Archives de 27 avril 2015

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je suis charlie sur écoute

Mes chères contrariennes, mes chers contrariens !

Je vous dis régulièrement que nous faisons face à un mouvement mondial de réduction des libertés individuelles, que nous assistons à un recul sans précédent de la démocratie.

Vous le voyez en France où, sous couvert de lutte légitime contre le terrorisme, on cherche en réalité à encadrer et à terroriser le citoyen un peu pétochard qui « n’a rien à se reprocher ou si peu » plus qu’à nous protéger des méchants vilains. Pourquoi peut-on affirmer cela ? Pour une raison très simple. Si les paiements en espèces sont prohibés au-delà de 1 000 euros pour un résident fiscal français, ils restent autorisés jusqu’à 10 000 euros par transaction pour un non-résident fiscal. On se fiche donc ostensiblement aussi bien du financement des filières terroristes que de notre protection. Non, ce qui compte c’est bien évidemment la répression financière, la répression fiscale. Le fait que personne ne puisse échapper à l’État.

Ne soyons pas naïfs, c’est évidemment pour notre bien. Aucune politique de réduction des libertés ne saurait être acceptée par les populations si c’était pour réduire leur liberté. Alors on vous explique que c’est pour votre bien, que c’est pour lutter contre les vilains terroristes ou encore contre les très vilains fraudeurs fiscaux sans doute comme Thévenoud – dont plus personne ne parle mais qui siège toujours sur les bancs bien socialos et bien-pensants de notre gôche moralisatrice pour les autres et nettement moins pour elle-même.

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Une justification idéologique évidente : construire l’Europe, augmenter la productivité, globaliser l’économie

Vous devez comprendre, mes chers amis, que lorsque l’on veut construire une Europe des multinationales qui n’a rien à voir avec l’Europe de la paix et de l’amour universel entre les peuples, la démocratie comme l’a si bien dit le ministre allemand de l’Économie c’est assez pénible.

Lorsque l’on veut avancer dans une mondialisation qui n’arrange que les multinationales et les méga-riches et dont personne ne veut, les libertés individuelles ce n’est pas très pratique.

Lorsque l’on veut vous réduire vos « acquis sociaux », vos 35 heures, vos machins formation, ou encore votre sécu ou augmenter le prix des soins, vous laisser protester c’est assez difficile à supporter.

Lorsque l’on veut vous rendre compétitif face à un petit Chinois des champs ou même des villes payé au mieux 500 euros par mois pour les plus chers mais généralement 90 dollars et 10 bols de riz pour la grande masse, enrégimenté et qui n’a pas le droit de grève mais le droit de crève, ce qui n’est pas du tout pareil, les syndicats européens, le droit du travail ou le code du même travail sera toujours trop épais pour un capitaliste exploiteur ne voulant au mieux que vous donner ce que Marx appelait déjà un salaire de « subsistance ».

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L’excellence du modèle chinois

Alors face à tout cela, face à cette compétition mondiale, c’est la Chine qui a prouvé l’excellence de son modèle. D’ailleurs, la conclusion intellectuelle c’est qu’il n’y a aucune façon de lutter contre l’efficacité du modèle chinois dans une économie mondiale globale et ouverte sans adopter les mêmes techniques ou sans changer les règles, c’est-à-dire sans fermer l’économie.

Le modèle chinois c’est une dictature politique, avec un parti unique qui n’a rien d’une démocratie, avec la peine de mort pour les vilains y compris ceux qui sont juste pas d’accord avec les mamamouchis de là-bas. C’est l’absence presque totale de droit social ou de droit de grève ou même de droit tout court puisque l’une des plus jeunes professions en Chine c’est… avocat !

