Philippe Bilger : «Bernadette attaque Juppé pour mieux se venger de Chirac»

Publié: 3 octobre 2014 dans Corruption, France, Les tartuffes, Réflexions, Société
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Par Philippe Bilger

FIGAROVOX/HUMEUR – Notre chroniqueur Philippe Bilger est scandalisé par les critiques de Bernadette Chirac à l’encontre d’Alain Juppé. Selon lui, l’ancienne première dame, en visant le maire de Bordeaux, cherche à atteindre son mari.


Chaque semaine, Philippe Bilger prend la parole, en toute liberté, dans FigaroVox. Il est magistrat honoraire et président de l’Institut de la parole. Son dernier livre, «Contre la justice laxiste», a été publié aux Éditions de l’Archipel (2014).

LIRE sur http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/09/30/31001-20140930ARTFIG00297-philippe-bilger-bernadette-attaque-juppe-pour-mieux-se-venger-de-chirac.php

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Rappelons-nous!

Les zones grises des pièces jaunes

Par par Elodie Sentenac, François Vignal et , publié le 27/04/2006

La fameuse collecte orchestrée par l’épouse du président rapporte de moins en moins. Mais les coûts augmentent. Qui paie?

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/politique/les-zones-grises-des-pieces-jaunes_482300.html#hCqxEXaltTuILJ1i.99

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Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, est sur le point de transmettre à la justice un rapport de son inspection sur le fonctionnement de la questure de 1987 à 2000. En cause : les « dépenses de bouche » du couple Chirac, qui auraient atteint 600 euros (4.000 francs) par jour.

Lire sur http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20020702.OBS7199/les-frais-de-bouche-des-chirac-en-justice.html

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Pour mémoire

L’Elysée ou l’Art politique suprême de la corruption dans tous ses états..?!!! Jacques Chirac, Grand Architecte…

L’Elysée et l’ENA, grandes écoles de la corruption et turpitudes

de la République Française..???!

 » Chirac, mon ami de trente ans « un livre plus que brillant, explosif, un réquisitoire impitoyable, le meilleur dans son genre, nécessaire et indispensable, que tout citoyen et honnête homme se doit de posséder, par Jean-François Probst – edit. Denoël http://www.denoel.fr – Voir ci-dessous la notice

 

Chir30

de l’éditeur (extraits)

Du château au palais – chap. 6

Quand j’ai connu les Chirac, ils habitaient un petit appartement du XVI° arrondissement de Paris. Le 57, rue Boissière était une adresse classique pour un ministre. Dans ce quatre-cinq pièces meublé en Louis XV, Chirac était sûrement à l’étroit, avec Bernadette et ses deux filles. Le grand monde lui était encore inconnu. En été, quand les ministres du président Pompidou prenaient leurs vacances à Saint-Tropez, Chirac, costume trois-pièces et lunettes d’écaille, s’en allait plutôt en Corrèze. Pas n’importe où quand même : à Sarran, au château de Bity.  » Château-Chirac « , écrivaient les journaux satiriques dans les années soixante-dix, en référence à cette propriété que Jacques et Bernadette Chirac ont acquise en 1969.

Le président Pompidou, parrain de Chirac en politique, n’avait pas trouvé cet achat très judicieux…  » Quand on veut faire de la politique, il ne faut pas avoir de château… sauf s’il est dans la famille au moins depuis Louis XV « , avait-il commenté, sarcastique. Dans sa famille, Chirac n’avait qu’une petite maison à Sainte-Féréole, dont il est d’ailleurs resté propriétaire. Construit au XVI° siècle, le château de Bity a plus d’allure : trois étages, des dépendances, et un jardin, sans compter 10 hectares de parc. Il a coûté aux Chirac 200 000 francs à l’époque. Mais surtout, il a été rénové grâce à une subvention des monuments historiques. Et Chirac, alors secrétaire d’Etat au Budget, avait obtenu le classement du château quelques jours après l’avoir acheté. Fâcheux… mais sans conséquences.

Cette propriété a été évaluée à 1,2 million de francs seulement dans la déclaration de patrimoine du nouveau président de la République, en 1995. En 2002, son évaluation était portée au double : 365 878 euros (2,4 millions de francs), mais elle était de l’avis général encore largement sous-estimée *. *(selon des spécialistes interrogés par la revue Capital, en décembre 2001, la propriété de Bity vaudrait entre 600 000 et 750 000 euros.).

