée se fait de l’Etat de droit. L’alternative ne serait qu’entre lui, sa pureté mais sa faiblesse et une répression sauvage et imbécile. Cette représentation manifeste à quel point le pouvoir est enfermé dans des schémas anciens qu’il se sent incapable d’ajuster aux configurations atroces d’aujourd’hui. Ainsi nous n’aurions pas droit à une démocratie à la fois respectable et vigoureuse, sans complaisance aucune pour le terrorisme et la délinquance ordinaire. Liés l’un à l’autre.

Dans cette lamentable pochade élyséenne, le comble du cynisme est atteint par le fait que les tragédies trop réelles et la sauvegarde des Français ne sont exploitées que sous l’angle politicien, dans des perspectives seulement électoralistes et partisanes.

Proposer contre l’islamisme meurtrier et sans cesse menaçant non pas ce qui serait juste et nécessaire – on est loin du compte ! – mais une argumentation et une éthique de la compréhension et de la miséricorde seulement destinées à montrer comme la contradiction lucide et opératoire de l’adversaire n’est pas digne ! La dignité formelle au risque de faire sombrer le pays dans le gouffre ?

Ce n’est pas faire preuve d’irrespect que de considérer, au regard de ce sondage, de cette cohésion réclamée mais éclatée et de cette tactique politicienne, que l’Elysée « joue » contre les Français.

Philippe Bilger

http://www.philippebilger.com/

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