Bon, le temps de travail on s’en fiche, le salaire minimum aussi, les normes de sécurité… itou, bref, un paradis pour capitaliste la dictature communiste et c’est ainsi que la boucle fut bouclée et que de l’affrontement entre le capitalisme et le communisme sortit vainqueur non pas le capitalisme, comme tout le monde le pense depuis la chute de l’URSS et l’effondrement du mur de Berlin, mais un nouveau système à l’efficience redoutable, l’hybride mis au point par la Chine que j’appelle le « Co-capitalisme ». Tous les attributs de la dictature communiste mis à la disposition du capital pour produire au meilleur coût et avec la plus grande des efficacités. La seule liberté laissée au peuple étant la liberté de consommer, qui était d’ailleurs absente du monde communiste et qui fut l’une des principales causes de l’échec du système communiste.

Les peuples se fichent pas mal de leur propre liberté. Il leur faut simplement, depuis l’antiquité, du pain et des jeux. La version moderne c’est la télé-réalité et la consommation. L’hyper-consommation. Celle qui abrutit et lobotomise les masses laborieuses.

Alors pour nous adapter à ce nouveau monde, nous devons non pas refuser ce nouveau monde, protéger nos valeurs ou encore nos libertés, nous n’avons pas le droit de penser ou d’imaginer d’autres chemins (sans être taxés de tous les termes euthanasiant la pensée).

Non il n’y a « pas d’alternative », vous dira Macron. « Il faut bien accepter de réduire vos libertés », a ainsi déclaré il y a quelques jours Nicolas Sarkozy dans une confession d’une rare honnêteté et laissant apparaître au grand jour le grand mobile des « réformes » en cours qui, loin d’être uniquement économiques, concernent également chaque jour vos libertés futures et celles que vous laisserez à vos enfants.

Comme je vous le disais, ce mouvement est mondial, il est aussi européen.

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Tollé au Portugal face au retour de la censure

Ainsi cet article d’Euronews, qui est loin d’être un organe de presse fasciste, explique que c’est la « bronca des médias au Portugal face au spectre du retour de la censure ».

Un nouveau texte de loi est en discussion pour que les médias soumettent leur plan de couverture du scrutin à la commission électorale et à l’entité de régulation des médias portugais.

Il est également demandé aux journalistes de s’abstenir « de tout commentaire ou jugement de valeur »… ce qui revient à dire qu’en période électorale, le droit à la liberté d’expression – qui est l’un des attributs d’un régime dit démocratique – serait suspendu le temps de la campagne puisqu’il ne pourrait plus y avoir aussi bien commentaires que jugements de valeur…

Vous imaginez à quel point les peuples honnissent désormais leurs dirigeants pour que ces derniers passent ce type de lois, ou encore à quel point ils veulent vous faire avaler de futures couleuvres pour vous empêcher ainsi tout droit de protestation ?

Inutile de vous dire qu’avec une telle loi, il serait impossible d’écrire ce simple billet, oui ce simple article que vous êtes en train de lire. Il est rempli de commentaires et de jugements de valeurs que vous avez d’ailleurs parfaitement le droit de rejeter, de combattre ou d’approuver. D’ailleurs, cela porte le nom d’ »édito ».
Uniquement le droit de dire oui, uniquement le droit de dépenser, uniquement le droit d’acheter des actions…

Je ne sais pas combien de temps durera le crépuscule de ce monde. Ce que je sais c’est qu’il est condamné comme l’était l’URSS car ces systèmes sont devenus fous.

Si vous regardez avec objectivité, la politique des banques centrales n’amène qu’à une obligation d’acheter des actions… puisque cela ne baisse jamais.

Cela est une obligation à utiliser votre épargne et donc à consommer puisque les taux d’intérêt sont à zéro et seront bientôt négatifs, ce qui est la négation de la définition d’une monnaie qui doit être capable de conserver de la valeur dans le temps.