En juillet 1972, changement de statut. Sans avoir siégé une seule fois à l’Assemblée nationale, c’est déjà un ministre établi. Chirac est nommé à l’Agriculture, et il emménage pour la première fois dans un logement de fonction, rue de Varenne, dans l’hôtel de Villeroi. Un an plus tard, en 1973, devenu ministre de l’Intérieur, il s’installe place Beauvau. En mai 1974, il emménage à l’hôtel Matignon. Les lieux sont rarement occupés par les Premiers ministres qui les trouvent souvent trop petits. Pas Chirac. Il va y habiter à temps plein jusqu’en août 1976. L’endroit est rafraîchi à la demande de Bernadette, qui obtient un bureau pour elle et la remise en état de neuf tapisseries.

A quarante-deux ans, le Premier ministre aime le luxe. Chacun le constate. Il envoie le chauffeur lui acheter des boutons de manchettes ou ses chemises faites sur mesure chez Charvet, rue de Castiglione. Il affectionne tout particulièrement les stylos Montblanc ou le grand Waterman. A cette époque, l’argent coule à flots, et en liquide. C’est Jean-Pierre Delpont, le chef de cabinet de Matignon, qui gère les  » fonds secrets « . Il deviendra préfet de Corrèze en 1976. On se presse dans son bureau. Alexandre Sanguinetti, secrétaire général de l’UDR, l’ancêtre du RPR, vient y chercher de quoi faire fonctionner le mouvement. Conseillers politiques, porte-flingues, intendants ou simples fonctionnaires y récupèrent aussi leurs primes sous enveloppe.

La communication politique en est à ses babultiements. J’installe un magnétoscope Ampex et un caméscope VHS dans la chambre de Chirac, au premier étage de Matignon. A côté de son grand bureau, on rejoint, par le petit salon, le corridor qui conduit à l’appartement privé. Le président de la République Valéry Giscard d’Estaing avait lui aussi fait l’acquisition d’un magnétoscope pour visionner les journaux télévisés, après leur diffusion le soir. Chirac, jean et chemise Lacoste rouge, me rejoint. Il s’assure qu’il peut se filmer lui-même. Il veut préparer sa sortie. C’est l’annonce de sa démission. Après avoir quitté Matignon, au mois d’août 1976, la famille Chirac s’en retourne vivre rue Boissière, jusqu’aux élections municipales. Entre-temps, on se prépare à fonder le RPR – ce sera fait le 5 décembre 1976 – et des bureaux nous sont prêtés 6, place du Palais-Bourbon. Le carrelage devant la porte dessine des croix gammées ! Jérôme Monod fera vite mettre des paillassons pour les cacher. L’entrée est gardée par un policier corse, le bon Charles Mattei. Les deux secrétaires, Denise Esnous et Josette Hirigoyen, s’y installent.

A la création du RPR, dont Jérôme Monod est devenu le secrétaire général et Yves Guéna le conseiller politique, nous récupérons d’autres locaux, au 32° étage de la tour Montparnasse, pour préparer les futures échéances. Valéry Giscard d’Estaing promet que Paris sera le Vietnam de Chirac. Il soutient la candidature de Michel d’Ornano, qui sera écrasé.

La victoire aux municipales de Paris en 1977, apporte un vrai changement pour la famille Chirac. L’Hôtel de Ville est un palais. Il offre à Chirac un décorum presque identique à celui de Giscard à l’Elysée. On l’appelle  » Monsieur le maire « . Et Bernadette Chirac devient la reine du palais. Deux ou trois mois de travaux sont nécessaires.  » Bernadette agrandit de 225 mètres carrés un appart qui en faisait déjà 1 220 en édifiant à l’entresol de nouvelles chambres d’amis, résumera  » Le Canard Enchaîné « . L’ensemble est bien entendu meublé en puisant dans les fonds municipaux ou en piochant dans les musées de la Ville. Une demi-douzaine de salles de bains sont également aménagées. Quant aux nouvelles cuisines, immenses, elles occupent l’espace d’une dizaine de pièces.  » On est assez éloigné de l’abbé Pierre.

Dans la grande galerie, on peut tenir à deux cents à table. Un salon offre une très belle vue sur la Seine. Dans le deuxième grand salon est installé le cheval d’Iran, une sculpture offerte par le shah au Premier ministre. Les cheminées sont grandes, les canapés profonds. Des bouquets de fleurs agrémentent toutes les pièces y compris les deux salles à manger. L’un des salons communique avec le rez-de-jardin où Mme Chirac fera installer des serres. La famille s’installe du côté du petit parc qui longe la Seine.

