Archives de 5 février 2016

otan-en-10-pts-025Le gouvernement français a récemment déposé un projet de loi prévoyant la réintégration totale de la France dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), juste 50 ans après la décision de retirer le pays du commandement intégré de l’alliance prononcée par le général Charles de Gaulle.

Selon le Canard enchaîné, le Conseil des ministres a donné le 4 janvier dernier son accord sur un projet de loi « autorisant l’accession de la France au protocole sur le statut des quartiers généraux militaires internationaux créés en vertu du Traité de l’Atlantique nord ». Le contre-amiral François Jourdier et le général Henri Pinard-Legry s’expriment à ce sujet dans des entretiens accordés à Sputnik.

Selon M.Jourdier, la situation actuelle montre qu' »il n’y a pas de fumée sans feu ». En répondant à la question concernant la raison du caractère discret de cette politique, le contre-amiral explique que, à son avis, la majorité du président François Hollande ne serait pas favorable à une intégration plus grande dans l’Otan.

A rappeler que M.Hollande qui était absolument contre cette réintégration en 2008, a changé sa position et a entraîné le processus actuel. Qui est-ce qui l’a poussé à revoir entièrement son approche?

« Je pense qu’il y a eu des pressions des autres pays de l’Otan, et peut-être aussi la demande des militaires du commandement qui voulaient accroitre la participation avec l’Otan. Ce qui a été une tendance, c’est qu’actuellement, nous ne bénéficions pas tellement de l’aide de l’Otan pendant les opérations aussi bien en Afrique qu’en Syrie« , explique l’interlocuteur de Sputnik.

Cependant, le contre-amiral ne voit pas de rapports entre la situation politique actuelle en France et l’affaire de la réintégration totale dans l’Otan. Selon lui, il s’agit d’une affaire « strictement militaire ». M.Jourdier désapprouve largement l’existence même de l’Otan dont il croit nécessaire d’être dissoute.

« Actuellement, il va falloir trouver de l’argent pour la défense, étant donné que nous sommes quand même un peu en guerre, vraiment en guerre. Et je pense qu’il va falloir redévelopper les forces militaires qui ont été bien réduites il y a quelques années« , déclare l’interlocuteur de Sputnik.

Le général Henri Pinard-Legry estime, pour sa part, que le passage actuel vers le commandement intégré ne change pas grand-chose. Pour lui, « la question, c’est la possibilité pour l’Otan d’avoir des bases en France ». L’interlocuteur de Sputnik rappelle la position du général de Gaulle qui dans sa politique de renforcement de la France était contre la présence militaire étrangère sur le territoire du pays.

Actuellement, selon le Canard enchaîné, la France, sous l’impulsion de l’actuel locataire de l’Elysée, s’apprête à réintégrer l’ensemble des instances militaires de l’Otan. Cette activité viendrait donc compléter la décision annoncée en 2007 par le président Nicolas Sarkozy d’assurer le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan qui était devenue effective en avril 2009.

Ironie de l’histoire, c’est exactement il y a 50 ans, en février 1966, lors d’une conférence de presse, que le président de Gaulle avait annoncé le retrait de la France du commandement intégré de l’Otan, en soulignant les changements dans la politique mondiale rendant logique une telle décision.

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régiment Azov

© AP Photo/ Sergei Chuzavkov
21:07 03.02.2016(mis à jour 21:09 03.02.2016) 
Philippe Migault
 

« Les masques de la révolution », documentaire diffusé le 1er février dernier par Canal +, traite d’un aspect fréquemment méconnu du coup d’Etat ukrainien de 2014 : le rôle crucial des milices néo-nazies. Mais c’est surtout le scandale qu’il provoque qui est riche d’enseignements.

Le film de Paul Moreira en lui-même est bien entendu enrichissant. Interviews et images à l’appui, il démontre que les membres des mouvements Svoboda, Pravy Sektor et du régiment « Azov », qui ont constitué le fer de lance de l’insurrection de Maïdan, bien loin d’être de sympathiques combattants de la liberté pro-européens luttant pour la démocratie, sont des nazis purs et durs. Des individus responsables d’un crime de guerre: le massacre de 42 manifestants pro-russes brûlés vifs à Odessa le 2 mai 2014.