Politiquement, vous n’aurez prochainement que le droit de dire oui. Pour le reste, si vous dites non, vous serez au choix un terroriste, un fasciste, un anarchiste, un criminel, un délinquant ou un individu relevant de la psychiatrie. C’est génial la psychiatrie. Un simple préfet peut vous enfermer sans procès directement en institution sans recours, sans tambour ni trompette. D’ailleurs, l’ex-URSS affectionnait particulièrement ses psychiatres.

Il est déjà trop tard, préparez-vous.

Charles SANNAT

À propos de l’auteurCharles Sannat est diplômé de l’Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran – Pôle Technologies de l’Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d’affaires. Il est actuellement le directeur des études économiques d’AuCOFFRE.com et rédacteur du Contrarien Matin, ‘Décryptage quotidien, sans concession, humoristique et sarcastique de l’actualité économique’.

source: http://www.lecontrarien.com/la-democratie-en-europe-une-vaste-plaisanterie-27-04-2015

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imageL’État islamique avait menacé la Russie en septembre 2014 de lui faire la guerre dans le Caucase (http://civilwarineurope.com/2014/09/03/letat-islamique-menace-de-liberer-le-caucase-russe/). L’avenir nous dira si ces premiers combats ne sont qu’un feu de paille ou si ils marquent l’ouverture d’un nouveau front pour les partisans du califat. Si cela devait se confirmer alors l’État islamique mènerait désormais un combat sur le continent européen. Cela serait un fait nouveau et inquiétant.

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Excellente interview d’EuroNews (fichtre, ça fait plaisir, ça change de BHL !) toute fraîche du grand Noam Chomsky…Il est l’un des plus grands intellectuels du monde, auteur prolifique et anarchiste autoproclamé. A 86 ans l‘âge ne semble pas le ralentir.  Il combat toute une série d’injustices, avec l’Occident en général dans sa ligne de mire.

Noam Chomsky : une vie de militant

  • Noam Chomsky est né le 7 décembre 1928 à Philadelphie, Etats-Unis
  • Il a commencé à travailler à l’Institut de Technologie du Massachusetts en 1955
  • Il est un éminent linguiste, philosophe et militant politique
  • Son travail dans les années 50 a révolutionné le domaine de la linguistique
  • Il se fait connaître pour son activisme contre la guerre du Vietnam
  • Il s’oppose aux élites dirigeantes et est devenu une critique acerbe de la politique étrangère américaine et occidentale
  • Il a écrit des centaines de livres

Noam Chomsky nous a reçus dans son bureau à l’Institut de Technologie du Massachusetts (le 17 avril 2015).

Isabelle Kumar, euronews :
Noam Chomsky merci d‘être avec nous. Le monde en 2015 semble très instable, mais d’une façon générale, êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste ?

Noam Chomsky :
Au niveau mondial, nous courons vers un précipice : nous ne pouvons que chuter dans l’abîme, ce qui réduit fortement nos chances d’une survie décente.

Isabelle Kumar, euronews :
De quel précipice s’agit-il?

Noam Chomsky :
Il y en a deux en fait : le premier est environnemental. Une catastrophe écologique est imminente, et nous n’avons que trés peu de temps pour en la limiter. Nous n’allons pas dans le bon sens. L’autre date de 70 ans, c’est la menace d’une guerre nucléaire, qui est en fait toujours croissante. Si vous regardez bien ce dossier, c’est un miracle que nous ayons survécu.

Isabelle Kumar, euronews :
Regardons les questions environnementales d’abord. Nous avons demandé aux internautes, sur les réseaux sociaux, de nous envoyer des questions, et nous en avons reçu des milliers. Nous avons reçu cette question de Enoa Agoli, qui demande : “ quand vous analysez la question de l’environnement avec le regard d’un philosophe , que pensez-vous du changement climatique?”