Le bureau du maire fait 300 mètres carrés à lui seul. Et on comprend qu’avec de telles responsabilités et de telles facilités, Chirac vienne moins au RPR. Son bureau au siège du parti devient un no man’s land qu’il réserve aux réunions politiques discrètes quand il ne voit pas Juillet et Garaud quai Anatole-France.

La chiraquie prend ses quartiers à l’Hôtel de Ville. Alain Juppé devient conseiller technique aux finances. En réalité, c’est la plume, le nègre de Chirac : il écrit ses discours. Jacques Toubon, délégué aux élections au RPR, devient chargé de mission au cabinet de Chirac. Le maire commence les embauches de Corréziens. On élève les premières passerelles entre l’Hôtel de Ville et le RPR. Tout est encore autorisé, ou presque. Les embauches, l’attribution des marchés à certains grands amis, tels Bouygues ou Decaux, et l’utilisation internationale de la Ville de Paris comme porte-drapeau. Jean Tiberi s’avère l’adjoint indispensable. Chirac s’est fait élire dans le V° arrondissement grâce à lui. On a bâti sa légende parisienne dans ce quartier, à partir de sa naissance à la clinique Geoffroy-Saint-Hilaire. Chirac a labouré, comme en Corrèze, toutes les rues commerçantes du V°, accompagné de Jean et de Xavière Tiberi.

Comme maire de Paris, il inaugure la multicasquette : député de Corrèze, président du conseil général à Tulle, président du RPR et, en tant que maire de Paris, président du conseil général de Paris. A quarante-quatre ans, il a une santé de fer et une baraka d’enfer.

En 1986, on verra le couple Chirac photographié par Le Figaro sous l’un des immenses lustres de l’un des salons de l’Hôtel de Ville.  » Ils préfèrent habiter l’Hôtel de Ville que Matignon, révèle le magazine. Au cours de cette campagne harassante, Jacques Chirac n’a pas eu de soutien plus fidèle et plus actif que celui de sa femme Bernadette. Celle-ci n’a cessé de le répéter : elle n’est guère enchantée à l’idée de s’installer à l’Hôtel Matignon qu’elle trouve moins fonctionnel que les appartements privés de l’Hôtel de Ville.  » Ce serait tellement plus agréable d’habiter chez soi « , soupire Bernadette*.  » *( » Ce que souhaite faire demain Jacques Chirac « . Le Figaro, 22 mars 1986.) On note six bouquets de fleurs autour d’eux. Trois canapés. Des vases chinois. Et une tapisserie au mur. Bernadette pose sa main sur le bras de Chirac…

En vingt ans, le jeune ménage est devenu, du moins pour la presse people, un couple princier. Voir après le descriptif et notice de l’éditeur  » Denoël  » du livre  » Chirac, mon ami de trente ans  » de Jean-françois Probst, la suite et extrait  » époustouflant  » de révélation  » Les fameux frais de bouche « , sur la conduite ou plutôt, la  » méconduite  » incroyable, digne d’un véritable  » parrain  » de la politique, qu’est et a été Jacques Chirac, sans doute inégalé et inégalable, sous la V° République…
Notice de l’éditeur sur  » Chirac, mon ami de trente ans « 
Jean-François Probst a travaillé pendant trente ans pour le RPR. Collaborateur de Jacques Chirac à Matignon, bras droit de Jérôme Monod, de Charles Pasqua, de Michèle Alliot-Marie, ami de Dominique de Villepin et conseiller de Jean Tiberi, il a oeuvré sous les ordres du mystérieux Jacques Foccart…Sa mission principale ? Officiellement la  » com  » de ses patrons. En réalité cet agent d’influence s’est occupé des relations avec les parlementaires et a passé son temps à manipuler la presse quand il ne montait pas des  » coups « . En 1995, dans le plus grand secret et sur ordre direct de Jacques Chirac, il a été chargé de torpiller la campagne d’Edouard Balladur… avec l’aide des réseaux Foccart.

