Une démocratie se juge notamment à la manière dont elle traite les prisonniers…par Philippe Bilger

Publié: 20 juin 2014 dans 3 - POLITIQUE, 4 - REGALIENNES, Administration pénitentiaire, Informations générales, Justice, Réflexions
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p bilgerJe parie que… si…

On peut ne pas éprouver de compassion pour les criminels et délinquants qui ont mérité leur peine mais pour leurs victimes et, en même temps, s’émouvoir de la surpopulation pénale et de ce qu’elle entraîne.

On peut déplorer les poncifs pénitentiaires traînant à droite et à gauche du genre : la prison école du crime et, à la fois, s’indigner de l’impéritie gouvernementale dans ce domaine si préoccupant.

Je suis en effet sensible à ce constat qu’une démocratie se juge notamment à la manière dont elle traite les prisonniers et à son souci de la décence des lieux d’enfermement.

Les statistiques si précieuses de Pierre-Victor Tournier viennent régulièrement nous rappeler la réalité et souligner notre passivité. Au 1er juin, il y avait 80 874 détenus au sens commun et un surnombre de 14 057 dont 1024 sur un matelas posé à même le sol.

La surpopulation pénale n’est pas en elle-même un scandale si on veut bien considérer qu’elle n’est pas la conséquence d’une répression sans mesure mais seulement celle d’un parc pénitentiaire insuffisant. Il faut en effet construire de nouvelles prisons mais cette démarche ne pourra être mise en œuvre qu’à moyen et long terme. Elle relèvera de l’action d’un Etat enfin conscient de ses devoirs.

Mais il y a des urgences et des immédiatetés sur lesquelles une énergie pourrait se poser et se déployer et qui exaspèrent d’autant plus le citoyen qu’il a la certitude qu’elles pourraient trouver une solution rapidement. Ainsi, pour ces personnes couchées sur un matelas.

Je ne méconnais pas, devant ces situations criantes, l’importance et l’efficacité des recours administratifs – notamment par Me Etienne Noël – mais, pour ma part je me ferais fort de régler cette indignité basique et insupportable si, par miracle, je devenais chargé de ce dysfonctionnement collectif. Pour y remédier.

Certes il y a la bureaucratie administrative, les rigidités pénitentiaires et la pesanteur de ces difficultés jugées à ce point fatales et insolubles qu’elles demeurent à l’abri de toute initiative.

Je suis persuadé que dans cet univers pénitentiaire, en dépit de ses cloisonnements et de ses régimes de détention différents et singularisés, il serait évidemment possible d’agencer, d’organiser, de bouleverser autrement l’existant pour permettre à ces personnes couchées sur un matelas de trouver une couche plus convenable.

Mais encore faudrait-il le vouloir et appréhender l’ensemble de cette problématique avec un rythme sachant faire sa part à l’essentiel et à l’accessoire, à l’opératoire réalisable de suite et à un programme au long cours.

Il me semble qu’à côté des politiques globales exigeant un investissement et des entreprises durables et persévérants, il conviendrait d’inventer des pompiers ponctuels, des proconsuls de l’instant et de la crise à résoudre sur-le-champ, des artisans expéditifs et efficients. Au fond, avec un peu d’ironie, des Montebourg à foison.

Je me souviens de certaines de mes expériences judiciaires avant la cour d’assises de Paris et rien ne m’a semblé plus passionnant que de plonger dans un réel incommode pour le surmonter, pour aider et soulager autrui quand pourtant l’heure paraît sombre et presque inéluctable dans son crépuscule.

Pour une tâche de cette ampleur mais dont l’issue heureuse, même sur un plan modeste – une affaire de matelas -, comblerait celui qui aurait su vite la mener à bien, on aurait évidemment les pleins pouvoirs pour briser les résistances, imposer les modifications et rendre nécessaire ce que l’humanité et la sécurité commanderaient.

Les maux qui sont laissés en l’état, alors qu’une action ciblée et résolue y mettrait fin, rendent fous ceux qui aspirent à pallier les défaillances et à remplacer les incapables.

Ce serait presque rien mais il n’y aurait plus à compter dans ces statistiques ces détenus couchés sur un matelas. Petite avancée qui manifesterait que même sans illusion sur la nature humaine, le volontarisme sans le verbe a de l’avenir !

Je parie que… si…

http://www.philippebilger.com/blog/2014/06/je-parie-quesi.html

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