Noam Chomsky :
L’espèce humaine est vieille d’environ 100 000 ans, et elle est maintenant face à un tournant de son histoire . Cette espèce est dans une position où elle va bientôt décider, d’ici quelques générations, si l’expérimentation de la vie dite intelligente peut continuer, ou si nous sommes déterminés à la détruire. Les scientifiques reconnaissent que les combustibles fossiles doivent être laissés dans le sous- sol si nos petits-enfants veulent avoir des perspectives décentes. Mais les structures institutionnelles de notre société font pression pour essayer d’extraire la moindre goutte. Les effets, les conséquences humaines prévisibles du changement climatique dans un avenir proche, sont catastrophiques et nous courons vers ce précipice.

Isabelle Kumar, euronews :
En termes de guerre nucléaire, nous savons tous maintenant que l’Iran a conclu un accord préliminaire . Est-ce que cela ne vous donne pas une lueur d’espoir que le monde pourrait être un endroit plus sûr ?

Noam Chomsky :
Je suis pour les négociations avec l’Iran, mais ces discussions sont profondément viciées. Il y a deux états au Moyen-Orient qui multiplient des agressions, de la violence, des actes terroristes, des actes illégaux, en permanence. Ils sont tous les deux des États très puissants, dotés d’armes nucléaires et de tout un armerment . Et leurs armes nucléaires ne sont pas prises en compte.

Isabelle Kumar, euronews :
A qui faites-vous allusion ?

Noam Chomsky :
Les Etats-Unis et Israël. Les deux états nucléaires majeurs dans le monde. Je veux dire qu’il y a une raison pourquoi, dans les sondages internationaux, gérés par des instituts de sondages américains, les États-Unis sont considérés comme la plus grande menace à la paix mondiale, par une majorité écrasante. Il est assez intéressant que les médias américains aient refusé de publier cela.

Isabelle Kumar, euronews :
Vous n’accordez pas une très grande estime au président américain Barack Obama. Mais avec cet accord avec l’Iran, ne le voyez-vous pas sous un meilleur jour ? Le fait qu’il s’efforce de réduire la menace d’une guerre nucléaire ?

Noam Chomsky :
En fait il ne fait rien. Il a juste lancé un programme de plusieurs billions de dollars de la modernisation desarmes nucléaires américaines, ce qui signifie l’expansion du système nucléaire. C’est une des raisons pour lesquelles la célèbre horloge de l’apocalypse, établie par le Bulletin of Atomic Scientists, a, il y a quelques semaines, avancé de 2 minutes, donc plus près de minuit. Minuit est la fin. Il est maintenant 3 minutes avant minuit. C’est du jamais vu depuis 30 ans, depuis les années Reagan quand il y avait un risque imminent de grande guerre nucléaire .

Isabelle Kumar, euronews :
Vous avez mentionné les États-Unis et Israël avec l’Iran. Maintenant , le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rejette l’accord préliminaire sur le nucléaire iranien, et il dit …

Noam Chomsky :
Nous savons pourquoi . L’Iran a de très faibles dépenses militaires , même selon les normes de la région. La doctrine stratégique de l’Iran est défensive. Elle est conçue pour tenir à distance une attaque, assez longtemps, pour que la diplomatie prenne le relais. Les États- Unis et Israël, deux Etats voyous, ne veulent plus tolérer la menace. Aucun analyste stratégique ne pense que l’Iran puisse un jour utiliser une arme nucléaire. Même s’il le faisait, le pays serait simplement vaporisé, et il n’y a aucune indication que les mollahs au pouvoir, quoi que vous en pensiez , veulent voir leur pays détruit.

Isabelle Kumar, euronews :
Encore une question sur ce problème, par l’intermédiaire des réseaux sociaux , de Morten A. Andersen qui demande: « Croyez-vous que les Etats-Unis puissent un jour parvenir à un accord qui serait dangereux pour Israël ?”