Aujourd’hui indépendant et libre, Jean-François Probst regarde avec lucidité le parcours de ces trente années qui ont mené Jacques Chirac jusqu’à l’Elysée. Son témoignage raconte des années de coulisses : comment l’argent arrivait, comment il était dépensé, mais aussi le rôle de tous ces courtisans et courtisanes qui font la France du président. Jean-François Probst revient sur les origines, la famille, le train de vie de Jacques Chirac et sur les multiples  » assassinats politiques  » qu’il a ordonnés. Au passage, il nous livre une galerie de portraits au vitriol des hommes et des femmes du président.

Jean-François Probst est l’auteur de Chirac et dépendances (2002)
 » Les fameux frais de bouche  » – chap. 10

Pendant plus de vingt ans, Roger Romani a occupé le grand bureau contigu à la salle du conseil municipal de Paris. Le bureau du questeur. Celui qui donne sur la place de l’Hôtel de Ville. A quelques enjambées de celui du maire.C’est le bureau au balcon duquel le général de Gaulle a prononcé sa fameuse formule :  » Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !  » Roger Romani a été élu sénateur de Paris à quarante trois ans en 1977. La même année, il est devenu adjoint au maire de Paris, chargé de la questure et de la surveillance des comptes de la Ville. Il a été intendant général, tout en devenant l’homme de confiance et, aux yeux de beaucoup, l’éminence grise, de Chirac au Sénat. L’avantage, avec lui, c’est qu’en principe  » il n’y a pas un centime que l’on perde de vue « , disait Chirac. C’est un homme de secret. Séducteur singulier. Onctueux, méditerranéen, il parle sans modération, il écoute aussi, entre ses très longues digressions. Chirac admire chez Roger Romani cette capacité à perdre du temps. Ro-Ro a fait pour lui un travail colossal.

D’origine corse, né à Tunis, Roger s’était installé à Paris dans une chambre de bonne du boulevard saint-Germain, avant d’adhérer à la section UNR, le mouvement gaulliste d’alors, du V° arrondissement de Paris, celle de Jean Tiberi. Après un passage au cabinet d’Yves Guéna, ministre des Postes et Télécommunications, il avait été conseiller technique du ministre des Relations avec le Parlement Jacques Chirac et de toutes les  » équipes Chirac  » de 1973 à 1977. Par la suite, il sera secrétaire d’Etat aux Relations avec le Sénat (1993-1995) et ministre des Relations avec le Parlement (1995-1997). Il est revenu sous le giron direct de Chirac à l’Elysée, tout en gardant des liens avec Charles Pasqua et Jean Tiberi. Doté d’un flair de politicien, il reste, par ses réseaux, particulièrement efficace pour sortir de leur lit les parlementaires lorsqu’un vote serré s’annonce en séance de nuit. Il connaît toutes leurs coordonnées.

En mars 2001, à peine élu maire de Paris, Bertrand Delanoë a annoncé son intention de supprimer la questure. Roger Romani a été questeur de 1977 à 2001, soit pendant vingt-quatre années pendant lesquelles il était en première ligne. Même si depuis 1986, une commission des crédits de la questure avait plus ou moins associé les élus d’opposition à la gestion de la  » caisse « . En octobre 2001, Delanoë a commandé une  » enquête  » sur le fonctionnement de la questure à l’inspection générale de la Ville de Paris. Dès le mois de mars 2002, le rapport provisoire était dans la presse.

A lire le travail des inspecteurs, on comprend que, petit à petit, le train de vie de Chirac n’ait cessé de s’améliorer, jusqu’à son élection à la présidence de la République. Aujourd’hui encore, alors que Jacques Chirac a quitté l’Hôtel de Ville depuis douze ans, on ne peut rester que bouche bée devant les prodigalités mises au jour par le méticuleux travail des inspecteurs. Ici, nul besoin de commentaires, le simple rappel du contenu du rapport de l’inspection générale de la Ville de Paris suffit. Lorsque j’étais directeur général de l’information et de la communication de la Ville, j’ai eu entre les mains un certain nombre de rapports de cette trempe. Mais en ouvrant celui-ci, mon successeur a dû être estomaqué. Qu’on en juge.

