De l’antisémitisme… par Philippe Bilger

Publié: 5 décembre 2014 dans Informations générales, Réflexions, Société
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L’antisémitisme du crime…

Les statistiques sur les actes antisémites sont fluctuantes (Le Parisien).

Alors que pour l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, la violence à caractère antisémite aurait sensiblement reflué en 2013 par rapport à l’année précédente, en revanche, pour le Service de protection de la communauté juive, une très forte augmentation d’actes antisémites, souvent graves, a été constatée dans les sept premiers mois de cette année.

La dramatique agression commise le premier décembre à Créteil – avec ces qualifications pénales : vols avec armes, extorsion accompagnée de violence et en raison de l’appartenance religieuse de la victime, séquestration et viol en réunion et trois mises en examen de jeunes hommes âgés de 18 à 20 ans – est venue tragiquement démontrer ce que la globalité des chiffres laisse entrevoir sur un plan général.

Le ressort antisémite de ces malfaisances semble acquis si on s’en tient à la déclaration de l’une des victimes : « Ils m’ont dit : vu que vous êtes une famille juive, vous avez de l’argent » (Le Monde).

Ce même trio est également soupçonné de « violences aggravées en raison de l’appartenance à une religion » perpétrées sur un septuagénaire juif le 10 novembre, toujours à Créteil (Le Figaro).

Même si on ne peut qu’approuver Me Marie Dosé, conseil de l’un des mis en examen, quand elle craint « une absence de sérénité et un emballement médiatique », le ministre de l’Intérieur, sans exacerber d’ailleurs, était fondé à considérer comme probable le caractère antisémite pour les faits de décembre.

Force est d’admettre que la manière dont le racisme et l’antisémitisme sont combattus dans notre pays n’est pas couronnée de succès. J’entends bien qu’on ne parviendra jamais à éradiquer absolument ces fléaux mais on pourrait espérer une évolution favorable. Il n’en est rien. Plus on condamne verbalement, politiquement, médiatiquement et parfois judiciairement, moins une décrue éthique et républicaine se manifeste. Il y a une corrélation entre la dénonciation frénétique et pas toujours opportune et le triste bilan que la réalité inflige.

Dans l’excellent journal de Wendy Bouchard sur Europe 1, j’ai été amené à répondre à la pertinente observation d’une auditrice soulignant en substance que le racisme et l’antisémitisme étaient l’un des masques que prenait la libération de la haine et de la violence en France. Ce qui est premier n’est pas le ressort raciste mais la propension, qui s’accroît, à laisser aller le pire de soi. Ensuite, on déguise.

Il ne faut pas oublier, dans l’antisémitisme qui ramasse les stéréotypes éculés – les juifs, l’argent et le pouvoir – l’infinie bêtise de jeunes gens qui mêlent le lucre et les clichés et vont vers l’antisémitisme comme vers un trésor fantasmé. Des Fofana du pauvre, si j’ose dire.

Il y a autre chose, qui n’est pas seulement l’incidence sur notre communauté nationale de tensions et de haines internationales qui, pour une minorité, rendraient politiques et donc plus acceptables des antagonismes de pure détestation de l’autre et de sa religion.

Dans la montée de l’antisémitisme au quotidien, dans cette banalisation qui fait de l’intolérable d’hier une liberté douteuse aujourd’hui, il y a évidemment les défaillances de l’éducation familiale, de l’autorité et de la transmission scolaires.

Mais je souhaiterais attirer l’attention sur ce qui n’est pas assez perçu dans sa nocivité. En France, la loi est une menace et elle attire plus par ses lacunes qu’elle n’est respectée pour sa cohérence. En même temps que politiques, médias et moralistes expriment leur opprobre trop souvent stérile contre le racisme, se développe, à cause de cette indignation même, une volonté perverse de faire autrement, de penser mal et de s’en prendre à ceux que l’éthique, la loi et la démocratie protègent.

Le racisme devient alors une tentation, une aubaine et l’antisémitisme, une rupture, une opposition virile. Trop parler de la malfaisance, même pour la bonne cause, subtilement instille le poison qu’on prétend éradiquer. Les imbéciles odieux s’engouffrent dans la violation des règles parce qu’elles sont, à la fois, trop convenables et qu’ils refusent de voir brimer leur instinct. Racistes et antisémites pour montrer de quoi ils sont capables !

Enfin, ces perversions ne constituent pas un monde à part mais sont liées, connectées à une infinité de transgressions, d’indélicatesses et d’immoralités à cause desquelles la France du pouvoir et des élites représente un déplorable exemple pour la France qui ne travaille pas, qui souffre, qui se morfond, qui dérive et qui se sent frustrée et abandonnée.

Elles sont aussi les conséquences déplorables, les fruits pervers d’une morale publique en déconfiture. Pour pouvoir donner des leçons, il faut être digne d’être maître. François Hollande n’est plus crédible comme dispensateur de préceptes civiques. Ses propos répétés sur ce plan n’ont plus la moindre efficacité car sa légitimité est plus que battue en brèche.

Le Crif, s’il est dans son rôle d’alerte et de vigilance, reste tout de même dans un registre guère opératoire et trop classique quand il réclame « qu’un plan spécifique d’urgence soit mis en place avec des moyens judiciaires et policiers sans précédent pour inverser cette tendance ».

De haut en bas, il faut inventer un humanisme moins verbeux et plus exemplaire.

Car l’antisémitisme du crime, à Créteil, est venu, sur le visage de la République, afficher sans détour sa débilité odieuse.

http://www.philippebilger.com/

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