Noam Chomsky :
Les États-Unis mènent en permanence des actions qui sont dangereuses pour Israël, très sérieusement. Tout en faisant croire qu’ils soutiennent la politique israélienne. Dans les 40 dernières années, la plus grande menace pour Israël a été sa propre politique. Si vous regardez en arrière, en 1970 , Israël a été l’un des pays les plus respectés et les plus admirés dans le monde. Il y avait beaucoup d’attitudes favorables. Il est maintenant l’un des pays les plus détestés et craints dans le monde. Au début des années 70, Israël a pris une décision . Ils avaient le choix, et ils ont préféreré l’expansion à la sécurité, avec des conséquences très dangereuses. C‘était déjà évident à l‘époque – je l’ai écrit et d’autres personnes l’ont fait : si vous préférez l’expansion à la sécurité, cela conduit à une dégénérescence interne, la colère, l’opposition, l’isolement et la destruction ultime éventuellement. Et en soutenant ces politiques , les Etats-Unis contribuent à la menace à laquelle Israël est confrontée.

Isabelle Kumar, euronews :
Cela m’amène à la question du terrorisme, un fléau mondial et certaines personnes , je pense , y compris vous-même, diront qu’il y a un retour de bâton de la politique américaine internationale. A quel niveau les États-Unis et ses alliés sont-ils responsables des attaques terroristes dans le monde entier ?

Noam Chomsky :
Rappelez-vous que la pire campagne terroriste dans le monde est de loin, celle qui est orchestrée à Washington même. C’est une campagne mondiale d’assassinat. Il n’y a jamais eu de campagne terroriste de cette échelle .

Isabelle Kumar, euronews :
Quand vous parlez de campagne globale d’assassinat …

Noam Chomsky :
La campagne de drones – c’est exactement cela. Sur de grandes parties du monde , les Etats-Unis, publiquement, ouvertement – il n’y a rien de secret dans ce que je dis , nous le savons tous – réalisent une campagne d’assassinat de personnes suspectées de nuire un jour au gouvernement américain. Et en effet c’est, comme vous l’avez dit , une campagne de terreur, et quand vous bombardez un village au Yémen , par exemple , que vous tuez quelqu’un – peut-être la personne que vous visiez, peut-être pas – et que d’autres personnes qui se trouvaient dans le quartier meurent elles-aussi – comment pensez-vous que les gens vont réagir ? Ils vont se venger .

Isabelle Kumar, euronews :
Vous décrivez les États-Unis comme le principal Etat terroriste. Comment se place l’Europe alors selon vous?

Noam Chomsky :
Eh bien, c’est une question intéressante. Une étude récente, je crois qu’elle a été faite par la Fondation Open Society [indique que] la pire forme de torture, c’est le transfert de prisonniers.
Vous prenez quelqu’un que vous pensez être responsable de quelque chose, et vous les envoyez à votre dictateur favori, peut-être Assad ou Kadhafi ou Moubarak, pour qu’il soit torturé, en espérant que peut-être quelque chose va en sortir. C’est extraordinaire ce transfert. L‘étude s’est penchée sur les pays qui ont participé, bien évidemment les dictatures du Moyen-Orient, car c’est là que les prisonniers ont été envoyés pour être torturés, et l’ Europe. La plupart des pays européens ont participé : l’Angleterre, la Suède, d’autres pays. En fait, il y a une seule région du monde où personne n’ a participé: c’est l’Amérique latine. Ce qui est assez dramatique. L’Amérique latine est maintenant à peu près hors de contrôle des États-Unis. Quand elle était contrôlée par les Etats-Unis, il n’y a pas si longtemps, c‘était le centre du monde de la torture. Maintenant, l’Amérique latine ne participe pas à la pire forme de torture qui soit. L’Europe a participé. Quand les maîtres rugissent, les serviteurs se couchent.

Isabelle Kumar, euronews :
L’Europe est la servante des Etats-Unis ?

Noam Chomsky :
Certainement . Ils sont trop lâches pour adopter une position indépendante .

Isabelle Kumar, euronews :
Quelle portrait faites-vous de Vladimir Poutine ? Il est décrit comme l’une des plus grandes menaces pour la sécurité, non?