Les déclarations sont sans ambigüités: Hostiles à la démocratie, au libéralisme, russophobes, antisémites, ces hommes, qui adorent s’immortaliser en photo faisant le salut nazi, arborent de surcroît des emblèmes ne prêtant guère à confusion. Rune Wolfsangel, précédemment insigne de la division SS « Das Reich », et Schwarze Sonne (Soleil Noir), emblème ésotérique nazi constitué de croix gammées entremêlées, sont les deux principaux symboles « héraldiques » de l’écusson du régiment Azov. Ces skinheads, aujourd’hui armés jusqu’aux dents et combattant les séparatistes du Donbass, pratiquent vis-à-vis de ceux qui font mine de s’opposer à eux une politique de terreur que ce soit à Kiev ou en province, le tout en toute impunité, les autorités ukrainiennes leur laissant la bride sur le cou, comme le démontre clairement Paul Moreira.Tous ces faits, cependant, sont connus depuis longtemps. Ils ont été dénoncés très tôt par les observateurs attentifs des évènements. De nombreux documents ont été mis en ligne par les internautes, démontrant les allégations que Paul Moreira n’a fait que reprendre à son compte. Non seulement ce documentaire n’a rien d’un scoop, mais il a de nombreux trains de retard.

Dès lors pourquoi déclenche-t-il une telle levée de boucliers dans les médias français? A l’aune de ce que l’on savait déjà, l’indignation notamment de Benoît Vitkine, du Monde, qui s’est rendu à de multiples reprises en Ukraine, surprend nécessairement. D’autant qu’au-delà des internautes, bien informés depuis longtemps, certains reportages avaient clairement démontré cette présence en force des néo-nazis à Kiev et en Ukraine. Alban Mikoczy, ancien correspondant de France 2 à Moscou, qu’on ne saurait soupçonner de poutinisme ou de russophilie militante compte tenu du ton habituel de ses interventions, avait fait dès l’hiver 2014 un reportage on ne peut plus éloquent dans les couloirs de l’hôtel de ville de Kiev.

Piotr Porochenko
© Sputnik. Nikolay Lazarenko

Croix gammées et sigles SS sur les murs, gros bras encagoulés terrifiant les employés de la mairie, toutes les preuves de la mise en coupe réglée d’une partie de l’administration locale par les nazis étaient là. La télévision allemande avait très tôt, dès le printemps 2014, tiré le signal d’alarme en dénonçant le rôle central joué par les miliciens nazis dans les évènements d’Ukraine. Pourtant en France, rien, ou presque n’a filtré. Et ceux qui ont osé rapporter ces faits avant Paul Moreira se sont fait traiter d’agents stipendiés du Kremlin par toute la meute du politiquement correct, des atlantistes patentés et des experts du quai d’Orsay. « Le parti Svoboda est un parti plus à droite que les autres, [mais il n’est pas] d’extrême droite », a même osé déclarer Laurent Fabius, spécialiste il est vrai des erreurs d’appréciation les plus grossières en Ukraine ou ailleurs.

L’indignation vis-à-vis du documentaire de Paul Moreira ne vient donc pas seulement de son contenu. Elle est suscitée par la rupture d’un tabou, celui du consensus des grands médias français pour affirmer que dans l’affaire ukrainienne les méchants sont du côté russe, ou séparatiste, et les gentils côté ukrainien.Les propos de Benoît Vitkine, visiblement soucieux de relativiser à l’extrême les faits rapportés par Paul Moreira en attestent. Lorsqu’il déclare que « le documentaire élude aussi toute analyse nuancée du nationalisme ukrainien et de ses ressorts, amalgamant nationalisme, extrême droite et néonazisme», on se prend à sursauter. Le Monde fait-il un si subtil distinguo et se montre-t-il si nuancé lorsqu’il évoque les militants d’extrême-droite française? Lorsque Benoît Vitkine affirme qu’« au sein même des groupes que Moreira étudie, les néonazis constituent une minorité », ne se demande-t-il pas pourquoi ces militants acceptent d’arborer des signes de la SS s’ils ne sont pas un tantinet fascisants? Aurait-il la même retenue vis-à-vis de manifestants français qui arboreraient une croix celtique?

Le Maïdan
© Photo. Corentin Fohlen/Rossiya Segodnya

Circonstance aggravante, le tabou a par ailleurs été brisé par Canal +, la chaîne de la gauche branchée, du « journalisme » engagé à la Yann Barthès, bref par un média censé être à la pointe du progressisme et du politiquement correct. On mettra sans doute çà sur le dos de Vincent Bolloré, il a le dos large.« L’expérimenté documentariste s’est attaqué à un sujet réel. Il a choisi de « regarder par lui-même », nous dit-il. Mais n’a vu que ce qu’il voulait voir, remplaçant les masques par des œillères », assène Benoît Vitkine. Il eût été appréciable que Le Monde porta le même jugement lorsque « l’expérimenté documentariste » Paul Moreira et Canal + traînaient l’armée française dans la boue en 2004, l’accusant de crimes de guerre en Côte d’Ivoire. Mais s’en prendre à l’armée française, c’est tellement l’esprit Canal…

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