Chaque année, on dépensait davantage que l’année précédente dans les  » salons du premier étage « , une expression utilisée par les comptables de la Ville pour désigner les appartements privés du maire. Ce n’était pas un enrichissement personnel au sens juridique du terme, mais plutôt vivre aux frais du contribuable. Aux côtés de Roger Romani, Bernard Bled, secrétaire général du conseil de Paris jusqu’en 1995, était l’homme qui signait les bons de commande et engageait les dépenses. Les inspecteurs de la Ville se sont beaucoup interrogés sur les sorties d’argent liquide des deux comptes ouverts par le questeur au titre de la Ville de Paris. Un comptable de la questure s’en occupait. Surprenant : ces retraits sont passés de 80 000 francs en 1987 à 1,4 million de francs en 1994. Des montants modestes du début (25 000 à 30 000 francs) on est passé à des sommes significatives (60 000 à 100 000 francs). Il s’avère qu’une bonne partie de cet argent liquide a servi à régler les dépenses des  » salons du premier étage « .

En 1987, les dépenses pour ces salons représentaient seulement 537 734 francs; en 1989, elles s’élevaient à 1 437 239 frans; en 1993, à 2 068 597 francs. En 1994, elles se chiffraient à 2 649 497 francs. Evidemment cela peut sembler une goutte d’eau dans la comptabilité des agapes de la mairie de Paris, qui de 1987 à 2000, a dépensé 232 millions de francs pour ses fêtes et cérémonies, dont 145 millions de francs en traiteurs et 15,8 millions en vins et champagne. Mais annuellement, le budget de  » bouche  » des appartements privés de Chirac représentait quand même près de 10 % du total  » fêtes et cérémonies « . Entre 1987 et 1995, ses appartements ont englouti 14,08 millions de francs à eux seuls.

Les cuisiniers prenaient du galon. A vingt-cinq ans, William, cuisinier au restaurant administratif le Lutèce, près de l’Hôtel de Ville, est devenu chargé de mission de cadre supérieur de la Ville de Paris. Le fleuriste qui livrait les fleurs au restaurant, Daniel, lui avait donné le tuyau. Etant lui-même employé de la Ville, il savait qu’un poste allait se libérer dans les cuisines des appartements privés. En avril 1995, il en a parlé à William et lui a présenté Eric. Le cuistot en titre avait  » un désaccord avec Mme Chirac  » selon lui. William rédige  » une lettre de motivation  » et rencontre finalement Bernadette Chirac qui lui explique qu’elle ne  » veut plus travailler  » avec l’ancien cuisinier. William est pris à l’essai. Il commence vers 8 heures aux appartements, fait les courses le matin, et termine en principe à 17 heures, sauf en cas de réception officielle, qui l’oblige à travailler jusqu’à 22 h 30. William donne satisfaction, à telle enseigne que lorsque le couple Chirac déménage à l’Elysée, fin 1995 seulement, il reste au service des époux Tiberi.

Il est normal que la Ville de Paris ait une belle cave. Dans les salons du premier étage, le vin était particulièrement bien choisi. En décembre 1993, le cuisinier était allé chercher douze bouteilles de Château Ausonne 1964 et vingt-quatre Château Ausonne 1970 – 939 francs la bouteille. En mars 1994, vingt-quatre bouteilles de Château Beychevelle 1985 – 236 francs seulement la bouteille. En avril, il avait craqué chez Nicolas pour un vin à 1 150 francs. En novembre 1994, il avait stocké deux cents bouteilles de champagne Laurent-Perrier – 160 francs seulement. En mars 1995, il avait repris du Château Beychevelle 1985 – 349 francs la bouteille.
Les appartements privés du maire disposaient de leur propre cave, distincte de celles de l’Hôtel de Ville. Dans ces dernières, situées dans les sous-sols, on conservait encore vingt-deux mille bouteilles en décembre 2001, lors du contrôle des inspecteurs. Le cuisinier et le maître d’hôtel des salons du premier étage pouvaient donc piocher dans ces caves pour améliorer l’ordinaire du maire et de ses convives. La cave de Chirac était située sous les appartements privés. Près de cinq cents bouteilles y étaient stockées, dans des conditions d’ailleurs  » imparfaites  » : une grande quantité de ces vins anciens, notamment des millésimes 1964, ont dû être jetés.