Noam Chomsky :
Comme la plupart des dirigeants , il est une menace pour sa propre population. Il a décidé des actions illégales, évidemment. Mais le décrire comme un monstre fou qui souffre d’une maladie du cerveau et qui est atteint d’Alzheimer, une créature maléfique, c’est un standard de fanatisme orwellien. Je veux dire, quoi que vous pensiez de ses politiques, elles restent logiques. L’idée que l’Ukraine puisse rejoindre une alliance militaire occidentale serait inacceptable pour tout dirigeant russe. Cela remonte à 1990, lorsque l’Union soviétique s’est effondrée. Il y avait déjà la question de ce qui se passerait avec l’OTAN. Gorbatchev a accepté l’idée que l’Allemagne soit unifiée et rejoigne l’OTAN . C‘était une concession assez remarquable avec un quid pro quo : que l’OTAN ne s‘étende pas d’un pouce vers l’est . C’est l’expression qui a été utilisée.

Isabelle Kumar, euronews :
Donc, la Russie est tombée dans une provocation ?

Noam Chomsky :
Qu’est-ce qui est arrivé ? L’OTAN s’est déplacé jusqu’en Allemagne de l’Est, puis Clinton a étendu la prépondérance de l’OTAN jusqu’ aux frontières de la Russie. Maintenant , le nouveau gouvernement ukrainien, après le renversement du précédent, a voté à 300 voix contre 8 ou presque, la résolution pour rejoindre l’OTAN .

Isabelle Kumar, euronews :
Mais vous pouvez comprendre pourquoi ils veulent adhérer à l’OTAN , vous pouvez comprendre que pour le gouvernement de Petro Porochenko, ce serait assurer la protection de leur pays ?

Noam Chomsky :
Non, non, non, ce n’est pas une protection. La Crimée a été prise après le renversement du gouvernement, n’est-ce pas ? Personne ne protége l’Ukraine. Tout cela menace l’Ukraine d’une guerre majeure. Vouloir rejoindre l’Otan n’est pas une protection. Le fait est que cela représente une menace stratégique sérieuse pour la Russie, quel que soit son dirigeant. C’est bien connu.

Isabelle Kumar, euronews :
Si nous regardons la situation en Europe maintenant, il y a aussi un autre phénomène intéressant qui se déroule. Nous voyons la Grèce se rapprocher de l’Est, c’est en tout cas le souhait du gouvernement Syriza. Nous voyons aussi Podemos, qui est en train de gagner le pouvoir en Espagne, ainsi qu’en Hongrie. Pensez-vous qu’il y a une possibilité que l’Europe se rapproche des intérêts russes ?

Noam Chomsky :
Jetez un oeil à ce qu’il se passe. En Hongrie la situation est totalement différente. Syriza est arrivé au pouvoir sur la base d’une vague populaire qui montre que la Grèce ne veut plus se soumettre aux politiques de Bruxelles et aux banques allemandes qui détruisent le pays. Ces politiques ont été faites pour augmenter la dette de la Grèce, par rapport à sa production de richesse ; environ la moitié des jeunes sont au chômage, presque 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, on détruit la Grèce.

Isabelle Kumar, euronews :
Faut-il annuler la dette grecque ?

Noam Chomsky :
Oui, comme en Allemagne. En 1953, quand l’Europe a annulé la plupart de la dette de l’Allemagne. Juste comme ça, pour que l’Allemagne soit en mesure de rembourser les dommages de guerre .

Isabelle Kumar, euronews :
Donc, on devrait aussi annuler la dette du Portugal ? et l’Espagne aussi ?

Noam Chomsky :
Qui a engagé cette dette ? Et qui à qui doit-on la rembourser ? La dette a en partie été contractée par des dictateurs. En Grèce c‘était la dictature fasciste, soutenue par les États-Unis. La dette, je pense, était plus brutale que la dictature. C’est ce que l’on appelle en droit international , une «dette odieuse», qui ne doit pas être payée, et c’est un principe introduit dans le droit international par les Etats-Unis, quand il était dans leur intérêt de le faire. Une grande partie du reste de la dette, ce qu’on appelle les paiements à la Grèce sont des paiements aux banques, allemandes et françaises, qui ont décidé de faire des prêts très risqués avec de faibles taux d’intérêt, et qui sont maintenant confrontées au fait qu’ils ne peuvent être remboursés.

Isabelle Kumar, euronews :
Je vais vous poser cette question maintenant, de Gil Gribaudo, qui demande : “ Comment l’Europe va t-elle se transformer dans le futur, avec les défis existentiels qui arrivent?” Parce qu’il y a la crise économique, et il y a aussi une montée du nationalisme , et vous avez également décrit certaines lignes de failles culturelles qui ont été créés à travers l’Europe. Comment voyez-vous l’Europe se transformer ? ‏

Noam Chomsky :
L’Europe a de graves problèmes. Certains sont le résultat de politiques économiques conçues par les bureaucrates de Bruxelles, la Commission européenne et ainsi de suite, sous la pression de l’OTAN et les grandes banques, surtout celles de l’Allemagne. Ces politiques ont un certain sens du point de vue des concepteurs. Ils veulent être remboursés pour leurs prêts et leurs investissements risqués et dangereux. Mais ces politiques érodent l’Etat-Providence, qu’ils n’ont jamais aimé. Mais l’Etat-Providence est l’une de ces contributions majeures de l’Europe à la société moderne, mais les riches et puissants ne l’ont jamais aimé. Il y a un autre problème en Europe : elle est extrêmement raciste. J’ai toujours pensé que l’Europe est plus raciste que les États-Unis. Jusqu’ici ce n‘était pas aussi visible en Europe parce que les populations européennes dans le passé ont eu tendance à être assez homogène. Donc, si tout le monde est blond aux yeux bleus, alors vous ne semblez pas raciste, mais dès que la population commence à changer, le racisme vient de nulle part. Très vite. Et c’est un problème culturel très grave en Europe.

Isabelle Kumar, euronews :
J’aimerais terminer avec une question de Robert Lumière sur une note plus positive . Il demande: « Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir ? “

Noam Chomsky :
Ce qui me donne de l’espoir : un certain nombre de choses dont nous avons parlé . L’indépendance de l’Amérique latine par exemple. C’est d’une importance historique. Nous le voyons avec la réunion du Sommet des Amériques à Panama. Dans les dernières réunions continentales, les États-Unis ont été complètement isolés. C’est un changement radical par rapport à il y a 10 ou 20 ans, lorsque les États- Unis trempaient dans les affaires latino-américaines. En fait, la raison pour laquelle Obama a fait ses gestes envers Cuba était d’essayer de surmonter l’isolement des États-Unis. Ce sont les États-Unis qui sont isolés, pas Cuba. Et sans doute ce sera un échec. On verra. Les signes d’optimisme en Europe sont Syriza et Podemos. Espérons qu’il y ait enfin un soulèvement populaire contre les écrasements, les politiques économiques et sociales destructrices qui viennent de la bureaucratie et des banques, et c’est très encourageant. Ou ça devrait l‘être.

Isabelle Kumar, euronews :
Noam Chomsky, merci beaucoup d’avoir été avec nous.