Les inspecteurs ont aussi dressé un inventaire des vins rangés dans les trois caves de l’Hôtel de Ville. L’une d’elles, réservée aux crus de prestige, abritait environ dix mille bouteilles à température et hygrométrie contrôlées. Les deux autres, non climatisées mais naturellement fraîches, selon les inspecteurs, abritaient les vins et champagnes de consommation courante,  » à forte rotation « . Dans la cave d’excellence, ils ont compté une à une les bouteilles, par crus et millésimes. Des noms célèbres, y compris pour le profane. Cent seize bouteilles de Château Pétrus. Cinq cent soixante et un Château Margaux-millésimés de 1989 à 1995 – et trois cents Pavillon rouge du même cru. Trois cent cinquante bouteilles de Château Lafite-Rothschild. Cinq cent cinquante-sept Château Haut-Brion. Et on en passe. D’après les inspecteurs, les dix mille bouteilles pouvaient être estimées à plus de 6,5 millions de francs.  » Il faut bien reconnaître que, hormis les visites de chefs d’Etat, les occasions de servir des vins de cette qualité sont exceptionnelles et que des critiques seraient susceptibles de surgir si un décalage trop marqué était perçu entre le prix des bouteilles servies et, par exemple, la cause défendue lors d’une réception « , notent les inspecteurs.

Les services de la questure remettaient de l’argent liquide aux cuisiniers du maire. Lorsqu’ils partaient s’approvisionner, ils avaient donc du liquide. Ils se servaient dans une cassette prévue à cet effet, une boîte métallique, fermant à clé, qui contenait bon an mal an toujours à peu près 25 000 francs. Pour les fruits et légumes, et cela a intrigué les inspecteurs, ils se déplaçaient dans le VII° arrondissement, à la Roseraie de Grenelle, ou encore dans le XX°, aux fruits et légumes J.-P. Brunet, rue d’Avron. Selon les factures conservées par la Ville, ils ont acheté pour 231 000 francs de fruits et légumes chez Brunet de 1994 à juillet 1995, et pour 326 000 francs à la Roseraie de Grenelle. Mais les factures de Brunet sont apparues suspectes aux inspecteurs. Il y en avait trente-sept, d’un montant moyen de 6 250 francs, moitié fruits, moitié légumes*. *(Interrogé par Le Canard Enchaîné, Brunet affirmera que les achats en question n’ont  » jamais existé « . Il admettra seulement avoir servi le chauffeur chargé des courses du maire,  » une dizaine de fois  » tout au plus, pour un montant de 1 500 francs environ, soit vingt fois moins que les chiffres figurant sur les factures conservées par la Ville. Hervé Liffran,  » L’épicier des Chirac mange le morceau « . Le Canard Enchaîné, 10 avril 2002.). Le total Brunet et Roseraie représentait en un an et demi une consommation moyenne de fruits et légumes supérieure à 1000 francs par jour.

Côté traiteur, les cuisiniers du maire se servaient volontiers chez Fauchon. L’addition n’était pas négligeable, puisqu’elle s’élevait à 141 168 francs en 1994 et à 119 601 francs en 1995. Les achats identifiés ont surpris. Chez Fauchon, à en croire les inspecteurs, les cuisiniers s’approvisionnaient surtout pour le petit déjeuner ou le goûter des Chirac :  » Essentiellement du café, des confitures, des fruits, des assortiments de biscuits et des infusions.  » La comptabilité des cuistots était toujours approximative. Les justificatifs de paiements étaient utilisés plusieurs fois.

Une certaine confusion régnait. Les traiteurs ne savaient pas vraiment qui ils servaient : sur leurs factures ils notaient mairie de Paris, ou appartements du maire, M. Chirac, Mme Chirac, ou encore cuisine particulière du maire. Pour faire face, il arrivait aussi que soient employés des cuisiniers et des maîtres d’hôtel en extra fournis par Lenôtre.
— Des achats d’oreillers.
— L’achat et l’installation d’un téléviseur Sony en janvier 1989.
— Des achats de matériel de camping (sac de voyage, glacière), en mars 1995.
— Le paiement de la redevance de télévision, en 1994.
— L’abonnement à Canal + du maire ainsi que celui de son épouse, et cela chaque année.
— Pour finir,  » quelques dépenses dont le caractère personnel et familial ne fait aucun doute  » :  » Il en est ainsi avant 1995 du pain complet à 8,10 francs acheté chaque jour dans une boulangerie du XV° arrondissement.  » Le pain et encore d’autres denrées pour le réfrigérateur du maire :  » des yaourts Bio ou Taillefine, des Danettes au chocolat ou de la bière Corona « .

La courbe exponentielle des frais de bouche du maire de Paris de 1988 à 1994 est bien sûr à la mesure de ses ambitions présidentielles. Chirac menait campagne. Déjeuners, dîners et réceptions participaient du lobbying nécessaire au candidat malgré le financement public des partis et le remboursement par l’Etat des campagnes électorales. La questure était un trésor de guerre. Ainsi, les années 1994 et 1995 ont-elles été aussi parmi les plus lourdes pour le budget  » fêtes et cérémonies  » de la Ville de Paris : 18,2 millions de francs chacune. Le budget  » bouffe  » du président du RPR pour sa campagne électorale. Rien ne vaut un beau banquet pour mobiliser les foules. Le maire de Paris accueillait tous les ans le Mouvement national des élus locaux. Les inspecteurs de la Ville ont rapporté la progression du coût pour la Ville de cette manifestation réunissant  » des élus de sensibilité politique proche « , selon leur expression. C’est un euphémisme. Le MNEL a été sécrété par les gaullistes dans les années soixante-dix, pour constituer un mouvement parallèle de maires, amalgamant les élus RPR et les divers dropite de toutes obédiences.

En 1990, la Ville dépensait 213 969,86 francs pour l’occasion. En 1992, c’est déjà nettement plus cher : 951 359,13 francs. En 1993, on franchit le cap du million de francs : 1 380 453,95 francs. En 1994, on sort déjà les cotillons : 1 516 316 francs. Cette dernière réception est  » la plus chère de toutes celles organisées par l’Hôtel de Ville pour la période 1994 à 2000 « , relèvent les inspecteurs. Cette année-là, la Ville a dépensé 10 693 044,81 francs en traiteurs. Potel et Chabot s’est propulsé premier fournisseur de petits-fours (avec 3,26 millions de francs) juste devant Lenôtre (3,25 millions).

Très logiquement, en 1995, le budget  » fêtes et cérémonies  » de la Ville est consacré aux élections. Il y en a trois : présidentielle, municipales et sénatoriales. Les rapporteurs font mine de s’étonner que les dépenses en réception de la Ville de Paris les  » plus élevées  » cette année-là soient celles de la présidentielle (752 893,29 francs) et non celles des municipales (521 860,29 francs).

Précieux Paris. Elu président de la république en mai 1995, Chirac ne libère les appartements privés de l’Hôtel de Ville qu’en mars 1996, soit dix mois après son élection. Malgré ses nouvelles fonctions, et leur train de vie afférent, il a préféré bénéficier du confort et des prestations que pouvait encore lui offrir la mairie. Cela ne lui a d’ailleurs pas échappé. Le 16 octobre 1995, il fait rembourser par l’Elysée- et par chèque- 393 270,60 francs de dépenses de nourriture et de traiteurs correspondant à la période du 17 mai au 31 août 1995.

Les inspecteurs de la Ville de Paris relèvent d’ailleurs l’épisode.  » Sauf à supposer que le président de la République ait organisé des repas de travail dans les locaux de l’hôtel de Ville, il est probable que ces dépenses ont un caractère privé « , notent-ils. Un second remboursement de l’Elysée intervient le 20 décembre 1995 ; il inclut des frais de nourriture du 1° septembre au 31 octobre, 169 731,80 francs, et un équivalent loyer calculé à partir de la valeur locative brute figurant sur la taxe d’habitation, soit 52 747 francs pour six mois. Si on additionne les dépenses de bouche remboursées par l’Elysée à la mairie, on obtient, sur six mois, une moyenne quotidienne de 3 351 francs.

L’équivalent loyer prête à sourire tant il est modique. Mais les rapporteurs insistent aussi sur le fait que  » l’occupation de l’appartement de fonction du maire s’est poursuivie au-delà du 31 octobre « , durant quatre mois supplémentaires, sans donner lieu à remboursement.

Dernier oubli du président de la République : en restant dans les appartements privés du maire, il a bénéficié des prestations de personnels de la Ville auprès de lui. Cuisiniers, maître d’hôtel, lingère, femme de chambre ont continué à le servir, durant six mois, voire dix si on en croit les rapporteurs.  » Leur remboursement à la Ville de Paris aurait été prévu par une convention que ni le bureau de la comptabilité de la questure, ni la DRH n’ont été en mesure de produire aux rapporteurs. « 

Sacré Chirac, et quels rabat-joie ces inspecteurs et autres rapporteurs… Depuis, au Sénat, Christian Poncelet a fait mieux ! De Gaulle aurait certainement condamné de telles turpitudes.

SOURCE: http://clamartcity.blogs.com/clamartcityweblog/lelyse_chirac_ou_lart_politique_suprme_de_la_corruption/

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