SOURCE: http://www.les-crises.fr/noam-chomsky-nous-courons-vers-un-precipice/

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Publié le 25 avril 2015 par

images (2)Les décisions prises au conseil européen de Bruxelles du 23 avril sur l’immigration illégale en Méditerranée ne sont pas à la hauteur des enjeux: 1000 morts par noyades depuis le début de l’année; peut-être, selon certaines estimations européennes, 500 000 migrants risquant de tenter la traversée en 2015, ce qui soulève les gigantesques problèmes d’organisation de l’accueil, d’intégration des populations, d’acceptabilité par une Europe en crise qui compte 20 millions de chômeurs (zone euro), des problèmes de déficits publics colossaux, de logement, etc. L’Europe doit être un continent ouvert à une immigration organisée, maîtrisée, régulée – elle accueille régulièrement environ 1 à 1,5 millions de personnes (eurostat). Elle n’a pas les moyens de subir sans dommage un flux incontrôlé supplémentaire. Face à cet enjeu, elle a montré avant-hier son incapacité à décidé, choisir, se gouverner. Les mesures annoncées sont faiblardes au regard du défi: crédits des secours en mer multipliés par 3, solliciter de l’ONU l’autorisation de détruire les navires des passeurs. Il fallait décider tout autre chose: faire du développement économique des pays du Sud une priorité politique absolue des Européens, au prix d’un engagement massif, engager une négociation avec les pays de transit – en conditionnant les aides – pour bloquer les embarquements de migrants sur les plages, intervenir militairement pour rétablir la stabilité des zones qui ont sombré dans le chaos en Libye et empêcher le départ en mer des « navires tombeaux ». Les intérêts vitaux de l’Europe sont en jeu, ainsi que des milliers de vies humaines. L’Europe compte 500 millions d’habitants, elle est la première puissance économique du monde. Son impuissance est inqualifiable. L’idée de prendre acte de son échec et de rétablir des contrôles systématiques aux frontières internes (France/Italie) ne servirait strictement à rien. D’abord, il serait irresponsable d’abandonner l’Italie, un pays aussi proche de la France, par l’histoire, la culture, à son triste sort. Ensuite, la mesure serait d’une absolue inefficacité. Les migrants souhaitant gagner le reste de l’Europe, qui ont traversé la Méditerranée, s’arrangeront pour passer d’une manière ou d’une autre. Même l’hypothèse inconcevable, débile et honteuse d’une muraille avec des fils de fer barbelés tout autour de la frontière italienne ne résoudrait rien. Quand je parle de l’Europe, je ne songe évidemment pas à la Commission ni la Cour de Justice ou à son Parlement (caricature de démocratie puisque élu à la proportionnelle de liste), mais à l’unité indispensable de ses dirigeants nationaux, l’imbrication de ses peuples et de ses nations, la solidarité intrinsèque qui devrait exister en eux et leur permettre ensemble de se gouverner. L’Europe politique est comme tétanisée par sa mauvaise conscience historique. Elle sait créer des normes juridiques, et dépenser des crédits. Mais elle est incapable de décider, de choisir, de se gouverner. Inconsciemment, elle l’assimile l’action, la décision, la notion de choix aux pires moments de son histoire, aux totalitarismes, fascistes et communistes, à la conquête coloniale, plus récemment, sa participation (une partie d’entre elle) à des opérations militaires qui ont mal tourné. Elle a honte d’exister en tant qu’acteur autonome de la vie internationale. Demander la permission à l’ONU pour détruire les bateaux des passeurs qui envoient des milliers de gens à la mort, il fallait le faire… Elle ne se rend pas compte que son inertie, sa passivité, son anesthésie, son refus du réel et de l’action, la condamnent, à terme, au chaos, à la violence, notamment l’importation de la terreur qui sévit au sud de la Méditerranée, et risquent, par une voie détournée, de ramener le pire sur son sol, la remise en cause des libertés publiques et de la démocratie et le retour sous une autre forme du totalitarisme le plus abject. D’ailleurs, ce phénomène est en marche quand on assiste un peu partout au foisonnement des extrémismes et aux amorces d’une remise en cause des libertés publiques par des gouvernements démocratiques eux-mêmes.

Maxime TANDONNET.

https://maximetandonnet.wordpress.com/2015/04/25/le-drame-de-limpuissance-europeenne/

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